La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Robe à la française en lampas de soie brochée polychrome, à fond cannetillé crème et vert changeant, à décor ondulant de fleurs de volubilis mauves et roses, Lyon, vers 1750-1760. Robe à la française en pékin broché à fond satin pamplemousse rayé crème, à décor de petits bouquets de fleurs brochés en soie verte et ivoire, vers 1765-1770.
Estimations : 4 000/6 000 € et 5 000/8 000 €.

À la une
Les transformations du vêtement féminin de cour seraient-elles d’une telle frivolité qu’elles devraient être dédaignées ? Les moindres petits changements dans l’ampleur d’un manteau ou la longueur d’un jupon sont, depuis au moins la seconde moitié du XVIIe siècle, des sujets de lettres, de journaux intimes et même d’articles de presse. Friand des nouvelles tendances vestimentaires en France, The Spectator, journal anglais, note en 1678 que le manteau donne «un air tout à fait galant et dégagé». Son apparition va permettre la robe battante – dont les méchantes langues de la cour disaient qu’elle permettait à Madame de Montespan de cacher ses grossesses – qui devient, au règne suivant, la robe à la française. Le palais Galliéra, musée de la mode de la Ville de Paris, la décrit ainsi : «Elle se singularise par la construction de son dos, animé par une double série de plis plats, prolongés au sol par une traîne. Elle se porte sur une jupe réalisée souvent dans la même étoffe.» Le corsage ajusté et baleiné peut être fermé par des compères, pièces de tissu attenantes aux bords de la robe et boutonnées. Des paniers sont fixés de part et d’autre des hanches et iront en s’élargissant sous le règne de Marie-Antoinette. Les bas des manches pagode, emboîtant le coude, et du jupon, sont très souvent ornés de dentelles, accessoires très onéreux à l’époque. Cette robe à la française nécessitait d’amples métrages de tissu, de préférence la soie, de couleurs claires et à décor ondoyant de fleurs en semis ou en bouquet. Tout était conçu pour bouger : le balancement des paniers, le manteau relevé d’un geste délicat pour la marche… La lumière s’accroche aux plis de la robe, souligne ruchés et bouillonés.
Il suffit d’admirer les élégantes d’Antoine Watteau – dont on a donné le nom aux plis du dos – pour s’en convaincre. Ou d’essayer de se parer d’une des robes à la française proposées dans la vacation du 4 février. Celle vue de dos est faite d’un damas à fond cannetillé crème et vert changeant et à décor de fleurs de volubilis ondulant parmi de grandes plumes stylisées. Elle illustre cette recherche de dynamisme comme sa voisine au manteau, doublé de soie, à dos à plis Watteau. Falbalas et manches avec engageantes à double volant sont soulignés d’une crête en chenille de soie jaune orangé et parements bouillonnés en «bonbon» rembourrés de ouate de coton ; le jupon est doublé de bougran de ton abricot. Une dizaine d’années plus tard, ces robes seront passées de mode. Le Cabinet des modes écrivait en effet, en 1786 : «On ne porte plus de ces grands paniers, ni de ces robes traînant d’une aune à terre. Il n’y a plus de garnitures, ni falbalas, ni bouillons.»
Mercredi 4 février, à 11 h et 13 h 45, Drouot-Richelieu, salle 10.
Thierry de Maigret SVV. Mme Experton-Dard.


Charles-Henri Contencin (1898-1955), Mürren et l’Eiger, huile sur toile, 50 x 61 cm.
Estimation : 3 000/5 000 €.
L’ivresse des cimes
Posé à 1 650 mètres, le village de Mürren, au cœur de l’Oberland bernois, sait se faire désirer. C’est en effet à pied, depuis Lauterbrunnen, au milieu des alpages, des pinèdes parfumées et des ruisseaux que le randonneur rejoindra ce lieu interdit aux automobiles. À moins qu’il n’opte pour un funiculaire comme les Suisses en ont le secret ou le téléphérique, dont la gare supérieure le déposera au sommet du Schiltorn, à 2 970 m. Mais, qu’il fasse halte dans la pittoresque bourgade aux chalets fleuris – la plus haute du canton de Berne à être habitée toute l’année – ou qu’il poursuive jusqu’au restaurant futuriste où furent tournées, à la fin des années 1960, certaines scènes du film montrant James Bond Au service de Sa Majesté, le panorama sur le massif de la Jungfrau est à couper le souffle. Rien d’étonnant à ce que Charles-Henri Contencin, élevé par sa grand-mère dans la région pendant une partie de son enfance, ait lui aussi souhaité tutoyer, au moins du bout de ses pinceaux, la Jungfrau (4 158 m), le Mönch et l’Eiger, sommets mythiques des Alpes. Haut de 3 970 m, ce dernier en impose, notamment par sa face nord quasiment verticale et la plus grande des Alpes, dans laquelle de nombreux alpinistes perdirent la vie avant qu’une première cordée ne la dompte, en juillet 1938. Son voisin, le Mönch (4 107 m), vaincu en août 1857, se trouve à proximité de la station supérieure de l’impressionnant chemin de fer de la Jungfrau, ligne serpentant entre nos deux sommets dont les premiers coups de pioche furent donnés en 1896. La fin justifie les moyens, quand il est question de la montagne… Excellent grimpeur, membre du Club alpin français, Charles-Henri Contencin rejoint en 1929 la Société des peintres de montagne (dont il sera secrétaire général puis président). Affichiste et auteur de prospectus publicitaires pour les chemins de fer, il laisse surtout une œuvre importante comme peintre de montagne. Voilà qui n’est pas pour nous déplaire…
Mercredi 28 janvier, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Blanchet & Associés SVV.
The Barkleys of Broadway (Entrons dans la danse), film de Charles Walters (1949) : Fred Astaire et Ginger Rogers, épreuve argentique postérieure, 25,5 x 20,5 cm.
Estimation : 100 €.

Cinéma, cinémas
David Serero cumule plusieurs professions : chanteur d’opéra, acteur et producteur de concerts et de comédies musicales. C’est aussi un collectionneur de photographies de cinéma, clichés de plateaux et portraits de stars, objets de cette vacation et chacune étant assortie de l’estimation de 100 €. Au panthéon des acteurs hollywoodiens, on reconnaît Errol Flynn, Gary Cooper, Humphrey Bogart… et, surtout, des scènes tirées de comédies musicales mythiques, avec notamment le sublime Fred Astaire et Ginger Rogers, sa partenaire dans The Barkleys of Broadway (Entrons dans la danse) en 1949, dernier opus où les deux danseurs se retrouvent. Dès le premier coup d’œil aussi, on reconnaît la célébrissime scène du Mariage royal (Royal Wedding,1951), où Fred Astaire défie la pesanteur en dansant tout autour de la pièce, murs et plafond compris. Cette comédie musicale s’inspire des débuts du danseur et de sa sœur Adèle, qui épousera en 1932 lord Charles Cavendish, fils du duc de Devonshire, événement repris dans le film. Ajoutons que le titre fait allusion au mariage de la princesse Elizabeth et de Philip Mountbatten, duc d’Édimbourg, le 20 novembre 1947. David Serero a repris des chansons de Luis Mariano, ici représenté dans trois clichés tirés du film À la Jamaïque (1957), comédie musicale à la française d’après l’opérette de Francis Lopez et Raymond Vincy. Il s’est aussi intéressé aux comédies françaises, comme Un éléphant ça trompe énormément (1976), avec le trio Jean Rochefort, Victor Lanoux et Claude Brasseur, ou L’Avare (1980) avec Louis de Funès dans le rôle titre. Films de cape et d’épée, westerns ou drames figurent aussi dans cette collection, dont des ensembles de photographies représentant Errol Flynn et Humphrey Bogart. Une collection à la gloire du cinéma, de tous les cinémas…
Jeudi 29 janvier, librairie Signatures, 17, rue Jacob.
FL Auction SVV.
François Sablet (1745-1819), Carnet de 205 pages contenant environ 147 dessins à la pierre noire, sanguine, plume et encre brune, lavis brun et gris, 21 x 16 cm.
Estimation : 4 000/6 000 €.
Sablet à Nantes
La riche cité de Nantes attire de nombreux artistes aux XVIIIe et XIXe siècles. Parmi eux, François Sablet. D’origine suisse, il s’y installe en 1805, juste après sa naturalisation. Fils d’un marchand de tableaux et peintre, il est envoyé à l’âge de 22 ans, à Paris, dans l’atelier d’un des artistes néoclassiques les plus en vue du moment, Joseph-Marie Vien. Il sera rejoint par son frère cadet, Jacques (1749-1803), lequel deviendra le protégé du maître, devenu directeur de l’académie de Rome.  Jacques part en Italie avec celui-ci et y reste jusqu’en 1794, avant de poursuivre en France une brillante carrière sous la protection du cardinal Fesch et de Napoléon Bonaparte. Mais François n’y séjourne que de 1792 à 1793, perfectionnant son art du paysage. Une certaine confusion entre les deux frères règne alors dans l’attribution des tableaux. François rencontre le succès lors des salons parisiens entre 1790 et 1800, mais il accède à un nouveau statut à Nantes à partir de 1805. Son talent y est véritablement reconnu et les commandes affluent. Il y réalise ainsi en 1809 le décor de la Bourse, composé de tableaux en grisaille décrivant le passage de Napoléon Ier dans la ville, qui seront vendus en Amérique sous la Restauration. Un carnet de dessins de l’artiste est déjà connu, également daté vers 1770, début de sa carrière parisienne. Il appartient aux collections de la Société archéologique et historique de Nantes. Le nôtre se compose de 205 pages contenant 147 dessins à la pierre noire, sanguine, encre ou lavis représentant des études de draperies, des figures, des instruments de musique, des guerriers, des études de mains, des vues de ferme, des vestales et des portraits. Deux pages de comptes concluent le volume. Portraitiste célèbre – il aurait d’ailleurs collaboré avec Mme Vigée-Lebrun –, François Sablet nous offre ici quelques visages finement traités… prémices d’un beau talent naissant.
Jeudi 29 janvier, Nantes.
Talma SVV. M. Millet.
Grèce, 450-430 avant J.-C. Hydrie en bronze battu, collection privée, acquise en 1955, h. 45 cm.
Estimation : 18 000/25 000 €.
Bronze classique
Au Ve siècle avant notre ère, le bronze est le matériau privilégié des artistes grecs. Parmi les œuvres les plus célèbres de cette époque figurent ainsi le Diadumène de Polyclète ou la statue de Zeus du Cap Artémision. La vaisselle en bronze est réservée à un usage différent de celui des céramiques, bien qu’elle s’en inspire pour la typologie et les formes. Si les terres cuites sont réservées à la vie quotidienne, les vases en bronze servent tout d’abord de récompenses aux athlètes puis, à partir du Ve siècle, de récipients funéraires, accueillant les cendres du défunt. L’hydrie est un type de vase très usité en Grèce classique pour puiser et transporter l’eau depuis une fontaine. Elle se caractérise par ses trois anses, deux latérales et une verticale prenant son origine au niveau du col. Empoignée pour verser le liquide, cette dernière est souvent agrémentée de quelques ornements à l’image, sur notre modèle, d’une divinité – entourée d’enroulements végétaux et d’une palmette –, qui ressemble fort à une sirène. Cette créature mythologique, considérée comme conductrice des âmes, est présente sur une hydrie conservée au musée du Louvre, acquise en 1888. Cette dernière, datée de la seconde moitié du Ve siècle avant J.-C., provient des bords du lac Copaïs, en Béotie, dans la Grèce centrale. Stylistiquement, notre vase se réfère à un élégant style classique du milieu de ce siècle. Un autre vase en bronze célèbre est le Cratère de Derveni, conservé au musée d’archéologie de Salonique. Datant du IVe siècle avant J.-C. et mesurant près d’un mètre de hauteur, il affiche quant à lui un exubérant décor en haut relief à figures de Dionysos et d’Ariane. Ces hydries en bronze battu connurent un beau succès dès le VIe siècle et furent largement diffusées dans tout le monde grec durant les siècles suivants, du Péloponnèse aux colonies italiennes.
Dimanche 25 janvier, Limoges.
Galateau Pastaud SVV. M. Roudillon J.
Karel Appel (1921-2006), Flower clown, sculpture prototype en bois découpé polychrome signée à la base, 103 x 120 cm.
Estimation : 25 000/30 000 €.
Le cirque d’Appel
Le «Cirque d’Appel» est une série d’œuvres emblématiques du travail de l’artiste hollandais. Karel Appel naît à Amsterdam en 1921. S’il aborde durant ses années d’études, entre 1940 et 1943, aux beaux-arts de sa ville natale la manière des impressionnistes, de l’école de Paris, de Picasso, Klee ou Matisse, il va rapidement s’écarter de toute tradition ou mode pour se diriger vers un art totalement novateur. Cherchant à revenir aux origines de l’art, il se tourne vers un style primitif, totalement libéré des conventions. Avec ses compatriotes Corneille et Constant, il publie en 1948 la revue Reflex, avant de s’engager au sein du groupe international CoBrA l’année suivante. En opposition avec l’abstraction géométrique, prônée en Hollande par Mondrian, ces artistes tentent une aventure qu’ils nomment eux-mêmes «expérimentale». Appel s’installe à Paris en 1950. Son travail ne se borne pas à la peinture. Il aborde aussi bien la céramique que la sculpture sur bois dans des œuvres influencées par l’expressionnisme gestuel. Mais son style demeure le même, reconnaissable entre tous. Des couleurs bariolées, qu’il aime travailler avec des griffures et empâtements dans ses huiles, y accompagnent des figures primitives voire enfantines qui ne sont pas sans rappeler l’art africain, très en vogue à cette époque. «Je suis un peintre de mon époque. Je peins la vie telle qu’elle se déroule autour de moi. Dure, vivante, belle, cruelle, formidable… Tout.» Appel réinterprète notre monde au travers d’une manière libre et sauvage. Ses clowns réalisés en 1978 à partir de bois brut peint, appartenant à sa série «Cirque», ont gardé toute leur énergie et leur expressivité, à la fois exubérante et provocante.
Samedi 24 janvier, Arles.
Holz-Artles SVV.
Raphaël Drouart (1884-1972), Les Communiantes sur les Grands boulevards à Paris, toile, 130 x 89 cm. Estimation : 3 000/5 000 €.

L’ami de Maurice Denis
À la redécouverte d’un artiste… Grâce à la vente de ce tableau, les amateurs verront sous un nouveau jour le travail de Raphaël Drouart (1884-1972). Si une exposition consacrée à son important œuvre gravé s’est tenue à Paris en 2012 au musée des Années 30, c’est une rare toile de ce peintre qui sera proposée aux enchères à Riom. Du début du XXe siècle, cette œuvre aux belles dimensions, 130 par 89 cm, se place sous l’influence des nabis. Ami de Maurice Denis, qui fut son professeur à l’académie Ranson, Drouart participe en première ligne à la guerre de 1914-1918 et est emprisonné en Allemagne. À son retour, il se lance dans la peinture, mais surtout dans la gravure et l’illustration, afin d’exorciser ses angoisses. Naît alors un travail intense tant dans ses gravures, où le noir et le blanc s’unissent pour révéler toute la lumière de ses sujets, que dans ses tableaux, d’où émane une éclatante spiritualité, à l’image de nos Communiantes sur les Grands Boulevard à Paris. On se prend à regretter la préférence marquée de l’artiste pour la xylographie ou la gravure au burin… Raphaël Drouart a épousé en 1914 Alice Rousseau, dite «Cahout», sur l’île de Ré, où il s’installe de 1940 à 1965. Une retraite sans doute responsable de l’oubli dont il souffrira. Un aperçu de son travail, comprenant des portraits de sa compagne, ainsi que des natures mortes et des paysages, avait déjà été donné lors de la vente d’œuvres provenant du fonds Raphaël-Drouart, le 25 mai 2012 à Richelieu-Drouot par l’étude Ader. Mais notre composition, du début de sa carrière, de par ses dimensions, sa complexité et la prédominance de la couleur sur la forme, se place parmi les chefs-d’œuvre peints de l’artiste.
Samedi 24 Janvier, Riom.
Butant SVV.
Chine, XIXe siècle. Groupe en jade blanc représentant trois bouquetins au repos, des nuages stylisés en lingzhi ornés d’un taiji, sortant de la bouche de l’un d’eux, 7,5 x 12 cm.
Estimation : 6 000/8 000 €.
Collection d’art asiatique
Les jades chinois sont légion sur le marché de l’art français. Il est donc important de rester vigilant et de suivre les bonnes pistes… ainsi que les bons pedigrees, comme celui d’un ancien gouverneur général des colonies. En poste en Indochine en 1916, Eugène Charles est né en 1862 à Riom et mort en 1946 à Pradès. Il rapporta de ses années en Extrême-Orient une belle collection de jades, de porcelaines et œuvres d’art, restée jusqu’à présent dans sa famille et prochainement proposée aux enchères. Si certains lots affichent des estimations de quelques centaines d’euros, d’autres iront bien au-delà, comme un écran de lettré chinois (XVIIe-XVIIIe siècle) en bois de rose ajouré de rinceaux, orné en son centre d’une plaque ovale en jade céladon sculptée d’un dragon (1 800/2 000 €). Mais on notera surtout un vase XVIIIe de forme hu quadrangulaire aplatie en jade blanc céladonné, sculpté en haut relief et ronde bosse de liuhai debout sur des nuages, tenant des sapèques et accompagné de deux enfants (10 000/15 000 €). Enfin, notre délicat groupe du XIXe siècle en jade blanc représente un trio de bouquetins. Rappelons que le jade, connu sous le nom de «yu» en Chine depuis sept mille ans, est sculpté dès le néolithique par toutes les cultures du pays. Utilisé pour la réalisation de pendentifs funéraires, protégeant le défunt, puis d’objets rituels ou d’insignes du pouvoir, destinés à l’aristocratie, le jade est recherché pour sa pureté et ses vertus médicinales voire magiques. Au fil des siècles, la technique se faisant plus précise, la sculpture de cette pierre dure se popularise. Les formes deviennent plus naturalistes et s’attaquent notamment à des sujets animaliers ou végétaux. En témoignent nos charmants bouquetins, d’un séduisant raffinement.
Samedi 31 janvier, Pau.
Gestas - Carrere Enchères de Bourbon SVV. M. Ansas.
Isidore-Stanislas Helman (1743-1806), Faits mémorables des empereurs de la Chine, tirés des annales chinoises, représentés en vingt planches gravées par Helman, Paris, chez l’auteur et chez M. Ponce, 1786, album in-folio oblong demi-chagrin bordeaux.
Estimation : 8 000/12 000 €.
La marche de l’Empereur
Au XVIIIe siècle, l’attrait pour la Chine est à son apogée. À la suite des échanges engagés avec la Compagnie des Indes orientales au XVIe siècle puis l’envoi de délégations de jésuites par Louis XIV au XVIIe, l’empire du Milieu excite de plus en plus la curiosité des Occidentaux. Amateurs et collectionneurs sont intéressés par ses coutumes, sa tradition philosophique et littéraire, ses arts… De premiers ouvrages sont publiés grâce aux documents et dessins rapportés par des artistes tel Giuseppe Castiglione (1688-1766). Ce jésuite italien fut envoyé en mission auprès de la cour impériale par la compagnie de Jésus. Ses talents furent rapidement reconnus et il devint «peintre de la Cour» pendant cinquante et un ans, de 1715 à sa mort en 1766, sous Kangxi, mais aussi Yongzheng et Qianlong. Jean-Denis Attiret (1702-1768) suivit un parcours similaire… Ce jésuite arrive à Pékin en 1739 et travaillera bientôt sous les ordres de Castiglione. C’est à partir de leurs dessins, comme de ceux de l’Allemand Ignatius Sichelbarth et de l’Italien Jean-Damascène Sallusti, que furent réalisées les seize estampes de la série «Batailles et conquêtes de l’empereur de Chine» par Isidore-Stanislas Helman, Choffard, Saint-Aubin et Alliamet entre 1770 et 1774. Sur commande de l’empereur Qianlong et de M. de Marigny, une centaine d’exemplaires furent publiés en France et envoyés quasiment tous en Chine en 1774. Par la suite, Isidore Stanislas Helman – graveur lillois, élève de l’artiste parisien Jacques-Philippe Lebas – décide d’en faire une réduction, dont il y aura trois tirages successifs. Le premier en 1783-1784 et le second, auquel notre ouvrage appartient, en 1786. Celui-ci est augmenté de deux scènes célèbres, La Cérémonie du labourage et la Marche ordinaire de l’empereur dans la ville de Pékin (illustrée ci-dessus) en trois planches mises bout à bout, soit vingt planches au total. En 1788, la dernière édition verra l’ajout de quatre nouvelles planches. Un précieux illustré, véritable reportage au cœur de la Cité interdite !
Samedi 31 janvier, Lyon.
Conan Lyon Rive Gauche SVV. M. Van Eecloo.

http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp