La Gazette Drouot
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Fernando Arrabal-Julius Baltazar, Biographie
d’André Breton, poète
, Nice, Jacques Matarasso, 1983, in-12, édition originale limitée à cent exemplaires sur arches, l’un des cinq premiers, reliure signée Daniel Knoderer.
Estimation : 5 000/6 000 €.

 

En couverture cette semaine

Un panier à pique-nique new age ? Un Spoerri ? Une sculpture ? Cet étrange objet laisse perplexe, fasciné aussi. En le prenant dans les mains, on tombe immédiatement sous le charme de sa… reliure. Oui, vous avez bien lu ! Mais alors, vous souffle la curiosité, quel livre a pu inspirer un tel méli-mélo de couteaux et fourchettes jetés à la façon des jeux d’adresse japonais ? Le titre : Biographie d’André Breton, poète. L’auteur : Fernando Arrabal et l’illustrateur complice, Julius Baltazar… Et de quelles mains a bien pu jaillir ce mikado surréaliste ? Celui-ci est signé Knoderer. Daniel Knoderer, artiste inclassable et personnalité atypique, a suivi une formation de doreur et de relieur classique. S’il manipule avec maestria le veau, "peau que j’aime pour ses qualités de matière et de couleurs", confie-t-il à Marie Akar lors d’une rare interview, publiée en 2005 dans Arts et Métiers du livre, il emploie aussi toutes sortes d’objets de récupération - avec une prédilection pour le plastique, luisant, lisse et vivement coloré. Il avoue même avoir choisi le métier de relieur parce que cette discipline "ne permet pas de droit à l’erreur, pas d’expérimentation". Fernando Arrabal et Julius Baltazar n’ont rien à lui envier, issus tous deux de la mouvance surréaliste. Le dramaturge est remarqué par André Breton et le peintre, par Salvador Dalí : de véritables passeports pour la fulgurance. Le dernier cité offre même son pseudonyme à l’artiste, né Hervé Lambion, "Julius" se référant à César et "Baltazar" au roi mage porteur de la myrrhe. Son style, d’une grande richesse graphique, ouvre la porte sur un univers fantastique fait de zébrures et de plages subtiles qui se voit repris - un peu - dans la reliure. L’ouvrage a été édité en 1983 par Jacques Matarasso, libraire-éditeur niçois bien connu des bibliophiles et collectionneur de l’école de Nice, dont il fut le premier défenseur et client. Il a été à bonne école dans la librairie de son père à Paris, où se croisaient auteurs surréalistes et artistes d’avant-garde ; les amateurs de poésie en poussaient la porte pour trouver leur bonheur dans les fonds Rimbaud et Verlaine. La guerre le conduira à Nice, où il ouvre une librairie, installée depuis 1950 à son adresse actuelle, rue de Longchamp. Il y accueille les premières expositions de César, Arman, Klein, Fahri… La boutique est un lieu de rendez-vous pour écrivains et artistes. En 1980, le libraire saute le pas et devient éditeur. À texte inédit, illustration originale. Avec ce livre, Matarasso réunit trois de ses favoris : Arrabal est l’un des habitués de sa maison d’édition et il commande à Baltazar de nombreuses illustrations. Quant à Knoderer, n'est-il pas, avec Georges Leroux, son relieur favori ? Pour son propre exemplaire, l’éditeur fait donc appel à son art magique…

Lundi 27 février, salle Rossini.
Alde SVV. M. Oterelo.

 

Nevers, vers 1800.
Saladier en faïence à décor d’une troupe militaire et d’un couple d’aubergistes, diam. 32,5 cm.
Estimation : 8 000/12 000 €.

 

Orfèvrerie de terre

Après les porcelaines tendres et celles de la Compagnie des Indes, dispersées avec succès le 10 novembre dernier, entrent en scène les faïences de nos provinces françaises de la collection Édouard Cochet. Ingénieur géologue dans le secteur pétrolier et la prospection de nouveaux gisements - il avait mis au point, dans les années 1960, une technique de recherche par analyse des boues de forage -, l’homme pressé, originaire de Dinan, disparu en juin 2011, a nourri une passion dévorante pour l’orfèvrerie, dont trois vacations sont venues sous le feu des enchères ces trois derniers mois, et pour la céramique ancienne. Si certains collectionneurs ouvrent grand leurs vitrines et montrent abondamment leurs trésors, d’autres sont plus mystérieux, plus discrets, plus secrets. Tel était Édouard Cochet et bien rares ceux qui pouvaient mesurer l’importance de sa collection… 230 numéros composent cet ultime rendez-vous. Les pépites de cette dispersion ? Une paire de hanaps de la fabrique rouennaise Poterat, décorée en camaïeu bleu de ferronneries, masques et armoiries des années 1710 (4 000/6 000 €), une petite terrine couverte en forme de hure de sanglier, décorée au naturel à Niderviller au milieu du XVIIIe siècle (5 000/8 000 €), mais aussi, à l’évidence, l’entier éventail - ou presque - des productions de Nevers. En témoignent deux grands saladiers, l’un daté 1778, l’autre d’époque révolutionnaire, respectivement espérés à 8 000/15 000 € et 4 000/6 000 €. Plus rares encore sont les pièces représentant des trains de bateaux chargés de marchandises, remontant la Loire vers Nevers toutes voiles gonflées par le vent d’ouest. Reconnaissables, la cathédrale Saint-Cyr et Sainte-Julitte, l’église romane Saint-Étienne et le célèbre pont de pierre, dont la construction débuta en 1767 mais qui s’écroula en… 1790, pour se voir remplacé par un ouvrage en bois. Trois saladiers, dont un daté de cette funeste année, sont attendus entre 6 000/8 000 € et 10 000/15 000 €. Une vente qui devrait se dérouler à l'image de notre faïence… tambour battant !

Jeudi 9 février, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Fraysse et Associés SVV. M. Vandermeersch.

 

Rhyton hellénistique en argent repoussé, gravé et doré, en forme de corne prolongée par un protomé de lion, h. 32, l. 45 cm.
Estimation : 350 000/450 000 €.

 

Corne d’abondance

Avec un tel contenant, on ne peut qu’imaginer la qualité du contenu ! Du grec rhéô ("couler"), le terme rhyton désigne une corne en terre cuite ou en métal, comportant des ouvertures aux deux extrémités pour le passage du liquide. Apparu à Athènes au début du Ve siècle, il s’inspire de la tradition du banquet oriental. Vase à boire de Dyonisos, mais aussi de simples mortels, il sert également pour des libations lors de cérémonies et de rituels religieux. Sa particularité ? La tête humaine ou, le plus souvent, d’animal réel ou fantastique qui le termine. Le nôtre est particulièrement précieux avec son décor de sarment de vigne courant le long du col, ses feuilles aux ondulantes tiges nervurées et, surtout, son protomé de félin à la puissante musculature, au pelage finement ciselé, aux pattes écartées de part et d’autre de l’orifice verseur. Un luxe de détails auquel il convient d’ajouter une crinière abondante aux mèches superposées et une gueule ouverte sur des crocs menaçants… Le combat des enchérisseurs sera-t-il aussi féroce ? Réponse dans quelques jours.? D'autres moments forts sont également annoncés : ainsi d’un encrier en bronze incrusté d’argent du XIIe siècle duquel 40 000/45 000 € sont demandés, d’une page coranique coufique manuscrite sur parchemin des IXe-Xe siècles espérée à 20 000/25 000 €, d’un relief en marbre ghaznévide (nom d’une dynastie de princes turkmènes Xe-XIIe siècle) tapissé de fleurettes, palmettes et d’une graphie coufique qui pourrait trouver preneur dans la même fourchette d’estimations. On suivra aussi une princesse de Bactriane (3e millénaire) représentant un personnage assis dont le vêtement et la coiffure sont en chlorite grise incisée de languettes et de chevrons tandis que le visage se détache en calcite blanche ; celui-ci devrait être courtisé à hauteur de 120 000/150 000 €.

Mercredi 8 février, Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV. Mme Kevorkian.

 

Antonina Sofronova (1892-1966), Composition, 1922, gouache et mine de plomb, 48 x 39 cm.
Estimation : 12 000/15 000 €.

 

Collection Victor Sfez

La question lancinante posée par Elie Wiesel sur le silence - notamment après la Seconde Guerre mondiale et les années noires du stalinisme - de la seconde communauté juive au monde (plus de trois millions) va, par des chemins détournés, susciter une carrière de marchand de tableaux. En effet, c’est à la lecture de cet ouvrage que Victor Sfez décide de se rendre en URSS avec des livres clandestins pour ses coreligionnaires. Souvent invité à partager un repas, il va découvrir chez un de ses hôtes des cartons remplis d’aquarelles d’artistes de l’avant-garde russe. Un trésor d’oeuvres constructivistes, mais aussi suprématistes, mouvements se réclamant d’un nouveau réalisme pictural intégrant la relation entre les éléments. Victor Sfez rentre en France avec cette manne. Plusieurs années après, il ouvre une galerie où il présente les peintres de l’art construit et ses chers artistes russes. Parmi eux, Antonina Sofronova, née en 1892, étudiante aux Beaux-Arts à Moscou, élève de Rerberg, atelier fréquenté aussi par Malevitch. Elle expose avec le Valet de carreau. Elle enseigne à Tver pendant une année, jusqu’à son retour à Moscou, en 1922. Peu à peu, l’artiste renoue avec un style figuratif mélancolique, prenant la capitale, le plus souvent dépeuplée, pour sujet. Antonina Sofronova tombe dans l’oubli jusqu’à la rétrospective de son œuvre, organisée à la Maison centrale des écrivains, à Moscou, deux ans avant sa mort.

Lundi 6 février, salle 13 - Drouot-Richelieu.
Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV.

 

Bruxelles, manufacture de Monplaisir à Schaerbeek (1786-1791). Tasse de forme litron et sa soucoupe en porcelaine, marques B couronné en rouge, h. 6,2, diam. 13,2 cm. Estimation : 1 000/1 500 €.

 

Tasses litron

La forme particulière de la tasse associée à une soucoupe à fond plat apparaît en 1752 à la manufacture de Vincennes, probablement d’après le modèle de l’orfèvre Jean-Claude Duplessis. Malgré sa référence au litre, la contenance de la tasse varie, la manufacture de Sèvres en propose par exemple cinq grandeurs. Le succès de la porcelaine et des tasses litron amena la multiplication des manufactures à Paris, comme celles de Monsieur, comte de Provence, une autre dépendant du comte d’Artois ou encore une sous protection de la reine. Après la Révolution, des entreprises privées, comme celle de Dagoty, inventent de nouveaux décors et des améliorations techniques. D’inspiration naturaliste ou portant l’empreinte de l’antique, les motifs sont cependant modernes, évoluant avec le goût du temps, comme le démontre cette collection comprenant plus de soixante numéros, certains proposent des paires et même un trio. Contemporaine du règne de Louis XVI, l’éphémère manufacture de Monplaisir, à Schaerbeek, s’inspira des décors parisiens. Jean-Sébastien Veaume décida de se lancer dans cette production lucrative en 1784, obtenant deux ans après le privilège royal et impérial. Il dut néanmoins se résoudre à une vente aux enchères, à Bruxelles en 1789, un an avant sa fermeture. Ne restent que de rares témoins de cette courte activité, comme cette tasse reprenant comme décor les motifs des loges du Vatican par Raphaël.

Vendredi 10 février, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Lasseron & Associés SVV. M. Froissart.

 

Atelier de Camille Fauré (1874-1956), Rapsos,
huile sur toile, 1908, 177 x 294 cm.
Estimation : 3 500/4 500 €.

 

Promenade idyllique

Une huile sur toile de l’atelier de Camille Fauré ? Voilà une oeuvre pour le moins surprenante pour un émailleur. Aucune peinture n’est à ce jour répertoriée dans sa production. Sa datation précoce et son grand format laissent penser à un projet décoratif, peut-être d’ordre privé. D’autant que les propriétaires actuels ont acquis cette toile, il y a de nombreuses années, directement auprès de la famille de l’artiste. Fauré aurait-il réalisé cette oeuvre pour décorer sa propre demeure ? Son style, en tout cas, est résolument dans l’ère du temps, celui du début du XXe siècle. Le choix du sujet, la Grèce, l’exotisme, mais aussi l’atmosphère éthérée de cette composition sont en adéquation avec l’art nouveau. Une oeuvre préraphaélite tardive qui ne manque pas de charme, notamment grâce à sa douce lumière filtrée par les arbres du sous-bois dans lequel se promène un couple d’amoureux habillés à l’antique. Admirez également la ville grecque, en arrière-plan, avec ses temples ainsi que le petit Éros en marbre aux aguets, prêt à tirer sa flèche. Camille Fauré n’a aucun mal à franchir le pas de l’art déco. Cette période fera d’ailleurs son succès. Il fonde son atelier d’émailleur en 1911 à Limoges, qu’il dirigera jusqu’aux années 1950. Durant plus de trente années sortiront de ses fours des vases uniques aux décors de grande qualité jouant essentiellement sur les motifs floraux et géométriques. Un style singulier, immédiatement reconnaissable et auquel aucun copieur ne s’attaquera, de peur de ne pouvoir relever le défi !

Marseille, samedi 4 février.
Étude de Provence SVV.

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