La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Frank Overton Colbert (1896-1935), Origin of Birds, vers 1921, huile sur carton toilé, 40 x 30 cm.
Estimation : 12 000/15 000 €

 
L’héritage amérindien en peinture
Un arbre majestueux pousse sur une petite colline verte, la ligne des hautes mesas violettes ferme l’horizon d’un désert ocre orangé. Un ciel moucheté de bleu et de quelques touches de blanc est entraperçu à travers le feuillage bigarré, abritant des oiseaux chamarrés. Frank Overton Colbert reprend – en les synthétisant – les légendes indiennes sur l’origine de la Terre, des plantes et des oiseaux omniprésents dans toutes les tribus. À un moment, le «Grand Esprit» regarde autour de lui et ne voit… rien. Ce silence et cette obscurité doivent se transformer pour accueillir la lumière et la vie ; il se met à l’ouvrage, et ses pouvoirs commandent les étincelles de la création. Il fait émerger les terres de l’eau, modèle de hautes montagnes et des vallées profondes, anime les cieux de nuages blancs, charmants messagers de la pluie nourricière. Des graines germent, et, intercesseurs entre les esprits célestes et les hommes à venir, les oiseaux. Des multitudes d’oiseaux, de l’aigle majestueux au moineau. Overton Colbert connaît ce récit de la création décrit par les Amérindiens. Sa famille a fourni de nombreux chefs – et le second gouverneur élu – à la nation Chickasaw. Il tient son nom d’un Français, d’origine écossaise, William de Blanville Colbert, émigré au XVIIIe siècle, qui fonde le village portant son nom, et épouse la fille aînée du chef. «Plume rouge», le nom indien de Frank Overton Colbert, engagé dans la marine pendant la Première Guerre mondiale, s’installe à New York, dans le quartier de Greenwich Village, qui attire toute l’avant-garde artistique et littéraire de l’époque, notamment Holger Cahill, fondateur du mouvement «Inje-Inje», sorte de Dada à l’américaine, notamment de l’histoire de ses premiers habitants. Il fait partie des artistes figurant au Whitney Club Studio et à l’Architectural League, à New York, en 1922. La Montross Gallery lui offrira trois expositions personnelles, dont celle de janvier 1923, «Indian Folklore Pictures», où a figuré cette œuvre sous le n° 20. La même année, le peintre et son épouse, Kate London, fille de juifs russes émigrés, partent s’installer à Paris, dans le quartier de Montparnasse, bouillant centre de la peinture d’avant-garde, fréquenté aussi bien par Foujita que Picasso. Le couple et leur fils, Robert, repartent en 1926 pour New York. Peu après, il souffre de sa première crise de désordres mentaux qui entraînera son divorce – Kate restera cependant son plus fidèle soutien. Au début des années 1930, Overton Colbert s’installe à San Ildefonso Pueblo, près de Santa Fe, au Nouveau Mexique, jusqu’en 1941, date de son internement dans une institution psychiatrique.
Vendredi 18 mai, salle 5 -Drouot-Richelieu.
Ader OVV.
Normandie en cale sèche dans la forme Joubert au chantier Penhoët, peu avant les essais. Retirage faisant partie d’un lot de quinze photos. 18 x 24 cm.
Estimation (de l’ensemble) : 100/150 €
le Normandie, un palais flottant
Rien ne prédisposait Jean-Pierre Mazeirat, ingénieur, à se consacrer toute sa vie ou presque, à ce paquebot de légende. Si ce n’est le souhait de poursuivre une collection commencée par son père… C’est cet ensemble que ses héritiers cèdent aujourd’hui, sous la forme de photos (originales ou retirages) et de documents – plans, programmes de variétés, certificats de voyage inaugural, manuels techniques, courriers… Parfois inédits, certains évoquent la construction du Normandie, d’autres les croisières mythiques vers Rio de Janeiro ou les luxueux intérieurs. Des deux côtés de l’Atlantique, nombreux sont les passionnés de ce géant long de 313 mètres, conçu pour loger spacieusement 1 972 passagers, sur lesquels veillent 1 355 membres d’équipage. Passé l’engouement des années 1970-1990 – on parla même de «Normandimania» –, ces documents devraient toutefois susciter l’intérêt des administrations, archives nationales et autres compagnies maritimes au-delà des estimations (de 50 à 500 €). Lancé le 29 octobre 1932, le Normandie quitte Saint-Nazaire le 5 mai 1935 pour rejoindre Le Havre, d’où il commence sa traversée inaugurale le 29. Il arrive à New York quatre jours et trois heures plus tard, devenant le navire le plus rapide de l’Atlantique Nord. De 1936 à 1938, ce paradis flottant pour gastronomes – il emporte dans ses flancs 344 boissons différentes – rivalise avec le Queen Mary pour conserver le précieux Ruban bleu. Même les bonnes choses ont une fin… Réquisitionné pour le transport des troupes américaines en décembre 1941, rebaptisé Lafayette, il est victime d’un incendie deux mois plus tard sur l’Hudson. Renflouée en 1943, l’épave sera vendue pour démolition le 1er août 1946… pour 161 680 $.
Mercredi 25 avril, salle 14 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV.
Inde du Nord, IXe-XIe siècle. Couple avec deux enfants, sculpture jaïne en grès rose, 68,5 x 43 x 14 cm.
Estimation : 5 000/7 000 €
Dominique Darr, un oeil averti
Elle n’aura pas vu le cinquantenaire de la création d’Auroville, ville expérimentale soutenue par le gouvernement indien et par l’Unesco, à quelques kilomètres de Pondichéry, le 28 février 1968. Dominique Darr, née à Paris en 1932, s’est éteinte le 25 décembre 2016, dans cette cité déclarée «projet d’importance pour le futur de l’humanité», où vivent aujourd’hui 2 500 résidents de plus de cinquante nationalités. Elle préparait ce qui allait devenir sa dernière exposition. Après des études de peinture, Dominique Darr participe en tant que graveur sur bois et chromiste aux différentes activités d’une imprimerie d’art, avant de se passionner pour la photographie au cours de ses nombreux voyages. Elle effectue des reportages pour la presse et l’édition. Dès 1970, elle suit le développement d’Auroville – «lieu d’une vie communautaire universelle, où hommes et femmes apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités – et réalise des milliers d’images, de la construction et du développement du site. Le contenu de son appartement parisien du quai Louis-Blériot, en bord de Seine, est dispersé au profit d’un fonds de dotation indien. Outre du mobilier classique et de l’argenterie, on y trouve des miniatures indiennes, des têtes de bouddha chinoises, un torse en grès d’Ayutthaya (Thaïlande, XVIe-XVIIe siècle, 3 000/4 000 €) et bien sûr des sculptures et des bas-reliefs indiens, en bois ou en pierre, dont ce portrait de famille typique de la statuaire jaïne.
Vendredi 27 avril, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Boisgirard - Antonini OVV. Mmes Cukierman, Papillon d’Alton, MM. Ansas, Lebeurrier, Renard.
Claudius Linossier (1893-1953), vase sur talon à col annulaire en dinanderie de maillechort, à décor à patine au feu et en incrustations d’argent de motifs géométriques sur fond brun et noir martelé, vers 1930, h. 28 cm.
Estimation : 9 000/11 000 €
Claudius Linossier, le rouge et le noir
Dix vases et coupes de l’artiste voisinent dans les vitrines de cette salle, sept étant issues d’une collection du sud de la France, acquises directement auprès de Claudius Linossier par la famille de l’actuel propriétaire. Estimées d’un millier d’euros à 9 000/11 000, ces pièces sont parfaitement reconnaissables, avec leur décor tournant, composé d’une frise de losanges imbriqués en partie haute, leur corps entièrement martelé en maillechort, leur patine rouge orangé et noir. Attiré très tôt par le métal, ce Lyonnais fait ses débuts chez un serrurier local, avant de travailler pour l’atelier d’orfèvrerie religieuse Berger-Nesme, dans sa ville natale. Chez Cardeilhac, à Paris, il côtoie Kéco Zambon, alors meilleur dinandier de l’atelier de Jean Dunand. Sans jamais avoir recours aux émaux ni aux laques, Claudius Linossier réalise d’abord des pièces incrustées de cuivre ou d’argent, avant de s’orienter vers une recherche sur les couleurs et les patines, qui deviendront sa marque de fabrique. Le meilleur de sa production est aussi celui d’une intense période d’activité, de 1924 à 1932. Installé à la Croix-Rousse, sur les hauteurs de Lyon, de 1920 à 1950, il expose dans les galeries parisiennes (Devambez, Hébrard, Émile-Jacques Ruhlmann…), aux Arts décoratifs et industriels modernes en 1925, à la Société nationale des beaux-arts, mais aussi ailleurs en Europe, aux États-Unis et en Australie. Sculpteur et peintre à ses heures perdues, Claudius Linossier réservera cette part de son talent à un cercle restreint d’amis et d’amateurs.
Mercredi 25 avril, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez OVV. PBGExpertise.
Attribuée à Nicolas Sageot (1666-1731), commode Louis XIV à façade arbalète sur fond d’écaille rouge à décor d’une marqueterie de laiton finement découpée, bronzes à motifs de têtes de femme, vers 1700, 82 x 100 x 62 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €
La marqueterie de métal selon sageot
Contrairement à ce que l’on pense généralement, André-Charles Boulle n’a pas inventé la marqueterie de métal – elle avait déjà cours en Italie et en Flandres –, mais il lui a adjoint une technique bien particulière. Prenant une feuille de cuivre (ou de laiton, plus maniable) et une autre d’écaille de tortue, il les superposait et les découpait selon le motif choisi. Puis, il remplissait les vides laissés dans le cuivre par les pièces correspondantes en écaille et vice versa, obtenant ainsi deux meubles en pendant. L’un formait la «première partie» avec le fond en écaille et le décor en cuivre, comme notre commode, et l’autre la «contrepartie». Nicolas Sageot, quant à lui, est le digne héritier de Boulle. Ses créations –, notamment ses commodes –, sont assez rares sur le marché pour être mises en lumière. Elles ornent les plus grandes collections de par le monde, l’une de ses commodes se trouvant à la Wallace Collection à Londres et une armoire au musée des Arts décoratifs à Paris. Ayant fondé son atelier vers 1690, Sageot est actif comme «ouvrier libre» dans le faubourg Saint-Antoine jusqu’à son accession à la maîtrise, en 1706. Il se spécialise dans les marqueteries de laiton et d’écaille, adaptées aussi bien à des bureaux Mazarin qu’à des commodes. Son travail s’inscrit dans une période bien précise du règne de Louis XIV, celle suivant la mort de Charles Le Brun en 1690. Rompant avec le style solennel de ce dernier, un grand ornemaniste prend sa suite : Jean Bérain (1638-1711). Le dessinateur de la chambre du Roi a mis au point tout un nouveau vocabulaire ornemental inspiré du monde romain, publié dans l’ouvrage de 1711 Œuvres de Jean Bérain recueillies par les soins de sieur Thuret. Des personnages, musiciens, singes, acrobates ou angelots évoluent dans ses compositions, au cœur d’un paysage de rinceaux et d’arabesques qui évoque, dès les premières années du XVIIIe siècle le style rocaille, avec ses grotesques et ses lignes sinueuses. Ses motifs investissent rapidement le mobilier, à l’image du plateau de notre commode, entièrement orné d’une marqueterie de personnages, d’animaux, de masques, de musiciens, de paniers de fleurs, de draperies et, au centre, d’une musicienne en nacre, point d’orgue de ce luxeux décor !
Dimanche 22 avril, Doullens.
Herbette OVV.

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