La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Ossip Zadkine (1890-1967), Tête d’homme, Bouddha, 1919, bois doré, socle en pierre, h. tête : 54 cm, socle : 37 cm.
Estimation : 300 000/400 000 €

 
Zadkine, la sculpture avant tout
Dans cette tête de Bouddha, différant des œuvres plus cubistes postérieures, le sculpteur transmet, par la seule mise en place des volumes, non seulement la méditation intérieure du sujet, mais aussi les lignes souples de la statuaire religieuse asiatique. Sa famille avait envoyé le jeune Ossip étudier l’anglais et les bonnes manières chez John Lester, son oncle, à Sunderland, dans le nord de l’Angleterre. Bricoleur, amateur de travaux de menuiserie, celui-ci lui offre ses premiers ciseaux et l’inscrit au cours du soir de l’Art School. L’un de ses anciens camarades de Vitebsk, sa ville natale, l’invite à le rejoindre à Londres, où il découvre les richesses du British Museum : les marbres du Parthénon, les sculptures égyptiennes, chinoises et africaines, les statues de lave de l’île de Pâques. Son œuvre préférée est un bodhisattva en bois polychromé du VIIe siècle. Installé à Paris, il rencontre le prince Rodocanachi, son premier collectionneur, qui lui procure l’atelier du 35, rue Rousselet et l’introduit dans un cercle d’amateurs fortunés. Parmi eux, la marquise de Brantes, qui lui achète cette tête. Fille du magnat de l’acier Henri Schneider, Marguerite (1876-1969) avait épousé en avril 1898 Paul Sauvage (1864-1950), marquis de Brantes. À l’instar de ses voisins de la place des États-Unis, les Noailles, elle fréquente les milieux intellectuels et artistiques d’avant-garde. Zadkine aime travailler le bois, qui lui permet de mettre en place son vocabulaire esthétique, associant rigueur
formelle à la fluidité des plans, indiquée en quelques lignes. Il trouve dans une scierie du boulevard de Vaugirard des billes de bois et des racines d’arbres. La forme naturelle lui sert de fil conducteur. Par exemple, le départ d’une branche… Sous une coiffure en brosse – peut-être un autoportrait, l’artiste, gazé pendant la guerre, ayant eu le crâne rasé, arborait une vigoureuse repousse de cheveux –, les grands yeux, évidés profondément, se relèvent sur les bords en une élégante forme d’amande. Le visage ovale, au pli de la bouche sommairement indiqué, est posé selon un certain angle, et légèrement penché vers l’avant, sur un cou pyramidal. Zadkine accentue ce sentiment de déséquilibre en plaçant la tête sur un bloc de pierre. Le contraste entre le précieux de la dorure à la feuille et le matériau brut du socle donne toute son intensité à cette sculpture, proche à la fois de Brancusi et de Modigliani, ses voisins de Montparnasse.
Mercredi 29 mars, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV. Mme Ritzenthaler.
Culture olmèque, Mexique, préclassique moyen, 1200-600 av. J.-C. Tête de statuette anthropomorphe en pierre dure, h. 12,7 cm.
Estimation : 80 000/100 000 €
L’Amérique, du nord au sud
Le premier coup de marteau accueillera une tête de singe en cuivre de la culture mochica du nord du Pérou (200-700 apr. J.-C., 10 000/15 000 €), partie d’ornement, le dernier, un vase maya en céramique polychrome (600-900 apr. J.-C., 6 000/7 000 €), arborant un poisson-chat et des escargots de mer. Tous deux proviennent de la collection d’un Américain aujourd’hui décédé, passionné par les «petits objets» comme par ceux de qualité muséale, telle une Vénus callipyge de la culture Chupicuaro du Mexique, dont le musée du quai Branly conserve un modèle provenant certainement du même atelier (voir Événement, Gazette n° 10, page 16).
S’il s’est intéressé aux différentes cultures de la Mésoamérique, de l’Amérique centrale et du Sud, notre amateur new-yorkais avait une prédilection pour le Mexique et ses figures de pierre. Celles de la mystérieuse culture olmèque – qui connut son apogée vers - 1000 et marqua toute la Mésoamérique jusqu’à la Conquête –, dont il avait rassemblé le plus important ensemble connu à ce jour. Pour preuve cette tête sculptée, à l’expression sereine et aux traits que l’on a longtemps cru négroïdes. Quatre masques en pierre vert marbré montrent le rôle important dans la sculpture du Guerrero. Certains sont sculptés en relief, d’autres, de forme aplatie, servent de pendentifs, ceux de taille moindre possédant des trous de suspension. Si le chien est l’animal iconique de laculture colima – plusieurs figurent dans cette dispersion –, qui le voit comme le compagnon de l’esprit de son maître jusque dans son voyage vers l’au-delà, le singe est l’image du passé lointain chez les Mayas. Celui des hommes des bois, dont la descendance, qui a survécu au déluge, n’est autre que les animaux actuels. Le coyote, enfin, est symbole de férocité en terre Veracruz. Ne vous fiez donc pas à l’air presque goguenard de celui en onyx, faisant office de récipient (900-1200 apr. J.-C.), proposé en fin de séance pour 30 000/40 000 €…
Vendredi 31 mars, salle 4 - Drouot-Richelieu, 16 h.
Binoche et Giquello OVV. M. Blazy.
Emil Nolde (1867-1956), Tournesols, 1930, aquarelle sur papier, 35,5 x 47,2 cm.
Estimation : 50 000/80 000 €
Emil Nolde, jardinier expressionniste
La maison de ventes nous propose, comme à l’accoutumée, une session d’œuvres modernes et contemporaines comprenant aussi des dessins, comme celui de Victor Hugo et cette aquarelle de Nolde. En 2014, une rétrospective au musée Städel de Francfort honorait Emil Nolde ; la dernière exposition en Allemagne datait d’il y a vingt-cinq ans. Le peintre ne craignait pas les couleurs vives, les utilisant pour aller au paroxysme des sentiments, que ce soit pour La Vie du Christ, de 1911 – considérée comme le symbole de l’art dégénéré, puis devenue depuis une «icône de la modernité –, ou pour ses tableaux de jardins et de fleurs. En 1927, Emil Nolde et son épouse Ada décident de construire leur maison de campagne à Seebull, en Frise du Nord, proche de la frontière danoise et région natale de l’artiste. Et d’aménager un jardin. Malgré l’âpreté du climat, le couple réussit à créer des parterres explosant de couleurs ; Nolde a ainsi sous les yeux ce qu’il recherche dans sa peinture depuis 1906. Le peintre reconnaît sa dette envers les fleurs : «C’était sur l’île d’Alsen, au cœur de l’été. J’ai été irrésistiblement attiré par les couleurs des fleurs et je me suis presque immédiatement mis à peindre. Ainsi sont apparus mes premiers petits tableaux de jardin. Les florissantes couleurs des fleurs, la pureté de ces couleurs, je les aimais.» Il pense et vit «pigments, nuances», qu’il transpose sur la toile dans des «orgies de couleurs». Pour cette aquarelle, il choisit les taches lumineuses des tournesols, fleurs si chères à son cœur – un thème récurrent chez Van Gogh aussi –, se détachant sur les nuages bleus des delphiniums ou pieds-d’alouette ; quelques roses et du vert font vibrer cette gamme expressive. Les couleurs sont très diluées, gardant un éclat magnifique en séchant. «Le jaune peut peindre le bonheur ou la douleur, confiait-il, dans son autobiographie. Il y a le rouge du feu, le rouge du sang et le rouge des roses. Il y a du bleu argenté, du bleu ciel et du bleu d’orage… Les rêves ne sont-ils pas comme des sons, et les sons comme des couleurs, et les couleurs comme de la musique ? Les couleurs sont mes notes, avec lesquelles je forme des accords et des sons en harmonie ou en contraste.»
Lundi 27 mars, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Aguttes OVV.
Gustave Poetzsch (1870-1950), L’Élégante au verre d’absinthe, huile sur toile, 1905, 60 x 73 cm.
Estimation : 1 000/1 500 €
 
Gustave Poetzsch ou la douceur de vivre
Quatre cents tableaux de cette figure de la peinture de la Belle Époque quittent son atelier. Né à Neuchâtel, en Suisse alémanique, où il commence des études artistiques, Gustave Poetzsch vient à Paris en 1892, où il s’inscrit à l’académie Julian avant de décrocher, trois ans plus tard, son ticket d’entrée pour les Beaux-Arts. Il passera cinq ans dans l’atelier de Luc-Olivier Merson, puis dans celui de Gustave Moreau, aux côtés d’Henri Matisse et Charles Camoin. Tel un panorama, cette vacation présente l’ensemble de ses sujets de prédilection. Les montagnes et les lacs de sa ville natale, Paris et ses environs, la Bretagne, mais aussi Deauville. C’est là que se retrouve en ce début de siècle le beau monde, parmi lequel se trouvent la clientèle de son épouse, modiste réputée du Faubourg-Saint-Honoré, les aristocrates anglais et les milliardaires américains. Coco Chanel et les joailliers Van Cleef & Arpels viennent d’ouvrir boutique, le magasin du Printemps, une succursale. L’artiste y multiplie les scènes d’élégantes en bord de mer, tandis qu’à Paris il pratique le portrait, apportant un soin tout particulier à la représentation du costume et des accessoires de mode. Une vingtaine d’œuvres montrent ces dames chapeautées et en robes de dentelle, d’autres des silhouettes serrées dans des corsets affinant la taille, arrondissant les hanches et dénudant la poitrine. Un autre sujet a les faveurs de Gustave Poetzsch : Yssingeaux, en Haute-Loire, à une trentaine de kilomètres du Puy-en-Velay, où sa famille possédait une maison. Il décrit les vieilles maisons en tuf volcaniques, les collines auvergnates où jouent, parfois s’essayant à la peinture, ses deux filles. Mais aussi, bien sûr, les dentellières, assises à leurs ouvrages devant leur maison ou «faisant couvige», c’est-à-dire bavardant, chantant ou priant sur fond de cliquetis de fuseaux. Une centaine à 4 000 € : telle est la fourchette de prix à prévoir.
Vendredi 31 mars, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez OVV. Cabinet Chanoit.
Nicolae Tonitza (1886-1940), Nature morte au pot de géranium, huile sur carton, 46 x 33 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €
Un Roumain à Paris
Au tournant du XXe siècle, Paris était le rendez-vous des arts, le lieu où les idées d’avant-garde s’épanouissaient, soutenues par des critiques d’art éclairés. Le soir tombé, en se promenant dans le quartier de Montparnasse, on pouvait rencontrer de nombreux artistes discutant entre eux et menant joyeuse vie. Il y avait une nombreuse colonie venue de Russie, avec par exemple Zadkine, et des pays de l’Europe de l’Est, notamment la Roumanie avec le sculpteur Brancusi et le peintre Nicolae Tonitza, arrivé après des études à l’école nationale des beaux-arts à Iasi et, à partir de 1908, à l’académie de Munich. Il quitte assez rapidement l’Allemagne pour voyager en Italie et en France, s’installant à Paris. La scène parisienne est agitée par les débats sur les fauves, l’emploi des couleurs vives qui mettent en avant les volumes et dynamisent la composition. De retour en Roumanie, Tonitza peint des fresques dans des églises en Moldavie, enseigne l’art et est engagé comme rédacteur dans le journal Tasul. Enrôlé dans l’armée en 1916, il est fait prisonnier par les Bulgares. Libéré deux ans plus tard, malade, souffrant de rhumatisme, il décide de se consacrer de plus en plus à la peinture. Une certaine sensualité transparaît dans ses toiles pleines de lumières, où cependant le rapport entre formes et couleurs reste équilibré et harmonieux. Admirateur de l’œuvre de Stefan Luchian (1868-1916), l’un des fondateurs de la peinture moderne en Roumanie, Tonitza poursuit des recherches avant-gardistes, qu’il intègre dans un style somme toute très classique. Il s’intéresse peu aux sujets «nationalistes» de certains de ses contemporains, comme Grigorescu, brossant de nombreux portraits d’enfants et de jeunes filles aux yeux tout ronds et néanmoins expressifs, que l’on a qualifiés «les yeux Tonitza». Mais on lui doit aussi des paysages et des natures mortes, comme cette vibrante composition au pot de géranium où le rouge, le jaune et le blanc illuminent le vert profond des feuilles veloutées.
Mercredi 29 mars, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV. Mme Ritzenthaler.
Attribuée à Pierre-Philippe Thomire (1751-1843). Pendule mystérieuse "à la bacchante", vers 1795-1800, en bronze ciselé, patiné, argenté et doré, socle enchâssant une base en marbre levanto vert et rouge, 48 x 43,5 x 16,5 cm.
Estimation : 8 000/12 000 €
Le temps au murmure de l’eau
La France du XVIIIe siècle voit l’essor des bronzes d’ameublement témoignant d’un savoir-faire virtuose, d’une invention de sujets et de formes, qui seront copiés dans l’Europe entière. À la même époque, Paris est un centre de production horlogère renommé. Les deux corps de métiers vont s’associer pour créer des pendules à la fois prouesses techniques et objets d’art. Les sujets mythologiques fournissent un répertoire iconographique presque inépuisable. Pour celle-ci, dite «mystérieuse», une bacchante, vêtue d’une tunique drapée dévoilant un sein, assise sur un tertre, tient d’une main un pampre de vigne et de l’autre tend une coupe à un jeune satyre portant une grappe de raisins. Des pieds de vigne poussent près d’une cascade… qui dissimule un mouvement d’horlogerie à disques tournants. On retrouve ces deux personnages sur une pendule au «Char des vendanges» (traîné par deux lionceaux) attribuée à Pierre-Philippe Thomire, conservée au ministère de la Guerre et reproduite dans La Pendule française (éd. Tardy). Fils de ciseleur, Thomire étudie la sculpture avec Pajou et Houdon, entre ensuite dans l’atelier de Gouthière, le ciseleur le plus réputé de l’époque. En 1776, il s’installe à son compte, et occupe la place de son maître après sa faillite. Son goût pour les sujets antiques et le style néoclassique lui facilite son adaptation au style, plus sévère, de l’Empire. Son atelier fournit les demeures impériales et la cour d’un grand nombre de surtouts de table, de candélabres et, bien sûr, de pendules.
Lundi 27 mars, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Daguerre OVV. M. Derouineau.
Manufacture de Sèvres, Bacchus et Cérès, 1812, groupe en biscuit de porcelaine dure, 35 x 22,5 x 28,5 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €
D’après le surtout du Service olympique
Destiné à l’Empereur, cet important service est décliné sur le thème des dieux de l’Olympe et la mythologie. Il fallait au moins les aventures diverses de ces divinités pour pouvoir orner les plus de 140 pièces qui le composent, comme le char de Bacchus et de Cérès tiré par des bœufs, créé en 1804 par Antoine Taunay (1767-1824), élément central de l’imposant surtout de table. Tamara Préaud, dans La Revue de la céramique, énumère : «des figures en biscuit et éléments émaillés : les Trois Grâces portant des coupes pour fruits dessinées par Antoine Chaudet […] des pièces colorées sur biscuit : les deux colonnes surmontées des figures d’Apollon et de Diane, opposant des fûts bleu lapis à des bases rouge cornaline autour desquelles tournaient les danseuses dorées de Clodion, couleurs que l’on retrouvait sur les cornets d’abondance des deux extrémités de la table ; riche dorure et montures en bronze doré assuraient l’homogénéité visuelle de l’ensemble»… Le groupe présenté prochainement à Drouot, daté 1812, a été réalisé d’après les figures du char de Bacchus et de Cérès. La déesse de l’agriculture et le dieu de la vigne, protecteurs de la nature, sont désormais assis sur un banc, mais aussi représentés par leurs symboles : une couronne de pampres et une panthère pour Bacchus, une couronne d’épis et des capsules de fleurs de pavot pour Cérès ; Jupiter lui offrit cette plante pour atténuer la douleur de voir sa fille Proserpine enlevée par Pluton, le dieux des Enfers.
Mercredi 29 mars, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. Mme Josserand-Conan.

 
Louis Roucel (avant 1756-1787), orfèvre - Jean-Baptiste-Joseph Le Tellier (vers 1726-après 1778), miniaturiste. Boîte en or jaune émaillé, le couvercle serti d’une miniature signée et datée «1771», corps orné de quatre médaillons à décor d’attributs de musique, champêtre et amoureux, et le fond d’un médaillon figurant un autel de l’Amour, Paris, 1770, 3,4 x 9,3 x 7,1 cm, poids brut : 225 g.
Estimation : 70 000/100 000 €
Luxe et souvenir
Objet usuel transformé en produit de luxe, la boîte sert également de memento. Celle-ci, en or émaillé, est l’œuvre d’un des maîtres de cette spécialité, l’orfèvre-émailleur Louis Roucel, dont on peut admirer d’autres exemplaires au Louvre, à Paris, et au Metropolitan, à New York. La mention «Roucel orfèvre du roi» figure sur la gorge. Ce titre lui est accordé lorsqu’il est reçu maître, en 1763, après avoir travaillé auprès de Jean Ducrolay. Il sera fournisseur de bijoux et de boîtes en or pour les Menus-Plaisirs du roi, jusqu’en 1776. Jean-Baptiste Joseph Le Tellier père, peintre en émail et en miniature, est portraitiste à la cour. La miniature signée représente ici, selon la tradition familiale, Marie-Joséphine de Savoie, comtesse de Provence (1753-1810), et Louis-Stanislas-Xavier de France, comte de Provence (1755-1824). Le couple se maria le 14 mai 1771 à Versailles. Dans l’embrasure de la porte, se tient la sœur de Marie-Joséphine, Marie-Thérèse, qui épousera en 1773 le comte d’Artois, frère du comte de Provence. En comparant les traits des modèles avec leurs portraits, cela serait plausible ; cependant plusieurs points d’interrogation persistent. Pourquoi le couple est-il coiffé à la mode du règne précédent ? La miniature représente un prince de sang portant l’ordre du Saint-Esprit, signe de dignité princière ; le rang de ce couple contraste avec la scène les figurant côte à côte, mains croisées sur une pincette attisant le feu. Une certitude : la symbolique est liée à l’amour. On peut avancer l’hypothèse d’un cadeau dans la corbeille de
la mariée, où l’on sait qu’il figurait plusieurs boîtes, non décrites.
Mercredi 29 mars, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Beaussant Lefèvre OVV. Emeric & Stephen Portier.
Louis-Gustave Ricard (1823-1873), Portrait du prince Paul Pavlovitch Demidoff, 2e prince de San Donato (1839-1885), huile sur toile, 207 x 122 cm.
Estimation : 30 000/50 000 €
Profil princier
Les ouvrages et les expositions dans lesquels figure ce tableau sont à la mesure de la célébrité du modèle. Notre portrait est mentionné dès son exécution, en 1859, sous la plume de Mathilde Stevens livrant ses Impressions d’une femme au Salon de 1859, ainsi que dans des ouvrages consacrés au peintre. Après le Salon, il est à nouveau présenté à la Galerie nationale du Jeu de Paume, lors d’une exposition consacrée à Louis-Gustave Ricard et Jean-Baptiste Carpeaux. Il a été jusqu’à ce jour conservé dans la descendance du modèle, âgé de 20 ans à l’époque. Né à Francfort-sur-le-Main, Paul Pavlovitch est issu de la puissante dynastie des Demidoff, fondée à la fin du XVIIe siècle par Nikita Antoutieff, célèbre forgeron libre qui travaillait à Toula, près de Moscou. Industriels prospères ayant fait fortune dans les activités minières de fer, d’argent et de pierres précieuses, en Oural et dans le sud de la Sibérie, les Demidoff sont aussi des mécènes et des collectionneurs, qui se sont transmis leurs œuvres d’art. Nombre d’entre elles seront conservées à la villa San Donato, vaste domaine près de Florence, puis à la villa Pratolino voisine, que Paul acquiert en 1872. D’autres seront vendues aux enchères, à Paris et en Italie. Louis-Gustave Ricard livre ici le portrait d’un homme au port élégant et fier, vêtu sobrement mais avec recherche, sur lequel s’accroche la lumière. Un talent où Théophile Gautier reconnaissait un «petit-fils de Van Dyck»…
Vendredi 31 mars, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Coutau-Bégarie OVV. M. Boulay.
Auguste Rodin (1840-1917), Le Baiser, réduction n° 3, épreuve en bronze patiné, F. Barbedienne fondeur, numérotée par estampage F23, h. 40 cm.
Estimation : 200 000/250 000 €
De l’enfer au paradis
Les œuvres d’Auguste Rodin se conjuguent au pluriel sous le marteau et sont la plupart du temps plébiscitées. Celle-ci a quelques atouts : son pedigree, puisqu’elle a rejoint dans les années 1920 la collection de monsieur T et a été conservée dans sa descendance, sa patine, bien nuancée, et son sujet bien évidemment. Célèbre entre tous, Le Baiser dans sa taille originale – 85,5 cm –, date des années 1882 et était destiné au centre du vantail gauche de la Porte de l’Enfer. Enfin, précisons que notre épreuve a été fondue au sable du vivant de l’artiste, entre 1901 et 1918. Le 6 juillet 1898, un contrat est signé qui lie le sculpteur à Émile Gustave Leblanc, fondeur-éditeur devenu pour la pérennité de la marque (par un jugement de 1894), Gustave Leblanc-Barbedienne (1849-1945). Il prévoit, sur une durée de vingt ans, que «monsieur Rodin s’engage à livrer à monsieur Leblanc-Barbedienne un exemplaire en plâtre de chacune des statues Le Baiser… dans la grandeur originale afin que monsieur Leblanc-Barbedienne puisse en faire les réductions dans toutes les dimensions qu’il jugera propres au commerce. Ces réductions seront exécutées sous la surveillance de M. Rodin et acceptées par lui». Le sujet donnera lieu à quatre réductions : la première (h. 71,1 cm), est éditée à 49 exemplaires au prix de 1 400 francs, la deuxième (25,7 cm) à 69 exemplaires, pour 380 francs. La troisième (40 cm, dont la nôtre) et la quatrième (60,2 cm) sont éditées respectivement à 108 et 103  exemplaires, au prix de 700 et 1 200 francs. Le succès est immédiat et durable.
Vendredi 31 mars, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Drouot Estimations OVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
Alfredo Volpi (1896-1988), Bandeirinhas, vers 1970, tempera sur toile, 60 x 39 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €
Volpi, peintre autodidacte et concret
Né à Lucques, en Toscane, Alfredo Volpi n’a que 2 ans lorsque sa famille s’installe dans le quartier de Cambuci, à São Paulo, au Brésil. Il débute comme peintre en bâtiment, une formation qui influera sur sa préparation de pigments ; il utilisera plus tard dans sa carrière la technique de la tempera dans ses tableaux. Son goût pour cette matière est renforcé par le seul voyage qu’il effectue en Italie, dans les années 1950, où il découvre les primitifs et Giotto, leurs couleurs de même éclat que les pierres précieuses. Il se souvient aussi des bannières flottant aux courses du Palio, des petits drapeaux agités par les écoliers ou les supporters de football, ou encore le linge séchant aux balcons des maisons. Il les transpose dans ses compositions qui portent toutes pratiquement le même titre, Mastros e Bandeirinhas («Mâts et drapeaux»). Son art de plus en plus épuré devient abstrait, mais construit. Il affectionne les rangs de petits fanions alignés ou des motifs triangulaires, rythmant des structures, comme dans la série Ogiva (Ogive). Sa très grande maîtrise de la couleur est ce que l’on retient le plus au vu de ses toiles. Un enchantement pour le regard. Considéré comme un des grands modernistes de la peinture brésilienne, Volpi a su transmettre d’une manière très personnelle des préceptes des grands abstraits géométriques, tel Josef Albers. De ce dernier, il appréciait le côté artisanal de son œuvre au Bauhaus, avec la création de meubles et d’objets et son attachement à «l’effet optique de la couleur».
Lundi 27 mars, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Leclère - Maison de ventes OVV.
Coffret écritoire du roi Jérôme par Martin-Guillaume Biennais, vers 1807-1809, or, vermeil et bronze doré, acajou plaqué de loupe d’orme, garnitures en acier poli glacé orné de motifs en laiton, 54 x 32 x 15 cm.
Estimation : 150 000/200 000 €
Sous l’empire des arts
Nos lecteurs ont en mémoire la bague en pomponne ayant orné la couverture de notre n° 10, offerte par Napoléon à son amour de jeunesse, Caroline du Colombier. Le bijou montre un homme et une femme cueillant des cerises devant un temple antique, ciselés dans l’ivoire (15 000/20 000 €). À l’image de ce travail délicat, l’Empire se montrera sous son jour le plus raffiné, l’aspect martial du régime, évoqué par les documents et ouvrages proposés en ouverture de vacation, passant au second plan au regard de la préciosité des objets proposés. Les armes à feu elles-mêmes seront les chantres de l’artisanat d’art. Nicolas-Noël Boutet ne s’est-il pas choisi la signature «directeur artiste», sur un fusil de chasse produit par sa manufacture ? Le titre n’est pas usurpé pour le modèle de luxe ici proposé, sans doute un présent pour un officier méritant : encadrée par une rosace et une chute de fleurs et de feuillages, une tête de dauphin finement sculptée prolonge son pontet, tandis que des garnitures en argent finement ciselé et des décors gravés et damasquinés d’or mêlent foudres et rinceaux (40 000/50 000 €). Un travail d’orfèvre, selon l’expression consacrée. Une des pièces maîtresses de l’après-midi sera justement un volume de Charles Fox magnifié par Jean-Baptiste Odiot, qui a agrémenté les plats d’ornements de vermeil ciselé en demi-ronde bosse, en hommage au souvenir de son propriétaire, le général Foy (10 000/15 000 €). Un véritable objet d’art, mais également un souvenir historique à plus d’un titre, l’ouvrage annoté de la main du valeureux militaire ayant été offert par sa veuve au baron Gérard, en remerciement du portrait de son époux peint en 1826. Enfin, une autre pièce majeure à la ciselure virtuose sera auréolée par son double statut de relique et d’objet précieux : cette écritoire au chiffre de Jérôme Napoléon, souverain de Westphalie, conservant encore ses précieux accessoires et dont le raffinement est dû au roi du genre, Martin-Guillaume Biennais.
Dimanche 26 mars, Fontainebleau. Osenat OVV. Mmes  de La Chevardière, Finaz de Villaine, Lamort, MM. Dey, Nicolas, Boré, de Bayser, Froissart C., Maket, Millet, Froissart A., Cabinet Turquin.

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