La Gazette Drouot
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Léopold Survage (1879-1968), La Ville en bord de mer, 1916, huile sur toile, 100 x 81 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €
Le style Survage
Au début de la Grande Guerre, Léopold Survage part se réfugier à Villefranche-sur-Mer. Finis les Rythmes colorés, retour à la figuration, place à la construction – celle de la ville. Le rythme, lui, est toujours là. «Vers la mi-juin de 1916, je me trouvai à Villefranche-sur-Mer et sans aucun effort de déduction ou de réflexion préalable, j’eus brusquement l’intuition d’une ville plaquée sur une toile, symbole d’une agglomération de maisons aux cadences diverses. En respectant les deux dimensions de la toile, je peignis Villefranche-sur-Mer, la ville debout avec ses maisons, arbres et rues», résume ainsi Survage. Un nouveau projet «de ville» dont la rapidité de maturation peut être éprouvée par la comparaison de ce tableau-ci, daté de 1916, avec celui composé quelques mois auparavant et conservé dans les collections du Centre Pompidou. Les deux sont similaires, mais la perspective creusée, l’espace nuancé, les maisons proprettes et arbres fleuris du premier s’aplanissent dans le second – les contours sont rognés, les plans, rapprochés et les détails descriptifs, éliminés. Tous deux conjuguent les silhouettes masculines de Magritte et les natures mortes de Braque dans une surprenante association que De Chirico n’aurait pas reniée. Cependant, ce tableau de 1916 montre cet équilibre entre idée et exécution qui a fait basculer l’art de Léopold Survage dans une étape nouvelle. Celle-ci ne peut plus être nommée cubisme, ni déjà s’appeler surréalisme. Quoique Guillaume Apollinaire ait vu en son grand ami un modèle autant qu’une source d’inspiration : «Nul avant Survage n’a su mettre dans une seule toile une ville entière avec l’intérieur de ses maisons», écrit-il à l’occasion de l’exposition qu’il avait lui-même organisée à la galerie Bongard, en 1917. Alors Survage, cubiste ou surréaliste ? Le point central de cet éternel débat dépend lui-même d’une autre question : le peintre utilise-t-il pour langage la métaphore ou la métonymie ? La réponse est cruciale… Si Apollinaire revendiquait en effet l’analogie entre ses métaphores poétiques et celles, plastiques, de Survage, ne faut-il pas plutôt voir dans l’iconographie de ce dernier des synecdoques ? Les maisons pour la ville, la poire et le verre pour la cuisine, les deux oiseaux pour le ciel, trois silhouettes pour les habitants… À la suite d’Apollinaire, des générations de critiques ont loué les qualités lyriques de la peinture de Survage, comparant ses œuvres à des poésies. Une interprétation parmi d’autres, à l’image de celle, plus consensuelle, voyant simplement en ces portraits de ville un «symbolisme plastique».
Samedi 27 janvier, Lyon.
Ivoire - Bérard - Péron OVV. M. Houg.

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