La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
«Riva Aquarama», 1966. Canot automobile en bois verni, coque n° 170, deux moteurs, puissance : 2 x 220 cv ; 8,02  x 2,62 m.
Estimation :
200 000/250 000 €.

 
À la une
Neptune entend des bruits inconnus, des vrombissements qui agitent la surface de l’eau ; le dieu des flots décide d’enquêter sur ce qui trouble ainsi son royaume. Quelle n’est sa stupéfaction de voir des engins filer à grande vitesse ! Même son magnifique quadrige de chevaux marins ne peut rivaliser. Il lui faut un équipage moderne digne de son rang. Isis, déesse fécondatrice de la terre et des eaux, lui souffle de se rendre aux bords du lac Iseo en Lombardie, pour lequel elle a un certain penchant car il aurait été nommé en son honneur. Il découvre, sur ses rives à Sarnico, un atelier d’élégants et rapides canots automobiles dessinés, poussés jusqu’à la perfection, par Carlo Riva. La clientèle d’un dieu n’étonnerait pas plus que cela cet héritier d’une dynastie liée aux bateaux, qui compte parmi ses fidèles le shah d’Iran, le roi de Jordanie, des membres de la famille royale anglaise et des vedettes du cinéma, à commencer par Brigitte Bardot qui fera d’un Riva un must à Saint-Tropez. Carlo Riva est fier de l’excellence de ses embarcations de plaisance. Il rêve, pense et vit bateau. Il se souvient des étés en Grèce passés à régler mille détails : «Neuf années de suite, tel un Ulysse minuscule, j’essayais des améliorations en vivant à bord de mes bateaux.» La mythologie n’est jamais loin ; en 1950, est conçu le «Riva Tritone», premier canot à deux moteurs, à la paire de larges réservoirs, permettant ainsi une autonomie d’environ huit heures. Douze ans plus tard, apparaît le «Riva Aquarama», mythique, légendaire… on peut appeler à la rescousse tous les adjectifs et superlatifs, aucun ne peut rendre ce que cette création a représenté pour la plaisance de luxe. Descendant du Tritone, il est reconnaissable à son grand pare-brise comme un écran de cinémascope. Les sièges à l’avant sont désormais séparés ; un passage antidérapant vers l’arrière offre un meilleur accès à l’eau. Jusqu’en 1996, 769 bateaux auront été produits, sur commande. Chaque unité est adaptée – dans la mesure du possible mais toujours avec une étude poussée sur la faisabilité – aux desiderata du client, qui doit attendre la livraison entre un ou deux ans. Un Riva est un luxe qui se mérite et doit être entièrement réglé ; Carlo Riva est inflexible sur ce point. En 1969, il accepte les coques en plastique, qu’il habille quand même d’acajou. C’est aussi l’année où il cède son entreprise qui entre dans l’orbite du groupe Rolls Royce, puis de Ferretti jusqu’en 2012 où il passe dans le giron de Shandong Heavy Industry via sa filiale Weichai Power. Cependant, Carlo Riva avait créé, en 1976, Porto Carlo Riva, premier port privé de l’histoire de la plaisance italienne, à Rapallo, dans le golfe de Gênes, qu’il possède toujours ; il a également gardé la Ram, qui, depuis 1957, entretient ou restaure les Riva dans les règles de l’art.
Samedi 25 juillet, Arcachon.
Jean-Pierre Osenat SVV.



 
Anna Quinquaud (1890-1984), Femme du Foutah Djalon, vers 1930, buste en grès rehaussé d’or, pour la manufacture HB Quimper, h. 39,5 cm.
Estimation :
23 000/28 000 €.
Rencontre entre Bretagne et Afrique
L’exotisme et la femme sont deux thèmes centraux de l’époque art déco, comme en témoigne ce superbe buste en grès signé Anna Quinquaud. S’il sera la vedette de cette vente, ce n’est pas la première fois qu’on le trouve sous le feu des projecteurs. En effet, le 27 juin 1931, L’Illustration consacre un numéro spécial à l’Exposition coloniale de Vincennes. En couverture, un buste d’Anna Quinquaud, la terre cuite ayant servi de modèle à la manufacture HB de Quimper pour l’exécution de pièces en grès. La manifestation, durant les six mois de sa tenue, devait attirer pas moins de trente-trois millions de visiteurs, toutes nationalités confondues, venus découvrir à la porte Daumesnil les architectures des territoires d’outre-mer. Une place importante y est réservée aux productions nationales, regroupées dans le grand bâtiment des sections métropolitaines. C’est là, dans l’espace «Céramiques, vitraux et verreries», que les établissements Jules Henriot et la grande maison de la Hubaudière exposent leurs créations. Les deux faïenceries de Quimper rivalisent d’inventivité. Elles choisissent d’oublier pour un temps la tradition bretonne, qui fait leur célébrité, et de s’ouvrir à un exotisme novateur en vogue. Elles engagent alors de nouveaux artistes sculpteurs, notamment Émile Monier et Anna Quinquaud, qui lancent la mode des portraits africains. Élève d’Auguste Rodin, fille d’un médecin et d’une sculptrice, cette dernière obtient en juillet 1924 le second prix de Rome. Mais, à un paisible séjour à la villa Médicis, elle préfère l’aventure en Afrique occidentale française, au cours de laquelle – seule femme et seule Blanche parmi un petit équipage indigène –, elle remonte le Niger, parcourant le Sénégal, le Soudan, le Mali et la Mauritanie. Après un bref retour en France, elle repart en 1930, cette fois du côté de la Guinée. Dans la glaise, les hommes et les femmes du Fouta Djalon, région montagneuse de l’Afrique équatoriale, prennent vie. Anna Quinquaud rapportera de son voyage de nombreuses sculptures et aquarelles qu’elle exposera à Paris, à la galerie Charpentier. Ces œuvres intimes et attachantes connaîtront la postérité grâce à des tirages en bronze, des fondeurs Valsuani et Susse Frères, mais également dans des transpositions en céramique, aussi bien à Sèvres qu’à Quimper, avec cette série de grès à patine brune… à la sensibilité à fleur de peau.
Samedi 25 juillet, Saint-Brieuc.
Armor Enchères SVV.
Studio Pierre Cardin, Sculpture utilitaire, bureau pyramide en bois laqué, verre et résine, ouvrant par six tiroirs, édition des années 1970, 73,5 x 200 x 98 cm.
Estimation :
100 000/120 000 €.
Pierre Cardin dans le Luberon
Pierre Cardin a redonné vie au petit village de Lacoste, dans le Luberon. Le couturier a en effet racheté, en 2001, le château du marquis de Sade. Depuis, un travail de restauration a été lancé. Cet incroyable lieu est devenu sa résidence secondaire, et accueille par ailleurs des espaces dédiés à l’art et à la culture. Le couturier organise également depuis cette époque, dans les carrières situées non loin du château, un festival d’art lyrique et de théâtre, en collaboration avec Ève Ruggieri. Pour notre vacation, le samedi 18 juillet, au lendemain de la prestation du violoniste Nemanja Radulovic, il a choisi un autre endroit cher à son cœur : le «cinéma de la gare». Inauguré en 2014 en face de la gare de Bonnieux à 5 km de Lacoste, celui-ci comprend une salle de projection de 170 places. Mais le lieu peut également accueillir des représentations théâtrales, des concerts ou… des ventes aux enchères. 90 lots seront proposés à partir de 15 h, dont plusieurs créations de la maison Cardin et des pièces provenant de la collection personnelle de Pierre Cardin, dont un ensemble de douze couverts imaginés par Salvador Dalí dans le goût surréaliste, prisé 12 000/15 000 €, et un Autoportrait de Robert Combas à 15 000/20 000 €. Mais le lot phare de cette vente n’est autre que ce bureau pyramidal issu de la collection de meubles de design créée, dans les années 1970, par le Studio Pierre Cardin sous le titre de «Sculptures utilitaires». Notre édition limitée d’époque, en bois laqué, verre et résine, s’inscrit ainsi parfaitement dans cette recherche d’œuvres remarquables tant pour leur esthétique que pour leur fonction. Ces créations d’une grande inventivité – «haute couture» – réalisées à partir de 1977 et se référant parfois aux collections de Cardin, se basent sur un principe original : considérer un meuble comme une sculpture autour de laquelle on doit pouvoir tourner. Un concept gagnant, puisque l’édition des «Sculptures utilitaires» se poursuit aujourd’hui encore.
Samedi 18 juillet, Bonnieux.
Dame Marteau - Air Auction SVV.
Patek Philippe, Calendrier Perpétuel Genève, référence 3970 ER, chronographe en or rose 18 ct, boîtier rond à fond vissé, bracelet en crocodile et boucle déployante, signée « PP », cadran, boÎtier et mouvement signés, diam. 36 mm, 76,42 g. Dans son écrin avec certificat d’origine Patek Philippe.
Estimation :
90 000/100 000 €.
Patek Perpétuel
Les marques Patek Philippe, Rolex et Vacheron Constantin comptent parmi les plus prisées des collectionneurs de montres. Ces derniers, de plus en plus nombreux, considèrent désormais ces très chères trotteuses à l’égal d’un tableau moderne. Les modèles rares de Patek Philippe ont ainsi vu leur cote s’envoler durant ces deux dernières décennies, en particulier les montres à heure universelle et les chronographes comme celui-ci, présenté à cannes avec une estimation haute de 100 000 €. La référence 3970, à calendrier perpétuel, reste l’un des modèles mythiques de la maison, fabriquée entre 1986 et 2004 à 4 000 exemplaires ; elle est aujourd’hui remplacée par la 5970, plus large. Outre l’or rose 18 ct la composant et son bracelet en crocodile, votre attention se portera sur son mouvement mécanique à remontage manuel et son cadran à quantième et phase de la lune, totalisateur des années bissextiles… Si la célèbre maison suisse est aux mains de la famille Stern depuis 1932, son origine remonte à 1839. À cette date, le Polonais Antoine Norbert de Patek fonde à Genève une entreprise, en collaboration avec l’horloger François Czapek. Mais le second cède bientôt sa place à l’ingénieur français Jean-Adrien Philippe, qui crée notamment une montre de poche facilement remontable. Associés avec Vincent Gotowski, les deux hommes lancent en 1845 la Société Patek et Cie, qui deviendra Patek Philippe & Cie. Le credo de la maison est depuis toujours celui du haut de gamme, avec la création de modèles de luxe associant des mécaniques de précision de plus en plus complexes, comme le quantième perpétuel, dont ils déposent le brevet en 1889, ou le quantième annuel, en 1996. Avec leur design intemporel, les chronographes Patek Philippe demeurent des pièces de référence, en particulier la 3970 qui marqua à sa sortie, en 1986, l’introduction du calendrier perpétuel et l’entrée dans l’ère moderne des montres de la maison.
Lundi 20 juillet, Cannes.
Besch Cannes Auction SVV. M. Gavioli.

 
Paul Brandt (1883-1952), bureau moderniste à un caisson et un retour intégré, structure en métal tubulaire nickelée, bois laqué noir d’origine, verre clair et miroir, édité par Larsen & Cie vers 1930, 76 x 202 x 52 cm.
Estimation :
4 000/6 000 €.
Paul Brandt designer
Paul Brandt a 47 ans lorsqu’il présente au Salon des artistes décorateurs ce bureau moderniste. Une grande première ! En effet, il était jusque-là connu et apprécié pour sa production de bijoux, considéré comme l’un des plus grands joailliers des périodes art nouveau et, surtout, art déco. Né en 1883 à La Chaux-de-Fonds, en Suisse, il part en France recevoir une formation artistique complète dans la capitale. Joaillerie, peinture ou encore sculpture et orfèvrerie… aucune spécialité ne lui échappera. Sa carrière débute officiellement en 1906, avec sa première exposition au Salon des artistes français, où il présente ses bijoux art nouveau. Il travaille également en collaboration avec les maisons Lacloche et Boucheron. À l’Exposition des arts décoratifs de 1925, le changement d’orientation stylistique est manifeste. Paul Brandt se démarque alors par ses bijoux modernes, qui marqueront les mémoires. Nous sommes en pleine période art déco, et le créateur est également séduit par le travail des grands ensembliers que sont Eric Bagge et René Herbst. Ces deux designers conçoivent alors pour lui des vitrines destinées à mettre en valeur ses bijoux. Peu à peu influencé par le concept ambiant d’art total, Brandt commence à explorer d’autres domaines artistiques, à l’image de ses fameux étuis de cigarettes en laque incrustée d’argent présentés lors de différents salons. Il franchira le pas en 1930, au Salon des artistes décorateurs, présentant son «Bureau d’un artiste décorateur», composé de notre meuble, d’un siège de travail, d’une paire de fauteuils pour les visiteurs et d’un guéridon d’appoint, mais aussi d’un lampadaire et d’une lampe modernistes signés Perzel. Cet envoi au Salon est alors enregistré dans le groupe de l’avant-gardiste Djo-Bourgeois. L’événement restera malheureusement sans lendemain. Paul Brandt travaillera encore durant six années dans la joaillerie et les objets précieux, avant de se convertir dans l’industrie de la ferblanterie. Ainsi notre bureau édité par Larsen & Cie pourrait-il être soit le modèle d’origine, présenté durant le salon de 1930, soit une réplique éditée très peu de temps après. Alors, pièce unique ou pas ?
Jeudi 23 juillet, Clermont-Ferrand.
Anaf - Jalenques - Martinon - Vassy SVV. M. Eyraud.
Jan III Van Kessel (1654-1708), Coupe en Delft d’abricots et d’amandes et Corbeille de fleurs et chaudron de cuivre aux tulipes, paire d’huiles sur cuivre, 24 x 32 cm.
Estimation :
40 000/60 000 €.
Tradition flamande
Jan III Van Kessel, dit le Jeune, avait de qui tenir ! Il était le fils de Jan Van Kessel (1626-1679), qui se distingua par ses désormais célèbres tableaux d’insectes, quasi encyclopédiques, mais aussi le petit-fils d’Hieronymous Van Kessel, qui descendait lui-même de Jan Bruegel l’Ancien… Formé par son père, il effectua l’essentiel de sa carrière à l’étranger, en Italie et, surtout, en Espagne à la cour madrilène de Charles II. En cette fin de XVIIe siècle, Jan Van Kessel le Jeune propose ainsi une œuvre dans la pure tradition de la peinture flamande. Il pioche à volonté parmi les divers genres à la mode à cette époque dans les cabinets de curiosités des riches bourgeois et marchands, le paysage et, bien sûr, la nature morte. S’il a réalisé quelques compositions très organisées, avec peu d’éléments déposés sobrement sur une table, sa préférence va à celles où des fruits et légumes amoncelés à volonté côtoient des animaux, qui apportent encore plus de vie à ses tableaux. C’est le cas de notre belle paire d’huiles sur cuivre, proposant pour l’une, sur une table posée au sein d’un intérieur, une coupe en faïence de Delft contenant des abricots et des amandes accompagnée de grappes de raisins, citrons, grenades, paniers de cerises et  figues, un cache-pot en cuivre, des choux-fleurs, des pastèques et des artichauts… sans oublier un singe tentant de grapiller quelques-unes de ces denrées rares et alléchantes ! Pour l’autre, une corbeille de fleurs et un chaudron de cuivre empli de tulipes sont entourés d’artichauts et d’asperges, mais aussi d’animaux de la basse-cour. Le capucin, originaire d’Amérique du Sud, tout comme ces fruits exotiques et ces fleurs variées, illustre à la fois le développement croissant des connaissances scientifiques à cette époque et l’expansion du commerce maritime des Pays-Bas, qui permit de voir arriver du Nouveau Monde ou d’Asie des espèces jusque-là inconnues. L’éloge de la diversité !
Samedi 25 juillet, Pau.
Gestas - Carrere Enchères de Bourbon SVV. M. Dubois.
Giovanni Battista Langetti (1625-1676), La Charité romaine, toile, 141 x 195 cm.
Estimation :
15 000/20 000 €.
Amour filial romain
Pierre Paul Rubens, Le Caravage, Jean-Baptiste Greuze ou encore Simon Vouet ont également abordé ce thème éternel. La Charité romaine se retrouve dans plusieurs textes antiques, notamment chez Valère Maxime et Pline l’Ancien. De tous temps, cette histoire a interpellé les artistes, tant par sa signification que par son potentiel dramatique. Acte ultime de piété filiale, elle raconte comment une jeune fille du nom de Péro visite régulièrement son père, Cimon, en prison. Ce dernier est condamné à mourir de faim. Mais sa fille, à chacune de ses visites, lui donne secrètement le sein et permet ainsi à son père de survivre. Les geôliers finissent par découvrir le subterfuge et les juges décident par compassion la libération du prisonnier. En une seule image, toute cette histoire à la fois tragique et magnifique est racontée. Les peintres du XVIIe siècle, en quête d’expressivité, n’en demandaient pas tant ! À l’instar de Rubens ou du Caravage, Giovanni Battista Langetti a ici créé une belle et grande œuvre aux effets de clair-obscur dramatiques. Il faut dire que cet artiste génois a, dès sa formation, appris le goût de la couleur auprès des maîtres Castiglione, de Ferrari et Strozzi. Il passe ensuite un temps à Rome, dans l’école de Pierre de Cortone, avant de s’installer à Venise vers 1650. Là, il rencontre l’un des principaux suiveurs du Caravage, Luca Giordano, qui l’initiera au naturalisme du maître. Langetti réalisera de nombreuses œuvres mythologiques, au cadrage serré, animées de personnages réalistes et musculeux, peints dans une touche grasse et colorée. Il eut un rôle majeur à Venise dans la seconde moitié du XVIIe siècle, attirant dans son sillage de nombreux autres peintres, tels Antonio Zanchi ou Johan Carl Loth. Ses œuvres sont conservées dans de nombreux musées, notamment la Crucifixion pour l’église de la Teresa au Ca’ Rezzonico de Venise, Apollon et Marsyas à Dresde et un Hercule à Vienne.
Vendredi 10 juillet, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Kahn-Dumousset SVV. M. Dubois.
Henry Moret (1856-1913), Neige en Bretagne, 1894, huile sur toile, signée, située et datée, 92 x 73 cm.
Estimation :
60 000/80 000 €.
Chantre de la Bretagne
Un paysage idyllique ! Les peintres, en particulier les Bretons, bénissent ces rares chutes de neige qui leur permettent de créer des œuvres d’exception, où la lumière et la nature sont complètement modifiées et apparaissent sous un jour nouveau grâce à leur œil aiguisé. Henry Moret nous offre ici une belle perspective baignée d’une douce lumière aux nuances orangées, presque irréelle. Si ce Normand eut un premier contact avec la Bretagne à l’occasion de son service militaire, effectué à Lorient, il décide de découvrir la région plus amplement en 1888. Direction Pont-Aven. Le choix du lieu n’est pas fortuit, notre artiste venant retrouver dans cette province oubliée et encore sauvage, symbole d’un riche passé médiéval, toute une communauté d’artistes réunis autour du maître du moment, Paul Gauguin. Avide de nouveauté, Moret est en quête de liberté et de grands espaces. C’est sans doute durant sa jeunesse, du côté de Cherbourg, qu’il a acquis cet amour irrépressible pour la peinture de plein air. Après un passage à Paris, à l’École des beaux-arts dans la classe de Gérôme et de Laurens, le jeune peintre ressent rapidement l’envie de s’évader. Jusque-là sous l’influence de l’impressionnisme, sa manière va évoluer au contact du synthétisme pictural et de la doctrine symboliste prônés par Émile Bernard et Paul Gauguin. Si les aplats de couleur et autres cernes noirs apparurent un temps dans ses toiles, il les abandonne bien vite, vers 1892, au profit d’un retour aux touches en virgules et aux nuances colorées, mais aussi à sa très chère peinture de plein air. Soutenu par le marchand Durand-Ruel dès 1895, Moret travaillera par la suite plus sereinement. Le chantre de la Bretagne peut alors pleinement s’exprimer. D’une nature modeste, le peintre se concentre sur sa passion et sa carrière. Installé dans le port de Doëlan, il focalise, durant les années suivantes, ses recherches sur le Finistère, peignant la région sous tous ses aspet, dans un style libre et dynamique.
Mercredi 12 août, La Baule.
Salorges Enchères SVV. Cabinet Maréchaux.
IGustave Courbet (1819-1877), Femme au hamac tenant son enfant, vers 1842-1843, huile sur toile signée des initiales, 32 x 40,5 cm.
Estimation :
30 000/50 000 €.
Courbet de jeunesse
La chaleur des liens familiaux : voici ce que ce charmant tableau de Gustave Courbet décrit avec sensibilité. Le célèbre initiateur du courant réaliste a environ 23 ans lorsqu’il peint cette toile. Ses années de jeunesse, donc, mais s’il n’a pas encore franchi les frontières de la peinture académique, il fait déjà preuve d’une grande maîtrise et d’un talent certain de paysagiste et de portraitiste. Peut-être peint-il dans cette charmante scène quelques membres de sa famille, à laquelle il resta toujours très attaché. En effet, Courbet est né dans une famille aisée composée de quatre enfants à Ornans, en Franche-Comté, une région qui restera chère à son cœur et dont les paysages habiteront longtemps son œuvre. Ses premiers modèles ne furent autres que ses parents et ses sœurs. Courbet a eu la chance de rencontrer très jeune le père Baud, un de ses professeurs qui fut lui-même élève de Gros. En 1837, le jeune garçon est envoyé à Besançon suivre les leçons d’un émule de David, avant de débarquer à Paris, à 20 ans. S’il s’inscrit dans un premier temps à la faculté de droit, ses aspirations artistiques reprennent bien vite le dessus. Il visite le musée du Louvre avec assiduité, ainsi que les ateliers de Steuben et du père Suisse. Ses références sont alors les maîtres anciens, Rembrandt, Rubens et Le Caravage, ainsi que les romantiques Géricault et Delacroix. Peu à peu, il élabore un style personnel ambitieux, avec de nombreux portraits de plus en plus réalistes. La reconnaissance arrive au Salon de 1848, avec la présentation d’une dizaine de toile, mais suivra, deux ans plus tard, la polémique autour d’Un enterrement à Ornans, où Gustave Courbet brise les règles académiques en faisant accéder une simple scène de genre au grand format, habituellement réservé aux sujets historiques, religieux ou mythologiques. Bousculer la tradition et sacraliser le quotidien, telle fut la quête du peintre durant toute sa carrière.
Dimanche 9 août, Biarritz.
Biarritz Enchères SVV. Cabinet Maréchaux.
Claude Gilli (né en 1938), Relax, 1965, sculpture en bois découpé et peint, signée et datée, 111 x 125 x 5 cm.
Estimation :
8 000/12 000 €.

 
Bienvenue à Nice
Si l’école de Nice n’était pas à proprement parler un mouvement artistique, elle a su se faire un nom, synonyme de modernité et d’insolence. Elle regroupait dans les années 1960 des artistes travaillant dans la région niçoise et voulant s’opposer à l’école de Paris, jugée obsolète. On retrouve dans ce groupe des créateurs très différents les uns des autres, tels Arman, Klein, Ben, Malaval, Viallat ou encore Claude Gilli. Si ses camarades ont pu être rattachés aux mouvances du nouveau réalisme ou de fluxus, ce dernier est quant à lui plus proche du pop art. Gilli est un vrai Niçois, né en 1938 sur la Côte d’Azur puis formé à l’École des arts décoratifs de la ville, dès l’âge de 16 ans. Il est à l’origine de la fondation de la fameuse école avec ses camarades Martial Raysse, Ben et Bernard Venet, qu’il voyait régulièrement au café du coin, mais aussi dans la célèbre boutique de Ben. Jusque-là sans grande animation culturelle, Nice va alors connaître un renouveau artistique grâce à ces joyeux compères. Claude Gilli est initié à l’art contemporain par Raysse et Chubac, mais aussi par la découverte de l’œuvre de Nicolas de Staël puis de celle de Rothko. Une vérité s’impose à lui : il faut trouver son propre langage pour être reconnu. Il se tourne vers le pop art et commence à travailler en récupérant des objets vétustes chez les brocanteurs, amoncelant des vieilles statues, des cartes postales ou encore des images pieuses, mais aussi des images libertines de revues érotiques. S’il brûlera une grande partie de ses premiers ex-voto, il continuera dans cette voie, avec l’aide de son marchand Jacques Matarasso. Les bois découpés naissent en 1963. Ces tableaux en relief sont tous réalisés sur le thème de sa ville, façon photos souvenirs, avec, comme dans Relax, le ciel bleu et des corps profitant de la douceur de vivre azuréenne. Des œuvres qui mirent du temps à s’imposer auprès du grand public, mais pas des artistes… Arman lui offrit ainsi une scie électrique comme marque de soutien !
Jeudi 20 août, Deauville.
Tradart Deauville SVV.
Costumes du règne de Louis XIV, Paris, Mariette, vers 1700, in-folio, maroquin rouge, dos à nerfs orné, riche encadrement doré sur les plats, reliure anglaise du XIXe siècle.
Estimation :
35 000/40 000 €.
La mode sous Louis XIV
Ce recueil de costumes de l’époque Louis XIV sera l’un des ouvrages phares de la désormais célèbre vente de Montignac destinée aux bibliophiles. Un ouvrage qui sera particulièrement convoité par les collectionneurs pour son brillant coloris d’époque et ses rehauts d’or, d’argent et de paillettes, mais aussi pour la somme d’informations qu’il renferme sur la mode à l’époque du Roi-Soleil. Ce règne vit la naissance du costume de cour, plus fastueux et bien moins confortable que celui de la sphère privée. Louis XIV réussit d’ailleurs à imposer à ses courtisans sa propre vision de la mode. Dans l’ensemble, les changements tendirent tous vers plus de somptuosité et de froufrous… Il généralisera le port de la perruque, de plus en plus complexe et lourde, qui obligeait les hommes à se raser pour plus de confort. Au début des années 1700, on commença à poudrer de blanc aussi bien les perruques que les visages ! Vers 1670 fut abandonnée la rhingrave, sorte de jupe-culotte, au profit d’une culotte plus collante, serrée par une jarretière qui dévoilait les mollets de ces messieurs. Le justaucorps était également utilisé si l’on avait quelque embonpoint, ce qui fut le cas de Louis XIV avec l’âge. On note également l’invention de la cravate, de la cape ou du chapeau à plumet. Quant aux femmes, elles suivaient le modèle des maîtresses royales, de plus en plus élégantes. Les falbalas firent leur apparition pour rehausser les vêtements. Ils s’accompagnaient de robes ou de trois jupes mises l’une sur l’autre, dont la dernière se terminait en traine, le tout associé à des corsets. Le décolleté se voulait plongeant et les coiffures, fantaisistes, à l’image de l’hurluberlu… Jusqu’à ce que Mme de Maintenon impose la rigueur avec ses chignons et ses mantilles. Ne sont pas négligés ici les accessoires indispensables que furent les mouches, les gants, les écharpes et les éventails. Bref, un monde fait de codes que l’on retrouve dans ce recueil de cent gravures de Mariette, en premier tirage et entièrement enluminées à l’époque. On y voit des représentations de Louis XIV et de la famille royale, mais aussi des familles régnantes d’Angleterre, du Danemark, d’Allemagne et du Saint-Empire, de Savoie et d’Italie, ou encore du Maroc. Sans oublier des anonymes de la cour de Louis XIV, dont des comédiens et des danseurs. Un défilé de mode à l’élégance aristocratique !
Samedi 22 août, Montignac Lascaux.
Galateau - Pastaud SVV. Cabinet Poulain-Marquis.

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