La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
JR (né en 1983), Inside Out, Miami Art Basel, 2011, photographie couleur, Plexiglas, aluminium, bois, d’une édition en trois exemplaires et deux épreuves d’artiste, 125,5 x 186,5 cm.
Estimation : 20 000/25 000 €
Changer le monde
Un beau jour de l’année 2001, Jean René trouve, dans le métro parisien, un appareil photo. Les murs «graffités» et ce nouvel instrument lui donnent l’idée d’un projet, certes un peu mégalo : photographier les gens qui donnent leur identité aux lieux, les exposer sur les murs de leurs quartiers ou villages, mais aussi partout dans le monde, là où existe une surface pour coller ses affiches géantes ou plus exactement ses énormes collages photographiques. Le site de l’artiste donne cet exemple : «Entre 2004 et 2006, il réalise Portrait d’une génération : des portraits de jeunes de banlieue qu’il expose, en très grand format, dans les quartiers bourgeois de Paris.» JR se veut engagé dans le monde, affichant avec Marco, des portraits d’Israéliens et de Palestiniens de part et d’autre de la barrière de sécurité ; de retour sur les bords de la Seine, il les expose sur les murs de la capitale, une action pour mettre à l’honneur «les héros du projet […] tous ceux qui, des deux côtés du mur, m’ont autorisé à coller sur leur maison». En 2008, il rend hommage aux femmes, à celles qui sont victimes des conflits et du fanatisme religieux : la série Women are Heroes, inaugurée dans les favelas de Rio de Janeiro, avant de devenir un film, lui vaut le prix TED, en 2011. Cette même année, il lance le projet «Inside Out», qui lui tient tant à cœur, et le définit en ces termes : «un projet d’art participatif international qui permet aux personnes du monde entier de recevoir leur portrait puis de le coller pour soutenir une idée, un projet, une action et de partager cette expérience», souligne son site. «En décembre 2016, plus de 320 000 personnes dans plus de 139 pays ont participé au projet, par courrier ou via des cabines photographiques géantes installées dans des musées ou les rues du monde entier, de Times Square à Fukushima.» JR a demandé par ailleurs l’autorisation d’utiliser des clichés de grands aînés, comme Robert Capa, Man Ray, Gilles Caron ou Helen Levitt ou de photographes moins connus, qu’il redimensionne. Des photographies de ses installations sont exposées dans des galeries, telles celles d’Emmanuel Perrotin qui le représente à Paris, et de Magda Danysz, à Shangai. Des rentrées financières qui lui garantissent sa liberté. Ainsi des visages inconnus et des regards surdimensionnés interpellent des passants, certains attentifs, curieux, d’autres indifférents, ou seulement perdus dans leur monde intérieur…
Mardi 31 janvier, salle 1-9 - Drouot-Richelieu.
Villanfray & Associés OVV. Mme Nataf-Goldman.
Vilmos Zsolnay (1828-1900), vase en céramique émaillée et irisée dans les tons de vert, doré et brun, à décor d’un faisan en haut relief,
signé Zsolnay-Pecs, h. 34 cm.
Estimation : 10 000/12 000 €
Vendredi 20 janvier, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV. M. Roche.

 
Art nouveau, nouvelle année
Finie la trêve des confiseurs, les ventes aux enchères reprennent et avec elles, espérons-le, leurs lots de belles batailles… La maison Millon ouvre les hostilités en salle V.V., les lundi 16 et mardi 17, avec deux vacations consacrées aux archives et documents anciens. Le vendredi 20, en salle 2 à l’Hôtel Drouot, Eve propose le contenu de plusieurs garde-robes vintage et leurs indispensables accessoires. Les mailles d’Issey Miyake côtoient les griffes haute couture de Christian Dior, Paco Rabanne, Balenciaga, Comme des Garçons, Yohji Yamamoto ou Azzedine Alaïa, ainsi que quelques fourrures et pelisses. Juste à côté, en salle 3, Pestel-Debord consacre sa première séance de 2017 à l’une de ses spécialités favorites : les bijoux et les montres. En salles 5 et 6, les coups de marteau récompenseront des arts décoratifs du XXe. Sous le marteau de Doutrebente, notamment une vitrine-bibliothèque de Léon Jallot et un ensemble de meubles de Christian Liaigre, sous celui de l’OVV Leclere, un bas-relief en chêne de Léon Indenbaum, de la verrerie d’Émile Gallé et un vase en céramique émaillée et irisée à décor de faisan du Hongrois Vilmos Zsolnay (voir photo ci-contre). Les jeux Olympiques de 2024 auront-ils lieu à Paris ? Réponse le 13 septembre prochain. En attendant, la maison Coutau-Bégarie fait le grand saut les vendredi 20 et samedi 21, en salle 4, avec des trophées, sculptures, torches et autres souvenirs sportifs. Enfin, à quelques jours de la 44e édition du Festival de la bande dessinée d’Angoulême (du 26 au 29 janvier), les amateurs de neuvième art tenteront leur chance samedi 21 janvier
en salle 7 (Kahn & Associés).
Victor Vasarely (1906-1997), Composition sous-titrée Zala, acrylique sur bois, contresigné, numéroté et daté 1978, 70 x 56 cm.
Estimation : 22 000/25 000 €
L'illusion d’optique selon Vasarely
Si le vocabulaire pictural créé par Victor Vasarely est voué à l’universalité, ses œuvres nous replongent souvent dans son histoire personnelle, son cheminement. Ainsi notre composition de 1978 porte-t-elle un titre, Zala, qui nous transporte vers la Hongrie natale de l’artiste, dans une région limitrophe de la Slovénie, traversée par le fleuve du même nom. À quelque deux cents kilomètres, en allant vers le sud du pays, on trouve la ville de Pécs. C’est ici qu’il naît en 1906 et effectue sa scolarité, avant de partir pour Budapest suivre des études de médecine pendant deux années. Vasarely en gardera un esprit scientifique, une soif de découvrir le monde et de le disséquer… selon sa propre méthode. Après des études au Muhëly, une école rattachée au Bauhaus, il part pour la France en 1930. Pour subsister, il travaille d’abord dans la publicité, avant de se tourner vers la peinture juste avant la guerre. Mais sa découverte de l’art cinétique a lieu en 1947 sur une plage de Belle-Ile, où, hypnotisé par le roulis des galets, il a la révélation de la «géométrie interne de la nature». Basé sur une illusion d’optique, cet art repose sur l’opposition des couleurs et la mise en perspective de formes, donnant naissance à des compositions toujours en mouvement pour l’œil humain. Dès lors, ses toiles tendent à l’abstraction, les formes se réduisant peu à peu à leur aspect géométrique. Au début des années 1950 s’ouvre sa période «Noir-blanc», ces deux couleurs étant utilisées quasi exclusivement jusqu’en 1960, car elles lui paraissent les plus aptes à créer «le contraste maximum». Mais bientôt, aux jeux d’optique s’ajoute la couleur, qui anime ces motifs semblant prendre leur indépendance vis-à-vis de leur support. Quant au spectateur, par son regard, il devient leur libérateur !
Dimanche 15 janvier, Sanilhac-Sagriès.
Étude de Provence OVV.
Pays-Bas du Sud, vers 1515-1520. Boule de chapelet en buis sculpté, diam. 4,3 cm.
E­­­­­­­­­stimation : 6 000 €
Ceci est une perle de chapelet
Simplement posée sur une table, cette petite boule de quelque quatre centimètres de diamètre semble des plus modestes, avec son décor de rosaces mouchetées dessinées à claire-voie dans la profondeur du buis. Et pourtant… Si on l’ouvre, on découvre un incroyable décor sculpté en relief sur chacune de ses deux demi-sphères. Sur celle formant couvercle, sur un fond guilloché, se présente saint Jacques en habit de pèlerin, assis, les jambes croisées, tenant un livre ouvert, le bourdon appuyé sur une épaule, le chapeau tombant dans le dos. Devant lui est agenouillé un donateur, sans doute celui de cette boule de chapelet, qui pourrait ainsi se nommer «Jacques». La face inférieure figure saint Georges, monté sur son cheval et armé de sa lance et combattant le dragon. À l’arrière, on reconnaît la ville de Trébizonde et à droite, la princesse délivrée symbolisant la province de Cappadoce, accompagnée de l’agneau destiné à être jeté en pâture au monstre. On rappellera que les chapelets sont des objets de culte privé existant dans de nombreuses religions, servant de support à la prière ou à la méditation. Leur usage remonterait même à l’Antiquité indienne ! Dans la religion catholique, ils se composent de cinq dizaines de petits grains, permettant de compter les nombreux «Je vous salue Marie» que l’on récite à la suite. Ces perles égrenées au fil des prières pouvaient être réalisées dans des matières ordinaires, comme le bois ou l’os, ou d’autres plus luxueuses, comme l’ivoire ou le corail. D’une insigne rareté, les boules de chapelet ne seraient aujourd’hui connues qu’à une cinquantaine d’exemplaires. Leur production serait à mettre à l’actif d’un ou deux ateliers des Pays-Bas du Sud, au premier tiers du XVIe siècle. Un autre exemple de ce type est conservé au musée du Louvre. De par son esthétisme d’exception, cette-ci pouvait dépasser sa simple utilisation religieuse pour devenir un objet d’apparat.
Samedi 21 janvier, Nancy.
Nabecor Enchères OVV. Mme Fligny.
Nottingham, seconde moitié du XVe siècle. Plaque en albâtre sculptée en fort relief, avec rehauts de polychromie et de dorure, représentant la Crucifixion, 54 x 27 cm.
Estimation : 12 000/15 000 €
Plaque en albâtre de Nottingham
Même si l’albâtre a été largement utilisé en Angleterre pour sa couleur blanche proche du marbre, il était souvent, à l’époque médiévale, traité de manière polychrome. Remontant au XVe siècle, notre grande plaque déploie un décor sur le thème de la Crucifixion, présentant à la gauche du Christ, en partie basse, la Vierge soutenue par Marie-Madeleine et Marie-Cléophas. Sous les bras de Jésus se tiennent, d’un côté, saint Jean et Longin muni de sa lance et, de l’autre, deux soldats et un bourgeois. Trois anges recueillent le sang du Christ dans des calices, à chaque extrémité de ses membres. Devant l’absence de carrières de marbre en Angleterre, et le coût d’importation de ce matériau, les sculpteurs du XIVe siècle commencèrent à utiliser ce matériau, très présent dans les sols du centre du pays, mais aussi plus tendre et facile à modeler. Ceux de Nottingham comptent parmi les plus célèbres de cette période. Tout d’abord réservé aux commandes royales et au clergé, leur travail a été, par la suite, exporté dans toute l’Europe durant deux siècles. Ces fins panneaux en relief –, le nôtre affiche 6 cm d’épaisseur –, présentent en effet essentiellement des thèmes religieux, autour de la vie et de la Passion du Christ.
Aux XVe et XVIe siècles, la production de ces images de dévotion est à son apogée grâce aux commandes de riches laïcs. Ces albâtres sculptés tombèrent en désuétude suite à la Réforme et à une demande désormais tournée vers les monuments funéraires et les sujets
profanes.
Jeudi 19 janvier, Saint-Étienne.
Hôtel des Ventes du Marais OVV. Mme Fligny.
Benjamin Vautier dit Ben (né en 1935), Sainte Rita protégez Nice, char de carnaval en réduction, technique mixte, figurines en bois et en plastique, bois peint, signé et titré sur le char, 80,5 x 113 x 61 cm.
Estimation : 8 000/12 000 €
Dispersion du fonds d’une galerie d’art contemporain
L’artiste Ben a été choisi par le musée Maillol pour célébrer sa réouverture. Carte blanche lui a donc été donnée, du 14 septembre dernier au 15 janvier, pour une exposition brillante qui démontre une nouvelle fois toute l’imagination et la créativité de cet artiste marqué par le mouvement Fluxus, qui se rendit célèbre notamment pour ses écritures. Une forme d’appropriation qui fit de nombreux émules dans les générations suivantes… Néanmoins, un autre mode d’expression privilégié de Benjamin Vautier est l’installation. Ces sculptures valent non seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour leur valeur performative. Ces œuvres sont déployées dans l’espace comme aboutissement d’une action. L’art, le rôle de l’artiste, le sens de la vie, la société moderne aucun thème n’échappe à l’œil critique de Ben. La religion ne fait pas exception – malgré les premiers prix d’instruction religieuse reçus durant son enfance. Pour preuve, notre char de défilé en réduction, sur lequel il a juché sainte Rita tenant sa croix, entourée de personnages folkloriques rattachés au carnaval de Nice. La protectrice des causes désespérées interpelle au travers des phrases écrites sur le socle du char, appelant aussi bien à la «libération» des Occitans ou des Basques – Ben prenant véritablement à cœur les causes régionalistes – qu’à celle de «ma mère». Une version empreinte de dérision et d’ironie, qui ne plaira sans doute pas à l’Église mais amusera nombre d’amateurs et de Niçois ! Cette installation, passée par la collection Christine Le Chanjour et J. M. à Nice, sera vendue dans le cadre d’une vente judiciaire – on notera donc des frais à 14,40 % – qui verra la dispersion du fonds de l’ancienne galerie d’art contemporain Lorain Gallery. L’artiste y sera entouré de nombreux confrères de renom, tels l’Américain Robert Indiana avec une sculpture monumentale, PREM, prisée 70 000/100 000 €, mais aussi l’acolyte de Ben, chef de file de la figuration libre, Robert Combas, avec Geneviève et moi (envacance) au centre d’une ogive gothique, à 12 000/15 000 €.
Lundi 16 janvier, Joigny.
Joigny enchères.

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