La Gazette Drouot
Au coeur du ChÂteau de Versailles
La Chine à Versailles, art et diplomatie au XVIIIe siècle.
L'exposition retrace l'histoire des échanges politiques et artistiques entre la Chine et la France au siècle des Lumières.

Il y a cinquante ans, à l'instigation du général de Gaulle, la France était le premier pays occidental à établir des relations diplomatiques avec la république de Chine populaire. En souvenir de cet événement, le château de Versailles a conçu une exposition intitulée " La Chine à Versailles, art et diplomatie au XVIIIe siècle ", qui se tient dans l'appartement de madame de Maintenon et la salle des Gardes de la Reine. Environ cent cinquante oeuvres - tapisseries, peintures, gravures, dessins, porcelaines de Chine et porcelaines de Sèvres à décor chinois, pièces de mobilier, ouvrages chinois provenant de la Bibliothèque royale... - illustrent les relations diplomatiques et artistiques privilégiées, souvent méconnues, qui se sont tissées entre la France et la Chine, il y a plus de trois siècles, à l'initiative de pères jésuites européens, présents à la cour de l'empereur Kangxi, et de Louis XIV, et leurs prolongements jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.

D'après François Boucher, La Pêche chinoise (détail), tapisserie de basse-lisse, 1743, manufacture de Beauvais.
©  CENTRE DES MONUMENTS NATIONAUX/DAVID BORDES

Parmi les oeuvres exposées, figure La Pêche chinoise, une pièce de la seconde tenture chinoise, tissée à la manufacture royale de Beauvais à partir de 1743, d'après les esquisses de François Boucher (1703-1770). Cette tapisserie aux armes de France et de Navarre, généreusement prêtée par le Centre des Monuments nationaux, témoigne à la fois de la fascination exercée par la Chine sur l'un des plus grands peintres français du XVIIIe siècle, lui-même collectionneur d'objets d'art chinois, du retentissement considérable de son oeuvre peint, dessiné et gravé sur l'ensemble des arts décoratifs français, et du rôle diplomatique joué par cette tenture, dont un tissage complet fut offert en 1767 par Louis XV à l'empereur Qianlong (1711-1799). En 1742, Boucher fut chargé de fournir à la manufacture de Beauvais huit esquisses pour exécuter les cartons d'une nouvelle tenture chinoise, destinés à se substituer aux cartons de la série de L'Histoire du Roy de la Chine, exécutés vers 1690 par Jean-Baptiste Monnoyer (1636-1699), Jean- Baptiste Belin de Fontenay (1653-1715) et Guy- Louis Vernansal (1648-1729), qui avaient été fréquemment mis sur le métier et étaient usés. Boucher présenta les huit esquisses au Salon de 1742. Finalement, seules six d'entre elles, aujourd'hui conservées au musée de Besançon, furent retenues pour être traduites en tapisserie par les dirigeants de la manufacture de Beauvais, Jean-Baptiste Oudry et Nicolas Besnier : Le Repas chinois, La Danse chinoise, La Foire chinoise, La Pêche chinoise (fig. 1), La Chasse chinoise et Le Jardin chinois. L'exécution des cartons fut confiée à Jean-Joseph Dumons (1687-1779). On sait aujourd'hui que dix suites complètes furent tissées entre 1743 et 1775 et l'on identifie une cinquantaine de pièces, provenant de ces différents tissages. La pièce exposée actuellement à Versailles, qui porte la marque d'André-Charlemagne Charron, le successeur d'Oudry et de Besnier, peut être datée de la période de sa direction, à partir de 1753. En 1765, une tenture complète fut confiée par le ministre Henri- Léonard Bertin (1718-1793) à deux séminaristes chinois, Aloys Ko et Étienne Yang lesquels, après avoir terminé leur formation en France, repartaient pour la Chine à bord du Duc de Choiseul. Ils parvinrent à la cour de Pékin au début de l'année 1767 et offrirent la tenture à l'empereur qui s'en montra très satisfait. Ce dernier fit édifier un bâtiment dans une aile du palais d'Été par deux jésuites européens, présents à la cour de Chine, le frère Castiglione et le père Benoist, pour les abriter. À la suite de cet envoi très apprécié par l'empereur, Bertin se demanda s'il ne convenait pas d'envoyer à Pékin des tapisseries des Gobelins même si " celles-ci seraient plus chères ". (Correspondance de Bertin, Paris, Bibliothèque de l'Institut de France, inv. MS 1515).

Marie-Laure de Rochebrune
Conservateur en chef au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon Commissaire de l'exposition

La Gazette Drouot - 22 septembre 2014 - N°32
François Boucher (1703-1770), La Pêche chinoise, esquisse, Besançon, musée des beaux-arts et d'archéologie.
© PHOTO PIERRE GUENAT
À VOIR
" La Chine à Versailles, art et diplomatie au XVIIIe siècle ", appartement de madame de Maintenon et la salle des Gardes de la Reine, château de Versailles
Jusqu'au 26 octobre.
www.chateauversailles.fr
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