La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Aloys Zötl (1803-1887), Der Grösse Pavian. Simia sphinx, 1836, aquarelle et encre, 39 x 48 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €
Fantastique bestiaire d’Aloys Zötl
La première vente fit découvrir un artiste inconnu, originaire de Haute-Autriche et maître teinturier de son état, Aloys Zötl  (1803-1887). Issu d’une famille d’artisans aisés, il ne voyagea jamais, absorbant les récits de son frère, Josef, qui avait vu des cabinets de curiosités en Angleterre et en Allemagne. Ils durent enflammer son imagination, entretenue par sa bibliothèque, toujours conservée à Eferding, où il s’était installé comme teinturier après son mariage. Rendant compte de cette dispersion de cent cinquante feuilles, la Gazette saluait «des enchères vivement enlevées pour des
animaux qui semblent enfermés dans une profonde tristesse et qui exercent une étrange fascination.» À regarder ce grand babouin, il semble qu’il soit assez fier de poser, regardant droit devant lui de ses yeux tout ronds, fièrement dressé sur ses pattes, aux longs doigts,
élégamment disposées sur un rocher. Son pelage est reproduit avec minutie, pratiquement poil par poil… Zötl avait un grand souci de vérité scientifique, tirant souvent ses noms et descriptions d’ouvrages de Linné et d’Audebert. Ou peut-être pour ce dessin, selon l’annotation manuscrite de l’artiste, de la planche 12 de Saugthiere (Anatomie der Saugthiere ou «Anatomie des mammellifères»), ouvrage cité dans le «supplément à l’Histoire anatomique des singes» par Félix Vicq-d’Azyr en 1792. Elle peut aussi correspondre à son propre classement – planche 12 de son chapitre sur les mammifères. Pendant cinquante ans (de 1831 à deux semaines avant son décès, en 1887), Zötl composera son bestiaire, nous laissant à sa mort trois cent vingt aquarelles. Il les légende en allemand et en latin, les signe et les date du jour où l’œuvre est considérée comme terminée. L’artiste cherche à magnifier chaque sujet, d’une hyène à un boa constrictor, le situant dans un paysage exotique fantasmé, qui n’est pas sans évoquer, selon André Breton, les jungles du Douanier Rousseau. «Tout se passe comme si, l’œil rompu professionnellement à une très subtile sélection des couleurs et de leurs tons, écrit-il dans la préface de la vente de mai 1956, Zötl était entré en possession d’un prisme mental fonctionnant comme instrument de voyance en lui dévoilant en chaîne jusqu’à ses plus lointains spécimens, le règne animal dont on sait quelle énigme il entretient en chacun de nous et le rôle primordial qu’il joue dans le symbolisme subconscient.» C’est cette magie entre un animal finement observé d’après des ouvrages scientifiques et une nature, parfois luxuriante, parfois désertique, où il laisse son imagination vagabonder. Giovanni Mariotti écrit, dans Le Bestiaire d’Aloys Zötl (1803-1887) (éd. Chêne/F. M. Ricci, 1979) : «Les singes produisent les images les plus légères et les plus dansantes de Zötl».
Vendredi 29 mars, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV.
Fernand Léger (1881-1955), La Grande Parade, vers 1952, gouache et encre noire, 31 x 40,5 cm (à vue).
Estimation : 30 000/40 000 €
La joie de vivre retrouvée
Les sombres années de l’Occupation cèdent peu à peu le pas à un désir de renouveau et de plaisirs. Les salles de cinéma sont combles, les théâtres aussi. Sans oublier les populaires tours de France cyclistes et les séances de cirque. Fernand Léger revient des États-Unis les yeux emplis de modernité, de vie trépidante au son des orchestres de jazz. Il renoue avec ses amis d’avant la guerre, notamment les frères Prévert avec qui il partage, comme avec Picasso, Chagall et Calder, l’amour du cirque. «Allez au cirque. Vous quittez vos rectangles, vos fenêtres géométriques et vous allez au pays des cercles en action. C’est si humain de casser les limites, de s’agrandir, de pousser vers la liberté», écrit le peintre en 1949. Les Enfants du paradis, film de Michel Carné sur un scénario de Jacques Prévert, sorti sur les écrans en 1945, est un hymne aux spectacles populaires. Léger, dans cette période des années 1950, s’investit dans
La Grande Parade, mettant en scène le défilé des circassiens pour annoncer le spectacle. C’est un projet qui lui tient à cœur : «Si j’ai dessiné les gens du cirque, acrobates, clowns, jongleurs, c’est que je m’intéresse à leur travail depuis trente ans. Depuis le temps où je dessinais des costumes cubistes pour les Fratellini, se souvient-il. J’ai fait pour La Grande Parade une quantité de dessins et d’études […] Dans la première version, la couleur épousait les formes. Dans la version définitive, on voit quelle force, quel élan apporte l’utilisation de la couleur en dehors.» La composition sera exposée à la Maison de la pensée française en 1954. C’est tout naturellement qu’il offre à ses amis Prévert – «avec ma bonne amitié» – cette feuille, l’une des nombreuses études faites pour cette œuvre monumentale. Les personnages posent comme devant l’objectif d’un photographe, de face et groupés. Léger trace ici une sorte de cercle, où un «C» majuscule, surmonté d’une trapéziste dans les bras de son partenaire, est placé entre le musicien jouant du banjo, sur la gauche, et le cheval et ses acrobates sur la droite. «La recette, analyse Léger, est liée à cette parade, aussi est-elle puissante et dynamique. Cela vous arrive en pleine figure, en pleine poitrine, c’est comme un envoûtement. Derrière, à côté, devant, apparaissent et disparaissent des figures, des membres, des danseuses, des clowns»…
Mercredi 20 mars, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV. Mmes Collignon, Ritzenthaler.
Jacques Prévert (1900-1977), Paroles -  Couverture de Brassaï, Paris, Le Calligraphe, 1945. Exemplaire n° V de l’édition originale sur madagascar, un volume in-4° : reliure en bradel demi-maroquin noir, pièce de titre de maroquin rouge, plats de Plexiglas laissant apparaître les plats de la couverture par Daniel Mercher.
Estimation : 15 000/20 000 €
Un réseau d’amitiés : Bertelé, Michaux et Prévert
René Bertelé écrit en 1957 dans la préface du catalogue de l’exposition des collages de Jacques Prévert à la fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence : «Jacques s’exprime de plus en plus par des collages, comme il l’a fait par des poèmes. Moi je pense que ses collages, au fond, sont des poèmes. D’autre part, on se rend compte maintenant que certains de ses poèmes sont un peu des collages de mots si on veut. En tout cas l’état d’esprit est le même.» Sa sœur avait conservé un très beau collage, qui figure parmi les illustrations de l’Événement de la Gazette n° 9 (page 14), consacré à cet éditeur amoureux de beaux textes et à Bernard Loliée, libraire qui lui aussi se passionnait pour Henri Michaux, poète et peintre qui occupe l’essentiel de ce programme. C’est probablement Michaux qui présenta Prévert à Bertelé, et permit ainsi la parution de Paroles, des textes épars écrits depuis de nombreuses années. La couverture choisie d’une photographie d’un grafitti urbain par Brassaï fait écho à ces poèmes épars au vent du temps. Ce fut l’un des grands succès éditoriaux de Bertelé. Il le rappelait dans une lettre de février 1953 à son ami : «Enfin, mon cher Jacques, quand me donnes-tu un nouveau livre à éditer ? Je finis par ne plus l’espérer […] Es-tu si mécontent de ton Poulet-Malassis ? – neuf ans que la première édition de Paroles a paru […] Tu es l’aventure – et la réussite, tu le sais, de ma vie de maître d’école-éditeur.» De son côté, Prévert n’est pas avare de compliment – fait rare chez lui – sur son éditeur : « C’est un homme qui sait ce que c’est faire un livre. C’est rare.» Paroles fut un événement de librairie : pas moins de cinq mille exemplaires partirent dès la première semaine…
Vendredi 22 mars, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello. M. Oterelo.
D’après Paul-Charles Chocarne-Moreau (1855-1931), Marmiton aux écrevisses, place de l’Étoile, huile sur toile, 44 x 43,5 cm.
Estimation : 300/320 €
Le Paris de Roxane Debuisson
Le hasard fait parfois bien les choses… Un jour qu’elle se promène rue de Birague, dans le Marais, Roxane Debuisson (voir Gazette n° 9, page 27) manque de recevoir sur la tête la boule de fer doré – modèle traditionnel d’enseigne des coiffeurs français – que son propriétaire s’apprête à remplacer par un néon. Elle s’en inquiète, l’acquiert et se précipite à la caserne de la Garde républicaine, boulevard Henri IV, où elle achète une queue de cheval – le crin rappelant le cheveu, la sphère évoquant la barbe rasée de près. Ainsi commence sa collection. «Ce n’est pas une volonté, mais un accident de la vie, une nécessité vitale de sauver ce patrimoine en ce début des années  1960 où l’on rase des hôtels particuliers XVIIIe», raconte sa fille, Florence Quignard-Debuisson. Amoureuse de la capitale où elle est née, Roxane Debuisson a acheté en 1957 l’ouvrage du peintre et architecte Théodore Hoffbauer, Paris à travers les âges, qu’elle a déniché chez un libraire. Trois mille volumes, cinquante mille cartes postales, soixante-dix mille factures de commerces parisiens, de 1800 à 1940, suivront… L’ensemble a été vendu il y a quelques années, mais à de rares exceptions près, elle ne s’est jamais séparée de sa collection d’enseignes et de mobilier urbain. Inlassablement, elle sillonne Paris et récupère des bottes de fer rouge chez les cordonniers, une main gantée en fer doré, deux grands escargots chez un marchand rue de la Cossonnerie, un chapeau de cocher de fiacre rue Saint-Martin, un binocle en cuivre chez un opticien, deux silhouettes de bougnats en tôle peinte provenant d’un commerce de vins de la rive gauche. En janvier 1969, un gigantesque éléphant paré, la panse abritant une horloge, en zinc et tôle peints (vers 1840) trouve ainsi domicile dans son appartement du 19, boulevard Henri IV. Le sauvetage continue avec des plaques de rues en pierre gravée d’époque Louis XV, d’autres du second Empire, en lave de Volvic émaillée, des réverbères, des chaises et un corset d’arbre du jardin des Tuileries. Sans oublier des tableaux dont ce Marmiton aux écrevisses, place de l’Étoile, cadeau de grands chefs, maîtres d’hôtel et sommeliers à Roxane Debuisson, en 1994, lors de la remise officielle de la «Personnalité de l’année dans le monde de la gastronomie».
Lundi 18 mars, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Lucien Paris OVV.
Joana Vasconcelos (née en 1971), Chic, 2006, céramique et dentelle en coton, 82 x 32 x 40 cm.
Estimation : 10 000/15 000 €
De fil en aiguille, l’art est partout
Le 14 février dernier un cœur rouge monumental de Joana Vasconcelos, composé de trois mille huit cents azulejos et culminant à neuf mètres de haut, était inauguré à la porte de Clignancourt, non loin de son lieu de naissance, tandis que les clients du très chic magasin parisien Le Bon Marché ont pu admirer (jusqu’au 17 février) Simone, une gigantesque créature aérienne tentaculaire entourant les escalators de ses bras. «L’art doit être partout», dit celle qui fut la première femme à avoir exposé au château de Versailles, en 2012, représenté le Portugal, son pays, à la Biennale de Venise l’année suivante, et à avoir fait l’objet d’une rétrospective au musée Guggenheim de Bilbao, en 2018. Jusqu’au 18 novembre de cette même année, le Centre d’art du Var, à Toulon, ouvrait ses portes aux objets quotidiens et de tradition artisanale portugaise – céramique, tissu, broderie, crochet – avec lesquels travaille Joana Vasconcelos. Soit une vingtaine d’œuvres, parmi lesquelles les iconiques animaux recouverts de crochet, réalisés à partir des modèles de l’artiste portugais Rafael Bordalo Pinheiro (1846-1905). Très prolifique et très présent dans la vie artistique de la fin du XIXe siècle, celui-ci a produit dans la fabrique de faïence de Caldas da Rainha nombre de sujets animaliers, que sa compatriote habille un siècle plus tard de crochet, pour les protéger et les métamorphoser en même temps. Crabes, langoustes, taureaux, chats, loups, têtes de cheval… sont mis en cage et rappellent cet artisanat ancien qui se transmettait souvent de mère en fille, tout particulièrement dans le sud de l’Europe. L’artiste place une fois encore la figure de la femme au cœur de son travail, tout en détournant avec humour les stéréotypes… Trois œuvres de cette série sont proposées dans cette vacation : une grenouille Macaron, 2012 (6 000/8 000 €), Mohamed, 2012 (un lézard –10 000/12 000 €) et ce Chic, 2006. Des œuvres réalisées dans son gigantesque atelier installé dans d’anciens entrepôts des docks de Lisbonne, au bord du Tage.
Lundi 18 mars, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV.
Manufacture royale de Sèvres, 1760. Marronnière «à ozier» couverte en porcelaine tendre, à décor de filet or et rubans bleu, h. 13, l. 27 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €
Pour des marrons glacés
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, un dessert délicat est en vogue : les marrons glacés, en fait des châtaignes grillées et recouvertes de sucre. Cuites dans la cendre, elles étaient servies dans les maisons bourgeoises, chaudes sous un linge plié. Des recettes élaborées avaient vu le jour dès le règne de Louis XIV et, surtout, sous celui de Louis XV. Grillés puis pochés au sirop, sucrés et arrosés de jus d’orange ou de limon, ou encore cuits à l’étouffée avec une sauce à la bigarade et fortement sucrée, ces marrons constituent des friandises qui ne déparent par les tables royales ou de la favorite du Bien-Aimé, la marquise de Pompadour… Sa manufacture de Sèvres conçoit donc des récipients spécifiques, qui, suivant la complexité du modèle et la richesse de leur décor, étaient vendus de 108 à 360 livres. Ceux ajourés requéraient un tour de main très technique, pour éviter que les parois se détachent ou s’effondrent pendant la cuisson. Les marronnières sont mentionnées pour la première fois dans l’inventaire du stock en 1757, avec les dénominations «unies» et «à compartiments». L’année suivante, on voit apparaître celles «à ozier», d’autres dites «contournées» et, parmi les pièces en biscuit, des modèles de forme «Pompadour» ou ovales. Le premier type se rapproche du sucrier, ovale à compartiments augmenté de jours ; le deuxième – dont seuls trois exemplaires sont connus – est à plateau détaché, ses motifs ajourés en arches superposées et traversées par des chevrons. Quant à celui «à ozier», auquel correspond la marronnière ici proposée, il repose sur un plateau attaché, son couvercle et son corps sont entièrement ajourés de chevrons disposés en zigzag, autour desquels s’enroulent des rubans.
Mercredi 20 mars, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Pescheteau-Badin OVV. M. Froissart.
Hendrik de Meijer (vers 1620-vers 1690), Le Débarquement des voyageurs, 1654,
huile sur panneau, 87 x 160 cm.
Estimation : 25 000/30 000 €
Atmosphère hollandaise
Sur les dunes surplombant la plage animée de nombreux personnages débarquant d’un bateau, des curieux sont assis pour admirer le spectacle, tout en profitant du magnifique paysage maritime étalé devant eux. Des nuages chargés de pluie, brossés dans une palette de noirs et de gris, menacent une mer encore tranquille. Des voiliers se dirigent vers le large. Le contraste entre le calme de la mer et l’agitation qui règne sur la grève est traduit par la vivacité des coups de pinceau figurant les gentilshommes à cheval ou se hâtant pour trouver un gîte contre l’orage qui s’annonce, la matière se faisant presque lisse, lumineuse pour l’étendue d’eau. Nous sommes en présence d’un thème récurrent de la peinture hollandaise du siècle d’or ; nombre de peintres brossent les activités le long des côtes ou sur les rivières des grandes villes, notamment Albert Cuyp et l’un de ses talentueux disciples, Hendrik de Meijer. La biographie de ce dernier est plus que succincte : il serait né à Rotterdam, ville où il est mentionné dans les archives comme actif de 1640 à 1689. Ses œuvres apparaissent de temps en temps en ventes publiques, le plus souvent aux Pays-Bas : si on lui doit quelques scènes de batailles, la majeure partie consiste cependant en marines. Notons une vue de la plage de Scheveningen qui lui était attribuée, proposée à Oxford en 2012, et un panneau vendu à Londres en 2008, Navires et bateaux sur la rivière Maas, La Groote Kerk et Dordrecht à l’horizon. Il est souvent confondu avec Hendrik de Meijer le Jeune (1744-1793), qui s’installa à Londres.
Mercredi 20 mars, salle 4- Drouot-Richelieu.
Damien Libert OVV. Cabinet Turquin.
Manufacture de Versailles, Nicolas Boutet, époque Consulat. Paire de pistolets à silex, de récompense, donnée par le Premier consul à Michel Duroc, son premier aide de camp, de type vendémiaire, ornés d’une bande gravée et d’un filet d’or et de deux filets aux bouches ; les crosses en noyer, housse d’époque en cuir brun. l. totale 40 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €
Souvenirs de Duroc
Les pans supérieurs de cette paire de pistolets à silex portent la dédicace : “Donné par le 1er Consul Bonaparte au Cen Duroc 1er Aide de Camp”. Elle figure parmi les souvenirs de cet aristocrate qui s’est rallié à Napoléon Bonaparte dès les campagnes d’Italie, où il se distingua. Il participe aussi à l’expédition en Égypte. Apprécié par le Premier consul pour ses aptitudes diplomatiques, Michel Duroc entame, après le 8 brumaire, des négociations avec des cours étrangères. Sa carrière dans l’administration impériale sera aussi brillante que celle dans l’armée. Sa mort à la bataille de Bautzen (Saxe) affecta beaucoup l’Empereur et fut considérée, par Las Cases en particulier, comme l’une des pires fatalités de l’Empire. La manufacture de Versailles a su traverser les affres de la Révolution. Sous la direction de Nicolas Boutet (1761-1833), elle produit des armes de récompense et d’honneur, aussi bien blanches qu’à feu. Arquebusier réputé à travers toute l’Europe, Boutet fournit des modèles de grande qualité, non seulement technique mais également artistique. En témoigne cette paire de pistolets parmi ces souvenirs, où l’on remarque aussi une paire de miniatures de Jean-Baptiste Isabey (1767-1855) représentant Michel Duroc en tenue d’officier supérieur, probablement de général. Elle est estimée 2 500/3 000 €, tout comme le diplôme de nomination de grand maréchal du Palais sur parchemin, remis à Saint-Cloud le 21 du mois de messidor de l’an XII (10 juillet 1804), signé de Napoléon, du secrétaire d’État Hugues Maret et de Cambacérès, l’archichancelier de l’Empire.
Vendredi 22 mars, salle 10 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30.
De Maigret (Thierry de) OVV. M. Croissy.


 
Affiche de théâtre «Grand théâtre de Lyon/Le Tour du monde en 80 jours/Tous les soirs», Impr. Louis Galice, entoilée et encadrée, 89 x 124 cm.
Estimation : 800/1 200 €
Collection Eric Weissenberg
Commencées le 1er mars 2017, les ventes de la collection Éric Weissenberg consacrée à Jules Verne se poursuivent. Ce cinquième opus, comme les précédents, comprend dessins originaux, lettres autographes, photographies de l’écrivain, affiches, jeux et bien sûr tous ses ouvrages en différentes éditions. Un voyage dans le temps et dans l’espace… Le Tour du monde en 80 jours est le dixième roman d’aventures de Jules Verne, de la série des «Voyages extraordinaires». Il paraît en janvier 1873, chez Hetzel bien sûr. Phileas Fogg, gentleman anglais, est un homme curieux et méticuleux. Il parie 20 000 livres avec les membres de son club qu’il parviendra à boucler un tour de la Terre en 80 jours. Le soir même, 2 octobre, il prend le train pour Paris, accompagné de son fidèle domestique Passe-Partout. Les aventures mènent nos compères aux Indes et en Amérique. Malgré les nombreuses péripéties, les deux hommes se tireront de toutes les situations et réussiront même l’exploit de rentrer vingt-quatre heures plus tôt, en voyageant d’ouest en est. À peine publié, le roman donne lieu à une pièce à grand spectacle en cinq actes, un prologue et quinze tableaux au théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris, adaptée par l’auteur lui-même et Adolphe d’Ennery (1811-1899). Ce prolifique dramaturge doit à Jules Verne ses plus grands succès. Les deux hommes vont ainsi transformer Le Tour du monde en 80 jours en un somptueux spectacle, aux décors grandioses et pléthore d’acteurs. Un éléphant sur scène animera pendant longtemps les échos dans les journaux. La pièce de 1874 sera un triomphe pendant plus d’un an, sans interruption.
Mardi 19 mars, salle 12 - Drouot-Richelieu.
Boisgirard - Antonini OVV. M. Mellot.
Chanel par Victoire de Castellane. Paire de bracelets manchettes en métal doré, ornés de cabochons en pâte de verre sur un entourage de perles blanches baroques d’imitation, diam. 6,2 cm.
Estimation : 1 400/1 600 €
Chanel vintage
Un peu plus de cinq cents numéros prennent le chemin des enchères, mais une seule griffe : Chanel. De telles dispersions sont fréquentes, mais celle-ci fait bien évidemment écho à la disparition de Karl Lagerfeld, le 19 février dernier. Préparée de longue date, celle-ci se partage entre prêt-à-porter des années 1980 à 2010, sacs et chaussures, photos – mademoiselle Chanel, Carla Bruni, Cindy Crawford, Karl Lagerfeld –, et spectaculaires bijoux, pour beaucoup signés Robert Goossens, Gripoix et Victoire de Castellane. Certains sont estampillés des célèbres «C» entrelacés, mais nombreux toutefois sont ceux, en métal doré, dont les strass ou les cabochons de pâte de verre, imitant l’émeraude, le rubis, le saphir voire les perles, attireront l’œil. Certains ont appartenu à la princesse Leona Magaloff (1921-2018). C’est à Paris que s’installe dans les années 1960 la cantatrice s’étant produite au festival de Salzbourg et au Volksoper de Vienne – afin d’assouvir sa passion pour la mode. La vedette de sa collection est une torque en métal doré surmontée de plaques ciselées et repercées, serties de cabochons à l’imitation de l’émeraude et du rubis, pour laquelle 2 500/2 800 € sont demandés. Son créateur ? Robert Goossens (1927-2016). L’homme qui a œuvré pour la maison Cartier a débuté chez Chanel dans les années 1950. Ses bijoux traduisent sa fascination pour l’Antiquité, les cultures byzantines et étrusques. Ceux de Victoire de Castellane, qui s’est vu confier la création des bijoux fantaisie et des accessoires alors qu’elle avait à peine 20 ans, célèbrent quant à eux la couleur et la fantaisie…
Lundi 18 mars, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez OVV. Mmes Chombert, Sternbach.
Mexique, nord du Petén, sud Campeche, classique tardif, 550-590 apr. J.-C. Vase cérémoniel en céramique à décor fantastique et mythologique, h. 20,8, diam. 13 cm.
Estimation : 12 000/18 000 €
D’une collection l’autre
Après l’art précolombien, l’art contemporain… Notre collectionneur, originaire de Milan, tourne la page aujourd’hui et cède – sans prix de réserve – les objets qu’il a acquis au gré de ses envies durant de longues années, auprès de marchands ou en ventes publiques, en Europe et aux États-Unis. Au menu, des céramiques du Pérou, du Mexique, du Guatemala, du Costa Rica, et un petit ensemble de masques en pierre Mezcala (Mexique), soit au total cent soixante-dix numéros dont les estimations oscillent d’une centaine d’euros à 12 000/18 000 €. Les plus prisés sont cinq vases en céramique. Le premier, tripode, décoré selon la technique du cloisonné et incisé, provient de la cité de Teotihuacán, célèbre pour ses pyramides et ses temples découverts par les Aztèques au XIVe siècle (6 000/9 000 €). Les quatre autres rappellent l’importance des Mayas, originaires du Yucatán aux environs de 2600 av. J-C., et dont l’apogée se situe autour des années 250 apr. J.-C. Comptez 6 000/9 000 € pour un modèle polychrome (550-950 apr. J.-C.) à décor incisé  du torse d’un dignitaire portant une coiffe de vautour, 4 000/5 000 € pour un vase de la région de Chochola (250-550) à fond arrondi brun rose, orné dans la masse d’une scène de joueur de balle. Les deux autres sont originaires de la région de Campeche, datent du classique tardif (550-950) et sont estimés respectivement 12 000/15 000 € et 12 000/18 000 €. Leurs décors ? Pour l’un, l’offrande du grain (de blé ?) à deux hauts dignitaires coiffés d’un turban, qui l’acceptent ; pour l’autre, une scène mythologique avec le dieu de l’eau et des figures mythologiques du monde souterrain. Ces deux vases sont ornés de glyphes. Au nombre de huit cents chez les Mayas, ces signes représentaient des mots ou des syllabes que l’on combinait pour désigner un nombre, une période, un membre de la royauté, un événement, un dieu, un objet, un édifice, un sculpteur, un mets… de nombreux glyphes pouvant avoir plus d’une signification. Rien n’est simple.
Lundi 18 mars, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Copages Auction Paris OVV. Mme Rebours, M. Roudillon.
Armand Fernandez, dit Arman (1928-2005), Display, 1997, épreuve en bronze patiné et boîte en acier rouillé, numérotée 1/4, fonte Bocquel, 200 x 100 x 71 cm.
Estimation : 40 000/60 000 €
Variation sur Lénine
Qui aurait pu affirmer dans les années de l’après Première Guerre mondiale, que le grand héros de la révolution d’Octobre, Vladimir Ilitch Oulianov (1870-1924), dit Lénine, serait une source d’inspiration pour les artistes de la société de consommation, Andy Warhol en tête, et des nouveaux réalistes César et Arman ? C’est pourtant sa figure hiératique qui a inspiré à ce dernier une suite d’œuvres, exposées en mars 1998 à la galerie Trigano, sous le titre «Variations sur un Lénine». Il s’empare du visage du despote et le fend, telle une ouverture inventée par un Magritte : ensuite, il prend comme modèle les innombrables statues du fondateur de la Russie communiste qu’il triture, découpe et propose en pièces détachées. Celui qui sera vendu prochainement à Drouot a assez bien résisté à la furie destructrice du sculpteur-plasticien. «Les différents éléments d’une même sculpture sont disposés dans des casiers séparés. Après avoir été tronçonné, le corps visuel est redistribué dans une discontinuité», explique la notice du catalogue de la vente. Tita Reut écrit dans le catalogue de l’exposition Trigano : «Il se souvient des artistes naïfs des anciennes avant-gardes, qui ont cru qu’après avoir libéré la société, la révolution léniniste allait libérer l’art.» Cette page de l’histoire artistique de l’URSS sera traitée au début de «Rouge. Art et Utopie au pays des Soviets», qui débute le 20 mars au Grand Palais. Une autre interprétation de la sculpture est ici fournie par une œuvre de l’Américain George Segal. Sa famille a fui la Pologne pour s’installer aux États-Unis, dans le Bronx, où son père ouvre une boucherie, puis dans le New Jersey où il élève des volailles. Le jeune artiste s’intéresse aux banalités du quotidien, et rejoint les artistes du pop art. Le plâtre l’attire d’abord par son prix modique. En 1960, un étudiant lui donne des bandes plâtrées : ce fut un déclic pour l’artiste qui sut immédiatement quoi en faire. Il abandonne alors définitivement la peinture. Son premier modèle fut sa femme Helen, qu’il banda de la tête aux pieds. Il mit deux ans à maîtriser et perfectionner cette nouvelle technique. Attendue autour de 70 000 €, sa Blue Girl in Black Doorway de 1979, en plâtre et bois peints, affrontera le Lénine d’Arman.
Mercredi 20 mars, salle 10-16 - Drouot-Richelieu.
Marc Arthur Kohn OVV.
Albert Marquet (1875-1947), Vue du Pont-Neuf à Paris, 1938, huile sur toile, 46 x 61 cm
Estimation : 100 000/150 000 €
Collection Ambroise Waroquet
La finance mène à tout et même, plus souvent qu’on le croit, à la philanthropie. Ambroise Waroquet est né dans le Nord, dans le village de Maisnil-lès-Ruitz (Pas-de-Calais). La vie lui réussit et il prospère dans la finance. Depuis une vingtaine d’années, il vit désormais à Nice. Tant son village natal que sa ville d’adoption bénéficient de ses largesses. Chaque année, il se transforme en Père Noël pour leurs enfants, contribue également à l’aménagement du Maisnil-lès-Ruitz et à son foyer pour personnes âgées. Dans le Midi, il soutient une association pour handicapés, l’Institut médico-éducatif  La Corniche fleurie et, depuis quelques années, a enrôlé à ses côtés la championne de tennis Alizé Cornet, dont il avait financé les débuts de carrière, pour la plus grande joie des enfants. Il aimait aussi fréquenter les galeries et les salles de ventes lorsque ses loisirs le lui permettaient. Un de ses artistes préférés est Albert Marquet, vedette de la partie de sa collection proposée prochainement à Drouot. Cette Vue du Pont-Neuf y figure avec trois dessins de l’artiste, deux paysages et l’un des personnages. Protagoniste du fauvisme, l’artiste conserve de ses premières années aux côtés de Matisse, Derain et Dufy, le goût pour la simplification des formes, une autonomisation relative de la couleur, l’apparence d’improvisation rapide. Il recherchera une harmonie tonale afin de montrer l’essentiel, de «peindre comme un enfant sans oublier Poussin», aimait-il faire remarquer. Cette vue est prise de la fenêtre de son appartement face à la Seine ; on est en hiver, le fleuve, le pont et les passants sont enveloppés d’une atmosphère brumeuse de vert, de gris avec des rehauts de noir. Parmi les artistes plus modernes, Ambroise Waroquet a choisi un dessin au crayon, à l’encre de Chine et aquarelle de Calder, L’Envol (18 000 € env.). On peut y lire le travail de l’artiste sur la métamorphose du sujet, d’une femme à l’oiseau déployant ses ailes, laissant derrière elle ses jambes terrestres. Le contraste entre le vide et le plein constitue le thème de l’exposition que lui consacre jusqu’au 25 août le musée Picasso, à Paris, où il fait face au maître catalan.
Vendredi 22 mars, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Boisgirard - Antonini OVV. M. Kasznia.
Félix Schivo (1924-2006), Le Pluvier ou Le Chevalier combattant, 1986, bronze à patine polychrome, fonte au sable Figini, 73 x 43 x 44 cm.
Estimation : 1 000/1 500 €
Félix Schivo, artiste des attitudes
Oiseau migrateur de la famille des échassiers, le pluvier passe en Bretagne au moment de sa migration vers l’Afrique. C’est dans cette région que Félix Schivo l’a observé. Ce Chevalier combattant, ainsi nommé car il met son plumage en bouclier à la saison des amours pour repousser les autres prétendants, est l’un des vingt-cinq modèles d’animaux créés par l’artiste du milieu des années 1980 à la fin de la décennie suivante. À savoir une majorité de volatiles, quelques animaux de la savane africaine et beaucoup de spécimens de nos campagnes. Mais il laisse aussi des gravures, dont un ensemble inspiré par les charpentes de l’église Saint-Eustache et un autre sur Venise (est. 100 à 300 €). Félix Schivo s’est aussi intéressé de près au travail du mime Marceau, croquant sur le vif dans les années 1960 des attitudes de son célèbre Bip. Une douzaine de dessins et de statuettes en plâtre le représentant dans différentes attitudes sont ici espérés entre 100 et 800 €. Pour leur part réinterprétées de l’œuvre gravé du sculpteur lorrain Jacques Callot, de grandes statues en bronze ou en plâtre (200 à 1 000 €) côtoient des bustes de personnages célèbres (Jean Jaurès, Stefan Zweig, Charles de Gaulle) ou anonymes, des nus féminins, un ensemble de vingt-cinq groupes en terre cuite colorée ou patinée figurant les gens de robe (100 à 200 €). Pour finir, des dessins (paysages, animaux, personnages) illustrent également le travail de cet artiste originaire de Tarascon, formé aux beaux-arts d’Avignon puis à Paris, à qui l’on doit également le buste du couturier Christian Dior, à Granville, et la statue du peintre Thomas Couture à Senlis, où le sculpteur s’était installé en 1978.
Lundi 18 mars, salle 13 - Drouot-Richelieu.
Crait + Müller OVV.
Michel Chauvet (1916-2001), table ou bureau «poisson», 1956, meuble sculpture, pièce unique en olivier, 67 x 177 x 82 cm.
Estimation : 3 000/5 000 €
Michel Chauvet, la sculpture avant tout
Né d’une famille d’artisans à Ferney-Voltaire, Michel Chauvet apprend la sculpture auprès de son grand-père ébéniste. Il s’inscrit à l’École des beaux-arts et arts industriels de Genève, en Suisse, et termine ses études par une année aux Beaux-Arts de Paris, notamment avec Landowski. Il commence à exposer en 1943 à Lyon, mais entre en clandestinité dans les montagnes de l’Isère. En 1945, il expose à Clermont-Ferrand, dans le hall du Mouvement de libération nationale, ses sculptures et dessins inspirés par la guerre et l’Occupation. Chauvet installe son atelier au pied de la Grande Chartreuse, où il réalise des œuvres monumentales. Toutes les matières l’intéressent, la pierre et le bois aussi bien que le plâtre. Dans le cadre de la restauration de l’ancien théâtre de Grenoble, la ville lui commande deux grandes figures en rampe d’escalier en pierre et cinq sculptures de noyer pouvant être utilisées en tant que bancs. Il s’agirait des premiers exemples connus de son intérêt pour le mobilier, qu’il développe lors de son déménagement à Biot, dans les Alpes-Maritimes. Dans son atelier-galerie de la place des Arcades, il expose ses créations : des vitraux, des cheminées, des tables et bancs en eucalyptus et olivier. Plusieurs expositions en Europe couronnent son travail ;
à partir de 1969, il se consacre davantage au dessin et la peinture. Michel Chauvet décède dans les Alpes-Maritimes en 2001, laissant une œuvre protéiforme d’une densité impressionnante, tant poétique que puissante et dont un ensemble est proposé au sein de cette vacation. Cette table est accompagnée d’un banc «poisson» en noyer, estimé quant à lui 1 500 € environ.
Vendredi 22 mars, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV. M. Eyraud.
Claude Monet (1840-1926), Yport la nuit, pastel sur papier, contrecollé sur un papier support, cachet de signature «Claude Monet» sur le papier de montage, 13,2 x 26 cm.
Estimation : 50 000/80 000 €
Paysage crépusculaire par Claude Monet
«Comme la lumière attire les papillons, la Normandie attire les artistes», écrivait Guy de Lourcade, en 1909. Yport, situé entre Étretat et Fécamp, fait notamment partie de ces endroits de la côte d’Albâtre appréciés des écrivains et des peintres. Parmi les uns, Guy de Maupassant situe l’action de son roman Une vie dans ce village de pêcheurs. Parmi les autres s’impose Claude Monet. La vie et l’œuvre du père de l’impressionnisme sont intimement liées à la Normandie. Il passa sa jeunesse au Havre, où il rencontra Eugène Boudin, qui l’amena le premier peindre en plein air, sur les bords de mer. Il reviendra régulièrement dans la région, notamment à Honfleur – où il rejoint Jongkind et Boudin à la ferme Saint-Siméon –, ou encore au Havre ou à Sainte-Adresse, chez ses parents. On le retrouve aussi du côté d’Étretat, en 1868, puis entre 1883 et 1886. C’est peut-être de cette dernière période que date ce petit pastel offrant un séduisant jeu de lumière et de dégradé de couleurs. Le peintre se promenait dans ses paysages préférés, son carnet de croquis en main (la taille de cette feuille correspond parfaitement), à la recherche d’une vue à reproduire sur le vif. Ici, il a choisi le moment du coucher du soleil, laissant poindre à l’horizon les derniers rayons qui éclairent le ciel bleu assombri. La fenêtre illuminée indique la présence humaine en plein cœur de ce paysage sauvage. Bien qu’il n’existe qu’une centaine de pastels connus de sa main, Monet aimait ce médium permettant de travailler rapidement sur le motif, de saisir la lumière. Il en réalisa une vingtaine au début des années 1880 dans cette région, où il apprit à maîtriser cette technique aux côtés de Boudin. Il n’a livré aucune version peinte de cette composition. Ce dessin n’est donc pas un travail préparatoire, mais bien une œuvre à part entière. Présent au catalogue raisonné de l’artiste (Lausanne, 1991), et reproduit dans le volume V sous le numéro P6 (page 156), il a été découvert au sein d’une collection particulière de la région de Saint-Brieuc. Il avait été offert à son propriétaire actuel par son oncle, un galeriste parisien, qui le tenait lui-même du fils du peintre, Michel Monet. Au début des années 1960, il avait rencontré celui-ci dans le village de Sorel-Moussel, où il passait ses vacances. Une rencontre heureuse…
Dimanche 24 mars, Saint -Brieuc.
Armor Enchères OVV. Cabinet Chanoit.
Eugène Boudin (1824-1898), Port de Bordeaux animé, huile sur toile, 1874, 40,5 x 65 cm.
Estimation : 80 000/100 000 €
Boudin au cœur de l’animation bordelaise
Les vues de Bordeaux furent particulièrement convoitées lors de la rétrospective des œuvres d’Eugène Boudin organisée en 1899 à l’École nationale des beaux-arts. Une toile titrée Port de Bordeaux fut d’ailleurs, à cette occasion, achetée par l’État français. Elle était datée 1874, tout comme ce tableau, présenté aux enchères à Lyon. Cette année est décidément chargée pour Eugène Boudin. Sur les conseils de son ami et disciple Claude Monet, il envoie trois toiles pour être accrochées à la première exposition des impressionnistes, organisée chez Nadar. Depuis peu, le maître normand est apprécié de la critique et du public, ses toiles se vendant mieux, notamment par l’intermédiaire du marchand Paul Durand-Ruel. Ses finances s’améliorent et lui permettent désormais de voyager plus facilement. Il parcourt ainsi les rivages de France, mais aussi des pays nordiques. Peintre de marine dans l’âme, il aime particulièrement les vues de bord de mer, mais aussi portuaires, à l’image du sujet de cette toile. Le peintre a particulièrement apprécié peindre la cité girondine, son port – l’un des plus importants de France –, et ses quais. En cette année 1874, l’artiste visite pour la seconde fois la ville et y restera plus de deux mois – du 5 septembre au 10 novembre. Il y passera ses journées à peindre autour du port, réceptif à son animation, mais aussi aux changements météorologiques. Il réalise sur le motif, en plein air, de rapides esquisses, dessins ou aquarelles – autant de petits formats qu’il retranscrira au calme dans son atelier sur des toiles plus grandes. Original par l’activité y étant retranscrite, ce tableau présente en outre les quais avec ses habitations, sur la partie gauche. Les bateaux, de grands voiliers, rappellent les marines traditionnelles hollandaises, tandis que le traitement de l’eau et du ciel se rattache à la technique impressionniste. Spontanéité et variations de touches et de couleurs caractérisent cette œuvre, l’une des «beautés météorologiques» ou des «prodigieuses magies de l’air et de l’eau» d’Eugène Boudin, selon son ami Charles Baudelaire.
Samedi 23 mars, Lyon.
Ivoire - Bérard - Péron OVV. M. Houg.

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