La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes

Banksy (né en 1975) et Inkie (né en 1970), Silent Majority, 1998, peinture aérosol sur métal, 240 x 993 cm.
Estimation : 400 000/600 000 €.
 
À la une
Le Festival de Glastonbury semble être l’un des favoris de Banksy. Oui, vous avez bien lu, l’anonyme du street art le plus célèbre ! L’année dernière, il y a fait parader une bétaillère emplie d’animaux en peluche, Sirens of the Lambs, une autre version que celle présentée en 2013 dans les rues de New York, le véhicule ayant été saisi par la police. En 1998, il était nettement moins connu, courant après les surfaces avec ses compères du graffiti dont Inkie, cosignataire de cette peinture sur paroi de camion. Les propriétaires acceptent de lui céder ces grandes surfaces. Maeve Neal and Nathan Welland, le couple habitant dans ce semi-remorque, louent des tentes de cirque pour des manifestations tant commerciales que culturelles. Ils sont aussi fans du Glastonbury Festival of Contemporary Performing Arts. Cette année-là, des concerts de Primal Scream, Bob Dylan, Tony Bennett, le groupe Pulp, vont attirer plus de 100 000 spectateurs. Le ticket d’entrée est fixé à 80 £. Banksy en aurait donné deux en dédommagement au jeune couple. Il se met au travail, choisissant de représenter un commando apportant du matériel audio, par mer et par air… comme une réminiscence d’Apocalypse Now (1979). À l’autre bout, après le long graffiti de son copain Inkie, qui a grandi comme lui à Bristol, l’artiste poste un personnage avec un mégaphone. La composition est encadrée par une inscription, «It’s better not to rely too much on silent majorities… For silence is a fragile thing… One loud noise and it’s gone» (Mieux vaut ne pas trop compter sur le silence des majorités… Le silence est une chose fragile… Il suffit d’un grand bruit et il est parti). Tout à fait approprié pour un festival de spectacle vivant et de musique, du rock à l’électro en passant par le jazz et la pop, une immense rave party de trois jours ! Banksy a peint cette scène entièrement à la bombe, une rareté maintenant. Depuis 2000, il utilise le pochoir pour ses messages visuels. Avant la vacation, les passants parisiens pourraient bien voir circuler cette œuvre monumentale.
Lundi 1er juin, salle 10, Drouot-Richelieu.
Digard Auction SVV.

 
Grande Grèce, Apulie, IVe siècle av. J.-C. Cratère monumental, d’une paire attribuée au peintre du sakkos blanc, terre cuite vernissée à décor de personnages, h. 102 et 104 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €.
Tableaux miniatures
Imposants par leur format, ces deux vases antiques sont également remarquables car ils constituent une vraie paire, et non deux pièces distinctes réunies, demeurée unie jusqu’à aujourd’hui… Un bonheur n’arrivant jamais seul, leur auteur est identifié : il s’agit du «peintre du sakkos blanc», artiste de vases apulien de la fin du IVe siècle, ainsi nommé pour les petits bérets blancs dont il coiffe grand nombre de ses figures féminines. Il était le successeur du «peintre de Baltimore», attesté dans le centre et le nord de l’Apulie, cette région méridionale de l’Italie aussi appelée Grande Grèce dans laquelle se développa, à partir des trente dernières années du Ve siècle, une production de vases à figures rouges, suite à l’installation de potiers attiques. Installé à Canosa, notre peintre réalise des vases monumentaux ornés de naïskos – tombe figurée par un édifice ouvert à colonne dans lequel prend place le défunt – flanqués de jeunes hommes, de femmes, de chars ou simplement de têtes. Que de monde, en effet, sur nos vases où se côtoient, dans un riche décor de palmettes, de temples et de stèles garnies de rubans, des jeunes femmes drapées tenant miroirs et situles (seau à anse), coffrets, éventails ou tambourins, mais encore des éphèbes et des hommes âgés barbus. La nature, ou plutôt l’époque de production de nos récipients, ayant horreur du vide, un buste ailé, un quadrige et des profils féminins prennent place sur le col, tandis que des masques de Gorgones ornent les anses se terminant en têtes de canard. Les Grecs ne buvant pas le vin pur, c’est dans le cratère – dont le nom lui vient du verbe kerranumi («mêler») – qu’ils le coupaient d’eau. Caractérisés par un corps et une embouchure assez larges, un piétement étroit, et de petites anses, les cratères connurent toutefois quelques variantes : à colonnettes, en calice, en cloche ou, comme les nôtres, à volutes. Précisons enfin que s’ils furent utilisés à l’origine à l’occasion des banquets, ils devaient bien souvent par la suite se voir destinés aux rites funéraires. L’occasion d’autres cérémonies…
Samedi 30 mai, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Bergé & Associés SVV. M. Kunicki.
Jean-Paul Sartre (1905-1980), dessins autographes (d’un ensemble de sept) dédicacés à Michelle Vian, figurant des portraits caricaturés de son entourage, vers 1950-1954, in-4°.
Estimation : 3 000/4 000 €.
Les temps modernes
Le 6 novembre 2013, sous le marteau de la même maison de ventes, une correspondance de cinquante-deux lettres de Boris Vian à son épouse Michelle, rédigées entre 1941 et 1954, trouvait preneur moyennant 53 000 €. Elles évoquaient leurs deux enfants, les activités de l’écrivain, sa passion pour l’automobile, ses instructions pour les traductions de sa femme, laquelle l’a vu écrire ses dix romans, une soixantaine de nouvelles, d’innombrables poèmes et critiques de jazz. Laquelle a aussi dactylographié ses manuscrits. Aujourd’hui, la vieille dame se sépare à nouveau d’une partie de ses archives. Née Léglise en 1920, la même année que Boris Vian, elle épouse celui-ci en 1941 – moins d’un an après leur rencontre – et deviendra l’une des égéries de Saint-Germain-des-Prés. Vian lui dédie L’Écume des jours. En bonne place bien sûr dans cette vacation – photos, livrets scolaires, pièces autographes enrichies de dessins (est. de 500 à 2 000 €) – le célèbre «Bison Ravi» partage la vedette avec Sidney Bechet, Alexander Calder, Juliette Gréco, Jean Cau, Ernest Hemingway et, surtout, avec un certain Jean-Paul Sartre. L’important ensemble de lettres, dessins, brouillons, poèmes, souvent rédigés sur des coins de nappe découpés, témoigne de leur relation. Après sa séparation d’avec Boris en 1951, Michelle Vian devient la maîtresse du philosophe. Jusqu’à sa mort en 1980, elle occupera une place privilégiée, malgré une séparation entre 1958 et 1961. Ensemble, ils effectueront de multiples voyages et l’écrivain lui confiera de nombreux manuscrits. Ce n’est qu’au début de 1946 que l’auteur de J’irai cracher sur vos tombes rencontre enfin Sartre, qui le passionne depuis plusieurs années. Ce dernier sera, avec Simone de Beauvoir, parmi les premiers à reconnaître le talent littéraire du génial écrivain trompettiste. Une exposition à la Bibliothèque nationale de France, d’octobre 2011 à janvier 2012, emmenait le visiteur sur les traces du foisonnant créateur. Aujourd’hui, nos papyrus nous entrouvrent la porte de l’univers de Jean-Sol Partre (est. 300 à 3 000/4 000 €). Réjouissons-nous...
Mercredi 27 mai, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou & Associés SVV. M. Raux.
Sèvres, 1784. Plateau de terrine en porcelaine, Service de Marie-Antoinette ou de Gustave III de Suède, marque "LL" entrelacés en bleu, lettre-date GG, marque de peintre "Y" pour Bouillat, l. 45.2 cm.
Estimation :
40 000/50 000 €.
Royale provenance
Les grands classiques de la peinture et des arts décoratifs seront de retour à Neuilly. Parmi les pièces les plus anciennes, figure aux cimaises un panneau flamand de l’Adoration des mages, réalisé par un suiveur de Jérôme Bosch dans la première moitié du XVIe siècle (50 000/60 000 €), tandis que la Sicile sera en odeur de sainteté grâce à une plaque de Trapani sur le thème de l’Immaculée conception (30 000/40 000 €). Le goût français sera cependant majoritairement célébré, d’une puissante console à gibier d’époque Louis XIV à la légèreté d’un modèle chantourné d’époque Louis XV, sans oublier les lignes sobres chères à Jean-François Leleu, adoptées par une commode Louis XVI à décor de vernis Martin (120 000/150 000 €). Également de la fin du XVIIIe siècle, un plateau de terrine en porcelaine de Sèvres est attendu autour de 45 000 €. Provenant du service de Marie-Antoinette ou de celui de Gustave III de Suède, il porte la lettre-date «GG», pour 1784, et la marque du peintre Bouillat (voir photo).
Neuilly-sur-Seine, jeudi 28 mai.
Aguttes SVV, Mme Franck Niclot, MM. Millet, Pinta, Cabinet Turquin, Cabinet Étienne - Molinier.
Italie, Tarente, dernier quart du IVe siècle av. J.-C. Paire de boucles d’oreilles en or fourré à deux têtes de lion, décor de filigranes, h. 3,9 cm,  32,4 g.
Estimation : 12 000/15 000 €.
Bijoux étrusques
La joaillerie étrusque est un thème rare sur le marché de l’art. Toujours intrigant, il sera abordé lors de cette dispersion de plusieurs collections archéologiques. À côté d’une superbe paire de bracelets à décor de feuilles d’or martelées et à motifs de sphinx et fleurs de lotus, exécutée à Vulci vers 650 av. J.-C. (8 000/12 000 €), cette paire de boucles d’oreilles se fera remarquer par sa qualité d’exécution. Toute la dextérité de l’orfèvre s’exprime sur à peine 4 cm de hauteur. C’est à la Renaissance que l’existence des Étrusques est mise au jour grâce à la découverte de quelques-unes de leurs 6 000 tombes référencées. Jusque-là, les civilisations de la péninsule italienne antérieures aux Romains étaient méconnues. Présent entre le sud de la Toscane et le nord du Latium, à partir de la fin du Xe siècle av. J.-C., ce peuple connût son apogée au VIIe siècle av. J.-C. Ils se soumirent à l’Empire romain quatre siècles plus tard. Leur territoire était divisé en douze villes-États, sur lesquelles régnaient des rois. Très religieux, les Étrusques accordaient en outre une place importante aux femmes, aussi bien dans la vie privée que publique. Elles arboraient de magnifiques bijoux réalisés par des orfèvres rompus aux techniques de l’époque, notamment celle du martelage de la feuille d’or et du filigrane appris des artistes orientaux, toutes deux présentes sur nos boucles d’oreilles. Nombre d’entre eux ont été retrouvés dans des tombes, accompagnant dans l’au-delà leurs fortunés propriétaires. L’influence grecque est aussi fréquente dans ces pièces, à l’exemple peut-être de nos lions, un animal mythologique important chez les Hellènes. Le musée du Louvre possède quelques beaux exemples de joaillerie étrusque, tel le pendentif à tête du dieu-fleuve Achéloos provenant de la collection Campana, le musée Maillol en ayant également présenté certains lors de son exposition dédiée aux Étrusques en 2013-2014. Peut-être serez-vous séduit à votre tour…
Mercredi 27 mai, Bordeaux.
Alain Briscadieu SVV. M. Roudillon J.


 
Mahmoud Mokhtar (1891-1934), Au bord du Nil, bronze patiné, signé, pastille de la fonderie Susse, 119  x 27 x 29 cm. Estimation : 150 000/200 000 €. 
Une Égypte moderne
Mahmoud Mokhtar est enfin reconnu à sa juste valeur. Ce sculpteur égyptien connaît depuis quelques années de belles enchères à six chiffres, pour des œuvres qui firent de lui le père de la sculpture moderne en son pays. Il a réussi mieux que personne à puiser dans le riche passé de l’Égypte les bases d’un avenir prometteur. Parmi ces forces incontournables se trouve la figure féminine, œuvrant sans mesurer sa peine pour élever sa famille. Mokhtar s’inscrit aussi dans la mouvance art déco, mettant en avant l’image d’une femme libérée. S’il se tourne souvent vers des thématiques ancestrales, son style est inspiré de la sculpture moderne française par ses formes stylisées. Son premier professeur à l’école d’art du Caire est le Français Laplagne. Il poursuit sa formation aux Beaux-Arts, à Paris. Il rencontre pendant ce séjour le leader du mouvement indépendantiste égyptien Wafd Party, Saad Zaghloul, avec lequel il regagnera son pays pour participer à la lutte contre la domination britannique, l’indépendance étant obtenue en 1922. Avec sa monumentale sculpture en granit rose de la Renaissance de l’Égypte, représentant une femme se dévoilant aux côtés d’un sphinx, Au bord du Nil est l’une de ses œuvres les plus célèbres. Sa version de taille nature en marbre trône désormais à l’entrée du musée Mokhtar au Caire. L’artiste réalisa la première version en pierre à Paris, chez Bernheim Jeune en 1930, lors de l’exposition d’une quarantaine de ses œuvres. Devant son succès, Mokhtar vendit son modèle aux fondeurs Susse Frères, qui réalisèrent seulement six exemplaires de cette grande taille – 119 cm comme le nôtre – en 1933, avant de produire des déclinaisions plus petites. À la cire perdue, cette œuvre d’une grande finesse d’exécution fut directement acquise auprès de l’artiste puis conservée dans la même famille lyonnaise jusqu’à aujourd’hui.
Samedi 30 mai, Villefranche-sur-Saône.
Guillaumot - Richard SVV.

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