La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Donatien-Alphonse-François, marquis de Sade (1740-1814), Les 120 Journées de Sodome ou l’École du libertinage, manuscrit autographe écrit au recto, puis au verso, 1785. Bande de 33 feuillets collés bout à bout formant un rouleau, longueur 1 210, largeur 11,3 cm, dans une boîte-étui en double en veau gris par Jean-Luc Honegger.
Estimation : 4/6 M€
Manuscrit sadien
Un an après sa sortie de prison en avril 1790, Donatien-Alphonse-François, marquis de Sade, publie, imprimée par ses soins, une brochure où il proclame : «Les Français veulent être libres et ils le seront.» Aristocrate, ayant reçu une solide éducation, il avait déjà connu maintes fois les geôles du royaume, à chaque fois pour des actes d’abus et de sévices sexuels, à l’encontre de femmes parfois aux mœurs légères et de jeunes filles sans doute trop naïves ou cupides. Cependant, cet extrême libertin fut toujours soutenu par son épouse, Renée-Pélagie Cordier de Launay de Montreuil, et aimé par sa chanoinesse de belle-sœur, Anne-Prospère. Ce qu’il décrit dans ce texte à la limite du soutenable, il l’a vécu en grande partie, les flagellations, les tortures physiques, l’avilissement – également mental – de la femme ; dans Les 120 Journées de Sodome, il prête au duc de Blangis, le maître implacable des prisonnières, ces termes : «Examinez votre situation, ce que vous êtes, ce que nous sommes, et que ces réflexions vous fassent frémir […] Vous êtes déjà mortes au monde.» Sade écrit ce roman, inventaire de toutes les perversions sexuelles, en prison, à Vincennes ; lorsqu’il est transféré à la Bastille, il met au propre ses brouillons sur des bouts de papier réunis en rouleau. À la fin, il l’annote : «Toute cette grande bande a été commencée le 22 8bre 1785 et finie en 37 jours.» Caché dans sa cellule, Sade doit l’abandonner lorsqu’il est extrait de la Bastille en 1789. Ce manuscrit, trouvé par un certain Arnoux de Saint-Maximin, va connaître un destin pour le moins mouvementé. Vendu à la famille de Villeneuve-Trans, cédé ensuite à Iwan Bloch, psychiatre et sexologue allemand qui publie en 1904 un texte bourré de fautes. En 1929, le rouleau revient à un membre de la famille Sade, son arrière-petite-fille, Marie-Laure de Noailles. Ce retour est salué par André Breton : «Le marquis de Sade a regagné l’intérieur du volcan en éruption/D’où il était venu» (L’Air de l’eau, 1934). L’édition critique de Maurice Heine (1931-1935) fait référence… jusqu’au jour de 1982 où l’éditeur Jean Grouet se voit confier le manuscrit par Nathalie de Noailles, et qui en profite pour le vendre au Suisse Gérard Nordmann. Une décision de justice helvétique confirme la propriété du bibliophile de littérature érotique aux dépens de Carlo Perrone, fils de Nathalie. Le parfum de scandale entourant le divin marquis qui, selon René Crevel, «dans l’illumination des rêves que le besoin faisait sanglants […] démolissait les murs qui l’exilaient du monde des corps», continue malgré tout. En 2014, les héritiers Nordmann le vendent à Gérard Lhéritier  ; son nouveau propriétaire avait annoncé alors qu’il serait confié dans les cinq ans à la Bibliothèque nationale…
Mercredi 20 décembre, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Aguttes OVV. M. Bodin.
Maxfield Frederick Parrish (1870-1966), Pool at Val San Zibio near Battaglia, 1904, huile sur papier marouflé sur carton, 43 x 29 cm (à vue). Cadre créé par l’artiste dans son atelier.
Estimation : 80 000/120 000 €
Souvenir d’Italie
Tout jeune homme, Maxfield Parrish accompagne ses parents en Europe. De 1884 à 1886, la famille voyage en Angleterre, en Italie et en France, un itinéraire choisi pour visiter les grands musées européens, son père Stephen étant peintre. De retour en Pennsylvanie, l’artiste en herbe (né à Philadelphie) s’inscrit à l’académie des beaux-arts dans les ateliers de l’impressionniste Robert Vonnoh, et du plus classique Thomas Pollock Anschutz ayant étudié à Paris. Il débute sa carrière comme illustrateur de livres d’enfants et de calendriers, fournissant des couvertures de magazines. Avant Rockwell, il fut l’un des artistes les plus connus et les plus populaires des États-Unis. Sa facture limpide et minutieuse et sa palette de couleurs saturées se plient aussi bien aux contes de Grimm qu’aux paysages grandioses de l’est et du sud des États-Unis, auxquels il se consacre de plus en plus à partir des années 1920. En 1903, Edith Wharton, romancière américaine, fait appel à Parrish pour illustrer son livre Italian Villas and their Gardens qui paraît l’année suivante avec vingt illustrations. Cette huile fut brossée à cette époque, les jardins Valsanzibio étant mentionnés dans cet ouvrage. Ce parc parmi les plus beaux de Vénétie a une longue histoire. Vers 1630, la peste sévissant à Venise, Francesco Zuane Barbarigo met les siens à l’abri à Valsanzibio, où il possède des terres plantées de vergers et de bois au pied des collines. L’aîné, Gregorio, entre dans les ordres  ; son frère Antonio poursuit une carrière comme secrétaire et ami du pape Alexandre VII, s’investissant surtout dans la conception d’un jardin à Valsanzibio. Les travaux commencent en 1660 et, neuf ans plus tard, le jardin est inauguré. Il compte seize bassins, dont le Martinengo est représenté ici par Parrish avec en aperçu, au fond, celui des dieux du vent. Une étiquette manuscrite à l’encre de l’artiste indique : « Maxfield Parrish, The Oaks-Winsdor, Vermont, January of 1904 ». The Oaks est le nom de la villa qu’il avait fait construire dans la Cornish Art Colony, répartie entre Cornish et Plainfield, dans le New Hampshire, et Windsor dans le Vermont.
Mardi 19 décembre, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Christophe Joron-Derem OVV.
Charles-Jean Avisseau (1796-1861), coupe ovale en deux parties sur piédouche, le plateau ovale à décor en relief de lézards, grenouilles, coquillage, insectes, feuillage, mascarons et au centre d’une rosace, le pied orné de serpents et fougères et aux angles d’un masque de satyre souriant, signée située et datée « Tours 1847 », h. 31, l. 50 cm.
Estimation : 2 000/3 000 €
Bestiaire fantastique d’Avisseau
En 1825, Charles-Jean Avisseau, alors contremaître de l’atelier de peinture sur faïence de la fabrique appartenant au baron de Busenval, tombe en admiration devant deux pièces de Bernard Palissy de sa collection. Ce céramiste de la Renaissance, protégé d’Anne de Montmorency - le château d’Écouen conserve un ensemble de son œuvre - connaît dès son décès une renommée, et nombre de contrefaçons furent produites au cours des siècles suivants. Avisseau décide alors de percer le secret des émaux de son prédécesseur, qui avaient ravi tant d’amateurs. Ses recherches aboutissent en 1843, lorsqu’il “accepte de diffuser ses «rustiques figulines», écrit Danielle Oger, dans la Revue de la Société des amis du musée national de Céramique (2002). Dès 1847, paraît dans L’Illustration un article louangeur : «Il est beau sans doute de voir l’artiste aux prises avec les difficultés de son art […] mais il ne l’est pas moins de voir l’homme d’une origine obscure, dépourvu des secours de l’instruction et d’études, jeter sur tout ce qui l’entoure le coup d’œil de l’observateur et du philosophe, pénétrer les mystères de la nature»… Avisseau produit également des pièces dans le style de Saint-Porchaire, comme ici une paire de salières datée 1858, à décor polychrome des armes de France, de croissants et d’entrelacs évaluée 1 500 € environ. Ce sont surtout les coupes, grottes et rochers peuplés de crapauds, serpents, coquillages et d’herbes, évoquant un univers marécageux, qui émerveillèrent le public de l’époque. Pour rendre cette magie, Avisseau avait mis au point toute une technique d’engobes et de glacis, probablement aussi mystérieuse que celle de Palissy.
Lundi 18 septembre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Daguerre OVV. M. Froissart.
École flamande du XVIIe siècle, atelier de Gérard Seghers, Réunion de six buveurs et fumeurs, huile sur toile, 164 x 228,5 cm.
Estimation : 40 000/60 000 €
Florilège de parures et d’objets décoratifs
Point d’orgue d’un décor, le tableau achève de donner une touche personnelle à un intérieur, qu’il s’agisse d’un appartement ou d’un manoir. Cette peinture, d’après une œuvre de Gérard Seghers (1591-1651), occupera tout un mur. Ce peintre anversois, probablement élève de Hendrick Van Balen et d’Abraham Janssen au début de sa formation artistique, vécut ensuite à Rome pendant plusieurs années, où il fut influencé par les tableaux de Caravage. À l’instar du maître, il brosse des scènes de genre et des sujets religieux dans une palette contrastée aux tons sombres et couleurs vives. Dans cette huile sur toile, reprise d’après celle de Seghers conservée au musée d’art régional d’Irkoutsk, l’artiste préfère mettre l’accent sur la lumière de la bougie éclairant quelques visages, les protagonistes émergeant d’un clair-obscur de teintes sourdes. Les dessins, eux, pourront prendre place dans la pièce de travail. Connu pour ses illustrations des romans de Jules Verne, Jules Férat (1819-1906) a été un dessinateur prolifique. On ne sait pour quelle publication il a créé, entre 1883 et 1884, cette série d’aquarelles rehaussées de gouache sur le Dépôt de la Préfecture de Police (Paris), chaque feuille (200 € environ) légendée, de Salle d’entrée (arrivée) à L’Heure du coucher…. Une suite documentaire finement dessinée. Et pour occuper l’espace, un bureau plat en bois de placage d’époque Régence ; estimé autour de 55 000 €, il est orné de bronzes ciselés et dorés et mesure 78 x 163 x 83 cm. Non loin, des objets de la Chine peuvent être disposés dans les vitrines, et les diverses pièces recevoir par exemple une paire de coffrets attribuée à Pierre Gole, en marqueterie de partie et contrepartie ; les dessus découvrent des intérieurs plaqués, pour l’un en satiné et ébène souligné de filets d’étain, pour l’autre en amarante souligné de filets d’ébène et d’étain. Il faut compter environ 20 000 € pour ces coffrets ayant appartenu au général Manhès, aide de camp de Murat à Naples. On peut également choisir une paire de candélabres en bronzes doré et patiné, attribuée à François Rémond (1747-1812), mesurant 100 cm de haut et réalisée vers 1785 ; des jeunes femmes vêtues à l’antique tiennent des cornes d’abondance d’où s’échappent des bras de lumière. Elle est prisée autour de 50 000 €.
Lundi 18  décembre, salle 10 - Drouot-Richelieu. Delorme, Collin du Bocage OVV.
Cabinets Vendôme Expertise, de Bayser, Mme Prévot, MM. Millet, Commenges, de Clerval, Mourier.
Paris, 1778, maître-orfèvre Melchior-René Barre. Boîte ovale en or, à décor ciselé de guirlandes feuillagées et de trophées dans des panneaux, doublure en or, le couvercle orné au centre d’un portrait miniature peint sur ivoire, 2,7 x  7,9 x  6 cm poids brut : 159 g.
Estimation : 4 000/6 000 €
Objets de vitrine de la collection Dablin
Petit-fils et fils de maîtres serruriers de Louis XV et de Louis XVI, Théodore Dablin (1781-1861) s’installe à Paris en tant que marchand de fer et d’acier pour la fabrication de machines-outils. Fortune faite, il prend sa retraite en 1823, suite au décès de sa mère avec qui il vivait. Cette dernière était liée avec la mère d’Honoré de Balzac, qui confia son fils à Dablin lorsqu’il vint à Paris. «Premier ami» du romancier, qui lui dédia Les Chouans (1828), il l’aide bien volontiers. Les sommes prêtées seront remboursées par Madame Hanska.  Dans César Birotteau (1837), il inspire à Balzac le personnage de «Claude-Joseph Pillerault, autrefois marchand quincaillier.» Dablin était aussi un collectionneur averti. La Gazette des Beaux-Arts de 1861 évoque sa collection : «Le Moyen Âge et la Renaissance, la fantaisie du XVIIIe siècle, et même l’époque moderne, avaient enrichi son cabinet de pièces qui, sans doute, n’étaient pas d’une égale valeur, mais qui, réunies, offraient comme un résumé de l’histoire de l’art.» Célibataire, il était un «homme à femmes distribuant des œuvres d’art à vingt-six dames qui chacune avait une appellation propre : «amie dévouée», «aimable amie», «ancienne amie» » Les pièces proposées ici proviennent de sa légataire universelle, sa filleule, Amélie Levaigneur (1824-1912), fille de Mme Grondard, «amie dévouée depuis 40 ans». Cette tabatière est peut-être citée dans La Vieille Fille de Balzac (1836), où le chevalier de Valois prend son tabac «dans une vieille boîte d’or ornée du portrait d’une princesse Goritza, charmante hongroise, célèbre pour sa beauté sous la fin du règne de Louis XV».
Lundi 18 décembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Leclère Maison de Ventes OVV. M. Charron.
France, fin du XVIIe siècle. Sciaterre, une monture pour un trépied, à rotule et à douille, portant une colonne terminant en cercle entier à trois bras divisés, sur sa face avec une échelle de 360°, et sur le pourtour avec une échelle correspondante de deux fois douze ; en dessous de ce cercle, un bras ajouré porte deux arcs : un de 90°, l’autre pour les signes du zodiaque, chacun divisé à 30°, sur lequel glisse un index ; h. 14,4, l. 19 cm.
Estimation : 15 000/18 000 €
Du cercle à la ligne droite, la projection gnomonique
Quel est le trajet le plus court entre deux points de la sphère ? Cette question est à la base de la gnomonique (du grec gnomon, « indicateur »), art de calculer et de tracer des cadrans solaires. Pour aider à leur construction, apparaît dans les premières années du XVIIe siècle, le sciaterre. Cet instrument est utilisé pour marquer mécaniquement les centres de projection et tracer les lignes, ainsi que le trigone des signes, des cadrans solaires sur leurs supports, soit vertical, soit horizontal. Extrêmement rare, cet outil n’est connu à ce jour qu’à moins de dix exemplaires. Deux formes de l’instrument sont décrites par Nicolas Bion dans son Traité de la construction et des principaux usages des instrumens de mathématiques (1709, 4e édition 1752), dont la première est semblable à l’instrument ici présenté, plus rare sans doute parce qu’un peu plus compliqué de fabrication et d’utilisation. Les progrès techniques favorisent l’essor d’instruments tel un quart de cercle horaire, travail français du milieu du XVIIe siècle, gravé, sur une seule face, avec les lignes horaires (5-12-7), d’une échelle de mois et d’un carré des ombres, divisé en douze. Cet instrument estimé autour de 12 000 € voisine avec un cadran solaire inclinant universel, à fil-axe et à méridienne, évalué quant à lui 9 000 €. Il est en argent et vermeil, fait et inventé par Julien le Roy, vers 1735, qui en donne la description dans Henry Sully, Règle artificielle du temps, traité de la division naturelle & artificielle du temps, des horloges et des montres..., publié à Paris en 1737. 
Lundi 18 décembre, salle 2 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30.
Chayette & Cheval OVV. M. Turner.
Liao Chi-chun (1902-1976), Paysage de Taipei, huile sur toile, 65 x 81 cm.
Estimation : 300 000/500 000 €
Un des fondateurs de l’école moderne taiwanaise
La paysage architecturé vibre de larges aplats :  rose, bleu, vert et ocre beige évoquent des feuillages printaniers, des maisons sur des berges limoneuses, des montagnes entraperçues entre les arbres, près d’une rivière striée de gris, sur laquelle voguent des bateaux. Un paysage suggéré, cependant brossé vivement. Les habitations semblent danser et être posées de guingois, les crêtes vacillent, comme attirées par le calme miroir de l’eau. On pense à Cézanne, mais nous sommes sur l’île de Taiwan. Cette toile est l’œuvre de Liao Chi-chun, né en 1902 à Taichung, dans le district de Fengyuan, alors sous domination japonaise. Il part faire ses études universitaires à Taipei ; en 1919, il voit pour la première fois un tableau à l’huile, peint par un Japonais, et prend des cours d’art par correspondance tout en terminant l’École normale, et, en 1924, pour parfaire ses études artistiques, s’inscrit à l’école des beaux-arts de Tokyo. Années de formation fastes, où il rencontre des peintres chinois du continent et se lie d’amitié avec d’autres Taiwanais, en particulier Chen Cheng-po, avec qui il fonde en 1934 l’association artistique Taiyang. Ils peignent sur le motif à Tamsui, ville située sur le fleuve du même nom, et dont les alentours sont encore bucoliques. Pour Liao Chi-chun, cette ville ancienne sera son Aix-en-Provence, débutant dès 1956 une série qui ne s’arrêtera qu’à sa mort, en 1976. Professeur d’art dans diverses écoles et à l’université, il encourage la création, en 1956, du «Fifth Moon Group» (ou groupe de mai), qui propose, sous l’influence de Chu Teh-chun (Zhu Dequn), une nouvelle approche de l’art. Enfin, il peut se rendre en Occident apprécier de visu les peintures qui l’ont tant fait rêver. De 1962 à 1963, il voyage aux États-Unis et en Europe. Dans ce paysage, on le voit s’affranchir de la figuration colorée, presque fauve, de ses œuvres antérieures pour exprimer son sentiment «cézannien» devant le paysage. Il appartiendra à ses élèves et à la jeune génération de pousser plus loin, jusqu’à l’abstraction, ce sentiment lyrique devant les beautés de la nature.
Lundi 18 décembre, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Aguttes OVV.
Jean-Louis Forain (1852-1931), Au café Riche, huile sur toile, 96 x 101 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €
Animateur de la comédie parisienne
Lancé en 1854 à l’angle des rues Le Peletier et Rossini, Le Petit Riche, qui a brûlé plusieurs fois mais existe toujours, fut l’annexe du café Riche. Situé presque en face, celui-ci fut une institution tout au long du XIXe siècle. Éditeurs, hommes de presse, musiciens et peintres sont nombreux à le fréquenter. Le monde littéraire s’y retrouve, notamment les frères Goncourt, Maupassant, Baudelaire ou encore l’auteur des Rougon-Macquart avec son groupe des cinq – Émile Zola, Gustave Flaubert, Ivan Tourgueniev, Alphonse Daudet et Edmond de Goncourt – qui, le lundi généralement, réunit le dîner des auteurs sifflés. Notre toile mettant en scène deux personnages au café Riche, devrait, elle, être applaudie. Son auteur, Jean-Louis Forain, laisse aussi le décor le plus connu de l’établissement, qui lui a passé commande en 1894 d’une série de dix-sept cartons illustrant la vie parisienne de l’époque afin que Giandomenico Facchina (1826-1903) puisse exécuter les mosaïques de la nouvelle frise de la façade. «Jean-Louis Forain est l’animateur sous toutes les formes de la vie parisienne. Il ne sera plus seulement l’illustrateur de nos journaux, il devient décorateur de façade, l’égayeur des rues, pris dans la foule, ses types synthétisent la comédie qui se joue sous nos yeux», écrit son ami le journaliste et critique d’art, John Grand-Carteret. Dessinateur acharné, notamment au Figaro, au Rire et à L’Assiette au beurre, caricaturiste, affichiste et observateur au regard incisif, Forain fut l’ami de Verlaine, de Rimbaud, Degas, Lautrec, Barrès… Il laisse des tableaux de danseuses, des portraits de mères maquerelles et de bourgeois, d’êtres joyeux ou misérabilistes, provocants, repus ou affamés. Seuls les cartons préparatoires pour le café Riche sont conservés, dont dix furent présentés en 2011 à l’exposition du Petit Palais consacrée à l’artiste. Tous ces couples attablés l’un à côté de l’autre semblent chacun dans leur monde, leurs regards se croisant sans se voir. Une sorte d’histoire sans paroles entre ce bourgeois attendant sa note et cette lorette affamée, où l’espace vide entre les tables accentue le sentiment de solitude.
Mercredi 20 décembre, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Beaussant Lefèvre OVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
France, époque Napoléon III, vers 1850-1860. Paire de candélabres Troubadour en bronze argenté, 84 x 45,5 x 28,5 cm.
Estimation : 35 000/50 000 €
Effet de lumière
Avec ses hallebardiers assis la lance à la main, adossés à un élément d’architecture fantaisiste dans le style Renaissance, cette paire de luminaires s’inscrit dans le goût troubadour, qui caractérise une partie des productions artistiques sous le règne de Louis-Philippe et jusque dans les années 1860. Né à la fin du XVIIIe siècle, cet «art du passé» s’est répandu en Europe – tout particulièrement en Angleterre, avec le Gothic Revival, en Allemagne et en Italie –, et même jusqu’aux États-Unis et en Russie. En France, il célèbre les grandes figures que furent Jeanne d’Arc, Henri IV, Héloïse et Abélard, les chevaliers du Moyen Âge… Plus que la forme des objets et des meubles, les décors changent, tandis que les techniques d’exécution s’adaptent au modernisme de l’époque. Nos hallebardiers sont à comparer avec certaines réalisations de Jean-François-Théodore Gechter (1796-1844), sculpteur parisien, élève de Bosio et du baron Gros ; il se fait remarquer en 1833 par son Combat de Charles Martel, que lui commande le ministère du Commerce, et par son talent pour les scènes anciennes aux personnages et aux costumes élaborés. On peut aussi rapprocher ces figures avec des sculptures de Carlo Marochetti (1805-1867), élève des deux mêmes artistes, à qui l’on doit le bas-relief de la bataille de Jemmapes sur l’Arc de triomphe, le monument au duc d’Orléans, mais surtout les statues équestres du monument à Philibert de Savoie, à Turin, et du roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion, qu’il réalise durant son exil avec Louis-Philippe outre-Manche, après la chute de la monarchie de Juillet, en 1848.
Mercredi 20 décembre, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Kohn Marc-Arthur OVV. Cabinet Étienne - Molinier.
Charles-Henri Contencin (1898-1955), Les Terrasses et la Meije, huile sur toile, 46,5 x 65 cm.
Estimation : 4 000/6 000 €
Les Vallons de la Meije
La montagne ça vous gagne, disait le slogan publicitaire des années 1990. Ce n’est pas Charles Henri-Contencin qui aurait soutenu le contraire, lui qui – né à Paris et élevé par sa grand-mère dans l’Oberland bernois, au cœur de la Suisse, jusque  vers l’âge de 12 ans – gardera toute sa vie la passion des Alpes. Bon grimpeur, membre du Club alpin français, où il fait le lien avec la Société des peintres de montagne dont il est membre en 1929, auteur d’affiches et de prospectus publicitaires pour les chemins de fer, il est surtout connu pour ses peintures des hauts sommets et leurs villages enneigés ou posés dans leurs habits de printemps. Sa palette est caractéristique, grâce à laquelle il capte avec justesse la pureté de l’atmosphère, le reflet des cimes dans les eaux turquoise des lacs, le bleu si particulier des glaciers ou le gris des toits d’ardoise. Il laisse de nombreuses œuvres du majestueux Cervin, mais il a fait des massifs du Mont-Blanc et des Écrins son terrain de jeu privilégié. Nous sommes ici à 1 700 m d’altitude, aux Terrasses, l’un des cinq hameaux faisant partie du village de La Grave dans le parc national des Écrins. Tandis qu’au pied du spectateur le gris des toitures se détache sur le vert des pâturages, en face de lui, il peut admirer un panorama à couper le souffle sur la Meije, dernier grand sommet des Alpes à être vaincu en 1877, après dix-sept tentatives. Vu du nord, c’est le Grand Pic, point culminant du massif, qui dresse ici ses aiguilles à 3 983 mètres. La Meije occupe une place particulière dans l’imaginaire des alpinistes, qui l’appellent parfois «La Reine Meije» ou «Sa Meijesté». Tout est dit.
Mercredi 20 décembre, salle 11 - Drouot-Richelieu.
Blanchet & Associés OVV.
Chine, XVIIe siècle. Paravent à trois feuilles en laque et incrustations de néphrite, jichimu, ivoire et ivoire teinté à décor de huit luohan dans les montagnes, au-dessus des montagnes un poème de Qianlong en incrustations de néphrite, des svastika et caractères «shou» alternés sur le cadre, extérieur en laque noire à décor en laque rouge et or de rinceaux stylisés et chauves-souris entrelacées, feuilles extérieures : 151,8 x 46, feuille intérieure : 151,8 x 77,4 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €
Qianlong et les luohan
La montagne de l’Ouest avec ses pics inaccessibles, émergeant des brumes, est selon la tradition bouddhiste chinoise le lieu où les luohan se retrouvent pour méditer et deviser, cadre propice à l’envol de la pensée. «Un seul chemin mène au mont Hua», affirme un proverbe chinois. Divinités protectrices, les luohan – ou arhat en sanscrit, qui désigne le dernier échelon de la sagesse –, sont particulièrement vénérés dès l’introduction du bouddhisme dans l’Empire du Milieu. À l’origine on en dénombrait seize, ils passèrent ensuite à dix-huit. Leur représentation, avec leurs attributs, est due au moine, poète et peintre Guanxiu, auquel le souverain de Chengdu avait octroyé le titre de «Grand maître de la lune du Chan», à la fin de la dynastie Tang, à l’époque des Cinq Royaumes. En 894, en mission à Hangzhou, il décore les murs des temples de ses portraits de luohan, dont le sujet lui vaut une renommée nationale pour plusieurs siècles. Qianlong lors de son deuxième voyage dans le Sud, en 1757, les admire tant qu’il va étudier leur iconographie, décide de les renommer et écrit des poèmes sur ces vénérables ermites, bienfaisants et ascétiques, car marqués dans leur chair par les souffrances des hommes à la recherche de la voie de l’éveil. Huit luohan sont figurés dans ce paravent, méditant dans un paysage de pentes escarpées se mirant dans un lac ; des poèmes de Qianlong sont incrustés en néphrite dans le ciel bleu, une nouveauté due à l’influence du peintre jésuite Castiglione. Les luohan sont sculptés dans du jade néphrite, les arbres en ivoire et ivoire teinté, les pics escarpés en jichimu, un bois strié. Un riche décor pour un encouragement à la méditation.
Lundi 18 décembre, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. Cabinet Portier et Associés.
Stanislas Lami (1858-1944), Première Faute, statuette en cire dure teintée, h. 34 cm.
Estimation : 5 000/7 000 €
Statuette de cire
La cire, matière malléable, offre aussi une luminosité permettant de mettre en valeur les courbes féminines. Stanislas Lami, issu d’une famille d’artistes, tel son père sculpteur, est un amoureux de cet art majeur au point de lui consacrer le plus important dictionnaire des sculpteurs de l’école française. Il expose régulièrement au Salon de 1882 à 1942. Les premières décennies du siècle dernier le voient s’intéresser au modelage de statuettes en cire dure, à tel point qu’il en présente deux à chaque salon, entre 1901 et 1906. À Londres, en 2001, fut vendu son chef-d’œuvre dans ce médium : Ida Rubinstein en Cléopâtre, figurée assise et parée de pierres précieuses et d’or. Le rôle fut créé en 1909 par les Ballets russes à Paris, où la danseuse séduisit le Tout Paris symboliste, en premier lieu Robert de Montesquiou, mais aussi Stanislas Lami. Durant cette période, il reprend en cire dure des œuvres plus anciennes, traitées dans le marbre, comme cette Première Faute qui lui avait valu d’obtenir la seconde médaille au Salon de 1891. L’État l’acquit pour la somme de 7 500 francs or (sachant que le salaire moyen des cochers ou des conducteurs d’omnibus, en 1890,  était de 5,75 francs par jour, on voit que c’était un artiste reconnu). Cette jeune femme agenouillée, les bras couvrant pudiquement son visage aux yeux fermés, est visible aujourd’hui au Centre national des Arts plastiques. La première faute, comme le rapporte Paul Bion à Augustus de Saint Gaudens dans une lettre datant du 28 mai 1892, est de s’être déshabillée « comme ça devant un monsieur… (à la cinquième pose) ».
Mardi 19 décembre, salle 14 - Drouot-Richelieu.
Oger - Blanchet OVV. M. Lacroix.

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