La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Paul Sérusier (1864-1927), Le Battage du blé noir, ou la Batterie, Le Pouldu, 1890, huile sur toile, 46,5 x 61,5 cm.
Estimation : 150 0000/200 000 €
Premières années des nabis
Tout est mis en œuvre pour attirer le regard sur la figure – presque monumentale – de la Bretonne vue de dos ; rien ne vient distraire le spectateur, à peine un bout de ciel apparaît derrière les toits, les gerbes empilées enferment la composition. On est alors submergé par une symphonie de jaunes, ponctués de bleus et quelques aplats de vert. On se régale des nuances plus ocre à gauche, plus roses au premier plan, teintées de rouge orangé sur la droite. Paul Sérusier a situé ces batteuses de blé noir comme dans une arène, pour jouer une partition séculaire, sous l’œil intéressé d’un enfant assis sur un tronc d’arbre bleu lin légèrement violacé. Une scène banale telle qu’il s’en déroule tant dans les fermes et hameaux bretons à la fin de l’été, celle du battage du blé noir ou sarrasin, plante de la famille des polygonacées, poussant sur les terres pauvres des landes bretonnes. S’il est un élément essentiel de la vie des campagnes, base de bouillies et de galettes – plats quasi quotidiens –, les tiges servent de nourriture pour le bétail. Ce jeune bourgeois parisien est séduit par ces scènes rurales, l’humble travail des hommes, la générosité de la terre. Il a trouvé des thèmes sur lesquels il reviendra tout au long de sa carrière, donnant un sens de plus en plus mystique à ses compositions. Une poursuite plus intense de l’esthétique des nabis, qui rappelons-le, veut dire prophète en hébreu. Ce groupe prit forme lors du retour du premier voyage à Pont-Aven de Sérusier et de sa rencontre déterminante avec Gauguin. Maurice Denis se souvient de son ami à l’académie Julian : «Il m’apparaissait comme un esprit d’une culture supérieure, un animateur, un guide intellectuel et artistique.» La leçon du Talisman suscite d’houleux débats entre ses amis, ceux qui se rallient à cette peinture de couleurs pures, n’hésitant pas à exagérer les impressions ressenties – jusqu’à l’abstraction –, et en exprimer toute la symbolique. «Il rêve pour l’avenir, écrit Sérusier à Denis, d’une confrérie épurée, uniquement composée d’artistes persuadés, amoureux du beau et du bien, mettant dans leurs œuvres et dans leur conduite ce caractère indéfinissable que je traduis par nabi.» L’artiste part l’été 1889 rejoindre Gauguin et Meyer de Haan au Pouldu, et s’exerce avec eux à cette nouvelle manière de peindre. Le «nabi à la barbe rutilante» pousse la réflexion plus loin, systématise la pensée de Gauguin, l’organise ; plus tard augmentée des principes de l’école d’art sacré de Beuron, son esthétique est publiée dans ABC de la peinture (1921) : Sérusier développe ses théories des formes simples et géométriques, de la couleur, de la tonalité d’ensemble, afin de relier art, nature et spiritualité.
Samedi 6 mai, Brest OVV.
Thierry - Lannon & Associés OVV.
Époque Restauration. Parure en or jaune et perles en chute de gypse chatoyant, composée d’un peigne aux dents amovibles en vermeil, d’une boucle de corsage, d’une paire de pendants d’oreilles, d’une paire de bracelets et de deux colliers, poids : 351,3 g.
Estimation : 2 500/3 500 €
Perle rare
Issu du breton bizou, qui a le même sens, le mot bijou dérive également de celui de «joie». Autant dire que les amateurs ont plus d’une raison de se réjouir devant cet écrin de maroquin rouge à la forme, décoré aux petits fers de frises feuillagées et de l’inscription «parure chatoyante». Tout un programme ! Comme toute parure digne de ce nom, elle compte parmi ses huit pièces un ornement de coiffure, ce qui la différencie de la demi-parure dont la pièce maîtresse est en général le collier. Rares sont d’ailleurs les ensembles complets de cette époque. Citons celui en opale de la reine Hortense, fille de Joséphine dont on connaît la passion dévorante pour les bijoux, conservé au château suisse d’Arenenberg, ou cet autre lui ayant également appartenu, de deuil cette fois et en perle de jais, exposé au château de Malmaison. La nôtre est constituée de perles de gypse chatoyant, une variété cristalline de ce minéral – le premier étudié au microscope, en 1695, par un Hollandais – nommée sélénite. Ce cousin de l’albâtre doit son nom à la belle Séléné de la mythologie grecque, sœur d’Hélios associée à la lune blanche, symbole de perfection, de pureté et de bienveillance. Si l’on utilise le gypse dans le bâtiment, en médecine et pour les moulages, et l’albâtre dans la sculpture, la sélénite est employée comme pierre précieuse à cause de son éclat. Extrêmement rares toutefois sont les bijoux en gypse chatoyant, très tendre et facilement rayable. Celui-ci est étranger, mais a été poinçonné à Paris.
Vendredi 5 mai, salle 7 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30.
L’Huillier & Associés OVV.
Lorraine-Dietrich, 1929, type B 3/6 Sport 15 HM, Le Mans.
Estimation : 500 000/700 000 €
Dietrich reste dans la course
L’Alsace et la Lorraine seront mises en valeur lors de cette vente de voitures et motos provenant de collections de la région. Si certaines automobiles ont été oubliées dans un garage alsacien durant plus de quarante-cinq ans, telle une Citroën 19 cabriolet de 1962 (60 000/80 000 €), d’autres ont été parfaitement entretenues depuis leur origine. C’est le cas d’une  Bugatti type 40, assemblée en 1928 dans les ateliers Gangloff, à Colmar (200 000/300 000 €), ou encore de cette Lorraine Dietrich type B 3/6 sport de 1929, à moteur six cylindres en ligne de 3 446 cm3. Outre ses deux réservoirs à essence, elle est dotée de soupapes en tête et d’une boîte de vitesse quatre rapports et MA. Cette voiture, ayant le plus beau palmarès des années 1920 en France, est le fruit du travail d’une entreprise au passé illustre de l’est de la France. La Société lorraine des anciens établissements de Dietrich & Cie de Lunéville a été créée au lendemain de l’annexion de l’Alsace-Moselle par l’Allemagne en 1871. Huit ans plus tard, Eugène de Dietrich, voulant continuer à livrer en France, crée une usine à Lunéville, en Lorraine. Peu à peu, celle-ci se développe et diversifie ses activités. La Société Dietrich, dirigée par le baron mais aussi par ses neveux à partir de 1890, produira des automobiles de qualité, tout d’abord avec les ingénieurs Turcat et Méry, puis avec d’autres grands noms de ce milieu comme Ettore Bugatti. Leur objectif ? Remporter les plus grandes courses de l’époque. Un but atteint en 1925 grâce à la victoires aux 24 Heures du Mans, où les Lorraine battent le record de vitesse de la compétition à 106,35 km/h. C’est cette réussite qui poussera Louis Desdlons à acheter, en 1929, un châssis Lorraine-Dietrich à Genève, qu’il fera ensuite carrosser avec luxe par Gangloff à Colmar. Il participera à plusieurs compétitions, notamment en Italie, avec cette voiture. Elle passera en 1962 dans une collection suisse avant d’être acquise et restaurée en 1990 par Jean Wuthrich, à qui son propriétaire actuel l’a rachetée. Dérivé des avions Lorraine, le moteur de 115 CV propulse cette voiture à une vitesse, incroyable pour son temps, de 150 km à l’heure !
Lundi 1er mai, Obenheim.
Osenat OVV
Pieter Claesz (1597-1660), Nature morte au poêlon, pichet et à la pipe sur un entablement, huile sur panneau, signée et datée 1625, 30 x 43 cm.
Estimation : 30 000/50 000 €
Claesz fait un tabac
Datée 1625, du début de la carrière de Pieter Claesz, cette nature morte épurée se concentre sur quelques objets parfaitement choisis. Elle appartient ainsi au genre des toebackjes, ou «petits tabacs», lancé par l’attrait grandissant pour cette plante venue du Nouveau Monde. Une denrée rare, de luxe, considérée comme bienfaisante pour la santé. On y reconnaît en effet une pipe posée sur des bâtonnets de bois, un poêlon dans lequel brûle encore une braise, une tabatière en métal, une carafe en étain, un verre à vin dit «rœmer» typique de cette époque en Hollande, un morceau de pain entamé, un couteau au manche en ivoire, une partition de musique ayant servi à contenir le tabac et une mèche noire. Dans ces tables parfaitement ordonnées et prêtes à offrir à leur propriétaire quelques plaisirs, modérés bien entendu par l’austérité de la religion protestante, le peintre s’attache tout particulièrement à la composition. Il la désire construite sur des rapports de valeurs bien établis, des jeux d’ombre et de lumière, mais aussi une ordonnance spatiale réfléchie, avec des objets disposés de manière à indiquer la perspective. Bien que Pieter Claesz soit l’un des plus grands noms de la nature morte hollandaise, son œuvre fut méconnue jusqu’au travail de Martina Brunner-Bulst en 2004. Nous savons maintenant qu’il est né à Berchem, vers 1596-1597 et qu’il est mort à Haarlem en 1660. Après avoir été formé à Anvers, l’artiste, protestant, s’installe à Haarlem vers 1620. Dans cette ville des Pays-Bas, il retrouvera plusieurs peintres de natures mortes de «déjeuner», présentant des tables dressées, en les personnes de Floris van Dijck et Nicolaes Gillis. Mais Pieter va apporter sa touche personnelle au genre, en adoptant des vues plongeantes et des perspectives audacieuses. Un étonnant réalisme règne également sur ses œuvres qui dépeignent, plus vrais que nature, divers aliments, des verreries et des pièces d’orfèvrerie. Sa manière évoluera au cours de sa carrière vers des tableaux de plus grandes dimensions et présentant de nombreux fruits et autres mets alléchants.
Samedi 6 mai, Pau.
Gestas - Carrère Enchères de Bourbon OVV. M. Dubois.
Richard Orlinski (né en 1966), Panthère en dentelles, sculpture en bronze ajouré poli-miroir, Lux’Art fondeur, signée et numérotée 1/8, 67 x 150 x 30 cm.
Estimation : 140 000/160 000 €
La sculpture à l’état sauvage
Richard Orlinski est un phénomène… Porté par la jet-set et les célébrités américaines tels Sharon Stone ou Pharrel Williams, qui sont parmi ses premiers acheteurs, il réussit à se forger rapidement une carrière et une réputation internationales. Ce n’est qu’à 38 ans qu’il décide de se lancer dans la sculpture. Bien que les premières personnes auxquelles il montre son travail tentent de le dissuader de cette entreprise périlleuse, du point de vue financier notamment, il abandonne son métier d’architecte d’intérieur-designer et achète de nombreux moules de matériaux, variés mais tous de luxe, du marbre aux feuilles d’or, en passant par le bronze, afin de créer son bestiaire moderne. Il présente ses premières œuvres en 2004, rapidement acceptées dans les grands salons comme la FIAC et Art Basel. Cet homme curieux et touche-à-tout s’intéresse à l’art contemporain depuis la découverte d’une exposition à l’âge de 18 ans, suivie de nombreuses visites d’ateliers. Enfant, Orlinski modelait déjà des animaux, tout en en aimant aussi la musique ou le football. Mais le garçon, dont l’enfance fut difficile, dut travailler pour payer ses études de commerce puis celles d’arts plastiques. Ce n’est que progressivement que l’art reprendra une place dans sa vie. Orlinski bâtira son travail autour d’un seul et même concept : «Born Wild». Trois exemples en seront proposés durant cette vente cannoise : une Panthère en dentelles en bronze ajouré de 150 cm de longueur, à 140 000/160 000 €, une autre de 82 cm de longueur à 45 000/55 000 € et, enfin, une Panthère en polyrésine chromée de 73 cm, à 5 500/7 000 €. Puissants et mystérieux, ces fauves affirment leur caractère avec leur surface dure et taillée comme un diamant. Montrées dans le monde entier, dans des galeries mais aussi à ciel ouvert dans des expositions, ses œuvres occupent aujourd’hui près de 150 artisans pour leur confection. Une vraie petite entreprise !
Dimanche 30 avril, Cannes.
Cannes Enchères OVV.

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