La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Herbert Mason (1903-1964), St Paul’s Survives, 1940, tirage argentique d’époque, 28,3 x 36,5 cm.
Estimation : 5 000/6 000 €.

À la une
La nuit du 4 septembre 1666, la cathédrale Saint-Paul fut consumée lors du grand incendie de Londres. C’était la quatrième du nom, la première et la troisième ayant brûlé, et la deuxième ayant été rasée par les Vikings. Chef-d’œuvre de l’architecture normande, l’Old St Paul avait subi plusieurs sinistres, qui avaient fragilisé l’édifice… Un certain Christopher Wren travaillait déjà en 1663 à un projet de restauration. Il fut en charge de sa reconstruction, comme de celle de la ville. C’est le seul monument à la fois classique et baroque de la capitale anglaise. Avec son dôme culminant à 110 mètres, sa silhouette unique en a fait l’un des symboles londoniens… et une cible pour l’aviation d’Hitler. Dans la nuit du 29 au 30 décembre 1940 – la 114e du Blitz subi par l’Angleterre depuis plus de trois mois –, Saint-Paul et ses abords reçoivent une pluie de bombes. Tout le périmètre offre une vision d’apocalypse. Ed Murrow, journaliste américain, annonce à la radio la destruction de la cathédrale. Cependant, un groupe de pompiers volontaires, attaché à sa sauvegarde, éteint le feu avec des pompes à main. L’une des bombes s’est logée dans les combles de la coupole… le plomb fondant, l’engin incendiaire tombe au sol et sera vite mis hors d’état de nuire. Herbert Mason, réalisateur de films et à l’époque photographe en chef du Daily Mail, se tient sur le toit du bâtiment du journal sur Fleet Street et observe la scène : «Je fis plusieurs fois le point sur le dôme surgissant à travers la fumée. L’éclat de nombreux feux et la déferlante de nuages de fumée masquaient le monument. D’un coup, le vent se leva. Soudain, la croix étincelante, le dôme et les tours se dressèrent comme un symbole parmi l’enfer. Une scène incroyable. À cet instant, j’ai appuyé sur mon déclencheur.» Cette image iconique, illustrant la détermination anglaise durant le bombardement de Londres, a fait la une du Daily Mail le 31 décembre 1940.
Elle donne raison à Churchill, qui avait pris la décision de sauver Saint-Paul à tout prix, jugeant que sa protection «boosterait le moral de la nation». Cette épreuve figure dans la seconde vente de la collection de l’expert Pierre-Marc Richard, dont l’intitulé est «Pertinences rétiniennes». En effet, cette image, une fois vue, est imprimée à jamais.
Mercredi 25 mars. Drouot-Richelieu, salle 2. Beaussant - Lefèvre SVV.
M. Jacquier.
Nicolas Coutépoff, alias Nicolai Ivanovich Kutepov (1851-1907), La Chasse grand-ducale et tsarienne en Russie, Saint-Pétersbourg, 1896-1900, 1902 et 1911, 4 grand in-4o, reliures de Nikolai Semenovich Samokish.
Estimation : 50 000 € l’ensemble.
Chef-d’œuvre russe
La modernisation rapide de la société russe à la fin du XIXe siècle devait favoriser l’apparition d’une société friande de culture occidentale et de mécènes pariant pour un nouvel art russe. Les créateurs surent ajuster les sciences et les arts de l’Occident à la spécificité russe, c’est-à-dire qu’ils mirent le mot, l’image et le son au service du grand destin de la Mère Russie, dont l’histoire est une source d’inspiration. Un souci transparaissant dans la création de cette monumentale histoire de la chasse en Russie. Peu de détails sont connus de la vie de son auteur, Nicolai Ivanovich Kutepov, qui consacra une grande partie de sa carrière à ce sujet : les divers types de chasse pratiqués en Russie depuis le IXe siècle. Il réunit une fabuleuse documentation, documents anciens, gravures, cartes, costumes, dessins et autres comptes rendus ; l’ouvrage s’intéresse aussi bien à la chasse d’agrément qu’à la traque du gros gibier. L’auteur fut en charge de rédiger l’article de référence dans l’Encyclopédie Brockhaus et Efron. Les deux premiers volumes traduits en français, par Alexis Lupus, ont bénéficié d’un tirage de luxe, reconnaissable aux écoinçons d’argent. Vu l’importance du projet éditorial, Kutepov fit appel à plusieurs artistes, notamment Victor Vasnetsov, un des membres du groupe des Ambulants, comme son ami Repin. Leurs élèves, Benois et Serov par exemple, feront partie du groupe du Monde de l’art, fondé par Diaghilev. Ces artistes se considéraient comme des missionnaires de l’art, attachés à leurs racines et à la renaissance artistique russe. «J’aime l’art par-dessus tout, écrivait Repin dans une lettre à Stassov le 2  juin 1899. «Où que je me trouve, quoi que je fasse, […] partout et toujours, il est en moi.» Les deux derniers volumes, édités uniquement en russe et moins luxueusement reliés, complètent néanmoins cette parution considérée comme une des plus importantes de l’édition russe à la fin du XIXe siècle. L’ensemble est complet, ce qui est fort rare…
Mercredi 4 février, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Damien Libert SVV. M. de Broglie. 
Edward Eugene Louis Mortelmans (1915-2008), Scène de tennis édouardienne, 1994, crayon et gouache sur papier, 40 x 50 cm. Estimation : 1 500/1 800 €.
Jeu, set et match
Les objets liés au tennis s’imposent comme une évidence dans les ventes sur le thème du sport. Soixante-dix numéros sont inscrits au catalogue de celle-ci : des raquettes, des tenues, des médailles, des programmes, des cartes postales, des photographies, des affiches des grands tournois des années 1930 à aujourd’hui… On choisit cependant de présenter un tableau du peintre et illustrateur londonien Edward Eugene Louis Mortelmans, exécuté en 1994 mais figurant une scène de l’époque édouardienne. Dans ces années 1900-1910, cela fait quelques décennies que notre sport a vu le jour : son histoire commença officiellement le 23 février 1874. Ce jour-là, le major Walter Wingfield, retraité de l’armée des Indes, fait breveter un nouveau jeu de «court paume», vendu sous le nom grec de sphairistiké («art de la balle»), transformé trois ans plus tard sous celui, plus porteur, de lawn tennis («jeu de paume sur gazon»). Les règles sont définies en mai 1875. La même année, deux journalistes du bien nommé The Field louent une prairie à Wimbledon, fondent un club et installent des terrains sur lesquels sera organisé, en juillet 1877, le premier championnat. Ça y est, le tennis est lancé sur tous les continents ! De ce côté-ci de la Manche, vers 1880, Le Havre, Dinard et Cannes font figures de précurseurs. On pratique ce divertissement sur les plages ou sur les terrains des clubs, mais aussi bientôt en salle. Cerise sur le gâteau, notre sport est pratiqué tant par les dames que par les messieurs, en amateur comme en compétition. En 1900, un certain Dwight Davis crée une coupe, vingt ans plus tard la première balle sous pression en caoutchouc fait son apparition et, en 1925, le championnat de France devient international, avec la naissance de Roland-Garros. Apparu en 1933, le short ne sera adopté par l’ensemble des joueurs qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, après soixante-dix ans de règne du pantalon. Il faudra attendre les années 1990 pour que les tenues blanches cèdent la place à la couleur. Sauf à Wimbledon, où le blanc reste exigé. On ne plaisante pas sur la terre natale du tennis…
Samedi 7 février, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Coutau-Bégarie SVV. M. Leynet.
Médaille de 2e classe en or, de l’ordre de Pao Hsing, diam 3,8 cm, poids, 39,15 g.
Estimation : 8 000/12 000 €.
Ordre de Pao Hsing
La vacation débute à 13 h 30 par les souvenirs des préfets Maurice et Émile Hélitas : Émile Hélitas (1843-1907) est préfet de la Charente inférieure en 1893 puis de la Loire inférieure en 1898. Docteur en droit, son fils Maurice est nommé en décembre 1910 à la tête du département du Cantal, son premier poste de préfet. Il rejoindra le Calvados en 1917. Un ensemble d’uniforme de préfet (bicorne, grande tenue, modèle 1873, en drap bleu national brodé de feuilles de chêne et de laurier, et pantalon) est estimé 600 €. Notons pour les armes à feu une paire de pistolets d’arçon à silex, Espagne, vers 1730-1750, évaluée 2 800 € et la paire de pistolets à coffre à silex dit «Queen Ann», vers 1760-1780, pouvant atteindre 4 000 €. De l’armée impériale, on choisit une trompette en métal argenté surmontée des grandes armes impériales (3 000 €). En dernière partie, on s’intéresse aux ordres et décorations avec notamment  une médaille de 2e classe en or de l’ordre de Pao Hsing (8  000/12 000 €, voir photo).  Elle figure à l’avers deux dragons affrontés entourant un cabochon de verre bleu translucide imitant un saphir ; au revers, deux nuages et des idéogrammes indiquent le nom et la classe. Cette récompense fut attribuée en 1881 à l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées Pierre-Louis-Adrien de Montgolfier (1831-1913), alors directeur général de la Compagnie des forges et aciéries de la Marine et des Chemins de fer de Saint-Chamond. Terminons avec un modèle de l’ordre de la Gloire «Nishan-i-Iftihar», fondé vers 1831, en argent entièrement serti de pierres du Rhin, Turquie, milieu du XIXe siècle. Son estimation ? 5 000 €.
Mercredi 4 février, salle 2, Drouot-Richelieu. Beaussant - Lefèvre SVV, M. Palthey.

Pierre Roy (1880-1950), La Femme balayant, vers 1930, huile sur toile, 74 x 60 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €.
La vérité est ailleurs
L’étrangeté est le fil conducteur de la peinture de Pierre Roy, usant d’ambiguïtés, d’associations hétérogènes, de distorsions d’échelle et de perspectives ouvertes sur l’infini pour captiver le spectateur. Bien qu’empruntant son titre à la scène principale, une femme balayant, le véritable sujet de notre tableau semble ainsi résider ailleurs : dans le ciel ensoleillé largement visible derrière la fenêtre occupant tout un pan de mur, ou dans la noirceur inquiétante du vide lui répondant à l’opposé de la composition, happant le regard à travers une porte laissée béante. Libre à chacun de trouver son interprétation… Le mystère imprégnant les tableaux de Pierre Roy, son style élaboré vers 1919 ont valu à leur auteur d’attirer l’attention d’Apollinaire, avant d’être adoubé par les surréalistes, rencontrés par l’entremise de son ami Giorgio de Chirico. Il participe d’ailleurs à la première exposition du genre à la galerie Pierre, en 1925. N’appréciant pas d’appartenir à un cénacle, comme il le dira plus tard, Pierre Roy poursuivra cependant sa propre voie à l’écart du turbulent groupe d’André Breton. L’année 1930, date approximative de réalisation de notre toile, marque une avancée déterminante dans sa carrière, grâce à sa première exposition personnelle à New York, et à sa participation au jury de l’exposition de Pittsburgh. Les Américains sont conquis. Si le peintre est parfois critiqué pour l’aspect décoratif de sa peinture, réaliste jusqu’au trompe-l’œil, il est considéré outre-Atlantique comme l’un des meilleurs surréalistes. La poésie onirique de ses œuvres naît du mariage d’un trait précis, acquis à ses débuts dans un cabinet d’architecture, et de ses rêves d’enfant nourris des récits de Jules Verne, auquel il était apparenté…
Samedi 31 janvier, Auvers-sur-Oise.
Le Calvez & Associés SVV.
Joos Cornelisz Droogsloot (1586-1666), Scène villageoise, huile sur panneau de bois parqueté monogrammée en bas à gauche, 74 x 105 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €.
Village en fête
­­­­­­­Le peuple au cœur de la peinture. Le Hollandais Joos Cornelisz Droogsloot a fait sienne la doctrine humaniste de Pieter Bruegel l’Ancien, inspiré par le philosophe Érasme. La peinture de genre est née au XVIe siècle et a permis d’aborder des sujets profanes jusqu’alors ignorés… Et si la dénonciation des vices occupe une place centrale dans les premiers temps, c’est bientôt le quotidien des gens simples qui devient objet de l’attention et s’attire les faveurs du public. Femmes, hommes et enfants du peuple animent le premier plan de cette composition, que complète une perspective architecturale fort bien maîtrisée. De jeunes couples s’amusent, des mères parlent à leurs bambins, le tout dans une atmosphère joyeuse. Le drapeau rouge flottant au pignon d’une maison se retrouve sur d’autres œuvres de notre artiste. Peut-être l’emblème d’une corporation chère à Droogsloot ? Un tableau proche du nôtre, aux dimensions un peu supérieures, a été adjugé chez Christie’s Londres, le 26 janvier 2011, pas moins de 79 196 €. Une preuve de la bonne cote dont bénéficie cet artiste. Nommé maître à Utrecht en 1613, il devient doyen de sa guilde entre 1623 et 1644. Il aura une belle influence sur les peintres de la génération suivante, notamment son fils Cornelis, avec lequel il tient l’un des ateliers les plus importants de la ville. Son talent ne se limite d’ailleurs pas aux scènes de genre puisqu’il réalise des scènes bibliques, des tableaux d’histoire ou encore des autoportraits, dont l’un est conservé au musée de Mâcon. Sa réputation lui a valu de prestigieux titres tels celui de régent de l’hôpital Hiob ou celui de diacre de l’Église réformée hollandaise. Une personnalité marquante.
Samedi 31 janvier, Albi.
Hôtel des ventes du Tarn SVV.
Hispano-Suiza H6 de 1925, châssis n° 11263, moteur n° 301284. Estimation : 60 000/80 000 €.
La légende Hispano-Suiza
Si la firme Hispano-Suiza est aujourd’hui associée aux moteurs d’avion, pour son travail au sein du groupe Safran, elle fut au début du XXe siècle synonyme de luxe automobile. Son histoire a connu moult péripéties et est passée par bien des turbulences… La marque Hispano-Suiza est pour le moins cosmopolite. Si elle voit le jour en 1902 à Barcelone, son créateur est un ingénieur suisse, Marc Birkigt (1878-1953). Elle prend son nom définitif en 1904 après l’arrivée de nouveaux apports financiers : «Hispano-Suiza Fabrica de Automoviles SA». Parmi les premiers clients du constructeur figure le roi Alphonse XIII. Mais les ventes stagnent et la société décide de tenter sa chance sur le marché français en créant en 1911 une filière dans l’Hexagone, basée à Levallois puis à Bois-Colombes. La guerre force Marc Birkigt à modifier sa production, se tournant alors vers les avions militaires. Mais il profitera des lendemains de 1918 pour donner naissance à des automobiles de luxe destinées aux nouvelles fortunes du moment. L’année 1923 sera celle de l’indépendance de la filiale française, qui prend simplement le nom d’ «Hispano-Suiza». Durant les seize années qui suivront, elle produira des modèles de voitures haut de gamme avant de se consacrer entièrement à l’aviation. L’Hispano-Suiza H6 est ainsi un modèle lancé au Mondial de l’automobile de 1919, à Paris, qui sera décliné en plusieurs variantes, A, B, C et Xenia. Avec son moteur six cylindres, elle peut monter à 137 km/h. 2 350 exemplaires sortiront des usines entre 1919 et 1933. Le nôtre fut commandé en février 1925. Sa carrosserie en «berline 6 glaces» est confiée à l’entreprise Kellner. Elle sera immatriculée le 24 août 1925. Dans les années 1990 et 2000, des travaux de restauration ont été entrepris mais, malheureusement, stoppés après le décès de son propriétaire. Si la mécanique est en état de marche, la carrosserie et la sellerie sont à terminer. Mais cette merveille  de 1925 n’en vaut-elle pas la peine ?
Mardi 3 février, La Trinité.
Hôtel des Ventes Nice Riviéra SVV. M. Pluton.


Humberto (né en 1953) et Fernando (né en 1962) Campana, Dolphins and Sharks Chair, peluches et acier, 85 x 140 x 100 cm, édition à 35 exemplaires, Estudio Campana, 2002.
Estimation : 20 000/22 000 €.
Enfants terribles du design
Les nouvelles stars du design ce sont eux, les frères Campana. Brésiliens, donc forcément cool et branchés, créateurs et provocants, ils attirent les regards du monde entier. Ils collaborent avec la marque Lacoste depuis 2009, ont signé l’aménagement du café de l’Horloge du musée d’Orsay et ont été élus meilleurs designers de l’année 2012, au salon Maison & Objets de Paris. Humberto, l’aîné, est né en 1953 et Fernando, en 1961. Le premier commence sa carrière comme avocat et le second comme architecte. En 1983, ils s’associent pour se lancer dans l’aventure du design. Leur credo ? Amener celui-ci «dans la rue» en utilisant des matériaux de récupération – dans une démarche proche de l’arte povera – ou des pièces artisanales comme des cadres en bois et en coquillages, des paniers en bambou… Par leur travail, ils affirment l’identité brésilienne faite de mixité, tandis que leur esthétique les place à la limite du «kitsch». Leur recherche est essentiellement basée sur le matériau plus que sur la forme ou le confort. Une volonté affichée dans l’une de leurs premières séries de sièges, titrée Uncomfortable, en 1989. On retrouve ensuite du tressage de fil de métal rouge corail dans le fauteuil Corallo en 2004, des morceaux de bois récupérés dans la chaise Favela de 1991, éditée à partir de 2003 par la maison Edra, ou encore des lamelles de tissus dans le siège Sushi en 2002. Un brin moins militantes mais beaucoup plus confortables, les peluches font leur apparition en 2002 avec la Banquete Chair, produite par l’Estudio Campana, tout comme notre Dolphins and Sharks Chair éditée à la même date. Qu’il doit être agréable de se lover dans ce fauteuil réalisé à 35 exemplaires. Un rêve d’enfant à la portée des grands !
Lundi 2 février, Marseille.
Leclere - Maison de ventes SVV.

http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp