La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Ensemble de bouteilles et de magnums de mouton-rothschild, divers millésimes, provenant de la cave de Pierre Bergé.
Estimations : de 350 à 6 000 €.
À la une
Le baron Nathaniel de Rothschild et Pierre Bergé partagent le goût – et le talent – de bien recevoir, mets raffinés et vins assortis. Le premier s’offre en 1853 un domaine de plusieurs hectares, proche de Lafite et de Latour, le château Brane Mouton à Pauillac, auquel il adjoint son patronyme. Le second constituera un siècle plus tard une cave remarquable par l’abondance des grands crus de Bourgogne et de Bordeaux, et de millésimes prestigieux, pour le plus grand plaisir de ses invités. Cette cave, gérée par un sommelier pendant de longues années, peut être comparée à celle du palais de l’Élysée par son contenu. Aux délices des mets se doit de répondre la saveur exquise des vins choisis… à déguster avec modération. Revenons au château-mouton-rothschild qui sommeilla jusqu’en 1922, date de la prise en main de la destinée du domaine par son arrière-petit-fils, Philippe de Rothschild. Premier bouleversement dès 1924 : il impose la mise en bouteilles intégrale au château (auparavant, le vin était livré en barriques aux négociants). Un dessin de Jean Carlu se remarque sur l’étiquette de ce millésime, une initiative qui est restée sans lendemain jusqu’en 1945. Pour célébrer la victoire, le baron Philippe invite Philippe Jullian à illustrer l’étiquette du grand cru ; il choisit le V de la victoire. Désormais, chaque année, un artiste crée spécialement pour mouton une œuvre reproduite sur l’étiquette. Enfin, en 1973, mouton-rothschild accède au rang de «premier grand cru classé», selon la classification officielle des vins de Bordeaux de 1855. Les amateurs n’avaient pas attendu cette reconnaissance pour plébisciter ce nectar.  Sur cette photo, on reconnaît à l’arrière-plan, de gauche à droite : une bouteille de 1979, avec le dessin d’Hisao Domoto, un jéroboam de 1975, avec celui de Riopelle ; au premier rang, de gauche à droite : l’étiquette de Keith Haring aux béliers dansants pour le millésime 1988, celle de Soulages inspirée des initiales du grand cru entremêlées (1976), celle de Warhol accolant deux portraits du baron Philippe (1975) sur un magnum et une bouteille, et celle de Delvaux traitant du don de la treille (1985). Sans oublier celle réalisée par Robert Wilson en 2001, mettant en scène Philippine de Rothschild, à la tête du domaine depuis le décès de son père, en 1988. Le baron Philippe et Pierre Bergé partagent aussi une passion pour l’art, possédant chacun des collections et, surtout, n’hésitant pas à introduire l’œuvre d’art, la participation artistique dans leur entreprise respective.
Jeudi 10 mars, à 19 h. Drouot-Richelieu, salle 9.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. de Thorigny.
Auguste Rodin (1840-1917), L’Éternelle Idole, moyen modèle, bronze à patine noire nuancée de vert, modèle conçu en 1889, épreuve fondue en 1927. 29,5 x 14,1 x 24,5 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €.
Les Rodin de Jean de Ruaz
Les premiers coups de marteau tomberont à 18 h d’une dispersion dans laquelle dix pièces, pas plus, sont inscrites au catalogue. Mais, on y trouve pas moins de cinq bronzes d’Auguste Rodin, qui viennent pour la première fois sous le feu des enchères. Ils ont appartenu au galeriste Jean de Ruaz, fils de l’un des architectes du musée du Luxembourg à la fin des années 1920, et sont restés depuis dans sa famille. Dans sa galerie du 31, avenue de Friedland, Jean de Ruaz exposa avec succès les paysages d’Armand Guillaumin, Albert Lebourg, Eugène Boudin, Pierre-Eugène Montézin. En mai 1946, il rend hommage à l’œuvre d’Auguste Rodin et fait l’acquisition de cinq fontes posthumes – aujourd’hui sous le marteau – auprès du fondeur, collectionneur et marchand, Eugène Rudier (1875-1952), fils d’Alexis à qui le sculpteur fait appel depuis de nombreuses années pour transposer ses œuvres en bronzes. Si la pièce la plus disputée n’est autre qu’un exemplaire du moyen modèle du célébrissime Baiser, qui faisait la Une de Gazette n° 4 et dont 1,5 à 2 M€ sont espérés, la deuxième marche du podium pourrait revenir à 300 000/400 000 € à une taille originale (du premier état, fonte entre 1935 et 1945 d’Alexis Rudier), à patine brune nuancée de vert de L’Éternel Printemps. Conçu en 1884, ce groupe, d’un lyrisme flamboyant, célèbre l’amour et le printemps, mais probablement aussi la passion qui unit le sculpteur à Camille Claudel. La Jeune Mère (à patine brun noir nuancé, fonte entre 1934 et 1946, Alexis Rudier) saisit un instant de douceur et de complicité entre une mère et son enfant. Notre épreuve est estimée 80 000/100 000 €. Il faudra aussi compter 60 000/80 000 € et 30 000/40 000 € respectivement d’une épreuve de 1927 de L’Éternelle Idole – sur un modèle de 1889 conçu pour La Porte de l’Enfer – et du Bon génie ou jeune fille confiant son secret à Isis, un petit bronze conçu vers 1899 (notre épreuve fondue entre 1935 et 1944) dans la veine de ceux de Carpeaux et illustrant la vogue pour les sujets mythologiques égyptiens depuis le début du XIXe siècle. De sculpture, il est encore question avec Wilhelm Lehmbruck dont une épreuve en ciment patiné du Buste de l’Agenouillée, des années 1930, est annoncée autour de 100 000 €. C’est à Paul Iribe qu’est consacrée la seconde partie de séance, un artiste rare sous le marteau et dont quatre meubles sont ici proposés.
Salle 9 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. Mme Marcilhac, Cabinet Brame et Lorenceau, M. Lacroix.
Gabon, peuple obamba ou ndasa, XIXe siècle. Figure reliquaire, âme de bois recouverte de feuilles de laiton et de cuivre sur le visage, h. 37, l. 26 cm.
Estimation : 50 000/80 000 €.
Pour le culte des ancêtres
Connaître sa lignée est une référence obligatoire pour nombre de peuples africains, notamment ceux installés dans la vallée de l’Ogooué. Un vaste mouvement migratoire, aux XVIIe et XVIIIe siècles, mena les Kota originaires de la Sangha, au nord-ouest de l’actuelle République du Congo, à s’installer dans le haut du fleuve. Parmi cette ethnie, on distingue les Obamba, qui s’établirent de part et d’autre de la rivière Léconi, affluent de l’Ogooué, et conservèrent une tradition matrilinéaire. Proches des Kota, ils réalisent des reliquaires reconnaissables à leurs figurines recouvertes de feuilles de cuivre et de laiton, créant ainsi un contraste dynamique de couleurs. La représentation idéalisée de l’ancêtre est fichée dans un panier d’osier tressé contenant les reliques. Les variantes, parfaitement identifiables pour un membre du clan, restent mystérieuses à nos yeux d’Occidentaux. L’effigie est composée d’éléments géométriques, à la face divisée en quatre parties. Cette économie de moyens apporte à la fois puissance et présence. Les traits sont tout juste suggérés : le front et le nez revêtent une forme losangée, où est sommairement dessinée une bouche entrouverte, les yeux sont sobrement indiqués par une ligne en léger relief. Le visage est surmonté d’un «diadème» en croissant de lune, agrémenté d’une frise de motifs ondulés et encadré de formes stylisées évoquant une coiffure élaborée. Ces éléments permettaient probablement d’identifier l’ancêtre, vu la variété de ces sommités. Les contours sont soulignés d’un décor de pointillés. Le piétement ajouré en losange, disparu, devait symboliser les bras. Selon Louis Perrois (in Africa. The Art of a Continent, Prestel, 1999), le groupe de reliquaires plus petits est très rare ; celui-ci pourrait en faire partie, les reliquaires obamba mesurant en général entre 60 et plus de 70 cm. Il est certain qu’il se rapporte à une ancêtre puissante.
Vendredi 19 février, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Me L’Huillier. M. Roudillon.
Paul Iribe (1883-1935), 1914, meuble d’appui en poirier noirci et ébène du Gabon, gainé de cuir repoussé à décor de fleurs, ouvrant par six tiroirs, intérieur en bois de rose, 126,5 x 68,5 x 38,5 cm.
Estimation : 50 000/60 000 €.
Tradition et modernité
Comme le tennisman Jean Borotra, Paul Iribe, de son vrai nom Paul Iribarnegaray, mériterait le surnom de «basque bondissant» ! Il ne lui faut que quatre années, en effet, de 1910 à 1914, pour établir sa notoriété de décorateur et faire œuvre de précurseur du style art déco. Le jeune homme fait ses premières armes comme caricaturiste à L’Assiette au beurre, au Rire et au Cri de Paris. Touche-à-tout de génie, il travaille ensuite avec Pierre Legrain pour le couturier Paul Poiret, auquel il fournit des dessins de bijoux, de tissus et de meubles. En 1912, Jacques Doucet le sollicite pour l’aménagement de son appartement, 46, avenue du Bois, avec ce que la création contemporaine produit de mieux. Les personnalités du gotha se disputent ses meubles aux formes fluides, aux matériaux et aux ornements d’un raffinement extrême, aux formes inspirées du XVIIIe, mais à la grâce un peu féminine. En 1914, il part aux États-Unis travailler pour le producteur de cinéma Cecil B. de Mille. En 1930, de retour en France, Paul Iribe dessine des bijoux pour celle qui deviendra sa compagne, Gabrielle Chanel. Exceptions faites de quelques petites pièces, ses œuvres sont rarissimes sous le marteau. C’est dire l’importance des quatre meubles aujourd’hui proposés, millésimés 1914, dont le pedigree ajoute encore à la valeur : une table de milieu en palissandre, poirier noirci et ébène du Gabon (40 000/50 000 €), un meuble d’appui à six tiroirs – probablement pour des bijoux – en poirier noirci et ébène du Gabon gainé de cuir décoré de fleurs, l’intérieur habillé de daim (voir photo), un fauteuil gondole à accotoirs à volutes (100 000/120 000 €), un guéridon en ébène du Gabon intégrant une dalle de marbre noir ornementée d’une guirlande sculptée de fleurs et feuillages (30 000/40 000 €). Ces deux derniers ont fait partie de la collection de madame Roger, amie proche de Coco Chanel, et sont restés dans sa famille, les deux autres ont appartenu à l’orfèvre joaillier Robert Linzeler. «Paul Iribe a toujours laissé parler son côté poétique. Ses meubles sont la quintessence du style boudoir des années 1910», s’enthousiasme l’expert de la vente, Amélie Marcilhac.
Mardi 16 février, salle 9 - Drouot-Richelieu, à 18 h.
Binoche et Giquello SVV. Mme Marcilhac.
Console d’applique en bois sculpté et doré à décor rocaille de crosse, ailes, cartouches, branchages chargés de fruits et fleurettes, époque XVIIIe siècle, 58 x 46 x 37 cm.
Estimation : 3 000/4 000 €.
Collection Goujon
Plus qu’un lieu, une institution ! C’est au début des années 1960 que Maxime Goujon ouvre son atelier de restauration de bois doré villa de Guelma, entre Pigalle et les Abbesses. Formé chez son oncle Maurice Levoe, doreur dans le faubourg Saint-Antoine, il s’installe à son compte au milieu des années 1940, rue Robert Planquette, dans le 18e arrondissement. Il y restera vingt ans avant de partir, à un jet de pierres, villa de Guelma. C’est là que son fils, Jacques, viendra le rejoindre, tous les jeudis dès 1965, passionné lui aussi. Le lieu a vu passer Suzanne Valadon et Maurice Utrillo ; Raoul Dufy y a réalisé quelques-unes de ses œuvres les plus célèbres, entre 1911 et 1953… L’atelier Goujon s’est imposé très vite auprès d’illustres clients privés, mais aussi des musées – le Getty de Los Angeles, le Metropolitan de New York, le Louvre, Jacquemart-André et Nissim de Camondo. Aujourd’hui, trois artisans perpétuent la renommée et restaurent, pour le château de Versailles notamment, consoles, sièges, trumeaux, cadres, boiseries et miroirs en bois doré. Un travail long et délicat, qui nécessite une trentaine d’opérations, du dégraissage au brunissage en passant par l’encollage, l’application de feuilles d’or, la reparure ou le ponçage. Côté salles des ventes, c’est la collection personnelle de Jacques Goujon (1945-2014) qui prend le chemin des enchères. L’entrée en matière (11 h) revient à un important ensemble de cadres en bois sculpté doré bien sûr, des époques Louis XIII au début du XIXe siècle, dont les estimations oscillent d’une centaine à 1 500 €. Ils laissent la place l’après-midi à des tableaux anciens et des porcelaines de Paris, à des bibelots et du mobilier de Chine et du Japon, mais surtout à des productions classiques françaises. Ainsi d’un grand miroir à parcloses Louis XV (5 000/7 000 €), d’une suite de quatre fûts de cabriolets estampillés Sulpice Brizard en hêtre sculpté et redoré (83 x 52 x 58 cm), estimée 2 000/4 000 €, de cette console à décor rocaille ou d’une table à gibier d’époque Régence à riche décor de coquilles, dragons et cartouches (8 000/12 000 €). De précieux bouts de bois…
Mercredi 17 février, salle 14-15 - Drouot-Richelieu, à 11 h et 14 h 30.
Maigret (Thierry de) SVV.  MM. Guerre, Millet, L’Herrou, Cabinet Étienne - Molinier.
École de Bourgogne, vers 1460. Quatre scènes de la vie de sainte Godelive, quatre panneaux de chêne (deux reproduits), 28,5 x 19,6 cm.
Estimation : 8 000/12 000 €.
Femme martyre
Une histoire digne de nos plus trépidants thrillers… À la fin du XIe siècle, le moine Drogon de Saint-Winoc a narré la légende de sainte Godelive. Celle-ci naît vers 1049 dans le Boulonnais, à Longfort. Fille du seigneur de Wierre-Effroy, belle, gracieuse et intelligente, elle ne manque pas d’attirer l’attention du jeune Bertholf de Ghistelle, qui souhaite l’épouser. Mais Godelive désire entrer dans les ordres. Grâce à l’intercession du comte de Flandre, Bertholf obtient gain de cause, suscitant la plus grande peine chez la future mariée. S’installant dans sa nouvelle demeure, elle découvre une belle-mère jalouse, qui la surnomme «la Corneille» en raison de ses cheveux noirs. Fuyant brimades et mauvais traitements, Godelive s’en retourne chez ses parents. Son père fait appel au comte de Flandres, qui le renvoie vers l’évêque de Tournai. Ce dernier force Bertholf à reprendre son épouse et à mieux se comporter à son égard. Au contraire, la jeune femme est enfermée dans une cellule et battue. Puis, dans la nuit du 6 au 7 juillet 1070, deux valets, sur ordre de l’époux et de sa mère, étranglent Godelive avec une nappe, la jettent dans un puits pour laver son visage et la recouchent dans son lit pour faire croire à une mort naturelle. Nos quatre panneaux, présentés à Albi, peints par un artiste de l’école de Bourgogne vers 1460, racontent les derniers instants de la martyre, devenue une sainte flamande très vénérée, notamment par les femmes maltraitées. Au regard des liens étroits entre la Bourgogne et les Flandres depuis que le duc Philippe le Hardi a invité, à la fin du XIVe, de nombreux artistes flamands dans sa chartreuse de Champmol, il n’y a rien d’étonnant à retrouver une telle iconographie dans une peinture bourguignonne. Cette dernière prendra tout de même son indépendance stylistique avec une simplification des formes et une robustesse typiquement régionales.
Samedi 13 février, Albi.
Hôtel des ventes du Tarn SVV. Cabinet Turquin.
Stanislas Lépine (1835-1892), Bassin de Saint-Pierre à Caen, toile, 36 x 55 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €.


 
Impressionnisme en vue
Stanislas Lépine est considéré comme l’un des précurseurs de l’impressionnisme, à la suite de Corot et Jongkind et précédant Pissarro ou Monet. Par sa technique tout en légèreté –  à partir d’une palette claire et de délicates nuances de couleurs –, et ses thèmes, les paysages de plein air, il s’engage sur la voie de la modernité. Né à Caen en 1835, c’est naturellement avec des vues de sa région qu’il débute dans les salons parisiens à la fin des années 1850. Installé dans la capitale depuis 1855, Stanislas entre cinq ans plus tard dans l’atelier de Corot. Bien que les vues de Paris, des quais de Seine notamment, deviennent rapidement ses sujets préférés, il continue à peindre des paysages normands ou hollandais au gré de ses voyages. Ils sont le plus souvent animés par un petit nombre de personnages et enrichis de variations colorées, transcrivant une vision réaliste de la ville. Au Salon de 1873, il présente la toile Canal à Caen, effet de lune, qui sera recalée et finalement exposée au Salon des refusés. L’année suivante, il se lance dans l’aventure impressionniste aux côtés de Degas, Monet ou Pissarro. Mais leur histoire commune tourne court, car Lépine, plus consensuel, veut continuer à présenter ses tableaux au Salon. La notoriété tardant à venir, le peintre décide de mettre en vente, à plusieurs reprises, certaines de ses œuvres à l’Hôtel Drouot. Un moyen bien connu des artistes de la fin du XIXe et souvent concluant ! Il se fait bientôt remarquer par le marchand Durand-Ruel et reçoit une médaille à l’Exposition universelle de 1889. Hélas, le peintre meurt trois ans plus tard. Des artistes lanceront une souscription pour aider sa famille et Durand-Ruel organisera une rétrospective. Ce succès tardif et fugace est aujourd’hui compensé par une belle cote de l’artiste sur le marché de l’art, qui salue une peinture de paysage vivante et moderne.
Dimanche 14 février, Auxerre.
Auxerre Enchères - Auxerre Estimations SVV.
Charles de Ferriol (1652-1722), Explication des cent estampes qui représentent différentes nations du Levant avec de nouvelles estampes de cérémonies turques qui ont aussi leurs explications, Paris, Jacques Collombat, 1715.
Estimation : 4 000/5 000 €.
l’ambassadeur et les turqueries
Cet ouvrage est l’un des jalons de l’histoire des turqueries en France au XVIIIe siècle. C’est étrangement au moment même où la Turquie s’affaiblit, où les forces ottomanes subissent leurs premiers revers contre les Occidentaux, que l’Europe manifeste un intérêt croissant pour ce pays lointain. Les missions françaises, tant politiques que scientifiques, s’y multiplient. Les premières visent à obtenir une alliance contre un ennemi commun, les Habsbourg, et les secondes sont chargées de rapporter des informations sur le mode de vie et les arts à la cour de la Sublime Porte. C’est en 1699 que le comte Charles de Ferriol est envoyé comme ambassadeur à Constantinople. Il y restera en poste jusqu’en 1709, lorsqu’une étonnante crise de folie le poussera à la démission, avant de regagner la France en 1711. À son retour, il fait publier en 1714, chez Le Hay et Duchange, son Recueil de cent estampes représentant différentes nations du Levant, orné de gravures de personnages ottomans, présentés dans leur quotidien, et illustrant la diversité ethnique, sociale et religieuse de l’Empire sous les règnes d’Ahmed II et de Moustapha II. Les œuvres sont signées de Gérard Scotin et de huit autres graveurs, à partir de tableaux commandés en 1707 par Ferriol à un peintre l’ayant accompagné dans son voyage, le Valenciennois Jean-Baptiste Van Mour. Cet ouvrage sera réédité plusieurs fois jusqu’en 1765. Publiée en 1715, notre Explication des cent estampes qui représentent différentes nations du Levant avec de nouvelles estampes de cérémonies turques qui ont aussi leurs explications est la première émission de l’exemplaire à l’adresse de Jacques Collombat. Ce travail de Ferriol aura une grande influence sur les artistes de toutes disciplines, disposant ainsi d’une base imagée et renseignée pour leurs propres travaux. Mme de Pompadour, qui en possédait un exemplaire dans sa bibliothèque particulière, demanda ainsi à Carle Van Loo de s’en inspirer pour décorer sa «chambre turque» au château de Bellevue.
Dimanche 14 février, Louviers.
Jean Emmanuel Prunier SVV. M. Harnisch.


 

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