La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Probablement Jean-Christophe Fischer (1779-1854). Bureau en palissandre et placage de palissandre de Rio, acajou et filets de bois clair, le plateau formant table à dessin ; il ouvre à trois tiroirs en ceinture dont un forme coffre. Estampillé «Fischer/a Paris», les serrures signées Kolb, 94 x 148 x 73 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €
Un bureau à surprises multiples
Ce meuble peut être utilisé comme bureau, écritoire, lutrin, planche à dessin… Décoratif et pratique, il fut, semble-t-il, inventé par un médecin d’origine genevoise Théodore Tronchin (1709-1781), qui effectuait des recherches, sur les maladies osseuses contractées par les architectes. Le plateau se levant, et pouvant être incliné selon le confort désiré par son utilisateur, permet de soulager le dos. Toutefois, ce meuble mécanique était connu depuis plusieurs siècles, Philippe II d’Espagne et Mazarin, en possédant d’analogues. Remis au goût du jour et perfectionné, il connaît une nouvelle faveur. Le 1er octobre 1777, Le Mercure de France en donne cette description : «Le sieur Dufour, maître menuisier-méchanicien, vient d’imaginer une table qui se hausse et s’abaisse en faisant tourner une simple manivelle. Elle se fixe au point où on la désire et descend avec la plus grande facilité ; tout le méchanisme est caché dans le milieu de la table et dans les pieds de cette dernière, ce qui n’exclut pas les tiroirs, comme aux autres tables. Cette table est très commode pour les asthmatiques qui ne peuvent guère écrire que debout.» La table à la Tronchin figure parmi les meubles à usages multiples dont raffolaient l’aristocratie et la haute bourgeoisie du XVIIIe siècle. À l’instar des tables «rognon», table à en-cas et table mouchoir, elle est principalement réalisée en acajou et proposée alors en deux modèles : le premier comporte une manivelle qui, en tournant, enclenche un mécanisme de crémaillère ; le second est constitué de deux crémaillères activées par un système de coulissement au niveau des pieds. Au siècle suivant, des tirettes et des tiroirs sont ajoutés. Ce type de meuble mécanique est peu à peu délaissé. L’exemple proposé lors de cette vente est vraisemblablement l’œuvre de l’ébéniste Jean-Christophe Fischer (1779-1854), qui participe à l’Exposition des Produits de l’Industrie de 1834, où il reçoit la médaille d’argent. Ce bureau semble correspondre au commentaire de l’ingénieur Stéphane Flachat : «Un grand bureau qu’un ingénieux mécanisme transforme en table à la Tronchin […] Dans le bureau de M. Fischer, l’enveloppe supérieure est plate et horizontale. Quand on veut écrire, on tire une tablette inférieure parallèle à cette enveloppe, qui est ramenée dans l’intérieur du bureau. […] Quant à l’exécution, dans ce meuble, comme dans tous ceux qu’expose et que confectionne M. Fischer, elle est d’une exquise perfection.»
Vendredi 14 octobre. Drouot, salle 5-6.
Pierre Bergé & Associés OVV et Christie’s France OVV. Mme de La Chevardière.
Moïse Kisling (1891-1923), Bleuets, 1928, huile sur toile, 65 x 46 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €
Kisling, une avant-garde particulière
En 1928, Moïse Kisling, installé à Paris depuis 1910, est célèbre depuis une dizaine d’années. Après avoir fréquenté les avant-gardes cubistes, Picasso et Juan Gris notamment, il se rapproche de Soutine et de Modigliani, menant joyeuse vie à Montparnasse. Il reprend un style figuratif, empreint d’une préoccupation de synthèse des formes, ce qu’André Salmon nomme son «naturalisme organisé». Les volumes adoucis sont la marque de cet univers tout à fait personnel. Cette même année 1928, Georges Gaborit décrit aussi avec justesse ce style particulier : «Coloriste ou dessinateur ? Ni l’un ni l’autre. Peintre […] Ce n’est pas parce qu’il aime les couleurs vives qu’il néglige la composition. Chez lui, les deux éléments sont harmonieusement équilibrés.» Dans cette période de l’entre-deux-guerres, avoir renoué avec la figuration vous classe parmi les renégats de la peinture contemporaine ; cependant, Kisling connaît un succès populaire : portraits, nus, natures mortes, paysages et vases de fleurs… Celui-ci, représentant de modestes fleurs des champs, des bleuets, séduit justement par sa simplicité. Fidèle aux leçons de la peinture traditionnelle de préparation des toiles, à la connaissance des couleurs, bref, à un «métier», il place son vase transparent sur un fond neutre, gris ; les tiges et les feuilles serrées dans l’eau du récipient offrent une leçon sur la façon de peindre le vert, une couleur des plus difficiles à rendre dans sa diversité. De cet écrin émergent les fleurs de bleuet, au cœur strié de rouge. Cette œuvre s’inscrit dans le sillage des peintres de fleurs des écoles du Nord, mais dans une facture et une charge émotionnelle toutes personnelles. De Cézanne à Ingres, avec des influences de Renoir, des fauves et des cubistes, Kisling a su marier ces inspirations, même les plus exotiques, avec ce «don de la forme profondément décoratif qu’on lui accorde sans conteste», comme le notait Carl Einstein dans Negerplastik (1915), cité dans le catalogue de l’exposition «Kisling» au musée de Lodève en 2008.
Vendredi 30 septembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Yann Le Mouel OVV. M. Ottavi.
Charles-Guillaume Diehl (1811-1885), cabinet à cigares en acajou, placage d’acajou, loupe, peinture et bronzes dorés, vers 1867, 139 x 51 x 41 cm.
Estimation : 30 000/50 000 €
Beau et utile
L’acquéreur de notre meuble lui gardera-t-il sa fonction d’origine, celle de cave à cigares ? Muni de quatorze tiroirs à cannage séparés par quatre casiers, il reprend la forme traditionnelle des cabinets sur pied, élaborée au XVIIe siècle, avec leur silhouette architecturée et leur façade richement ornée. Ici, des bronzes dorés aux motifs inspirés de l’Antiquité et un panneau peint d’une gorgone entourée de trophées d’armes. Si les premiers sont probablement l’œuvre du sculpteur Émile Guillemin (1841-1907), le meuble revient à Charles-Guillaume Diehl. Tabletier de formation, cet artiste d’origine germanique établi à Paris en 1840, mais répertorié dans l’Almanach du commerce dix ans plus tard seulement, développe sa production vers l’ébénisterie de luxe. Ses élégants petits meubles, habillés de bois de rose ou de thuya et dont raffole la clientèle parisienne et étrangère, se partagent entre caves à liqueurs ou à cigares, boîtes à jeu, à bijoux, à cachemire ou à gants. Mais on lui doit aussi des tables, médailliers, meubles d’appui décorés de bronzes et de marqueteries. En 1870, ses ateliers rue Saint-Sébastien employaient six cents ouvriers ; ses productions font la joie des élégantes et l’admiration du public lors des Expositions universelles et Charles-Guillaume se voit récompensé à plusieurs reprises. En sera-t-il de même aujourd’hui pour ce précieux coffret ? Réponse dans quelques jours…
Mercredi 28 septembre, salle 1-7 - Drouot-Richelieu. 
Kohn Marc-Arthur OVV.
Alphonse Dupont (actif au XIXe siècle), Vue de Paestum, 1827, huile sur toile, 138 x 177 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €
L’ami Dupont
On sait peu de choses de cet artiste de l’école française du début du XIXe siècle, qui envoie au Salon des vues des environs de Rome en 1824 (Le Lac de Némi et Le Tombeau de Néron), 1827 (Environs du Mont Socrate), 1832 et qui tint pourtant un atelier. Présent dans la Ville éternelle dans les années 1820, il côtoie les artistes Jules Coignet, Lancelot Turpin de Crissé, Jules Boilly, Achille-Etna Michallon, Jean-Démosthène Dugourc ou Horace Vernet. Un album amicorum contenant cent-neuf dessins est d’ailleurs dédicacé «à l’ami Dupont». Élève du baron Gros et de Jean-Victor Bertin, il laisse de nombreuses vues d’Italie. Si Rome a ses faveurs, il aime aussi immortaliser la région de Naples. Fondée vers 600 av. J.-C. par des Grecs de Sybaris, la cité de Poseidonia connaît au siècle suivant son apogée dont témoignent les trois grands temples de style dorique, deux d’entre eux dédiés à Héra, le troisième à Athéna. Devenue colonie romaine en 273 avant notre ère, elle prend le nom de Paestum. Lentement, la végétation s’empare du lieu. C’est à la Renaissance que l’on redécouvre la mention de la cité, où, selon Virgile, les roses fleurissent deux fois par an. Au XVIIIe siècle, la ville elle-même resurgit lors de la construction d’une route. La majesté des trois temples – préservés depuis des siècles par la crainte de la malaria qui sévissait dans les marais autour de la ville – émerveille depuis les visiteurs. Notamment les artistes du Grand Tour, parmi lesquels Alphonse Dupont, qui ne manquaient pas de visiter Rome, la Sicile, la Campanie et les environs de Naples.
Jeudi 29 septembre, Galerie Charpentier, 14 h 30.
Sotheby’s France OVV, Leclere - Maison de ventes OVV. M. Millet.
Aigle de drapeau premier Empire (modèle 1804), bronze ciselé doré fondu en deux parties et soudées, 20 x 25 cm.
Estimation : 20 000/25 000 €
Quand l’exception confirme l’aigle impériale
C’est au Grand Palais qu’est conservé Le Serment de l’armée fait à l’Empereur après la distribution des aigles au Champ-de-Mars de Jacques-Louis David. L’œuvre, réalisée en 1810, s’inspire de la cérémonie du 5 décembre 1804. Sous la neige mêlée de pluie, dans un décor créé par les architectes Percier et Fontaine, Napoléon remet un nouveau drapeau aux gardes nationales des cent huit départements ainsi qu’à tous les corps d’armée, après que ceux-ci lui eurent prêté serment de fidélité. «Soldats, voilà vos drapeaux ; ces Aigles vous serviront toujours de point de ralliement ; ils seront partout où votre Empereur les jugera nécessaires pour la défense de son trône et de son peuple. Vous jurez de sacrifier votre vie pour les défendre et de les maintenir constamment par votre courage sur le chemin de la victoire.» Symbole de la majesté de l’Empire et de la domination des grands espaces en langage héraldique, l’Aigle, qui dans ce cas est du genre féminin, fut notamment l’emblème des armées romaines et des empereurs prussiens, et se voit adoptée par Napoléon en 1804. Désormais, ce symbole orne les façades des bâtiments administratifs, les shakos, les gibernes et remplace les piques des drapeaux du Consulat. Sculpté par Chaudet, le volatile est fondu dans le bronze par le non moins célèbre Philippe Thomire. 1 130 aigles seront réalisées entre 1804 et 1805, la plupart aujourd’hui conservées dans des musées, français et étrangers, 13 dans des collections privées. La nôtre provient du docteur Yvan Hutin, éminent collectionneur et documentaliste, bien connu des amateurs d’armes.
Mercredi 28 septembre, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés OVV. M. Blondieau.
Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), Choix des plus belles fleurs prises dans différentes familles du règne végétal et de quelques branches des plus beaux fruits, Paris, Roret, XIXe siècle. Un volume in-4o, 144 planches ; reliure en maroquin vert à long grain, jeu de filets dorés et fers romantiques par Jacques-Henri Pinault.
Estimation : 15 000/20 000 €
L’âge d’or des livres de botanique
Le coup d’envoi fut donné par la publication de la Description de l’Égypte, qui employa savants et dessinateurs pendant de longues années. Parmi les artistes embarqués par Bonaparte, figurait Henri-Joseph Redouté, frère du célèbre «Raphaël des fleurs». On peut encore citer La Ménagerie du Muséum et, bien sûr, les ouvrages que Pierre-Joseph Redouté fait paraître à partir de 1802 concernant les Liliacées en huit volumes ; il écrit dans le «Discours préliminaire» de cette somme : «Chacune des plantes sera représentée dans une planche coloriée avec la fleur et les détails de fructification», ces derniers indiqués en noir au bas de la page. Wallon d’origine, l’artiste se rend à Paris en 1782, et travaille avec Gérard van Spaendonck, peintre du Jardin du Roi. Il fournit 54 dessins pour  Stirpes novæ, aut minus cognitæ, (1784-1791), herbier de Charles-Louis L’Héritier de Brutelle (1746-1800), riche botaniste amateur qui lui apprend à disséquer les plantes. Un exemplaire grand in-folio de l’édition originale figure également dans cette vente de livres, estimé 6 000 € environ. Redouté collabore aussi à un ouvrage commandé par Joséphine, Description des plantes rares cultivées à Malmaison et à Navarre. Les Liliacées et les Roses lui sont d’ailleurs destinées, le Choix des plus belles fleurs aux princesses Louise et Marie d’Orléans. Cet ouvrage, un des plus beaux livres de fleurs, a été réédité dans le courant du XIXe siècle par la Librairie encyclopédique de Roret.
Vendredi 30 septembre, salle Rossini.
Alde OVV.
Joan Miro (1893-1983), Femme, 1973, gouache, aquarelle et encre sur papier, 88,5 x 65 cm.
Estimation : 350 000/500 000 €

 
Calligraphe des couleurs
Cette œuvre constitue la vedette de la collection intitulée «L’univers de monsieur et madame T.». Initiée à partir des années 1970, elle associe arts précolombien, asiatique, océanien et africain, l’archéologie, des tableaux anciens et XIXe, de l’art impressionniste et moderne, des estampes, du mobilier – emmené par une commode en console du milieu du XVIIIe siècle plaquée de bois de rose attribuée à Jacques Dubois 50 000/80 000 € – et des objets de décoration, des arts décoratifs du XXe et du design. C’est donc bien d’univers qu’il est question ici… Cette gouache et aquarelle de Joan Miró, datée du 5 septembre 1973 et demeurée en parfait état de conservation, a été acquise directement par les époux T. auprès de l’artiste. On y retrouve les formes géométriques chères au maître catalan, les larges cernes noirs, les jets de goutte d’encre empruntés au dripping de Jackson Pollock, les aplats de couleur et l’un de ses sujets d’inspiration préférés, et parmi les plus poétiques, la femme. Depuis 1956, Joan Miró a réalisé son rêve : il s’est installé à Palma de Majorque, dans un grand atelier ouvert sur la nature et où la lumière coule à flots, conçu par son ami, disciple de Le Corbusier, Josep Lluís Sert. L’atmosphère est exotique, le lieu, vaste, propice à la création de grandes toiles, de nouveaux dialogues entre signes et couleurs, principalement de puissantes formes noires complétées de rouge, de jaune et de bleu. Les silhouettes noires, précises et nettes, tracées à grands coups de brosse, contrastent avec les coulures et les éclaboussures. Le regard dérive d’une surface à l’autre à la recherche de la figure d’une femme dont l’œil jaune accroche le spectateur. Cette œuvre un brin énigmatique fait écho aux tableaux présentés lors de la rétrospective au Grand Palais, organisée pour le 80e anniversaire de l’artiste du 18 mai au 13 octobre 1974. «Je commence toujours par le noir, j’ajoute les couleurs pour l’équilibre. Le début est toujours 100 % instinctif», expliquait ce génial calligraphe.
Mercredi 28 septembre, Espace Tajan, 18 h 30.
Tajan OVV.
Fabergé, flacon à parfum campaniforme en or jaune et rose émaillé rouge, cabochon de pierre de lune, poinçons Fabergé, kokoshnik 56 Ja.L., Saint-Pétersbourg (1899-1908), essayeur Jakov Ljapunov, chef d’atelier H. W., Henrik Wigström (1862-vers 1930).
Estimation : 6 000/8 000 €
Rouge feu… l’art de l’émail
Or, argent, vermeil… Ces métaux précieux font rêver les hommes depuis la nuit des temps, exaltant leur propre puissance comme celle de leurs dieux. Dans un cas comme dans l’autre, rien n’est trop beau… Pour magnifier ces matériaux déjà éclatants, les orfèvres ont trouvé la solution : les couleurs, sous forme de verre teinté par des oxydes métalliques, puis fixé au support de métal par le feu. Ces lumineux émaux, dans leur version peinte lancée par l’Italie et la France à la Renaissance, feront fureur dans toute l’Europe. En témoigne ce dimanche un calice en argent repoussé et doré, façonné à Augsbourg par Michael Mayr en 1689. L’objet sacré s’orne de six médaillons émaillés en rose sur fond blanc, figurant des portraits de saints et les armes du commanditaire (3 000/4 000 €). Plus performante que ses devanciers – le cloisonné et le champlevé –, la peinture sur émail ne tarde pas à se généraliser. Au XVIIIe siècle, on ne compte plus des objets de charme, tabatières, montres ou poudriers, qui par leurs décors et leurs miniatures émaillés rivalisent avec la porcelaine.
Cette omniprésence finissant par lasser, l’émail tombe en désuétude, avant d’être remis au goût du jour à la fin du XIXe siècle. Karl Fabergé est l’un des artisans de cette renaissance. Supervisant aussi bien au niveau artistique que technique la production de ses ateliers, il l’oriente vers des spécialités qui vont faire sa réputation. Le guilloché, permettant de créer sur l’émail un dessin de lignes, en est une. On peut apprécier l’effet moiré qu’il donne à la matière sur ce flacon à parfum encore conservé dans son écrin en bouleau blanc, une essence omniprésente en Russie. Henrik Wigström a dirigé sa fabrication. Assistant de l’illustre Michael Perchin – avec lequel il participa à la réalisation des fameux œufs – à partir de 1884, Wigström prit la direction des ateliers à la mort du maître, en 1903, perpétuant le goût néoclassique auquel ce dernier était attaché.
Dimanche 25 septembre, Enghien.
Goxe, Belaisch, hôtel des ventes d’Enghien OVV, Mes Goxe - Belaisch. Mme Fligny.
Iles Marquises, seconde moitié du XIXe siècle, modèle réduit de pirogue de pêche hakatu ata vaka,
bois de totara ou de kauri, 41 cm x 115 cm.
Estimation : 12 000/15 000 €
Pirogue rituelle Maorie
Le symbole de toute une culture ! La pirogue dite «vaka» se retrouve dans la plupart des cultures polynésiennes. Les premiers explorateurs arrivés dans ces eaux lointaines de l’océan Pacifique furent étonnés du nombre de ces embarcations, dont les plus typiques sont les pirogues à balancier latéral. Les autochtones comprirent rapidement cette fascination et se mirent à fabriquer des modèles réduits afin de les vendre à ces marins de passage puis, plus tard, aux touristes européens. C’est ainsi que notre spécimen aurait été rapporté en France, au début du XXe siècle, par le grand-père de son actuel propriétaire, un riche industriel. Sa coque a été sculptée dans un seul bloc extrait d’une espèce de conifère de la région – soit du bois de totara, soit de kauri –, tout comme le faisaient les constructeurs de ces pirogues, qui ne connaissaient pas le métal avant l’arrivée des Européens et devaient sculpter leurs pièces à l’aide d’outils en bois, pierre ou coquillage. Elle est de plus consolidée par quatre traverses sculptées et cousues par un système de liens, peut-être en bourre de coco, comme cela était le cas pour les bateaux grandeur nature. Les hommes s’occupaient de ce travail, tandis que les femmes tressaient et cousaient les voiles. Sur ses quelque 115 cm de longueur, l’embarcation présente un somptueux décor sculpté en bas relief, fait d’entrelacs, de spirales et de personnages traditionnels de l’art maori. Les masques et figures humaines en proue pourraient quant à eux symboliser les ancêtres du premier équipage ayant abordé puis colonisé ces terres austronésiennes. Cette pirogue serait ainsi un objet rituel faisant référence à l’origine du clan.
Mercredi 28 septembre, Chinon.
Salle des ventes de Chinon OVV. M. Njiensi.

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