La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Alexander Calder (1898-1976), Trois Pics, 1968, gouache, 78 x 58 cm.
Estimation : 10 000/15 000 €.

© Calder Foundation New York/ADAGP, Paris 2015

À la une
Calder ne croit pas aux surfaces planes ; la lumière, les formes jouent, se déplacent au gré de sa vision, même sur une feuille de papier ou sur une toile. À peine son diplôme d’ingénieur en poche (1919), le jeune Alexander tourne le dos à la précision mécanique, pour inventer des volumes, et s’oriente vers l’illustration et les dessins d’animaux. Arrivé à Paris en 1926, ces deux veines se trouvent réunies dans son célèbre Cirque, point de départ des diverses facettes de son œuvre. Il est habité par la poésie du mouvement, par l’harmonie colorée se déplaçant dans l’espace comme la vision de l’atelier de Mondrian dans un rayon de soleil qui faisait danser les stricts rectangles colorés. Calder est séduit par cette pureté, «qui n’a pas de sens, c’est juste beau», commente-t-il. Il est tout de même étonnant de ressentir tant d’émotion devant ses œuvres – que ce soit des mobiles, des stabiles, des peintures ou des œuvres sur papier. Jean-Paul Sartre résume parfaitement son travail de sculpteur dans sa préface pour l’exposition de 1946, à la galerie Louis Carré : «Avec des matières inconsistantes et viles, avec de petits os ou du fer blanc ou du zinc, il monte d’étranges agencements de tiges et de palmes, de palets, de plumes, de pétales.» On peut aussi appliquer ce jugement à ses coups de pinceau, à ses traits de crayon qui nous livrent des moments saisis comme au vol. Dans cette gouache, on voit trois formes acérées, brossées d’un trait léger ; sur la gauche, un rond rouge, presque parfait, un mince fragment semble avalé derrière le triangle voisin. Cette feuille a été offerte par l’artiste à une collaboratrice d’Aimé Maeght. Elle est titrée au dos Trois Pics et a été réalisée en 1968. L’année précédente, la ville de Grenoble avait passé une commande pour une sculpture à exposer devant la gare. Haute de 12 mètres et large de 8 mètres, elle symbolise les trois massifs qui entourent la ville : la Chartreuse, le Vercors et celui de Belledonne. Ce stabile est composé de trois feuilles d’acier peintes en noir. On ne sait si la gouache a été réalisée avant ou après le monument. La blancheur du papier évoque les pentes enneigées des massifs alpins, un magnifique soleil venant réchauffer la page. Déjà en 1932, Calder répondait à «Comment réaliser l’art ?», pour le premier numéro d'Abstraction-Création, art non figuratif : «Des espaces, des volumes, suggérés par les moindres moyens opposés à leur masse, ou même les contenant […] Des abstractions qui ne ressemblent à rien de la vie, sauf par leur manière de réagir.»
Vendredi 17 avril, salle 4 - Drouot-Richelieu.
De Baecque & Associés SVV.

Bernard Rancillac (né en 1931), Geometral d’une idole, 1966, huile sur toile, 88,5 x 115 cm.
Estimation : 70 000/90 000 €.
Rancillac ou l’art dans la vie
Né à Paris, Bernard Rancillac a pour monde la planète entière dès qu’il faut se battre pour les droits, la justice, les idées généreuses, le jazz… et les femmes. Il le reconnaît lui-même dans une interview en 1991 : «Tous les «événements» politiques m’impressionnent. Je l’ai découvert quand j’ai décidé de faire les toiles sur l’année 1966. J’ai compris alors que j’étais un animal politique, pas un chroniqueur mondain ! À l’origine de toute création artistique, il faut une émotion. Très souvent, chez moi, elle est de nature politique […] Le journaliste et le photographe sont plus présents sur l’événement et plus rapides en communication. Mais le peintre a le temps pour lui, le temps de s’enfoncer dans la chair du temps. Cela s’appelle l’histoire.» L’artiste a découvert Alger dans sa petite enfance, passé les années de guerre en Haute-Loire, effectué son service militaire au Maroc. Les guerres ont accompagné sa jeunesse, lui laissant un regard lucide sur le monde. À Paris, à partir de 1954, il se forme auprès de Bill Hayter, qui «lui éclaircit les idées dans l’eau-forte», se souvient-il. Avec quelques peintres – Télémaque, Monory, Klasen –, il invente une nouvelle figuration… On découvre, en 1964, dans l’exposition intitulée «Mythologies quotidiennes» cette nouvelle lecture de l’omniprésente image. Si on a beaucoup rapproché le style du pop art, il en diffère par son regard critique. Par exemple, pour sa peinture Sainte Mère Vache, en 1966, Rancillac utilise une photo de presse et une reproduction de la célèbre «Vache qui rit» de Rabier pour laisser un commentaire décapant – et sans paroles – sur la misère en Inde où l’animal est sacralisé. C’est cette acuité à décrypter le monde qui fait la diversité de son œuvre, tournant le dos au systématique détournement de la photo de presse ou de publicité. Dans le catalogue de l’exposition «Rancillac» de 1971 au musée d’art et d’industrie de Saint-Étienne, l’historien d’art Bernard Ceysson salue son «refus du conformisme pictural», son choix de «dire la vie par l’art et réintroduire l’art dans la vie par les médias les plus accessibles à ceux qui sont les plus démunis devant l’art».
Lundi 30 mars, 6, avenue Hoche, à 20 h.
Cornette de Saint Cyr maison de ventes.
École française, début du XVIIIe siècle, Portrait présumé de Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban et maréchal de France (1633-1707) en buste, marbre, 82 x 68 x 38 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €.
Buste d’apparat
Le règne de Louis XIV fut faste pour les sculpteurs : ils reçurent de nombreuses commandes de statues des personnalités les plus en vue du royaume, en buste notamment, qui permettaient d’affirmer le pouvoir et le rang du modèle. Nous voici en présence d’un homme dans la force de l’âge, au regard droit et coiffé d’une importante perruque bouclée. Son visage est adouci par le traitement du jabot de dentelle tout en finesse : un portrait que l’on peut rapprocher des réalisations de Jean-Louis Lemoyne (1665-1755), spécialiste du genre. Ce marbre représenterait donc Sébastien Le Preste, marquis de Vauban, maréchal de France, auteur de la «ceinture de fer», c’est-à-dire des citadelles et places fortes pour protéger les frontières, en particulier au nord, du fait des guerres de Hollande et d’Espagne. Pauvre gentilhomme morvandiau, Vauban se distingua dans la conduite des sièges, comme en 1656 à celui de Valenciennes, où il fut blessé. Alors tout récemment nommé ingénieur ordinaire du roi, il en garde néanmoins son franc-parler, un trait de caractère qui lui vaudra les éloges de Saint-Simon, pas moins ! Le jugement du bâtisseur est souvent lapidaire : «Il n’est pas concevable combien les Français y firent de fautes […] Jamais ouvrage plus mal imaginé que la digue à laquelle on travailla prodigieusement pendant tout le siège, et qui n’était pas encore achevée lorsqu’on fut obligé de le lever.» Défenseur de la vie des soldats, il ne cesse de perfectionner l’art des sièges et l’amélioration des citadelles. Dans une lettre à Louvois, en 1668, il déclare : «Je suis sur les lieux ; je vois les choses avec appréciation, et c’est mon métier que de les connaître ; je sais mon devoir, aux règles duquel je m’attache inviolablement.» Vauban ne se contenta pas d’être un architecte militaire, il prônait également une transformation de l’ordre social par une réforme de l’impôt et rédigea La Dîme royale ouvrage publié à compte d’auteur en 1707, interdit malgré sa présentation au roi en 1700. Bref, un précoce esprit des Lumières…
Mardi 31 mars, Hôtel Le Bristol, 18 h.
Marc-Arthur Kohn SVV.
Claude Mathieu Delagardette (1762-1805), Relevé du nouveau berceau ou jardin d’hiver de Monceau de SAS le duc de Chartres : plan au- dessus de la grotte - plan de la grotte, vers 1783, deux dessins à la plume aquarellés, 49 x 58,6 cm.
Estimation : 8 000/10 000 €, les deux dessins.
Monceau anglais
À l’origine, ce fut un caprice du duc de Chartres, Louis-Philippe d’Orléans (1747-1793). À la suite de sages parterres à la française entourant la folie de Chartres, il voulut créer son jardin anglo-chinois, pour rivaliser avec Bagatelle, Ermenonville, le désert de Retz et même les nouveaux aménagements de Versailles. Il disposait de la superficie : plus de vingt hectares. Carmontelle, ordonnateur des fêtes du prince, est chargé de sa conception. «C’est une simple fantaisie, le désir d’avoir un jardin extraordinaire, un pur amusement», écrit-il dans le recueil de gravures illustrant diverses vues du parc. On peut ainsi énumérer des ruines d’un temple de Mars et d’un château gothique, un moulin hollandais, des tentes tatares… Une rivière fut creusée, serpentant dans les nouvelles plates-bandes et bosquets et alimentant un bassin assez vaste pour des représentations de combats navals. Des grottes accueillaient les invités pour des collations, des jeux… L’abbé Delille, dans Les Jardins ou l’Art d’embellir les paysages (1782), atteste ces beautés : «Là des arbres absents, les tiges imitées, les magiques berceaux, les grottes enchantées. Tout vous charme à la fois. Là bravant les saisons, la rosse apprend à naître au milieu des glaçons.» Une partie du jardin est amputée pour permettre la construction d’un «bureau d’observation sur la plaine», par Ledoux, actuelle rotonde à l’entrée du boulevard de Courcelles, et c’est un botaniste anglais, Thomas Blaikie, qui est chargé du réaménagement du parc (réfection des allées, agrandissement des serres chaudes, plantation d’arbres…). Ce jardin est vanté par Luc-Vincent Thiéry en 1787, dans son Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris. Restitué après la Révolution à la famille d’Orléans, le parc est en piteux état. La «folie» fut détruite et un autre pavillon érigé, des travaux et un plan plus resserré furent mis en œuvre. Les abords sont aménagés à partir de 1860 par Haussmann et Pereire ; l’année suivante, l’État achète les 18 hectares et quelques ares subsistant, bientôt eux aussi en partie sacrifiés à la voirie ou vendus à Pereire. Adieu «folie de Monceaux», bienvenue au plus restreint parc bourgeois…
Lundi 30 mars, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Rieunier - de Muizon SVV.
Gaston Tissandier, Histoire des ballons et des aéronautes célèbres, 1783-1890 (Paris, 1887-1890). Ouvrage en édition originale (grand luxe) faisant partie de deux volumes in-4°, à reliure de maroquin noir à panneaux de tissu lamé or brodé de soie polychrome de Marius Michel.
Estimation : 3 500/4 000 €.
De l’air !
Au moment où le Suisse Bertrand Piccard tente de boucler son tour du monde à la seule énergie solaire, la dispersion de la collection Tissandier nous rappelle ce que furent les débuts de l’aventure de l’aérostation. Jeune chimiste, Gaston Tissandier (1843-1899) débute au Conservatoire des arts et métiers. Comme lui, Nadar – à qui l’on doit la construction du bien nommé Le Géant – est convaincu que le ballon est un laboratoire d’où l’on observe, mesure, photographie. Le 16 août 1868, Tissandier effectue son premier vol, au-dessus de Calais. Avec son frère Albert (1839-1906), architecte et dessinateur de talent, il effectuera plus de cinquante ascensions, dont certaines ne seront pas de tout repos. En 1875, Gaston Tissandier échappera de peu à la mort à bord du Zénith, tandis que ses deux compagnons décéderont asphyxiés à plus de 8 000 mètres. Pour les deux frères, le ballon est aussi un moyen de locomotion, qu’ils contribueront activement à rendre dirigeable. En 1883-1884, ils inventent un aérostat électrique, qu’ils expérimentent au-dessus de Paris. Des écologistes avant l’heure ? Les deux hommes croient surtout fermement dans le progrès scientifique. En 1870, ils participent à la création de la poste aérienne dans Paris assiégé. Gaston Tissandier laisse aussi son nom attaché à de nombreux ouvrages mettant la science au service du grand public. Il fonde – avec succès – la revue illustrée La Nature, signe une histoire de ses ascensions, une autre sur celle des ballons et des aéronautes célèbres (voir photo). Collectionneurs dans l’âme, les deux frères vont réunir médailles, faïences, montres, peintures et autres objets sur le thème des engins volants. Trois cents numéros issus du patrimoine familial viennent sous le feu des enchères : des dessins et des croquis réalisés par Albert au cours de ses voyages, des peintures mettant en scène quelques vols mémorables, mais surtout de nombreuses correspondances, adressées à Gaston Tissandier par des savants français et étrangers ou des personnalités passionnées d’aérostation, de Gustave Eiffel à Thomas Edison en passant par Auguste Bartholdi, le prince Roland Bonaparte ou Antoine Breguet...
Mercredi 1er avril, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Clavreuil.
Émile Rouede (1848-1908), Vue de la baie de Rio de Janeiro et du mont du Pain de sucre, 1887, huile sur toile, 30 x 80,5 cm.
Estimation : 3 000/5 000 €.
L’homme de Rio
Si ce n’était ce cône pointé vers le ciel, on se croirait presque sur les bords d’un lac suisse… Une eau calme, une plage presque déserte, quelques barques. Si Rio de Janeiro bouillonne aujourd’hui de plus de six millions d’habitants et de son carnaval, à la fin du XIXe siècle, la capitale de l’empire du Brésil est une cité active, grâce à la culture du café notamment, mais paisible. L’esclavage vit alors ses dernières heures. C’est là qu’un natif d’Avignon, Émile Rouede, s’installe en 1880. Il y exposera régulièrement ses œuvres et partagera la vie de bohème des artistes brésiliens et des intellectuels, tels Olavo Bilac, Aluísio et Artur Azevedo. En 1988, le Musée national des beaux-arts de Rio lui a consacré une rétrospective et, deux ans plus tard, l’Institut culturel de la ville lui fait une belle place dans le cadre de «La mission artistique française et les peintres voyageurs au XIXe siècle». L’histoire ne dit pas si Rouede a posé son chevalet au sommet du Pain de sucre, à 395 m, pour admirer la vue époustouflante… Le piton rocheux, au nom donné par les Portugais au XVIe siècle en raison de sa forme si particulière évoquant les blocs de sucre raffiné, offre un panorama extraordinaire sur la baie de Guanabara, changeante au gré de la lumière, des nuages et de la brume marine. Peut-on rêver mieux pour un peintre ? Encore faut-il avoir le courage de grimper le monolithe de granit. Ce n’est qu’en 1907 qu’un ingénieur brésilien a l’idée de relier les collines par câble aérien. Les travaux commenceront trois ans plus tard. Chaque élément est hissé en escaladant la montagne. Le téléphérique est achevé en 1912. C’est le premier du pays, et le troisième au monde. Une légende raconte que lors de la Création du monde, Dieu a laissé tomber par inadvertance son sac à merveilles naturelles dans la baie de Rio, l’empêchant ainsi de les éparpiller aux quatre coins de la planète. Ce n’est pas Émile Rouede qui aurait dit le contraire.
Jeudi 2 avril, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Farrando SVV, Mathias SVV, Baron - Ribeyre & Associés SVV. MM. Chanoit.
Joachim-Frédéric Ier Kirstein (1701-1770). Écritoire en argent ciselé composée d’un encrier à intérieur en verre, d’un saupoudroir à sable et d’une sonnette. Strasbourg, 1729-1731. 34 x 23 cm.
Estimation : 20 000/25 000 €.
L’art d’écrire
Florissante en Alsace aux XVIe et XVIIe siècles, l’orfèvrerie connaît une belle renaissance au siècle suivant à Strasbourg. Cette ancienne ville libre impériale a été rattachée au royaume de France en 1681 par Louis XIV, qui lui a concédé un certain nombre de privilèges. Ainsi les orfèvres sont-ils autorisés à continuer à travailler l’argent au titre du Saint-Empire. Inférieur à celui de Paris, il permet l’obtention d’une dorure éclatante, faisant de Strasbourg la capitale du vermeil. C’est d’argent toutefois qu’il est ici question, sous la main d’un des maîtres les plus réputés. Avec lui débute une dynastie d’orfèvres qui, aux côtés des Imlin, va régner sur la ville jusqu’au milieu du XIXe siècle. Joachim Friedrich Kirkenstein – nom qui deviendra bientôt «Kirstein» –, né à Beelitz en Prusse d’un père forestier, est un jeune compagnon quand il arrive à Strasbourg. En 1729, après une rapide formation chez maître Imlin, il présente son chef-d’œuvre devant la tribu de l’Échasse et obtient l’approbation du jury. Quelques mois plus tard, il épouse Marie Salomé Widder, fille d’un orfèvre dont il prendra la succession, et obtient le droit de bourgeoisie. Son fils, Jean Jacques Kirstein (1733-1816), laisse une écritoire, vers 1782, qui appartient aux collections du musée historique de Bâle. La nôtre date des années 1730. Elle présente toutefois de nombreuses caractéristiques du style Louis XIV, tant par la forme du plateau, à bord godronné, que par son riche décor gravé, directement inspiré de Jean Berain, même si coquilles, rinceaux et motifs feuillagés font une timide apparition. Ce n’est qu’à la fin des années 1730 que le style rocaille s’imposera. Quant aux nécessaires, ces ensembles d’objets liés à un usage particulier, tel que la toilette, le déjeuner, l’écriture ou la couture, ils suivent l’adoption, dans l’Europe entière au XVIIIe, du «service à la française». Relativement rare avant le siècle suivant, l’écritoire a toujours fait l’objet de soins attentifs et les modèles ont souvent été dessinés par les plus grands artistes pour des orfèvres de renom. À l’instar du nôtre.
Vendredi 3 avril, salle 3 - Drouot-Richelieu.
L’Huillier & Associés SVV. Cabinet Dechaut - Stetten.
Pierre Bonnard (1867-1947), Petite fille au chat, Renée Terrasse, huile sur carton signée et datée 1899, 51 x 50 cm.
Estimation : 350 000/450 000 €.
Bonnard et Terrasse
Quelques jours après l’ouverture, au musée d’Orsay, de la rétrospective «Pierre Bonnard, peintre de l’Arcadie», la maison bellifontaine propose aux amateurs une centaine de pièces évoquant le souvenir du peintre, conservées jusqu’à ce jour par la famille d’Antoine Terrasse, le petit-neveu de l’artiste. Outre les œuvres graphiques, des objets personnels de Bonnard feront renaître son univers, palette de peintre en tête (3 000/4 000 €)… Les diverses facettes de ce talent multiforme, particulièrement perceptibles à travers les dessins, seront également évoquées grâce à des sculptures, ou encore des livres illustrés par l’artiste. Cofondateur du mouvement nabi, Bonnard a usé toute sa vie d’une gamme de couleurs chaudes, lumineuses sans agressivité, mises au service de la poésie de ses sujets, comme l’évoquent à merveille ses Pêches immortalisées à l’huile sur toile vers 1916 (200 000/300 000 €). Jouant des éclairages, il façonne ses sujets avec douceur et subtilité, choisissant la lumière feutrée du soir pour immortaliser Charles et Jean Terrasse penchés sur un livre pour enfants, en 1900 (250 000/350 000 €). Cette scène fait partie des petits bonheurs quotidiens, dont les membres de sa famille sont les acteurs privilégiés, comme l’évoque encore l’huile reproduite, figurant Renée Terrasse enfant câlinant un chat. Des portraits seront également à décrocher. Celui de l’artiste, plongeant son regard dans celui du spectateur du haut de ses 22 ans, ne manquera pas d’attiser les convoitises (autour de 250 000 €, voir À la une de la Gazette n° 8, page 3). Il s’agit en effet de son premier autoportrait, peint en 1889…
Dimanche 29 mars, Fontainebleau.
Osenat SVV.
Louis Midavaine (1888-1978), paravent à quatre feuilles, laque polychrome sur fond à la feuille d’or, dim. feuille : 200 x 50 cm. Estimation : 6 000/8 000 €.
Le laque pour destin
L’art emprunte parfois d’étranges chemins détournés… Ce paravent de Louis Midavaine, présenté à Versailles dans le cadre des «Journées Marteau», en est un emblème. On pourrait s’attendre à ce que l’artiste se soit formé à la technique du laque après avoir été subjugué par les objets japonais, présentés en France depuis l’Exposition universelle de 1900. Pourtant, il n’en n’est rien. Contre toute attente, c’est grâce à la Première Guerre mondiale que le jeune homme, tout juste sorti des Beaux-Arts, va apprendre à manier la laque. Gravement blessé sur le front, fait prisonnier et envoyé en travail forcé en Allemagne, il découvre chez l’ennemi comment des ouvriers asiatiques s’appliquent à protéger les hélices des avions à l’aide de ce matériau particulièrement résistant. Une technique également expérimentée par Jean Dunand sur nos propres machines volantes, en 1917. La paix revenue, nos deux hommes mettent ce savoir à profit, rivalisant d’invention. Midavaine ouvre ainsi son atelier parisien spécialisé dans le laque dès 1919, mettant un point d’honneur à embaucher d’autres blessés de guerre. Ses créations gagnent rapidement les salons huppés, comme celui de la comtesse Boinet, auquel a appartenu notre paravent. Si les ours polaires représentent la signature de l’artiste, tant ils sont récurrents dans son travail, le laqueur rend ici hommage à sa cliente sur la principale face de l’objet : en référence à son prénom et à son amour de la chasse, il a placé une hermine dans l’arbre vers lequel se tournent plusieurs faisans. De l’autre côté, un paysage synthétique s’anime d’une rivière (voir détail page 92). Non content d’orner les demeures privées, Midavaine a été sollicité pour des chantiers d’envergure, comme la décoration des cabines de première classe du paquebot Normandie. Aujourd’hui labellisé Entreprise du patrimoine vivant, son atelier perpétue son savoir-faire, sa petite-fille Anne ayant repris le flambeau…
Dimanche 29 mars, Versailles.
Éric Pillon Enchères SVV.


Stanislav Libensky (1921-2002) et Jaroslava Brychtova (née en 1924), Open Pyramide, verre moulé, fondu, taillé et poli à froid, signé, 87 x 122 x 102 cm.
Estimation : 48 000/55 000 €.
Verre contemporain
Nancy prouvera une nouvelle fois la place majeure qu’occupe le verre dans son histoire. Une importante collection de créations contemporaines sera dispersée le 1er avril prochain, puis le 3 juin. Elle a été constituée, entre 1991 et 2008, autour des trois écoles de Prague et d’artistes reconnus tels Stanislas Libensky et Jaroslava Brychtova. Huit œuvres du couple tchèque seront présentées dans cette vacation avec des estimations comprises entre 35 000 et 60 000 €. Les deux artistes, qui se sont rencontrés en 1954 et se sont mariés neuf ans plus tard, ont  travaillé ensemble toute leur vie. Libensky a étudié au sein de l’école Zelezny Brod, dont le père de Brychtova était le fondateur, puis à l’académie des arts, architecture et design de Prague. Durant cette période de formation, le couple essaie de s’imprégner des arts modernes du monde entier tout en restant sensible aux traditions de son pays, dont le verre de Bohême. Monsieur peint et dessine, tandis que madame crée des sculptures en argile qui serviront à la confection des moules. Six exemplaires de couleurs différentes sont issus de chacun de ses derniers. Les artistes s’attaquent à des œuvres monumentales voire architecturales comme des bulles de verre optique, coulées dans un mur en béton, présentées à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958. Rapidement, ils abandonnent le figuratif et se lancent dans des séries telles les «Têtes». Travaillant sur les formes, les couleurs et l’épaisseur du verre, ils acquièrent une solide réputation aux États-Unis, où ils n’hésitent pas à promouvoir l’école tchèque, notamment les élèves de Libensky à Zelezny-Brod ou leurs dignes héritiers, dont quelques-uns figurent à ce sommaire. On citera ainsi Ivan Mares avec Rope Egg (52 000/55 000 €), Vladimir Klumperova avec Reach (35 000/39 000 €) ou encore Vaclav Cigler avec Sun (29 000/35 000 €). Une occasion rare de redonner sa véritable place au verre contemporain tchèque en France.
Mercredi 1er avril, Nancy.
Audhuy - Étude du Grand Est SVV. M. Chapelotte.


Jules Leblanc Stewart (1855-1919), Portrait de femme, pastel sur papier signé, 125 x 84 cm.
Estimation : 18 000/22 000 €.
Le Parisien de Philadelphie
Julius Leblanc Stewart est un enfant de la balle. Grâce à son père, un Américain milliardaire qui décida d’emmener sa famille vivre en France en 1865, il a été élevé dans un incroyable environnement artistique. Son père, ayant fait fortune grâce à ses terres cubaines, était le mécène de nombreux jeunes peintres, parmi lesquels l’Espagnol Marià Fortuny, artiste orientaliste et auteur de tableaux de genre au style technique et démonstratif. Né à Philadelphie en 1855, le jeune Julius baigne dès l’âge de 10 ans dans ce milieu très stimulant. Il décide de s’inscrire à l’École des beaux-arts, où il aura pour professeur une autre connaissance paternelle, Edouardo Zamacois. Par la suite, il entrera dans l’atelier de Jean-Léon Gérôme, qui deviendra bien plus qu’un professeur, un ami et un collaborateur. Un autre peintre, voisin de Gérôme, aura une forte influence sur lui : Raimundo de Madrazo y Garreta, artiste espagnol académique. Son domaine ? La société mondaine de la fin du XIXe siècle. Un thème que fera également sien Jules Leblanc Stewart, bientôt surnommé «le Parisien de Philadelphie». Des jeunes femmes élégantes, et visiblement riches, envahissent ses œuvres, portraits, nus ou scènes de genre, comme dans son célèbre A five o’clock tea, exposé avec succès au Salon de 1884, aujourd’hui dans une collection particulière new-yorkaise, mais aussi ses Dames Goldsmith au bois de Boulogne dans une Peugeot, de 1897, conservées au musée du château de Compiègne. Il immortalise également les membres de sa famille ou encore les célébrités, en tête desquelles Sarah Bernhardt. Tout comme James Tissot, il aime utiliser la technique du pastel afin de donner plus de couleur et de luminosité à ses toiles, et de virtuosité aux étoffes !
Mardi 31 mars, Lyon.
Aguttes SVV.
Époque Restauration. Coupe en opaline de cristal gorge de pigeon taillée à côtes rondes, bronze ciselé et doré. h. 30 cm.
Estimation : 5 000/6 000 €.
Collection d’opalines
Petit cours de chimie. Qu’est-ce que l’opaline ? Du cristal rendu opaque et teinté par des sels d’étain. Si les premières opalines de couleur ont été produites au XVIe siècle à Venise, on s’y intéresse en France à la fin du XVIIIe,  avec les prémices du mouvement romantique. Le but est alors d’imiter le cristal anglais dans des créations au style antique. Les couleurs sont d’abord fort limitées et le blanc demeure le plus courant. Mais, au XIXe siècle, les progrès techniques vont permettre des formes plus audacieuses et une plus grande variété de coloris, inspirés des verres de Bohême. Ainsi la teinte «gorge-de-pigeon» est-elle la plus appréciée. C’est ce rose violacé obtenu à partir de sels d’or que l’on retrouve sur notre coupe à décor d’angelot en bronze doré tenant une corne d’abondance. Cette belle pièce appartient à une collection d’opalines, d’époque Charles X à Napoléon  III, qui sera dispersée lors de cette vente. Une centaine de lots auxs estimations allant de quelques dizaines à plusieurs milliers d’euros. Toutes les couleurs et formes seront proposées, de simples vases à des coupes majestueuses en passant par des confituriers, des flacons à sels ou à eau, des encriers, des clochettes, des sucriers et autres délicates boîtes. On rappellera que ces opalines sont toujours réalisées à la main. Les couleurs se diversifient mais certaines comme le jaune restent difficiles à obtenir, ce qui rend d’autant plus précieuse une paire de vases Médicis ambre et turquoise, à décor en bronze d’oiseaux buvant, réalisée à l’époque Restauration aux cristalleries de Bercy ou de Choisy-le-Roi (4 000/5 000 €). L’industrialisation fera baisser la qualité des opalines, passant du cristal au verre blanc.
Lundi 30 mars, Blois.
Pousse-Cornet SVV. M. Dufrenne.
Léon Zack (1892-1980), Composition abstraite, huile sur toile signée et datée 1969, 73 x 100 cm.
Estimation : 5 500/6 500 €.
La vie selon Léon zack
Léon Zack sera l’une des figures marquantes de cette vente toulousaine, dédiée à la peinture abstraite de l’après-guerre. Il présentera trois œuvres de la même période, la fin des années 1960, dont la Composition abstraite illustrée ci-contre, mais aussi une autre de 1970, dans les tons blancs, évaluée à 5 000/7 000 € et une plus petite de 1968 à 4 000/5 000 €. Des toiles emblématiques du travail de ce peintre d’origine russe. Lev Vassilievitch Zack est en effet né en 1892 à Nijni Novgorod. Issu d’une famille juive, il verra, au cours de son enfance, son père être déporté en Sibérie. Il effectue plus tard des études de lettres à l’université de Moscou et suit en parallèle des cours de dessin et de peinture dans des académies privées. Il fréquente alors les avant-gardes de son pays, notamment le groupe Valet de carreau, qui lui permettra de découvrir les grands artistes français tel Cézanne, mais aussi les futuristes russes. Il expose pour la première fois en 1907 au Salon de la fédération des peintres moscovites. Il se marie dix ans plus tard et s’installe en Crimée. Mais bientôt, les bolcheviques approchent de l’Ukraine et Zack et son épouse décident de partir. Après être passé par Florence et Berlin, le couple arrive à Paris en 1923. Si Léon Zack se consacre à cette époque à la réalisation de décors et costumes de ballets russes, il exposera bientôt au Salon d’automne et à celui des indépendants des œuvres figuratives, marquées par le groupe néo-humaniste. Après la guerre, l’artiste désormais naturalisé français se lance dans l’expressionnisme, puis se tourne peu à peu vers l’abstraction lyrique. Avec la volonté d’approfondir le potentiel pictural, Zack déclare que le tableau est un «système organique et vivant qui traduit le conflit du formel et de l’informel, de la forme et de l’antiforme». La base de sa création sera désormais «la tache» qui envahit la surface de la toile, jouant avec des formes diaphanes et éthérées. Toujours en mouvement et lumineuses, ces forces sont à l’origine même de la vie.
Samedi 28 mars, Toulouse.
Marc Labarbe SVV. M. Arar.

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