La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Japon, époque Edo (1603-1868), Seiryuken Seiju, «Nagamaru gata» en fer à décor de dragon, signée, et «kakihan» incrusté, h. 7,6 cm.
Estimation : 500/600 €.

À la une
Sur quelques centimètres, les armuriers ou forgerons japonais ont réalisé des chefs-d’œuvre. Il est vrai que les tsubas – gardes de sabre – étaient un élément important du sabre, «l’âme du samouraï » ou, comme le recommandait un précepte zen : «Ne pas utiliser l’épée, mais être l’épée, pure, sereine, inamovible, était l’idéal d’un chevalier Ashikaga.» Très simples au début, n’ayant que pour but de protéger la main et d’assurer l’équilibre de la lame par leur poids, elles devinrent des décorations élaborées, s’inscrivant dans le cérémonial de la vie du samouraï. À partir des époques Momoyama (1573-1603) et, en particulier Edo (1603-1868), l’arme devient le symbole même du statut de guerrier, laquelle, tout en jouant un rôle décoratif, est capable d’infliger des blessures fatales et de s’utiliser dans le suicide rituel, ordonné ou volontaire. Les tsubas deviennent très recherchées au même titre que les objets en laque, les estampes ou les textiles dont ils partagent souvent le répertoire ornemental. Certaines familles, comme celle des Goto, ont donné des armuriers réputés. Des maîtres qui, depuis quelque cinq cents ans, ont fabriqué des armes de tous styles, s’inspirant de la nature, des légendes populaires, des événements historiques, ou encore de grands peintres comme Ogata Korin pour son contemporain Tsuchiya Yasuchika I, de l’école de Nara. Un des motifs favoris – aux côtés des prunes, chrysanthèmes et grues cendrées – est le dragon, symbole de la divinité de la pluie au Japon. Sur ce tsuba, l’artiste, qui a signé Seiryuken Seiju et de son sceau («kakihan»), a figuré son corps sinueux sur les deux faces ; la tête aux yeux rehaussés d’or et la queue encadrent en haut et en bas les trois ouvertures de la garde – l’une pour la lame, celle de gauche pour le «kozaku» (petit couteau) et celle de droite pour le «kogai», sorte de stylet –, une partie de son long cou et du corps apparaissant sur le verso. Le fer est soigneusement ciselé et la surface traitée dans une harmonie de gris argenté et de noir profond. La technique reprend celle utilisée pour les théières de la cérémonie du thé, élément tout aussi essentiel dans la vie des samouraïs de l’époque Edo ; ceux-ci étaient soumis à une vie de cour, dont une année tous les deux ans passée à Edo où ils devaient entretenir une somptueuse résidence. Les grands seigneurs commandent plusieurs tsubas pour leur épée, dernier symbole de leur grandeur et de leur code de vie, le bushido. Une nostalgie exprimée par le poème de Matsuo Basho : «Herbes folles de l’été où frémit encore le rêve des guerriers.»
Jeudi 7 mai, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Tessier - Sarrou & Associés SVV. Mme Jossaume, M. Portier. 


Fernand Léger (1881-1955), Le Petit Coq, 1952, sculpture en céramique peinte, signé sur la tranche, numéroté 6/8, 42 x 26 x 17 cm.
Estimation : 12 000/15 000 €.
Léger en trois dimensions
Le tournant du XXe siècle fait exploser les frontières entre les arts. Les peintres s’intéressent à toutes les techniques, au travail des sculpteurs aussi bien qu’à celui des céramistes, et vice versa. À la fin de sa vie, Fernand Léger ressent quant à lui le besoin de passer à la troisième dimension. Dès ses premiers travaux de décoration murale, en 1937, on observe quelques expérimentations dans ce sens. Le Transport des forces, pour le pavillon français de l’Exposition universelle, mais aussi La Colombe d’or, pour un restaurant de Saint-Paul-de-Vence, sont réalisés en mosaïque et en céramique. Le pas entre relief et sculpture sera franchi au début des années 1950. Tout comme pour son ami Pablo Picasso, c’est un voyage dans le sud de la France qui va servir de déclencheur. Il rend en effet visite à l’un de ses anciens élèves, Roland Brice, installé avec son fils Claude à Biot, dans les Alpes-Maritimes. Ils y ont fondé leur propre atelier de céramique, et Fernand Léger y effectue son apprentissage puis crée quelques-unes de ses plus belles pièces à partir de ses propres dessins, en collaboration avec les Brice. Amoureux de la région et passionné par cette technique, l’artiste acquiert une maison à Biot, où se trouve aujourd’hui le Musée national Fernand Léger. Ses créations en trois dimensions seront également transposées dans la joaillerie ou l’orfèvrerie. Léger a su donner vie à un art symbole de son temps, effectuant une intelligente synthèse entre le cubisme, les thématiques modernes et la suprématie de la couleur. Son univers personnel toujours joyeux a séduit des générations de spectateurs. Quelques-unes de ses œuvres phares sont exposées à travers le monde, à l’image du Grand Tournesol devant le Musée des beaux-arts de Montréal.
Dimanche 26 avril, Cannes.
Cannes Enchères SVV. M. Willer.
Correspondance de René Char (1907-1988) avec André et Aimée Ravaute, 200 pièces. L’Isle-sur-la-Sorgue, Paris, 1953-1984.
Estimation : 25 000/30 000 €.
Une longue amitié
René Char a marqué le XXe siècle tant par sa création littéraire que par ses convictions morales et politiques. Ce fils du maire de L’Isle-sur-la-Sorgue vit une enfance heureuse et animée, que la mort de son père vient bouleverser. Rebelle, il quitte le lycée d’Avignon et du haut de son mètre quatre-vingt-douze part voyager avant de s’intéresser à la littérature et à la poésie. Après avoir exercé quelques petits boulots, il rédige des critiques pour la revue Le Rouge et le Noir, puis écrit un recueil de poésie publié grâce à sa grand-mère. Il fonde dans sa ville natale une petite revue, Méridiens, attirant l’attention de Paul Eluard, qui deviendra un ami fidèle. À la fin de l’année 1929, Char débarque à Paris et rencontre les surréalistes Louis Aragon, André Breton et René Crevel. Il publie désormais régulièrement textes et poèmes, dont Le Marteau sans maître, Fureur et Mystère ou La parole en archipel. Il vit entre Paris et le Vaucluse. Mobilisé en Alsace en 1939, il regagne le Sud l’année suivante et entre dans la Résistance. C’est dans le maquis qu’il rencontre André Ravaute, peintre, illustrateur, traducteur et écrivain. Les deux hommes resteront amis et s’écriront régulièrement. C’est à Ravaute et à son épouse, Aimée, que sont adressées les quelque deux cents pièces présentées lors de cette vente. S’étalant sur une période située entre 1953 et 1984, cette correspondance se compose de cent vingt-sept lettres ou billets autographes de René Char, soixante-six cartes et sept documents divers. Ces écrits abordent des épisodes intimes mais aussi politiques ou littéraires : ses problèmes de santé, le décès de son ami Francis Curel, les événements de mai 1968, ses aventures amoureuses et les écrits érotiques de Ravaute sous le pseudonyme de Tigrone. «Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver», disait René Char. En voici un bel échantillon !
Samedi 25 avril, Évreux. Hôtel des ventes d’Évreux SVV.
Mes Fierfort & Bellier. Cabinet Poulain-Marquis P. et E.
Jean Dufy (1888-1964), Port de l’île d’Yeu, huile sur toile, 50 x 73 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €.
Un frère talentueux
Les cordages des bateaux semblent former la trame sur laquelle se tisse cette composition. Les marins au sol, les mâts orientés vers le ciel, et la mer à l’horizon terminent d’étendre au maximum ce panorama, vu en hauteur et d’un beau dynamisme, typique des créations de Jean Dufy. Des couleurs libres et une écriture fourmillante, voici deux des caractéristiques que le peintre partage avec son frère, Raoul, son aîné de onze ans. Jean est le septième enfant, sur onze, d’une grande famille havraise. Son père, comptable de métier, est musicien durant ses loisirs. À 16 ans, il travaille dans une maison d’importation sur le port qui lui inspire déjà de nombreux dessins recueillis dans ses carnets de croquis. En 1906, il assiste à l’exposition de son frère et de ses amis fauves, Othon Friesz et Georges Braque, à l’hôtel de ville. Sa vocation se confirme mais son envie de voyager l’emporte vers New York, l’année suivante, à bord du paquebot Le Savoie. Après son service militaire, en 1910-1911, il s’installe à Paris. Il a 24 ans et continue de peaufiner son art au contact de grands noms tels Derain, Braque ou Picasso. L’artiste travaille alors des couleurs sourdes par hachures, à la manière cézanienne déjà utilisée par son frère. Après la guerre, il collabore avec celui-ci dans un atelier de peinture, travaillant pour la maison lyonnaise de tissu Bianchini-Férier, puis pour la porcelaine Havilland durant plus de trente ans. En parallèle, il continue de peindre et d’exposer des toiles au style guidé par la lumière et la couleur, cette dernière prenant peu à peu son indépendance vis-à-vis du dessin. Si les natures mortes très poétiques et les scènes festives occupent son œuvre, les ports concentrèrent une grande partie de son attention. Le Havre et Honfleur, mais aussi Villefranche-sur-Mer, Marseille et l’île d’Yeu furent ses lieux de prédilection. Il peignit en Vendée durant les périodes estivales, entre 1926 et 1930.
Samedi 25 avril, Saint-Jean-de-Luz.
Côte Basque Enchères Lelièvre - Cabarrouy SVV. Cabinet Perazzone - Brun.
Félix Ziem, Chameliers et troupeau en Afrique du Nord, huile sur panneau, 29,5 x 51 cm.
Estimation : 10 000/15 000 €.
Rêve d’Orient
Sous un ciel bleu azur, deux hommes montés sur des chameaux avancent dans le désert, soulevant derrière eux un nuage de poussière. Une œuvre simple, pas ostentatoire, à la composition épurée et au style magnifique qui nous rappelle pourquoi Félix Ziem reste un peintre unique et novateur, incitant le spectateur à la rêverie. Côtoyant les plus grands paysagistes de son temps, à Barbizon ou encore au Havre avec Boudin, Félix Ziem a insufflé un style nouveau à la peinture orientaliste. À la manière d’un Jongkind, il annonce l’impressionnisme par son expressivité, son attention aux variations atmosphériques et à la lumière, tandis que le rendu par touches légères évoque Turner. Cet homme solitaire et excentrique a connu un parcours atypique, qui le mena de sa Bourgogne natale à Venise, en passant par Marseille et la butte Montmartre. Étudiant en architecture aux beaux-arts de Dijon, il se brouille avec ses professeurs et part rejoindre son frère dans la cité phocéenne. S’il commence à travailler sur la construction d’un aqueduc, il dessine beaucoup, la découverte de la Méditerranée l’ayant grandement fasciné. En 1841, il part pour l’Italie. L’année suivante, il découvre Venise avec émerveillement et se consacre désormais à la peinture. Il s’installe à Paris, sur la butte Montmartre, effectuant de fréquentes visites à ses amis Théodore Rousseau et Jean-François Millet dans la forêt de Fontainebleau. Le succès aidant, il peut voyager à loisir, découvrant l’Orient, Constantinople et l’Égypte en 1856. Désormais, Félix Ziem passe son temps entre la capitale et le sud de la France, installant son atelier à Martigues à partir de 1861. Là, il s’immerge dans l’ambiance orientale de sa maison, transformée en bâtisse mauresque coiffée d’une coupole et d’un minaret. Un rêve devenu réalité.
Samedi 25 avril, Toulouse.
Primardéco SVV.
Strabonis Rerum Geographicarum Libri XVII. Isaacus Casabonus recensuit, summoque studio & diligentia, ope etiam veterum codicum, emendavit, ac commentariis illustravit, Genève, Eustache Vignon, 1587, in-folio.
Estimation : 6 000/10 000 €.
Mappemonde de Mercator
Une édition «revue et augmentée» de La Géographie de Strabon… Ce célèbre géographe grec du Ier siècle av. J.-C., originaire de la région du Pont-Euxin, aurait étudié avec Aristodème de Nysa avant de s’installer à Rome. Il voyage ensuite en Égypte en compagnie d’un préfet romain. Puis, il se lance dans la rédaction d’un traité général de géographie accessible à tous, décrivant l’Europe, l’Asie Mineure, l’Orient et l’Afrique. Composée de dix-sept volumes, cette œuvre sera redécouverte au XVe siècle à la faveur d’une traduction de l’Italien Guarino Véronèse. L’humaniste suisse protestant, Isaac Casaubon (1559-1614) remet l’ouvrage sur le métier en 1587. Occupant alors la chaire de grec à l’université de Genève, il se sert d’une incroyable invention, afin de remettre au goût du jour le texte de Strabon : la projection de Mercator. Mathématicien et géographe originaire des Pays-Bas espagnols, Gérard Mercator (1512-1594) a fait ses études à Louvain auprès de l’astronome Frisius. Il obtient en 1552 la chaire de cosmographie de l’université de Duisburg et met au point une révolutionnaire représentation de la Terre, publiée en 1569. Grâce à cette projection de la surface terrestre sur un cylindre tangent à l’équateur, Mercator pouvait décrire l’ensemble du globe sans le déformer et en respectant les proportions, malgré quelques erreurs notamment dans l’hémisphère sud. Pour notre édition originale de 1587, le fils de Mercator, Rumold, a gravé en taille-douce une carte dépliante spécialement réalisée pour cet ouvrage. Elle correspond à une réduction de la carte de son père de 1569. Une commande spéciale qui fait bien des envieux !
Dimanche 26 avril, Alligny-en-Morvan.
Leclere - Maison de ventes SVV. M. Couchoux.
Travail dauphinois, fin du XVIIe siècle, attribué à Thomas Hache (1664-1747). Commode en placage de loupe d’olivier, sycomore et bois indigènes, bronze doré à décor de mascarons de Bacchus et têtes d’indiennes,  88,5 x 133 x 72 cm. Estimation : 20 000/30 000 €.
Attribuée à Thomas Hache
À la mort de Noël Hache, son fils, Thomas, n’a que 11 ans. Malgré cette disparition précoce, ce dernier semble avoir eu le temps de comprendre le travail de son père et de mémoriser son style si particulier (Le Génie des Hache, de Pierre et Françoise Rouge, éditions Faton, 2005). Avec son contemporain Pierre Gole, Noël a été l’un des premiers à utiliser la marqueterie florale au naturel. Thomas poursuit son apprentissage auprès de son beau-père, Guillaume Offré, à Toulouse, sans doute entre 1679 et 1683, avant de monter sur Paris, pour la première étape de son tour de France. Peut-être rencontre-t-il alors le grand Pierre Gole ? Il séjourne ensuite à Chambéry entre 1689 et 1693 environ. Cette région est l’une des premières à utiliser la marqueterie de bois mais aussi la technique de la scagliola colorée, incrustée dans le panneau (toutes les parties bleues à l’imitation du lapis-lazuli). Celle-ci a vu le jour en Italie, à la fin du XVe siècle. C’est âgé d’une trentaine d’années que Thomas Hache arrive à Grenoble, vers 1693-1695. La capitale du Dauphiné est alors en quête d’artisans, les protestants étant obligés de fuir suite à la révocation de l’édit de Nantes. Il travaille dans l’atelier de Michel Chevallier, dont il épousera la fille en 1699 et reprendra l’activité. À côté de commodes Mazarine, sa production comprend, entre 1710 et 1730, des commodes Louis XIV à trois rangs de tiroirs et montants arrondis incorporés au bâti, telle la nôtre, qui est à rapprocher d’un modèle exposé au Musée des beaux-arts de Lyon (Hache ébénistes à Grenoble, éditions Glénat, 1997, par le Musée dauphinois, illustration p. 48). La marqueterie à décor géométrique, également présente sur le plateau et les côtés, y met en valeur les loupes d’olivier et de sycomore, de même que les bronzes particulièrement bien traités. Une sobriété encore toute Louis-quatorzième associée à une marqueterie novatrice et élégante mettant en valeur les bois du Dauphiné.
Dimanche 26 avril, Uzès.
Étude de Provence SVV.
Gen Paul (1895-1975), Course de cycliste le 14 juillet, huile sur toile. 65 x 81 cm. Estimation : 8 000/12 000 €.
Enfant de Montmartre
Gen Paul a connu plusieurs vies. Rien ne le prédestinait à cette existence faite de tumultes et de création. Né en 1895, Eugène Paul a passé son enfance dans sa maison du 96, rue Lepic, sur la butte Montmartre, avec sa mère, Joséphine Recourcé, brodeuse. S’il commence à dessiner durant son adolescence, ce gamin de la rue devra enchaîner les petits boulots afin de gagner un peu d’argent. «Tout moujingue, je dessinais partout… Quand je n’avais pas de crayon, j’allais piquer des morceaux de charbon chez le Bougnat et je traçais sur le trottoir des défilés qui n’en finissaient pas.» Tour à tour apprenti tapissier et garçon boucher, il est finalement enrôlé dans l’armée. Blessé, il sera amputé de la jambe droite en 1915. Il n’a alors que 20 ans mais une nouvelle vie va s’ouvrir à lui. Installé au 2, impasse Girardon, il regarde chaque jour à sa fenêtre, l’animation du quartier. Les gamins de la Butte, dont Jean Mongorgé, le futur Jean Gabin, vagabondent, et le quartier de Montmartre évolue, avec la guinguette du moulin de la Galette et les nombreux cafés. Il commence à dessiner, suivant les conseils de quelques amis comme Eugène Delâtre, Juan Gris, Frank-Will et le Marseillais Marcel Leprin qu’il rencontre au Salon d’automne de 1920. Ses œuvres signées «Gen Paul» se vendent assez bien aux brocanteurs. Sa peinture se construit peu à peu. Il effectue bientôt quelques voyages, à Marseille ou en Espagne. Une importante évolution stylistique s’opère dans son travail durant cette période, entre 1923 et 1930, qui donnera naissance à ses œuvres majeures, les plus recherchées. Six datées entre 1923 et 1927 seront proposées lors de cette vente sur des thématiques urbaines, encore sous influence postimpressionniste. Provenant de l’ancienne collection de Frédéric Grégoire (1877-1947), elles avaient été acquises directement auprès de Gen Paul vers 1928-1930. Nous sommes au début de son évolution avec une construction encore solide et des couleurs claires et presque diluées. Gen Paul tend déjà à plus de liberté et d’expressionnisme. Mais bientôt, la couleur plus travaillée dans son épaisseur prendra définitivement les commandes.
Dimanche 26 avril, Marseille.
Marseille Enchères Provence SVV. M. Farrando.
Édouard Vuillard (1868-1940), Lucy Hessel au chapeau mousquetaire, vers 1907, huile sur carton, signée, 86 x 64,9 cm.
Estimation : 80 000/100 000 €.
Chapeau, monsieur Vuillard !
Édouard Vuillard et Lucy Hessel forment l’un des couples mythiques de la peinture du XXe siècle. C’est en 1900 que le peintre fut présenté au marchand de tableaux Jos Hessel, par l’intermédiaire de Félix Vallotton dans son château de Romanel, en Suisse. Hessel deviendra son marchand exclusif. Vuillard fréquente le couple durant les quarante années suivantes, devenant rapidement l’amant de Lucy. À la mort de sa mère, en 1928, il viendra même habiter chez les Hessel, dans leur propriété de Vaucresson. Il passe aussi la plupart des étés avec eux en Normandie. Autant d’occasions de réaliser des portraits de ses amis. Lucy fut sa muse et son modèle de prédilection. Notre portrait au chapeau mousquetaire, réalisé vers 1907, appartenait à la collection de Jos Hessel jusqu’à son passage en vente, à la galerie Charpentier, en 1959. Il est bien connu des collectionneurs et a été exposé à plusieurs reprises, notamment, en 1977, à Bâle au Kunst Museum. Ces premières années du XXe siècle coïncident avec un changement dans le style d’Édouard Vuillard. Au même moment, les nabis se séparent à la suite de la disparition de La Revue Blanche. Chacun suit alors sa propre voie. Vuillard retrouve des formes plus traditionnelles et tend vers une manière plus sensible à la lumière. Les portraits tiennent désormais une place importante dans son œuvre, il s’attache à les imprégner de sensibilité et de naturel : «Je ne fais pas de portraits, je peins des gens chez eux.» Notre tableau est tout à fait édifiant puisque aucun décor ne vient entraver la représentation de la jeune femme, traduisant parfaitement sa grâce et sa forte personnalité, attestée par le port audacieux de ce chapeau d’homme. Une petite touche d’humour que Vuillard aimait glisser dans ces images de la vie bourgeoise, non sans conserver beaucoup d’affection pour ses modèles.
Samedi 2 mai, Brest.
Thierry - Lannon & Associés SVV. M. Schoeller.

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