La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Bernard Buffet (1928-1999), Pornic, bateaux de pêche à marée basse
(Loire-Atlantique)
, 1972, huile sur toile, 90 x 130 cm.
Estimation : 90 000/120 000 €.
 
À la une
Même sans signature, on attribue d’emblée cette toile à Bernard Buffet : l’écriture très graphique, la palette d’ocre, gris et blanc, un certain sentiment de solitude… On songe plus facilement pour son œuvre à de sombres portraits, à de pauvres natures mortes ou des bouquets qui prendront, au fil du temps, des couleurs vives comme les «portraits» de papillons et d’insectes ou ceux de clowns tristes. Bernard Buffet a toujours aimé le paysage : la ville se prête à son graphisme anguleux, mais aussi les vues champêtres ou les ports bretons nichés au fond de leur ria. Dans cette vue de Pornic, avec les bateaux échoués à marée basse, on retrouve les mêmes bâtiments aux fenêtres aveugles que dans L’Enterrement, toile peinte en 1949, la même base de couleurs que dans Inondation, œuvre de 1946 ; il les a juste un peu réchauffées à la lumière bretonne. Les ocres se parent de jaune, les verts sont plus brillants, les blancs plus purs. L’artiste a su rendre le ciel, saturé de nuages poussés par le vent, à grands coups de pinceaux chargés, réservant une technique plus lisse pour les coques des bateaux de pêche et les maisons des pêcheurs de morue à l’architecture hétéroclite et réunies de manière anarchique – ce qui, selon certains, aurait donné le surnom de «quartier arabe» . Les quais sont déserts, même pas un goéland ! En profond connaisseur – et amoureux de la Bretagne –, Bernard Buffet sait rendre ces saisons marquées par l’abandon, autant que celles où affluent estivants et bateaux de plaisance. Il y a passé des vacances dans son enfance, il a acheté une villa «La vallée» à Saint-Cast (Côtes-d’Armor) ; de 1965 à 1971, il vit alternativement à Paris et en Bretagne. «Il l’avait découverte durant son enfance, explique Philippe Le Stum, conservateur en chef du musée breton de Quimper, et lui demeura fidèle pendant plus d’un demi-siècle. Son œuvre ultime, un paysage de tempête en Bretagne, témoigna encore de cet attachement profond.» Cette toile fut présentée, en 1973, à la galerie Maurice Garnier dans l’exposition «Les Bateaux». Le thème revient encore en 1990 avec celle consacrée à la Bretagne, puis en 1997 avec celle des régates. Le peintre a trouvé très tôt son style et son univers ; la peinture est sa vie et tout son quotidien, ses sentiments se retrouvent sur la toile et d’une manière distincte. Vladimir Velicković, dans son discours en hommage à Bernard Buffet, le traduit parfaitement : «Il y avait là, avec une extrême économie de moyens, une efficacité graphique, mais aussi plastique et picturale, tout à fait singulière.»
Mardi 2 juin. Drouot-Richelieu, salle 7.
Claude Aguttes SVV.



 
Marie et Marie-Madeleine au Calvaire, paire de statuettes en bois sculpté avec traces de polychromie et dorure, inscription sur
la bordure des vêtements, h. 27 et 22 cm.
Estimation : 2 000/3 000 €.
 
Souvenirs de Jumièges
Pour le treizième centenaire de l’abbaye, une des dernières héritières des ultimes propriétaires, Sybille Achard de Bonvouloir, confessait  «Notre cœur demeure et demeurera à Jumièges». Elle aurait pu ajouter que ces ruines admirables avaient été acquises en 1853 par son arrière-grand-père, Aimé-Honoré Lepel-Cointet, agent de change et collectionneur. La famille mit un point d’honneur à préserver cette illustre abbaye, fondée par saint Philibert en 654. Son histoire fut mouvementée. Incendiés, pillés par les Vikings puis laissés à l’abandon, le monastère et l’église abbatiale Notre-Dame seront reconstruits grâce à l’abbé Robert de Jumièges. Inaugurée en 1067, en présence de Guillaume le Conquérant, l’abbaye sera de nouveau pillée lors des guerres de religion, vendue au titre des biens nationaux sous la Révolution, le cloître et le dortoir étant alors démolis. Un nouveau propriétaire fait exploser le chœur, et le domaine sert de carrière… Jusqu’à Nicolas Caumont, qui en hérita par alliance et consacra toute son énergie à sauver ce qui pouvait l’être. Les Lepel-Cointet prendront la relève, réussissant à sauvegarder les ruines, restaurer le palais abbatial, l’hostellerie et créant un beau parc. George Sand s’y arrête en 1867 et, dans une lettre à sa belle-fille Lina, décrit ainsi les lieux : «C’est d’un manoir et d’une chambre fantastiques que je vous écris. L’habitation est un reste de l’ancienne abbaye que l’on a fait restaurer à la mode de l’époque, tout Moyen Âge touchant à la Renaissance, et où l’on a adroitement, et sans que ça paraisse, toutes les aises de la vie moderne. […] Les salons sont des salles du musée de Cluny. Du feu dans les cheminées monumentales, des curiosités partout, des escaliers à rampes sculptées, des fenêtres à vitraux de couleurs, tout cela d’un grand goût et d’une propreté reluisante.» Victor Hugo, Roger Martin du Gard, Jean de Tinan ou Gaston Leroux y séjournèrent… En 1954, le musée des beaux-arts de Rouen organisait une exposition «Jumièges, vie et survie d’une abbaye», pour laquelle Sybille Achard de Bonvouloir avait prêté de nombreux objets, dont certains se retrouvent dans cette vacation.
Mardi 5 mai, salle 4 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30.
Ferri & Associés SVV.

 
Michel Journiac (1943-1995), Piège pour un voyeur, 1969, sculpture, technique mixte, h. 104, l. 46 cm.
Estimation : 3 000/4 000 €.
 
Michel Journiac
Étudiant en philosophie scolastique et esthétique, Michel Journiac tourne le dos à la peinture en 1968. Il choisit de consacrer un matériau, le plus essentiel, le plus parlant : le corps considéré comme réceptacle transcendant la souffrance, le désir, le plaisir ou la mort. Un des théoriciens de l’art corporel, il en signe l’acte fondateur en 1969, notamment avec Messe pour un corps à la galerie Templon, mise en scène de sa propre chair, transmise par des photographies, des accessoires, allant de son sang transformé en boudin à un prie-Dieu moulé dans du plâtre, dont un exemplaire est ici proposé, assorti d’une estimation de 3 000 €. Il poursuit cette même année avec Les Substituts et Piège pour un voyeur. «Il n’y a pas de corps indifférent ; il est l’origine et le moyen par lequel se peut mener l’enquête nommée création, s’exercer un incertain travail», affirmait-il. Ces deux œuvres participent à ce postulat, l’une cachant tout en ayant l’air de tout montrer, l’autre, par son titre seul, forçant le spectateur à imaginer et donc participer à la scène, à devenir un voyeur. Artiste se revendiquant transgressif, Journiac met en avant la transgression par le costume, aussi atteinte par l’ostentation de la nudité. La peau est juste considérée comme un autre vêtement qui donne à voir toutes les traces des souffrances ou des plaisirs. L’artiste s’inscrit dans une critique tant sociale que spirituelle. Pour Les Substituts, il laisse deux trous à la place des têtes, chacun pouvant y glisser son visage. On s’affirme ainsi nu sans l’être, femme ou homme. Bref, une nudité ostentatoire tout en restant bien à l’abri de tout jugement. Gilbert & George pousseront plus loin le geste, se montrant reconnaissables et plus grands que nature. Sans en avoir l’air, Le Piège pour un voyeur est plus pervers : il fait partie d’une installation, où un nu enfermé dans une cage incite le spectateur à le rejoindre et ainsi devenir captif de son désir, montré à la vindicte publique. Le montage des Substituts faisait partie de l’installation du Piège pour un voyeur
Jeudi 7 mai, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Christophe Joron-Derem SVV.

 
Richard Edward Miller (1875-1943), Rêverie, huile sur toile, 80 x 64,5 cm, vers 1910-1914.
Estimation : 120 000/150 000 €.
Impressionnisme à l’américaine
Au terme de huit années, elle est de retour, toujours aussi belle. Cette jeune femme rêveuse signée Richard Edward Miller, est en effet passée dans ce même hôtel des ventes en 2007. La cote du peintre américain est toujours au beau fixe, notamment pour les scènes intimistes de ses dernières années passées dans l’Hexagone. Comme cette femme représentée assise, chez elle, peut-être dans son jardin, mettant en valeur tout le talent luministe de l’artiste. Après une formation artistique à l’université de Washington, Miller emprunte le même chemin que nombre de ses compatriotes, celui de la France. Arrivé à Paris en 1898, il s’inscrit à l’académie Julian, avant de devenir lui-même professeur à l’académie Colarossi. Si l’école de Barbizon n’a déjà plus de secret pour lui, l’impressionnisme va lui être révélé. Mais le style de Miller conservera ses particularités, avec une forte attention au dessin et à la mise en page. Observée dans son intérieur, la demoiselle semble plongée dans ses pensées, dans une position introspective. À ses côtés figure un miroir, accessoire fétiche du peintre. Une démarche à la frontière du symbolisme. Dès 1906, Richard Edward Miller prendra l’habitude se se rendre à la belle saison dans deux régions, devenues des rendez-vous artistiques : la Bretagne, à Saint-Jean-du-Doigt, et la Normandie, à Giverny, une destination en vogue depuis que Claude Monet s’y est installé en 1883. Avec son ami Frederick Frieseke, également un habitué des lieux, Richard Miller élabore un style dit «luministe» puis «milleriste». Son utilisation prédominante de la lumière et de la couleur le rapproche plutôt de Bonnard et de Vuillard. Des leçons qui ne seront pas oubliées puisque, après son retour aux États-Unis en 1914, l’artiste les dispensera dans son pays grâce à ses postes de professeur à l’école de Mary Wheeler à Providence, dans l’État de Rhode Island, puis à Pasadena en Californie et enfin à Provincetown, dans le Massachusetts.
Samedi 2 mai, Brest.
Thierry - Lannon & Associés SVV. M. Schoeller.

 

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