La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes

[Rochambeau, Jean-Baptiste Donatien, de Vimeu comte de ], direction attribuée à Louis Alexandre Berthier (1763-1815). Etats-Unis - Plan de New York et de ses environs, 1781. Position du camp de l’armée combinée à Philipsburg du 6 juillet au 19 août [juillet 1781], plume et encre avec rehauts d’aquarelle, carte manuscrite en 14 sections montées sur toile et pliées, 48 x 103 cm.
Mise à prix : 10 000 €.


 
Les plans du comte de Rochambeau
Pour gagner des guerres, il faut un peu de chance et beaucoup de stratégie. En 1780, lorsque le comte de Rochambeau part pour l’Amérique du Nord, en pleine rébellion contre la couronne britannique, la situation n’est pas à l’avantage des insurgés. George Washington, militaire – il avait remporté de brillantes victoires pendant la guerre de Sept Ans, sur le continent américain, opposant la France et les tribus indiennes à la Grande-Bretagne –, planteur et homme d’affaires, élu représentant de la Virginie au premier Congrès, venait de subir de sévères revers lors de la campagne de New York, en 1776-1777. La ville, alors réduite à la pointe de Manhattan, occupait cependant un emplacement stratégique pour les deux camps. Ce port commercial, à la population cosmopolite, est déjà quelque peu émancipé du pouvoir de la couronne : ainsi du principe de la liberté de la presse, établi en 1735, à l’issue du procès contre John Peter Zenger, rédacteur en chef du New York Weekly Journal. L’État de New York s’enfonçant entre le Massachusetts et la Pennsylvanie, son importance croît après la perte de Boston. Les Anglais, retranchés dans l’île de Manhattan, détiennent encore la suprématie maritime. Rochambeau, militaire expérimenté, analyse la situation très rapidement : sans un fort soutien de la marine, et des renforts de troupes, impossible d’engager les Britanniques sur ce terrain, accessible surtout par mer. Au départ, Washington et Rochambeau ne sont pas d’accord sur la stratégie à suivre, le premier voulant reprendre New York et peut-être se venger de sa défaite. Le second préfère attaquer plus au Sud. Plusieurs rencontres auront lieu durant le mois de mai 1781, Rochambeau apportant des cartes mises à jour grâce à des relevés d’espions et au talent de ses cartographes dont Louis-Alexandre Berthier (1753-1815). Celle-ci, sur papier ocre et plus fin que les belles cartes d’état-major présentées au roi et aux ministres, est plus complète et montre par ses manques et ses plis son usage lors des débats. L’emplacement du camp à Philipsburg, aux environs de New York, des deux armées, américaine et française, est bien marqué ainsi que les positions défensives des Anglais. L’arrivée de la flotte commandée par l’amiral de Grasse en vue de la baie de Chesapeake fait pencher la balance en faveur du plan de Rochambeau. Les deux armées quittent subrepticement le camp, laissant quelques forces pour leurrer l’ennemi, et avancent à marche forcée jusqu’à Yorktown. Cornwallis, pris au piège, capitule le 19 octobre 1781.
Lundi 13 juin. Château d’Artigny, 37 250 Montbazon.
Rouillac SVV.


 
Attribué à Jean-Michel Denis Delafontaine (actif au XVIIIe siècle), Intérieur d’église animé, huile sur panneau de noyer, 48 x 56 cm.
Estimation : 8 000/12 000 €.
Un genre venu de la Flandre
Les nefs toutes lumineuses, vides de bancs et de chaises, séduisirent les peintres flamands dès le XVIe siècle. Les premiers intérieurs d’églises sont apparus dans l’œuvre d’Hendrick Van Steenwyck le Vieux. Si certaines peuvent être localisées, il semble que les artistes se soient plu à imaginer des perspectives. Ce genre devint en vogue en Hollande et en France grâce à la diffusion par la gravure d’œuvres célèbres, comme en témoignera Intérieur d’église d’Hans Jurriaensz Van Baden, reprenant une composition d’Hans Vredeman de Vries. Au XVIIe siècle, ces vues d’architectures gothiques semblant vides, les artistes ajoutent quelques détails, comme des pierres tombales, des chaires et des personnages bien vivants. Ces derniers ont l’air plus en conversation ou en visite, qu’en prière. Très souvent, un ou plusieurs chiens se mêlent à la foule. Les colonnes et les arches sont étirées vers le haut, afin de donner plus d’ampleur à l’édifice. Tout est mis en œuvre pour attirer l’œil du spectateur vers le chœur ou une chapelle, lieux baignés d’une lumière surnaturelle devenant ainsi les symboles du bâtiment divin. Au fil des siècles, cette dimension sacrée – déjà bien ténue – se perd. La peinture d’intérieurs d’église, même si elle reprend les codes du genre fixé par l’école flamande, montre des promeneurs, issus de toutes les couches de la société et identifiables à leurs costumes ou autres accessoires. On verra même apparaître une nouvelle symbolique avec les tombes ouvertes, un crâne posé sur leur rebord. Le tableau présenté dans cette vacation effectue la synthèse de ces divers types. On ne sait pratiquement rien de ce peintre actif au XVIIIe siècle, dont on connaît des gouaches représentant des paysages et des ruines romaines ; la seule œuvre que l’on peut rapprocher de cette peinture est une huile sur panneau qui lui est attribuée, La Cathédrale de Noyon passée dans une vente publique à Paris, en 1992.
Vendredi 27 mai, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Coutau-Bégarie SVV. Cabinet Turquin.
Hypnerotomachia Poliphili, ubi humana omnia non nisi somnium esse docet, atque obiter plurima scitu sane quam digna commemorat, Venise, Alde Manuce, décembre 1499, incunable de format in-folio ; reliure en maroquin citron janséniste par Zaehnsdorf.
Estimation : 150 000/200 000 €.
Hommage à Alde Manuce
Teobaldo Manucci (1449-1515) adopta une forme abrégée de son nom, Aldo Manuzio (Alde Manuce en français). Il est une des rares personnes à être reconnue par son prénom, probablement le seul imprimeur et éditeur. À la suite d’études classiques, à Rome pour le latin, à Ferrare pour le grec, il s’établit en 1490 à Venise, important centre typographique où s’étaient installés de nombreux érudits grecs depuis la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453. Alde doit se faire une place : il opte pour l’impression des textes classiques grecs en grec. Une entreprise colossale et onéreuse ! Ainsi faut-il dessiner et faire fondre les caractères d’imprimerie. Il élargit les éditions au latin, puis à l’italien, et rend les textes plus lisibles sur moins de pages grâce à l’invention de l’italique. L’homme a de l’ambition ; en 1495, dans sa préface à l’édition grecque d’Aristophane, il se fixe un but : créer une abondante réserve de bons livres, en ces temps portant plus les hommes à l’art de la guerre qu’à la lecture. La littérature italienne lui doit d’avoir pris autant de soin à publier les textes de Dante et Pétrarque que ceux du grand Aristote ou de Virgile. Et, à peine quatre ans après l’édition de ses premiers livres, apparaît cet incunable, l’un des plus beaux ouvrages du monde : le Songe de Poliphile. Une curiosité littéraire attribuée à Francesco Colonna, peut-être un moine dominicain vénitien ou un membre de la famille romaine des Colonna, une autre hypothèse, défendue par Emanuela Kretzulesco-Quaranta, attribuant la paternité de ce texte à la fois érudit et sibyllin à l’architecte humaniste Leon Battista Alberti, ami et protégé de cette famille. Ce «combat d’amour en songe» narre le voyage initiatique rêvé par Poliphile, amant éconduit de Polia, jusqu’à Cythère, l’île d’amour. Le monde merveilleux traversé par le héros, jonché de ruines antiques et peuplé d’êtres fabuleux et allégoriques, est méticuleusement décrit par l’auteur en de longs développements sur l’architecture, les œuvres d’art et les inscriptions épigraphiques, qui eurent une grande influence sur l’art de la Renaissance italienne et française.
Mardi 24 mai, hôtel Ambassador. Alde SVV.
Quang Hâu Pham (1903-1985), La baie d’Along, laque, 75 x 120 cm.
Estimation : 10 000/15 000 €.
Visions de l’Indochine
Ce titre est celui de l’ouvrage de Marc Chadourne, dont un exemplaire est ici proposé, illustré des portraits de Marie-Antoinette Boullard-Devé (1 500/2 500 €). Il convient parfaitement à cette vue de la baie d’Along réalisée par le peintre Quang Hâu Pham (1903-1985). La laque est une technique ancestrale du Vietnam, mais il fallut attendre la création de l’École des beaux-arts de Hanoï, en 1924 par Victor Tardieu, et l’arrivée du peintre marseillais Joseph Inguimberty (1896-1971), l’année suivante, pour que son enseignement fasse son entrée dans la cour de l’art en 1930 et qu’elle ne soit plus confinée à l’artisanat. Inguimberty sera secondé dans cette délicate tâche par Alix Aymé, l’une des rares Occidentales à peindre avec ce médium. L’idée est noble, il s’agit de remettre en valeur dans une institution moderne un matériau ancien, avec des moyens nouveaux permettant de former de jeunes Vietnamiens à son emploi. Elle va de pair avec une société en quête d’indépendance et qui aspire à la reconnaissance de ses traditions. Le défi sera on ne peut mieux relevé. Sous la figure titulaire de Nguyen Gia Tri (1909-1993), considéré comme le plus important laqueur vietnamien et le rénovateur de cette expression dans les années trente, toute une génération va œuvrer à se réapproprier son passé en ancrant sa production dans l’art moderne. Quang Hâu Pham en fait partie, qui sera membre de la Ve promotion, puis deviendra professeur à l’École nationale d’artisanat entre 1949 et 1965. Les thèmes vont évoluer en fonction des aléas de l’histoire du pays. Les paisibles scènes villageoises, les lieux célèbres et les gracieuses jeunes femmes en áo dai, qui veulent donner l’image d’une colonie idyllique, vont peu à peu laisser place à une iconographie plus militante et dépeindre une campagne redécouverte dans toute sa réalité. 
Lundi 23 mai, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Art Valorem SVV. Mme Trouvé, M. Fumeux.
 
Claude-Nicolas Ledoux (173-1806), L’Architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation, Paris, chez l’auteur (de l’imprimerie de h. l. Perronneau), 1804. Exemplaire de l’édition originale, grand in-folio, illustration gravée sur cuivre d’après les dessins de Ledoux (sauf une ; reliure moderne en demi-parchemin blanc avec pièce de titre bordeaux.
Estimation : 15 000/20 000 €.
Pour une cité idéale
Issu d’une famille modeste de marchands, Claude-Nicolas Ledoux vient à Paris parfaire ses études au collège de Beauvais, où il est inscrit en gravure. Parallèlement, il suit le cours gratuit d’architecture de Jacques-François Blondel, puis entre chez Louis-François Trouard, acquis à la nouvelle mode «à la grecque». Il se fait un nom dès 1762 avec le décor du café Godeau, aussi appelé «café militaire», dont le décor est conservé au musée Carnavalet à Paris, et, quatre ans plus tard, avec la construction de l’hôtel Hallwyll, dans le Marais, une de ses rares constructions parisiennes encore visibles. Ledoux œuvre pour une société aristocratique, étant ainsi appelé pour édifier le pavillon de musique de Madame du Barry à Louveciennes. La favorite lui obtient le poste de commissaire aux Salines de l’Est : les fermiers généraux décidèrent la construction d’une usine d’extraction du sel à proximité de la forêt de la Chaux, au lieu dit le Val-d’Amour, entre les villages d’Arc et de Senans ; ce sera l’un de ses chefs-d’œuvre. Il commence pour le Trésor une suite de pavillons d’octroi, qui déplurent en raison de leur modernité et, paraît-il, de leur coût. Son architecture évolue vers des formes simplifiées à l’extrême, des parois lisses avec peu d’ouvertures, par exemple des maisons en forme de sphère. Ledoux imagine le développement de la Saline royale, avec des sections adaptées aux fonctions liées entre elles, pour favoriser l’harmonie du corps urbain et social. La Révolution arrive, temps sombres pour l’architecte, incarcéré à la prison de La Force en raison de ses liens avec la noblesse. Il commence alors la rédaction de cet ouvrage, où il expose ses idées sur une cité idéale, illustrée de ses dessins. «L’architecte, plus que tout autre, écrit Jean-Michel Leniaud, directeur de l’École nationale des chartes, a vocation par son art à transformer la société, mieux à en produire de nouvelles. Il suscite et met en forme les utopies, les conduit dans le champ du possible, c’est un passeur dont l’action conduit ses contemporains vers le bonheur.»
Mardi 24 mai, salle 15 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. M. Nicolas.
Brésil, Minas Gerais, gerbe de cristaux parallèles d’elbaïte vert très foncé, type « forteresse », encapuchonnée par de petits cristaux de lépidolite beige, 21 x 10 x 8 cm.
Estimation : 6 000/8 000 €.
Collection Michel Duchamp
Ingénieur chimiste, Michel Duchamp se passionne depuis son plus jeune âge pour les pierres, ces vulgaires cailloux, pour certains, qui révèlent à ceux qui savent voir des beautés insoupçonnées. Son parcours professionnel l’a mené aux quatre coins de la planète, lui permettant de réunir une collection de minéraux des diverses régions du monde. Ayant longtemps séjourné au Brésil, il se prit de passion pour les gemmes, ce qui devait le conduire, à son retour en France, à suivre des études de gemmologie. Inspiré par la collection de l’académicien Roger Caillois d’agates paradoxales, étonnantes, il est lui aussi attiré par ces gemmes aux effets translucides, architecturales ou simplement esthétiques. La collection minéralogique de Michel Duchamp rassemble ainsi une extraordinaire diversité d’échantillons. Parmi les minéraux bruts, on retient par exemple un lot, estimé 450 €, composé d’un béryl partiellement terminé, faces bien formées, de couleur bleu-vert, et d’une tourmaline de variété indicolite, gemme à faces brillantes d’une couleur bleu-vert également. C’est un vert très foncé qui caractérise cette gerbe de cristaux d’elbaïte – nom dérivé de l’île d’Elbe choisi par Vladimir Ivanovich Vernadsky, où il la décrit en 1913 – dont les faces sont recouvertes de lépidolite, de la famille des micacés. Michel Duchamp est aussi émerveillé par les pierres «paésine», c’est-à-dire celles qui évoquent un paysage ; ces effets se produisent le plus souvent dans les jaspes et agates apparaissant lorsqu’on les tranche. Ainsi remarque-t-on une tranche de jaspe poli, attendue autour de 300 €, qui fait penser à une création contemporaine. Le Muséum national d’Histoire naturelle, à Paris, expose une partie de la collection que Roger Caillois lui a léguée ; selon l’écrivain collectionneur : «Les pierres possèdent on ne sait quoi de grave, de fixe et d’extrême, d’impérissable ou de déjà péri. Elles séduisent par une beauté propre, infaillible, immédiate, qui ne doit de comptes à personne.» À vous de compter.
Lundi 23 mai, salle 3 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30
Eve SVV. M. Durand.
François-Xavier Lalanne (1927-2008) et manufacture de Sèvres, Canard aux nénuphars, surtout de table en biscuit et métal patiné, signé « Fx » et daté 1978, 30 x 95 x 60 cm.
Estimation : 5 000/8 000 €.
Un canard pour l’Élysée
Depuis la dispersion de la collection Bergé - Saint Laurent en 2009 et l’exposition organisée au musée des Arts décoratifs de Paris en 2010, les créations de François-Xavier Lalanne connaissent un succès éclatant. Une consécration pour un travail au plus près de la nature visant à désacraliser la sculpture avec humour. Mais le créateur était déjà très demandé dans les années 1970, comme en témoigne ce surtout de table, seconde version d’un modèle de 1972. Créé en 1978, il fut produit à vingt-quatre exemplaires seulement durant quatre années, et livré dans des endroits aussi prestigieux que l’Élysée, pour la décoration du palais ou des cadeaux diplomatiques. Ce surtout a été réalisé en collaboration avec la manufacture de Sèvres pour la réalisation du canard en biscuit. Ce n’est pas la seule collaboration entre Lalanne et cette grande institution, avec laquelle il a mené plusieurs projets de 1964 à 1978, comme le Bar-Autruche et la Sauterelle-Bureau. Né à Agen en 1927, François-Xavier Lalanne fréquente, dans l’après-guerre, l’académie Julian à Paris. Mais, si dans un premier temps, il pratique la peinture, la sculpture s’imposera à lui sous l’influence de sa première femme, arrière-petite nièce de François Pompon, ou encore de Brancusi, son voisin d’atelier de l’impasse Ronsin, à Montparnasse. Sa rencontre avec sa seconde épouse, Claude, aura également un grand impact sur son travail. Elle-même artiste, elle a étudié aux Arts décoratifs. Ils commencent à travailler côte à côte, parfois sur des pièces communes, parfois personnelles, à partir de 1956. Le thème animalier s’imposera à eux naturellement. Ils exposent en 1964 à la galerie J de Jeanine Restany. L’événement est titré «Zoophites». Ils trouvent rapidement leur voie et leur thématique : introduire la forme animale dans des objets du quotidien. Par la suite, ils exposeront chez Alexandre Lolas, galeriste des surréalistes et nouveaux réalistes. Son animal totem, le mouton, apparaît pour la première fois en ciment et bronze patiné en 1965. De charmantes petites bêtes à la fois fonctionnelles et joyeuses… que demander de plus ?
Samedi 21 mai, Troyes.
Boisseau-Pomez SVV.


 
Jérôme Mesnager (né en 1961), Le Grand Combat, huile sur palissade, suite de quatre panneaux, le dernier signé et daté 1990, 214 x 572 cm.
Estimation : 8 000/12 000 €.
Le combat de Mesnager
En 1990, le street art a réussi à s’imposer dans la vie culturelle française et la carrière de Jérôme Mesnager est bien lancée, comme en témoigne cette impressionnante palissade de près de 6 mètres de longueur. Elle lui a en effet été commandée par une institution prestigieuse, le musée d’Art moderne de la Ville de Paris, dans le cadre d’un projet avec de jeunes artistes. Si, finalement, l’œuvre de Mesnager ne sera pas retenue, elle fera le bonheur d’un collectionneur privé… et peut-être, ce samedi, le vôtre. On y retrouve le personnage central de son œuvre, le «Corps blanc» ou «L’Homme blanc». Si ce dernier voit le jour le 16 janvier 1983, il était déjà en germe depuis des années dans l’esprit de l’artiste. Ainsi, lors de ses premières performances avec le groupe Zig-Zag, Mesnager se recouvrait de peinture blanche et déambulait dans des usines désaffectées. Cet être fantomatique deviendra un symbole de lumière et de paix, une allégorie de l’humanité en quête de liberté et de bonheur. On le retrouve sur tous les murs de Paris, en particulier dans le XXe arrondissement, où il emménage en 1990, mais aussi sur la muraille de Chine et dans de nombreux autres pays où il a voyagé. Il est représenté aussi bien lors de scènes de la vie quotidienne, jouant au tennis ou dansant, comme dans la fresque des Gars de Ménilmontant. Au début des années 1990, l’artiste commence une série sur le thème du «Combat». Il organisera d’ailleurs une exposition à la galerie Loft sur ce thème. Notre ensemble de quatre palissades, formant une imposante œuvre de 214 sur 572 cm, appartient à cette série. Sur les côtés, les hommes blancs se battent et se bousculent dans le dessein d’atteindre la partie centrale, où d’autres tendent les bras vers un but ultime, une délivrance, un état extatique qui pourrait tout simplement être le bonheur. La lutte et l’espoir de toute une vie en somme !
Samedi 21 mai, Clermont-Ferrand.
Mes Vassy - Jalenques.
Ida Bagus Made Poleng (1915-1999), sans titre, tempera sur toile, 64 x 88 cm.
Estimation : 8 000/10 000 €.
La vie à Bali
Une écriture fourmillante, des tons en camaïeu et une scène relatant les us et coutumes de son pays, voici une œuvre d’Ida Bagus Made Poleng. Né en 1915 à Ubud, sur l’île de Bali, il étudie auprès de son père, célèbre peintre, Ida Bagus Kembeng, qui remporta notamment une médaille d’argent à l’Exposition internationale coloniale organisée à Paris en 1937. L’artitste reçoit ensuite les leçons du Hollandais Rudolf Bonnet, installé à Bali. À l’âge de 21 ans, il rejoint la guilde Pitamaha Artist, fondée en 1936 afin de préserver l’art traditionnel balinais. Entre tradition et modernité, Ida Bagus Made a su se créer une réputation internationale, bien qu’aujourd’hui ses œuvres ne passent en vente, quasi exclusivement, que dans son pays d’origine­­­ –, l’ancien président indonésien Sukarno étant l’un de ses collectionneurs les plus prestigieux. C’est donc une occasion rare qui sera offerte aux amateurs français d’acquérir cette œuvre décrivant une grande procession, et notamment une femme assise sur une chaise portée par des hommes, entourée de nombreux musiciens et autres personnages à pied ou à cheval, le tout sur fond de jungle. Une scène de la vie traditionnelle contée par un artiste qui s’adonnait également à la réalisation de masques sculptés destinés aux temples d’Ubud. Selon ses vœux, sa veuve a offert, en l’an 2000, une centaine de ses créations au musée Puri Lukisan. Au-delà de l’aspect esthétique, ces œuvres sont aussi une source importante d’information sur les us et coutumes des Balinais, au point que plusieurs musées ethnographiques en possèdent, dont le Royal Tropical Institute Museum d’Amsterdam et le Royal Ethnographic Museum de Leiden.
Dimanche 22 mai, Noyon.
Pierre Macaigne SVV.
Henri Martin (1860-1943), La Moissonneuse, huile sur toile, signée et datée 1916, 54,5 x 70 cm.
Estimation : 25 000/35 000 €.
Martin décorateur
Henri Martin est devenu, au fil de sa carrière, un artiste respecté et admiré. Pour preuve, les nombreuses commandes publiques qui se sont succédé, après la décoration de l’hôtel de ville de Paris sur le thème d’Apollon et des muses, en 1895. Suivront le Capitole de Toulouse, la préfecture du Lot à Cahors, la Sorbonne, les mairies des 10e, 6e et 5e arrondissements de Paris, l’hôtel de ville de Tours, l’Élysée ou encore la salle du Conseil d’État, à l’Assemblée nationale, entre 1914 et 1922. Datée 1916, notre Moissonneuse est une étude préparatoire pour une fresque de ce dernier ensemble, sur le thème du Travail de la terre. Majestueux, le reste du décor porte sur Le Commerce, L’Industrie et Le Travail Intellectuel. Cette prestigieuse commande, l’une des plus abouties de l’artiste, consacre une fois de plus le talent d’Henri Martin qui, avec sa technique pointilliste moderne mais aussi sa sensibilité symboliste et poétique, réussit mieux que quiconque à rendre les grands thèmes sociaux de l’époque, et à s’adapter à toutes les surfaces et dimensions. Bien que le paysage soit l’un de ses thèmes priviliégiés, il aime particulièrement représenter les hommes et femmes en action. Les nombreuses heures passées dans la campagne, près de Toulouse dans sa jeunesse ou ensuite dans sa région d’adoption, le Lot, à observer la vie des paysans, lui fournissent des modèles. Cette huile sur toile, au beau cadre d’époque sculpté attribué à Henry Bellery Desfontaines, sera entourée, lors de cette vente, de trois autres œuvres provenant également de l’ancienne collection Nougayrol. Une magnifique Vue de Puy-l’Évêque, surplombant le cours du Lot dans lequel se reflètent les couleurs ocres des maisons, sera attendue à 40 000/60 000 €, une Marine à 20 000/30 000 € et enfin une Vue du port de Marseille à 15 000/20 000 €.
Mercredi 25 mai, Toulouse.
Primardéco SVV. M. Maket

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