La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Art pré-achéménide, VIIIe-VIe siècle av. J.-C. Modèle de rhyton zoomorphe en argent,
l. 24 cm, poids 439 g.
Estimation : 450 000/500 000 €

 
Le lion, soleil du roi
La gueule ouverte sur ses crocs, ce lion pourrait inspirer la peur. En fait, pour notre regard d’Occidental, il fait figure d’un gros matou, plutôt souriant. Ses moustaches stylisées, ses petites oreilles erse dressant parmi une crinière qu’indique une répétition de triangles, ses paupières voilant partiellement son regard, offrent une représentation assez proche de la réalité. L’habitat de Panthera leo persica, voisin du roi des savanes africaines, s’étendait de l’Inde à la Syrie. La crinière en est moins touffue, les oreilles dégagées. Il règne sur un territoire comprenant quelques groupes de femelles et se nourrit de cerfs et de bétail, comme l’avait noté Hérodote, rapportant l’attaque de dromadaires d’une caravane de Xerxès, lors de la seconde guerre médique (480-479 av. J.-C.). Sa chasse révèle le courage, le goût du danger et la virilité des souverains depuis Sumer jusqu’à l’Empire perse. La force et la majesté du lion – traduites par des rugissements formidables qui emplissent d’épouvante toute créature vivante – sont autant d’attributs fortement désirés par un monarque. Ainsi anime-t-il les bas-reliefs des palais de Babylone, Persépolis et Suse. Les orfèvres et les sculpteurs utilisent son effigie sur des mors de chevaux, des plats, des bijoux, et en reprennent les formes pour des poids comme celui en bronze visible au Louvre, dit «lion de Suse», très proche de ce rhyton en argent. Le rayonnement artistique babylonien se propage aux royaumes voisins comme ceux des Mèdes, des Perses, des Élamites, qui vont être réunis par la dynastie achéménide. À l’époque de création de cette pièce apparaît (vers 688 av. J.-C.) le nom d’un roi d’Anshan, Achéménès. Ses descendants vont engager la conquête des territoires environnants, jusqu’à Cyrus II le Grand, qui s’empare de la Médie en 550, point de départ de leur empire. Les artisans s’installant dans la région apportent avec eux leur savoir-faire particulier et leur répertoire iconographique. D’après certaines inscriptions, les orfèvres les plus recherchés étaient les métallurgistes mèdes. Ces populations d’origine nomade, issues d’Asie centrale, appréciaient les parures et la vaisselle d’or et d’argent… ce qu’avaient noté les Grecs. Hérodote, toujours lui, rapporte également que «les Perses (…) n’élèvent aux dieux ni statues, ni temples, ni autel (…) Ils ont coutume d’offrir des sacrifices à Zeus au sommet des montagnes les plus élevées – ils donnent le nom de Zeus à toute l’étendue de la voûte céleste.» Le lion est alors tout à fait approprié : n’est-il pas la représentation du Soleil, chez les Assyriens et les Perses ?
Vendredi 22 février, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV. M. Kunicki.
Sautoir cravate formé d’une chaîne en platine ornée de perles soutenant un motif en or gris et argent ponctué de perles naturelles bouton et de diamants de taille ancienne, l. 73 cm ; écrin à la forme.
Estimation : 160 000/200 000 €

 
Perles fines et diamants
Que ce soit en Chine, en Afrique, en Inde ou en Océanie, depuis les temps anciens la perle est un objet de parure aussi précieux que symbolique. Cléopâtre, qui avait parié avec Antoine de dépenser plus de dix millions de sesterces en un seul repas, n’hésita pas à faire dissoudre dans du vinaigre l’une des perles qu’elle portait à l’oreille et à boire le breuvage. Pour son mariage avec Henri II, Catherine de Médicis portait les plus grosses perles fines qu’on eût jamais vues. Elle les offrit à Marie Stuart, épouse de son fils François II : le cadeau ne lui porta pas bonheur, Elisabeth Ire se chargeant de se les attribuer après l’avoir fait emprisonner ; un portrait montre la souveraine anglaise couverte de perles, tant brodées sur son costume que portées en collier. Enfin, en 1917, un double rang de perles était échangé par Cartier contre un immeuble de la Cinquième avenue à New York… Ce sautoir  ne porte pas la signature du joaillier français, mais il y fait penser, d’autant qu’il a été réalisé vers 1910-1915. Il est estimé 160 000/200 000 €. La somme est conséquente nonobstant une évidente rareté, un dessin séduisant, une qualité et un nombre respectable de perles fines, un charme indéniable. L’autre pièce phare de la dispersion est une broche «Tête de lion» des années 1970, en or entièrement serti de diamants, réalisée par la maison Georges Lenfant pour Van Cleef & Arpels. 40 000/60 000 € seront nécessaires pour décrocher ce bijou emblématique du chaîniste français, qui travailla pour Hermès, Mauboussin, Mellerio, Cartier et d’autres grandes maisons du quartier de la place Vendôme.
Vendredi 25 janvier, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Pestel-Debord OVV.
Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), Jane Avril, 1893, affiche originale, premier état, imprimée par Chaix, à Paris, 124,1 x 91 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €
Toulouse-Lautrec affichiste
Jane Avril est l’un des personnages mythiques des peintures de Toulouse-Lautrec. La danseuse du cabaret parisien Le Divan japonais est née en 1868 sous le nom de Jeanne Louise Beaudon. Fille d’une Parisienne demi-mondaine et d’un marquis italien qui ne l’a jamais reconnue, elle a été élevée par ses grands-parents avant de retourner chez sa mère. Mais, devant le comportement dément de cette dernière, Jeanne s’enfuit dans une pension religieuse. Très marquée par ces événements, elle souffre d’une maladie nerveuse, peut-être l’épilepsie, ou ce que l’on appelait alors «hystérie». Cela lui vaudra d’être internée dans le service du docteur Charcot, à l’hôpital de la Salpêtrière. Alors qu’elle est au bord du suicide, elle est sauvée par des prostituées, qui lui font découvrir la vie nocturne parisienne. Âgée de 17 ans, elle se fait remarquer au bal Bullier par sa manière de danser très rythmée, et originale. Grâce à l’impresario Charles Zidler, elle entre au Moulin Rouge avant de poursuivre sa carrière au Divan japonais et aux Folies Bergère, mais aussi à Londres et à Madrid, où elle sera l’ambassadrice du french cancan. Sans vulgarité, intelligente, elle lie facilement connaissance avec les plus grands artistes de son époque, en tête desquels Henri de Toulouse-Lautrec. Le peintre, qui fréquente les cabarets et maisons closes de la butte Montmartre, se plaît à croquer les personnalités des nuits parisiennes. Dans cette volonté de rendre compte, d’observer les mœurs de cet univers, il peint de nombreuses œuvres réalistes sur ce thème et produit également beaucoup d’affiches. Le style est typique de l’époque, qui voit le développement de la publicité après la promulgation de la loi du 29 juillet 1881 consacrant «la liberté de la presse» et la liberté d’affichage. Pour le lancement du Moulin Rouge en 1891, le peintre représente ainsi une autre célèbre danseuse, la Goulue. Au cours des dix années suivantes, l’artiste créera une trentaine d’affiches et tirera 325 lithographies. Parmi elles, cet original, daté 1893, et présentant une signature imprimée en bas et au centre, ainsi qu’un monogramme en bas à gauche. Un bel exemple de la nouveauté et du dynamisme qu’insuffla Toulouse-Lautrec à cet art émergent.
Samedi 26 janvier, Villefranche-sur-Saône.
Guillaumot-Richard OVV. M. Mordente.
Jean Arcelin (né en 1962), Atelier espagnol, huile sur toile, 114 x 162 cm.
Estimation : 10 000/15 000 €
Atelier d’artiste par Jean Arcelin
Un atelier d’artiste en Espagne. Des tableaux et des feuilles sont négligemment posés à terre, les murs sont vides, la fenêtre ouverte donne sur les immeubles et sur l’horizon. Un sentiment de solitude émane de cet intérieur à l’atmosphère évanescente. La solitude propre à tout artiste face à la toile blanche… qu’une vue sur une ville inconnue permet d’effacer au profit de la force de création. Directement issu de son atelier, ce grand tableau nous permet d’entrer dans l’univers de Jean Arcelin. Le peintre parisien, originaire de Payerne, en Suisse, a fait ses études à l’école Charpentier et à la Sorbonne avant de passer par des ateliers. Ses maîtres l’ont initié notamment à la peinture ancienne, des XVIIe et XVIIIe siècles, aux vues d’intérieur, mais aussi aux vastes paysages. À un coup de pinceau précis et réaliste est associée une utilisation très spécifique des blancs, rapides et vaporeux. Se définissant lui-même comme «un faux réaliste», Arcelin expose régulièrement, depuis 1988, en France,  notamment à la Galerie 26 (Paris) –, en Suisse ou encore aux États-Unis. Il a également rencontré un certain succès auprès des entreprises, qui lui ont passé plusieurs commandes, comme pour les montres Ebel, le champagne Dom Ruinart, la banque Natixis et la maison de joaillerie américaine Tiffany & co. Encore peu présent sur le marché de l’art, Jean Arcelin pourrait être l’une des bonnes surprises du côté de Vannes grâce à cette grande composition qui se place parmi les meilleures réalisations de l’artiste, plutôt habitué aux formats verticaux, démontrant sur cette belle toile horizontale toute la sensibilité dont il est capable. Nées directement de son imagination ou fulgurances d’un souvenir, ces œuvres figuratives mêlent la réalité à l’illusion. Rapidement brossées, ces peintures offrent par leur lumière très travaillée des
paysages vivants qui invitent au voyage.
Samedi 26 janvier, Vannes.
Jack-Philippe Ruellan OVV.
Michelin, Guide rouge, collection complète de 1900 à 2016, 107 volumes.
Estimation : 18 000/20 000 €
Collection complète du Michelin
Au cœur d’une vente consacrée à la gastronomie se distinguera cet exceptionnel lot, comprenant la collection complète des Guides rouges Michelin de 1900 à 2016. Cent sept volumes auxquels s’ajoute un fac-similé de 1900, distribué avec le numéro de l’an 2000, à l’occasion du centenaire de la publication. Même si les plus anciens exemplaires présentent des usures, ils seront très convoités en raison de leur rareté. On connaît les prix records atteints par certains spécimens de la mythique édition de 1900, à Clermont-Ferrand : 22 000 € en 2015 et 18 500 € en septembre 2018 (Vassy-Jalenques OVV). Cette collection complète pourrait bien se retrouver au sommet des enchères. Elle consacre la réussite d’une entreprise et d’un marketing parfaitement mené par cette société clermontoise de pneumatiques, créée en 1889 par les frères André et Édouard Michelin. Parallèlement à leur campagne publicitaire, révolutionnaire pour l’époque – qui voit l’apparition du mythique personnage du Bibendum  –, ils poursuivent leurs innovations en inventant le Guide rouge à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris en 1900. Offert pour l’achat de pneus, il était destiné aux voyageurs, notamment aux cyclistes, et fournissait renseignements, adresses d’hôtels et de restaurants ou encore de garages, ainsi que des cartes routières. Dans notre ensemble, les éditions de 1902, 1904, 1905, 1906 et 1907 sont d’ailleurs complètes de leurs plans. À remarquer également, dans l’exemplaire de 1923, l’apparition pour la première fois des toujours très convoitées étoiles !
Jeudi 24 janvier, Lyon.
Conan Hôtel d’Ainay OVV. M. Ajasse.

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