La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Eduardo Arroyo (né en 1937), Parmi les peintres, 1975, papiers de verre découpés sur panneau, 112 x 88 cm.
Estimation : 10 000/12 000 €
Arroyo, entre militantisme et figuration narrative
Eduardo Arroyo affirme, dans Deux balles de tennis (Flammarion, 2017), son goût des déguisements et des masques, ces derniers figurant dans plusieurs titres de chapitre de ce livre de déambulation parmi ses souvenirs. Dans la collection réunie par un passionné d’art contemporain (voir Événement Gazette n° 34, page 14), cette œuvre d’une série, «Parmi les peintres», débutée en 1975 figure deux hommes portant cravate et coiffés d’un chapeau mou. L’un semble regarder l’autre, mais rien n’est moins sûr. En fait, comme le plus souvent chez Arroyo, les questions restent sans réponse avérée, l’artiste aimant brouiller les pistes. Le titre de la célèbre exposition «Mythologies quotidiennes», en 1964, lui va comme un gant. Le peintre, qui se destinait au départ à une carrière littéraire,
s’inscrit résolument dans l’art. «Ce qui me préoccupe, c’est la question de la relation des œuvres d’art avec la réalité historique de l’art ». Exilé politique, il utilise ses pinceaux dans un antifranquisme très personnel, détestant être embrigadé. Lorsque, ayant le statut de réfugié politique en France depuis un an, l’artiste débute cette série, il travaille aussi à un pastiche de La Ronde de nuit de Rembrandt. L’année suivante, il amorce un retour progressif vers l’Espagne, vivant et travaillant désormais entre Madrid et Paris. «Parmi les peintres» met en scène des personnages, isolés, par groupes de deux ou trois, ou dans une foule. Les taches, papiers de verre collés, sur leur visage sans traits protègent leur identité. Quelques années auparavant, avec la série consacrée à «Winston Churchill peintre», Arroyo se servait déjà de quelques symboles pour évoquer le Premier ministre, artiste à ses heures : la silhouette massive, un homburg sur son crâne dégarni, un bout de cigare mâchouillé… Sa palette reste volontairement neutre, des gris et des bleus avec quelques rehauts d’ocre, des noirs terriblement espagnols, des jaunes ou encore, comme ici, des ors agrémentés d’orange et de brun foncé. Son travail est à base de collage : «C’est justement cet aspect sériel, fragmentaire, morcelé, ces différences stylistiques, ces mélanges (…) toute cette incohérence, qui font la cohérence de mon œuvre», explique-t-il. Ces personnages sont peut-être des confrères ou des anonymes, aperçus l’espace d’un instant par un peintre à travers son prisme coloré. Arroyo nous laisse ainsi à travers toute son œuvre des joyaux de peinture, reconnaissant en effet dans l’ouvrage Dans des cimetières sans gloire, paru chez Grasset en 2004 : «L’artiste dépend de lui seul. Il ne promet rien d’autre aux siècles à venir que ses propres œuvres.»
Samedi 21 octobre, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Digard Auction OVV. M. Frassi.
Égypte, probablement Hiérakonpolis, vers 3150 av. J.-C. Coupe «du roi Scorpion» en albâtre gravé d’une plante et d’un scorpion, diam. 11,2 cm (détail).
Estimation : 25 000/30 000 €
Giancarlo Ligabue au pays des pyramides
Une goutte d’eau dans l’océan. Ainsi pourrait-on être tenté de qualifier les cinquante-deux objets issus de la collection de Giancarlo Ligabue (1931-2015), tant l’industriel vénitien, à la tête d’une société de restauration destinée aux avions, et paléontologue, a accumulé d’objets. Orient, Amérique centrale et du Sud, Afrique, à l’exception de l’Asie, rares étaient les antiquités qui ne passionnaient pas cet homme, globe-trotter pendant quarante ans à la recherche de traces de civilisations anciennes. Toujours active, sa fondation créée en 1973, grâce à laquelle il dirigea et finança pas moins de cent trente expéditions scientifiques, a été reprise par son fils, Inti. Le jeune homme, à l’initiative de cette dispersion, a aussi repris l’entreprise familiale et construit sa propre collection d’antiquités. Parmi les pièces majeures de cette aubaine, la palme revient à une coupe en albâtre ornée de deux mystérieux hiéroglyphes : une plante et un scorpion (voir page de droite). Cette pièce pourrait avoir fait partie, à Hiérakonpolis, du mobilier du temple du célèbre roi Scorpion, légendaire pharaon qui aurait vécu il y a plus de cinq mille ans, ainsi baptisé en raison de la présence de l’arachnide venimeux sur des poteries, accolé à une plante, symbole peut-être d’un domaine agricole. Précieux par sa matière, l’ivoire, un chevet formé par un appui-tête incurvé, de l’époque de l’Ancien Empire, illustre le rôle magique de ces objets protecteurs de la tête du défunt (8 000/10 000 €). Témoignages cette fois du mobilier funéraire, au même titre que les scènes peintes ou sculptées aux murs des mastabas, les maquettes ont pour but de garantir la vie dans l’au-delà. Plusieurs sont inscrites à cette vacation, dont une datant vers 3 500-3 200 avant notre ère, en forme de bateau à fond plat et qui fait partie d’un corpus d’une dizaine de pièces en terre cuite (20 000/30 000 €). En bois stuqué cette fois, trois autres maquettes – une scène de labour, un magasin de stockage animé de personnages (voir En couverture de la Gazette n° 33, page 8) et ce meunier agenouillé manipulant le broyeur d’une meule, témoignent de la multiplication de ces objets au début du Moyen Empire et de l’importance des activités productrices de denrées alimentaires. Pour les défunts comme pour les vivants.
Mercredi 18 octobre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. Kunicki.
Pietro Domenico Olivero (1679-1755), Comédien de rue devant une ville italienne, huile sur sa toile d’origine faisant partie d’une paire, 50 x 67,5 cm.
Estimation : 6 000/8 000 € (la paire)
La Savoie, porte d’entrée du Piémont
Des livres, des montres, de l’orfèvrerie, des étains, des jouets, des miroirs, des lustres, des pendules, des flambeaux, des lutrins, une représentation de Diane chasseresse en bronze (travail vénitien de la fin XVIIe-début du XVIIIe, 5 000/8 000 €), des tapis et des tapisseries, et bien sûr des tableaux anciens et du mobilier… C’est tout un ensemble qui prend le chemin des enchères, l’essentiel étant issu d’un château des environs de Chambéry, les trente derniers lots de l’appartement parisien des descendants du propriétaire. Amateur de belles choses, celui-ci avait préféré le classique au moderne, dans la veine des tableaux anciens qui garnissaient déjà la demeure savoyarde à son arrivée et dont il a pu profiter. Certains sont classés au titre des monuments historiques parmi les trésors nationaux, et donc interdits de sortie du territoire. Ils proviennent d’une famille aristocratique attachée à la ville de Turin, mais aux origines languedociennes, les Mellarède, dont la personnalité la plus marquante est sans doute l’abbé Amédée-Philibert (1682-1780). Recteur de l’université de Turin en 1725, on lui doit surtout d’avoir légué à sa mort sa bibliothèque de cinq mille ouvrages à la ville de Chambéry, à condition qu’elle soit accessible au public. Ce qui fut fait. Les peintures de cet ensemble reflètent l’enracinement des Mellarède dans le Piémont, région au croisement des influences française, italienne bien sûr, suisse et autrichienne. Ainsi de trois paires de toiles, l’une de Jacopo Crivellino (Gibiers et Oiseaux de basse-cour, 7 000/10 000 €), la deuxième de Giacomo Todeschini (La Ravaudeuse et Les Vendeurs de coquillages, 6 000/10 000 €), la dernière de Johann Melchior Roos (Hallali du sanglier et Hallali du cerf, 8 000/12 000 €). Artiste turinois rare sur le marché, Pietro Domenico Olivero s’est attaché à représenter des scènes de la vie quotidienne comme des bambochades, ayant parfois sa ville natale comme toile de fond. Une quinzaine d’œuvres, signées ou monogrammés, livrées sur leur toile d’origine, datées entre 1698 et 1718, en sont ici un bon exemple. Danses paysannes, joueurs de cartes, comédiens, mendiants, villageois attablés, soulèvements populaires… il y en a pour tous les goûts et pour les bourses garnies de 3 000 à 8 000 €.
Mercredi 18 octobre, salle 10-16 - Drouot-Richelieu. Maigret (Thierry de) OVV. Mmes David, Daniel, Sevestre-Barbé, Floret, MM. de Broglie, Millet, de Louvencourt, L’Herrou, Commenchal, cabinets Vendôme Expertise, Étienne - Molinier, Portier & Associés.
Serge Gainsbourg (1928-1991). Manuscrit original, vers 1962, 5 feuillets in-4o à l’encre de Chine.
Estimation : 16 000/18 000 €
Chaussures noires et pompes funèbres
Au début des années 1960, Serge Gainsbourg n’était pas encore l’auteur-compositeur et chanteur à la réputation quelque peu sulfureuse et terriblement séduisante. Peintre, puis chanteur de piano-bar et de cabaret, Lucien Ginzburg, devenu Serge Gainsbourg en 1957, saute le pas et se produit sur scène, assurant les premières parties de Brel et de Gréco : c’est sa période «Rive gauche», en pleine époque yéyé. Ainsi que celle où il s’intéresse au cinéma, par exemple avec un petit rôle dans Hercule se déchaîne (1962) de Gianfranco Parolini et en interprétant un pianiste dans Strip-tease et L’Inconnue de Hongkong de Jacques Poitrenaud, en 1963. «À la même époque, écrit Pierre Mikaïloff, dans Gainsbourg confidentiel, il rédige le scénario d’un court-métrage inédit, Chaussures noires et pompes funèbres. Cinq pages manuscrites qui décrivent le quotidien d’un auteur-compositeur trentenaire, qui peine à trouver sa place entre la rive gauche et le twist.» Il plante le décor «au temps de Bruand (sic) et de Paul Delmet», avec «orgue de barbarie et gravures 1900», où «l’élaboration d’une chanson se faisait dans le recueillement […] que ne dérangeait que le pas d’un cheval de fiacre». Le contraste est frappant avec le «commentaire hurlé pour couvrir le rock». En fin d’un «délire total […] je sord (sic) un papier à musique en douce et j’écris chaussures noires et pompes funèbres». Près de dix ans plus tard, ce texte inédit sera interprété par Zizi Jeanmaire, le 14 février 1972, au Casino de Paris, la seule trace, avec le manuscrit, de ce scénario transformé en chanson.
Vendredi 20 octobre, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Villanfray & Associés OVV.
Philippe Huart (né en 1953), Dreamamerica Tomorrow, «Never put off till tomorrow, what you can do today.» Thomas Jefferson, 2006, huile sur toile, 150 x 150 cm.
Estimation : 1 000/1 500 €
Symboles américains à méditer
Ce collectionneur d’œuvres et d’objets de la figuration narrative, des nouveaux réalistes et autres figures de l’art contemporain (voir Événement Gazette n° 34), a réuni aussi bien les noms d’Yves Klein, qu’Edouardo Arroyo (voir En couverture) ou Philippe Huart, qui s’est emparé de l’icône des studios Disney, Mickey, ici associé à «Tomorrow». Il se fait le messager critique de cet idéal du lendemain meilleur présent dans nombre de discours, de Thomas Jefferson à Martin Luther King, et la dure réalité d’un rêve peinant à se réaliser. «J’ai constaté que dans le message et le discours […], il se dégageait une certaine grandeur et une utopie. Pourtant, malgré l’affection que je porte à ce pays, je trouve qu’ils ont un peu raté leur coup sur ce point […] J’ai donc fait des recherches pour retrouver ces fameux discours afin d’en extraire certaines phrases emblématiques de ce qu’aurait pu être ce pays», explique l’artiste. Les dix préceptes destinés aux enfants de Thomas Jefferson débute par celui cité dans le titre ; cette liste fut envoyée à sa petite-fille Cornelia Jefferson Randolph. On ne peut s’empêcher de penser à la phrase scandée dans le discours de Martin Luther King, prononcé devant une immense foule rassemblée sur le Mall, à Washington, le 28 août 1963 : «Je fais le rêve qu’un jour…» Dérisoire personnage, «Mickey, nous dit Philippe Hart, rejoint dans l’inconscient collectif les grandes figures de l’histoire américaine. […] Il attire pour mieux remettre en cause, cette plaisante représentation du rêve américain et de son trouble inhérent».
Samedi 21 octobre, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Digard Auction OVV. M. Frassi.
Liubov Popova, Alexandra Exter, Alexandre Vesnine, Alexandre Rodtchenko, Varvara Stepanova, catalogue manifeste de l’exposition «5 x 5 = 25», édition originale, in-8°, texte en russe et en cyrillique.
Estimation : 20 000/30 000 €
Quand la peinture manifeste
Entièrement constitué d’œuvres originales, ce catalogue-manifeste de l’exposition «5 x 5 = 25» – l’acte de naissance du constructivisme –, est un exemplaire unique, même si vingt-cinq ont vu le jour, mais tous différents et assemblés par Varvara Stepanova (1894-1958). Une dizaine d’exemplaires seraient aujourd’hui connus, chacun d’eux constitué d’œuvres originales des cinq artistes, ainsi que de pages et de compositions isolées issues de spécimens dépareillés. Le nôtre est rédigé en russe et en cyrillique. Il est orné de deux gouaches originales non signées, à l’encre noire, aux crayons de couleur et collages, et de quatre linogravures imprimées en noir sur papier rose et rehaussées aux crayons de couleur et à la gouache blanche, dont une signée Liubov Popova (1889-1924), annonçant l’exposition et son adresse, au «Club de Poètes, Tsverskaia, 18», avec les noms des cinq artistes. Organisée en septembre 1921 à Moscou, «5 x 5 = 25» fait suite à l’exposition de janvier 1919, où Malevitch avait fait sensation avec son fameux carré blanc sur fond blanc. Cette nouvelle manifestation réunit Alexandra Exter (1882-1949), Liubov Popova, Varvara Stepanova, son époux Alexandre Rodtchenko (1891-1956) et Alexandre Vesnine (1883-1959). Le texte de Liubov Popova évoque la composition, la couleur, l’espace et le volume à la lumière de la révolution. «L’organisation des éléments matériels» s’oppose à «l’art visuel», écrit celle qui passera telle une étoile filante dans la galaxie de cette époque en plein bouleversement.
Mercredi 18 octobre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV. M. de Proyart.
École française du XIXe siècle. L’Arrivée de Louis-Philippe accompagné de sa fille devant le Parlement de Bruxelles, crayon et aquarelle, 45 x 62,5 cm.
Estimation : 3 000/4 000 €
Jour de liesse à Bruxelles
Un carrosse suivi d’une escorte militaire à cheval est salué par la foule massée devant le palais de la Nation, à Bruxelles. Celui-ci est reconnaissable à son fronton triangulaire, orné d’un bas-relief du sculpteur Gilles-Lambert Godecharle, La Justice punissant les Vices et récompensant les Vertus. Le 21 juillet 1831, le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfels est élu roi des Belges, sous le nom de Léopold Ier ; Louis-Philippe accepte sa demande en mariage de sa fille, Louise d’Orléans (1812-1850), union consolidant les liens entre le jeune royaume et la France. Cette scène représente l’arrivée du roi des Français et de sa fille au palais, siège de la Chambre des représentants. Le mariage sera célébré à Compiègne l’année suivante ; quatre enfants naîtront de cette union : Louis-Philippe, mort en 1834, Léopold, Philippe et Charlotte. Cette aquarelle d’un jour de liesse par un artiste anonyme figure dans la seconde vente d’un amateur curieux, épris tant de portraits et autres paysages que de meubles, tissus et objets d’une grande diversité et de provenances variées, tels un tapis au petit point à décor de carreaux octogonaux ornés de fleurs et motifs géométriques, travail anglais du XIXe siècle (autour de 8 000 €), ou six panneaux de papier peint chinois réalisés au XVIIe siècle pour le marché européen (l’ensemble estimé 2 000 € environ). La première vente s’est tenue les 29 et 30 septembre 2011, qui proposait également un savoureux mélange digne d’une caverne d’Ali Baba.
Mardi 17 et mercredi 18 octobre, salle 11 - Drouot-Richelieu.
Auction Art Rémy Le Fur & Associés OVV.
Paire de porte-pinceaux en porcelaine de Chine à décor de personnages dans des paysages, monture en bronze doré attribuée à l’Escalier de cristal, h. 18, diam. 11,5 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €
Des pots pour ne pas s’emmêler les pinceaux…
Plus rares que les oiseaux parmi les bambous, nos porte-pinceaux devraient être disputés pour leur décor, mais aussi pour leur séduisante monture de bronze doré attribuée à la maison parisienne L’Escalier de cristal. Sans oublier leur palette de la famille verte, plus prisée que la famille rose et dont l’apogée se situe sous le règne de Kangxi (1662-1722). Objet de lettré par excellence, le pot à pinceaux, plus recherché que les plats ou les assiettes, prend place dans les cabinets aux côtés des pinceaux, des encres, des divers godets, des appuis-bras en forme de tuile faîtière – sur lesquels l’artiste peut reposer le poignet ou l’avant-bras afin de travailler sans tacher l’œuvre en cours –, les verseurs ou goutte-à-goutte à bec. On sait combien l’art de la calligraphie était important, à l’égal de la peinture, de la poésie et de la musique. Les pots à pinceaux, cylindriques, de forme bitong comme le nôtre ou bicha, à la silhouette de pics montagneux, faisaient référence à la longévité. Si les plus recherchés étaient en bois de rose ou en acajou, on en fit aussi en bambou, en ivoire, en jade et en porcelaine. Tout réside dans la sobriété. Cerise sur le gâteau, notre paire de récipients est rehaussée d’une monture de bronze doré ciselé dans le même esprit. Ces mufles de lions, cette frise de feuillage et ces bambins, qui tels des atlantes miniatures soutiennent les pots, sont attribués à l’Escalier de cristal, maison héritière des grands marchands-merciers du XVIIIe siècle, célèbre dès la Restauration pour ses petits meubles et ses objets de luxe, souvent dans le goût chinois ou japonais.
Mercredi 18 octobre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Beaussant Lefèvre OVV. Cabinet Portier & Associés OVV.
Cartier, vers 1930. Bracelet formé de plaquettes de bois noir, charnières en corail à agrafes de platine serties de diamants taillés, motif central en diamant, les flancs émaillés noir, l. 17,5 cm, 22,88 g.
Estimation : 20 000/30 000 €
De l’opposition à l’harmonie
Parfaitement typique de l’époque art déco et extrêmement raffiné, ce bracelet séduit par son dessin léger comme une plume, par le choix des matériaux, par ses oppositions de couleurs. Le diamant très en vogue dans ces années 1920-1930, ici disposé en pavé, se détache sur le bois sombre, l’émail noir et surtout le corail, le rectangle côtoyant l’ovale et le demi-cercle. L’esthétique prime toutefois sur la pierre, si précieuse soit-elle… Véritable création de la maison de la rue de la Paix, fondée en 1847 et dont elle porte le poinçon, notre parure a traversé le siècle, indémodable et sans un accroc. À l’Exposition des Arts décoratifs de 1925 à Paris, où la joaillerie tient une place importante, Cartier s’éloigne de ses confrères Chaumet, Dusausoy, Boucheron, Templier, Sandoz ou Lacloche, pour s’installer dans le pavillon de l’Élégance auprès des grands couturiers, marquant ainsi l’alliance nouvelle de ces deux professions. En harmonisant leurs tenues à leur coiffure et à leurs bijoux, les femmes ont toujours cherché à créer un ensemble. La période art déco n’échappe pas à la règle. Cheveux courts, robes tuniques fluides ou longs fourreaux aux décolletés plongeants s’harmonisent à merveille avec les sautoirs qui n’en finissent pas et les pendentifs à motifs géométriques. Ou les bracelets. Avis aux amateurs…
Mercredi 18 octobre, salle 13 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés OVV. Cabinet Déchaut - Stetten.

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