La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Chine, dynastie Qing, époque Kangxi (1661-1722). Luohan en stéatite de couleur orange nuancé, inscriptions au revers : peut-être “1688” et “fait par Zhou Bin”. Spinelles et émeraudes appliqués sur la tunique ; base ovale en stéatite grise, monture en vermeil de la maison Aucoc d’époque postérieure, h. 11,5 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €
Luohan, objet de lettré
Malgré sa petite taille, cette statuette de luohan est majestueuse, d’une grandeur spirituelle à la fois profonde et heureuse. Les yeux mi-clos sous un grand front bombé, une fine moustache au-dessus de lèvres légèrement retroussées donnent à ce luohan une apparence très humaine, empreinte de compassion. Assis, une jambe relevée dont ses mains enserrent le genou, il est cependant somptueusement paré : des boucles d’oreilles tombent jusqu’à ses épaules recouvertes d’une cape gravée et rehaussée d’or, comme les liserés de la tunique aux plis souples, des pierres fines appliquées sur les bords. Le décor gravé du vêtement, la finesse des traits représentant les cheveux du sage indiquent la main d’un maître. Au revers, cet artiste a apposé sa signature : Zhou Bin. C’était une célébrité sous le règne de Kangxi, qui régna de 1661 à 1722. Il est natif du Fujian, province située en face de l’île de Taiwan, tout comme Yang Yuxuan, dont il aurait été l’élève, et de Wu Bin, peintre actif dans les dernières décennies de la dynastie Ming, auquel on doit une série de luohans, qui connut un grand succès et fut reprise tant en peinture qu’en sculpture. Zhou Bin est renommé pour l’excellence de sa sculpture de la stéatite ; la variété dénommée shoushan, abondante au nord du Fujian, supplantait le jade, à l’époque Ming, dans les préférences des empereurs. Au vu du prix atteint récemment à Drouot (21 M€) pour un cachet en stéatite de Qianlong, on peut affirmer que cette vogue se poursuivit sous les Qing. Zhou Bin montre toute sa maestria dans l’emploi de cette pierre facile à travailler et à la gamme chromatique étendue qui lui permet de donner ce caractère vivant à ses productions. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques, leurs apparitions dans des ventes, notamment à Hongkong, provoquant de vives enchères. Ce luohan, signé du maître, a été réalisé «l’été de l’année Wu Chen», comme l’atteste l’inscription au revers, probablement 1688. Selon le cycle sexagésimal chinois, il est la combinaison de deux signes, celui des tiges célestes Wu (terre, signe yang) associé à un autre Chen (dragon) des branches terrestres. Appelé à travailler à la cour, où il produit également des sceaux très recherchés, Zhou Bin, étudié dans Shoushanshi zhi [Annales de la stéatite shoushan], par Fang Zonggui en 1982, a fondé une école de sculpture, toujours à Fujian ; on compte, parmi ses disciples, Pan Yumao et Lin Qianpei. D’imposantes références pour la statuette de ce sage qui a vaincu la cupidité, la colère, les illusions et l’ignorance…
Vendredi 10 mars, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Kapandji & Morhange OVV. M. Blaise.
Nick Walker (né en 1969), Liberté, 2016, diptyque, peinture aérosol sur toile, 76,2 x 61 cm chaque.
Estimation : 8 000/12 000 €
Paris, ville internationale de l’art urbain
Se promenant dans les rues de la capitale, Yves Montand fredonnait quelques couplets de La Ballade de Paris, écrite par Francis Lemarque : «Est-ce ceci ou cela/ Autre chose ou bien quoi/ Je n’sais pas/ Pourquoi j’suis tellement ému»… Chanté par les poètes, Paris est aussi mis à l’honneur par les peintres de l’art urbain, séduits par ses immenses murs pignons, ses perspectives larges ou surprenantes au coin d’une rue. Cette séance offre un florilège des artistes de toutes nationalités, d’hier ou contemporains, dont un espace – mur ou palissade, place ou volet de magasin – a porté ou porte encore la marque. À la fin du catalogue, un plan de Paris indique ces lieux. Les amateurs et les collectionneurs chevronnés y trouveront des Banksy, des Speedy Graphito, des Shepard Fairey et autres JonOne, El Seed… mais aussi des créateurs plus rares en salles de ventes, tel Nick Walker. Natif de Bristol, comme Banksy, il découvre le street art grâce au mouvement hip-hop et à la découverte d’une vidéo de Dondi White réalisant des graffiti. Travaillant d’abord les lettres surdimensionnées et soulignées de noir, comme tant d’autres, il invente un personnage, «The Vandal», coiffé de l’emblématique chapeau melon britannique, qu’il promène à travers le monde. «J’ai fait ma première expo à Londres en 1994, déclare-t-il aux Inrocks en mars 2015. J’avais pris la décision de ne plus travailler dans le cinéma, de ne jamais avoir de patron : j’ai regardé ce que je faisais dans la rue et je me suis concentré sur ce qui pouvait être transféré sur toile ou bois. Je n’avais pas d’autre choix pour demeurer artiste : il me fallait vendre des pièces.» La percutante fresque The Corancan sur un mur du quai de Valmy, à Paris, le propulse sur la scène française. Le diptyque fait aussi partie de la série de femmes voilées. La jeune fille lisant intensément un journal, coiffée d’une cagoule/burqa, vient de tracer à la bombe le mot «Liberté». Revient alors en mémoire un autre couplet de la Ballade de Paris : «On s’est battu sous tes murs/ Chacun de tes pavés/ A servi/ À défendre la liberté/ Qui s’était réfugiée/Dans Paris».
Lundi 27 février, salle 5 - Drouot-Richelieu, à 15 h.
Digard Auction OVV. M. Frassi.
Vers 1900, sans nom d’éditeur, ni lieu. Lé de papier peint "Michel Strogoff " avec présentoir en Plexiglas, 680 x 56 cm.
Estimation : 1 500/2 000 €
Le monde selon Jules Verne
Paru d’abord en feuilleton dans la revue Le Magasin d’éducation et de récréation, du 1er janvier au 15 décembre 1876, Michel Strogoff de Jules Verne est publié la même année en volume chez Hetzel. L’auteur reçoit les conseils de l’écrivain russe Ivan Tourgueniev, dont il partage l’éditeur. Le roman relate le périple de Strogoff, courrier du tsar, de Moscou à Irkoutsk. Aussi connu sous le nom de Nicolas Korpanoff quand il est en mission, Strogoff est chargé d’avertir le frère de l’empereur de l’arrivée des hordes tatares, menées par le traître Ivan Ogareff pour envahir la Sibérie. Le chemin est semé d’embûches – le héros se fera entre autres brûler les yeux – mais aussi de rencontres, comme celles des journalistes européens Harry Blount et Alcide Jolivet et, surtout, de la belle Nadia dont il se fera passer pour le frère tout au long de son aventure… Monté au théâtre en 1880, le roman sera adapté au cinéma – muet et parlant – de 1914 à 1999 et même en dessin animé et bande dessinée ! Ce récit est, avec Le Tour du monde en 80 jours, l’une des deux seules aventures connues transposées en papier peint. Et pourtant, une pièce entière n’aurait pas suffi à mettre en images les aventures de Jules Verne… En 2009, lors de la dispersion de la collection Richard Kakou elle aussi consacrée à Jules Verne, les amateurs pouvaient s’offrir des chutes de papier peint issues d’un paravent. Plus rare encore est notre lé. Il serait le seul exemplaire complet connu. Réalisé vers 1890-1900, ce grand panneau dont on ignore l’éditeur est en bon état de conservation, non entoilé, mais accompagné d’un écrin en Plexiglas spécialement conçu par Éric Weissenberg (1941-2012). Passionné par l’écrivain, ce dentiste genevois d’une discrétion et d’une modestie rares avait réuni durant près de cinquante ans une collection unique en son genre (voir Événement, Gazette n° 6, page 12). Riche de plusieurs milliers de livres, manuscrits, affiches, jeux, photographies, dessins… conservés dans sa maison, cette collection devrait susciter les convoitises d’un public international.
Mercredi 1er mars, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Boisgirard - Antonini OVV. MM. Mellot, Embs.
Barthélemy Prieur (vers 1536-1611), Lion marchant en bronze à patine translucide, Paris, fin du XVIe siècle, socle en ébène avec incrustations de pierres dures, h. 10,4, l. 20 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €
La part du lion
Symbole de force et de fermeté, attribut d’Hercule et de Cybèle, la déesse de la terre dont il tire le char, le lion est aussi associé à l’orgueil, la colère, la magnanimité, la raison, la virilité et l’effroi. Bref, un sujet idéal de l’iconographie sacrée et profane. On retrouve dans un inventaire de la production de Barthélemy Prieur, dressé en 1583, de nombreuses figures d’animaux, tant des lions que des vaches et des chevaux… Remarquable par son modelé et sa ciselure, dont celle de son abondante crinière, notre roi des animaux l’est aussi par les restes de sa patine dorée translucide. Né à Berzieux, en Champagne, dans une famille de paysans, l’artiste se forme probablement aux Pays-Bas, séjourne à Rome au début des années 1550, puis à Florence et, de 1564 à 1568, à Turin au service du duc Emmanuel-Philibert de Savoie. Auteur de grands décors en stuc sous la direction de Daniele da Volterra, formé à la technique de la fonte du métal par Guglielmo della Porta, il revient à Paris en 1571, précédé d’une solide réputation de bronzier. Barthélemy Prieur laisse des monuments funéraires ornés de figures allégoriques, comme le tombeau du cœur du connétable Anne de Montmorency, mais établit également sa célébrité avec des petits bronzes, dont il a introduit le goût venu d’Italie. Contraint de fuir la capitale en 1585, ce protestant se réfugie à Sedan, revient à Paris neuf ans plus tard dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, surnommé «Le petit Genève», comme sculpteur du roi, Henri IV, et développe cette activité très particulière de bronzes destinés à orner meubles ou cabinets d’érudits. De son atelier sortent des statuettes de Vénus, des têtes de Scipion et de Marc-Aurèle, des représentations d’animaux divers, des effigies de souverains, parfois transcrites sous forme d’allégories. Comme – aujourd’hui conservées au Louvre – celles de Marie de Médicis et d’Henri IV sous les traits de Junon et Jupiter. Plusieurs versions de notre lion figurent au Metropolitan Museum de New York et au Fitzwilliam de Cambridge.
Vendredi 3 mars, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Damien Libert OVV. Mme Fligny.
Espagne, Catalogne, XVIIe siècle. Coffre de mariage ouvrant en façade, en noyer avec incrustations de bois clair à décor de vases sous des arcatures, de rinceaux et d’oiseaux, pieds en griffes stylisées, 83 x 149 x 62 cm.
Estimation : 1 500/2 000 €
Du charme de l’éclectisme
Contrairement à quelques idées reçues, les intérieurs les plus charmants – et où il fait bon vivre – sont ceux qui reflètent vos goûts, un certain sens du confort et votre style de vie. Ils peuvent être éphémères. Sur les murs d’un salon, par exemple, aux côtés de l’écran plasma extraplat, une peinture évoquera des voyages passés ou à venir. Pour cela, on peut choisir une huile sur toile, mesurant 58 x 72 cm, de Luigi Basiletti (1780-1860), représentant une Vue de Tivoli, avec la grande cascade, de 130 m de haut, aboutissement d’une séquence de nombreuses petites cascades qui se rejoignent le long du parcours. Le peintre, natif de Brescia et installé à Rome à partir de 1806, a réalisé plusieurs vues de Tivoli, des villas et des temples. Pour cette version, il faut compter environ 4 000 €. Vous aimez recevoir vos amis autour d’un bon plat et d’une table bien dressée ? Optez alors, contre quelque 600 €, pour une partie de service en porcelaine de Derby à décor bleu, rouge et or d’arbustes fleuris, conçu pour trente convives… Une statue de saint Jean en noyer sculpté et polychrome, travail du XVIe siècle (autour de 800 €), peut rythmer agréablement l’espace le plus contemporain, tout comme un modèle de plaque de cheminée également en noyer sculpté, mais datant de la fin XVIIIe siècle ; avec son bas-relief à l’amour dansant devant une muse jouant de la harpe, il est évalué autour de 400 €. Ne négligeons pas un meuble apprécié pour ses fonctions multiples : le coffre, qui peut servir au rangement du linge de maison, des vêtements, mais aussi de banc et est facilement transportable. Celui-ci a été réalisé en Catalogne, au XVIIe siècle, pour servir à contenir le trousseau d’une mariée ; les vases et les oiseaux rythmant la façade sont des symboles de la félicité de l’amour, ornements indispensables de ces cassone – leur nom italien – puis des armoires qui les supplanteront au siècle suivant. Les dimensions des appartements modernes pourraient bien remettre son usage au goût du jour…
Mardi 28 février, salle 14 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30. Ader OVV. Mmes Fligny, Lemoine-Bouchard, Cabinets de Bayser, Turquin, MM. Chevalier, Dayot, Froissart, Lacroix, Segas.
Maroc, région de Tiznit à Tafraout, XXe siècle. Collier à boîte talismanique en argent, perles de corail, amazonite, cabochons de verre rouge et pendeloques en métal. l. 34 cm.
Estimation : 1 000/1 200 €
Chic ethnique
Compléments indispensables du costume, les bijoux du Maghreb sont portés pour la première fois lors des cérémonies du mariage, puis à l’occasion des fêtes et grands événements de la vie des différentes communautés. Moulé, ajouré, filigrané, ciselé, émaillé, le métal est ensuite rehaussé de pierres précieuses ou de couleur, de perles de pâtes odoriférantes, corail, cabochons de verre coloré… À côté de ces luxueux modèles, d’autres, moins précieux, complètent la tenue des citadines. Cent cinquante parures issues de la troisième partie de la collection de madame D. témoignent de la diversité de la parure, du Maghreb à l’Asie centrale, encore au XXe siècle. Si les bijoux du Turkménistan, d’Ouzbékistan, d’Afghanistan et même de Tunisie mettent souvent à l’honneur les motifs floraux, les pendeloques à cabochons de pierres de couleur ou les pièces de monnaie, nombreux sont ceux d’Algérie et du Maroc ornés de boules et de bâtonnets de corail ou imitant l’ambre. Protection contre le mauvais œil, remède, en raison de sa couleur, contre les flux de sang ou pour soulager les enfants qui perdent leurs dents, le corail constitua une précieuse monnaie d’échange dès le XVe siècle avant notre ère et sa pêche fut abondante en Afrique du Nord et en Sicile. Celui-ci est enrichi d’une boîte talismanique. Magique !
Mercredi 1er mars, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Auction Art Rémy Le Fur & Associés. Mme David.
Manche, Coutances ou Bayeux, époque second Empire. Coiffe d’apparat en tulle brodé, bazin plissé, ailes amidonnées, ruban et nœud en taffetas "chiné à la branche", broche et épingle normande, h. 53 cm.
Estimation : 150/300 €
 
Jolies cornettes
Objets précaires, car fragiles tant par leur assemblage que par leur tissu, mais identifiables par leurs formes particulières, les coiffes portent la mémoire des différentes régions françaises et des grands moments de la vie, baptêmes, mariages, deuils… Porté pour travailler et pour tenir chaud, le bonnet se voit concurrencer en quelques décennies du XIXe siècle par la coiffe, passant du village à la ville, avant que la coutume se perde avec la Première Guerre mondiale. Une trentaine de lots de ces belles parures de têtes, qui ajoutaient encore à la stature des dames, sont proposées dans une dispersion de textiles et mode ancienne. Bretons, charentais, bressans, alsaciens, normands, nos frêles édifices agrémentés de nœuds, rubans et épingles sont espérés entre 100 et 300 €. Particulièrement variées, les coiffes normandes seraient nées dans les ateliers de dentellières créés par Colbert au milieu du XVIIe siècle. Plus que dans d’autres régions, ces séduisants bonnets se déclinent selon le nom de sa ville ou de son département d’origine. De Coutances au Tréport, en passant par Rouen, Bayeux et Pont-l’Évêque, nos cornettes, si fantaisistes qu’elles soient, dérivent d’un modèle simple de bonnet. Viennent ensuite les plissés, les barbes, les tuyautés, en dentelle ou en mousseline, encadrant le visage jusqu’à composer parfois de gigantesques papillons aux ailes déployées, mais résistant solidement aux bourrasques !
Mercredi 1er mars, 13 h 30, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) OVV. Mme Experton-Dard.

 
Henri Maccheroni (1932-2016), Archéologies bronze : l’Espace Malévitch, aquarelle et encre de Chine, 55 x 38 cm.
Mise à prix : 400 €
Henri Maccheroni, la poursuite du signe
Dans son œuvre protéiforme, Maccheroni s’est attaché à exprimer la trace de la vie, sous toutes ses formes : des photos de sexe (d’une seule femme) aux méditations sur l’histoire de l’art, les ruines de Byblos (Liban), Tipasa (Algérie), Louxor (Égypte). Il a mis en place son répertoire iconographique à partir de quelques motifs géométriques, de couleurs symboliques, de grilles de villes… Né à Nice, Henri Maccheroni se consacre à la peinture dans les années 1950. Dans ses toiles figuratives, il brosse des paysages, des corps (déjà des sexes) et des vues citadines : un concentré de ses œuvres futures. Pointent aussi, dans la décennie suivante, des influences surréalistes, qui le poussent vers l’abstraction. S’enchaînent les séries des Nocturnes et des Mondes inachevés. De cette époque, la toile Madame de… fait allusion au sexe féminin et aux gaines, qui seront mises en exergue dans une autre série dans les années 1970. La période est effervescente (mai 68, les nouveaux réalistes, la figuration, l’art conceptuel, l’essor des voyages…) et propice aux rencontres, comme celle de Michel Butor qui se souvient dans Ballade du pugiliste niçois, pour Henri Maccheroni : «C’est alors que nous avons commencé à deux voix en perpétuelle modulation que nous avons réussi à poursuivre depuis plus de vingt ans en dépit de tous et de tout.» Ils fondent ensemble, en 1982, le centre national d’art contemporain au sein de la villa Arson, perchée sur une colline niçoise. Avec justesse, le poète voyait en l’artiste le «prince de la remise en cause, infatigable archéologue du temps présent […] éveillant au passage échos et complicités».
Samedi 4 mars, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Leclère Maison de ventes OVV. M. Ottavi.
Poupée parisienne de la maison Eugène Barrois (1842-1878, vers 1865), avec tête buste en biscuit pressé, bouche fermée, yeux fixes bleus en émail, corps d’origine ployant en peau avec doigts séparés, h. 60 cm.
Estimation : 5 000/7 500 €
Du jeu à la collection
Jouer à la poupée est une occupation qui remonte à l’Antiquité, si l’on considère celles retrouvées dans les tombes égyptiennes. Savoir si les enfants de ces époques lointaines passaient leurs loisirs à les habiller, les parer et même leur confier des petits secrets reste du domaine de l’imagination. Mais il est certain que ces figurines reflètent les modes de l’époque et la place de l’enfant dans son temps. Les visages en porcelaine apparaissent dans les années 1830. Ils se fixent sur des corps en bois, en peau, parfois articulés.
La finesse des traits, l’expression de ces jeunes têtes étaient alors – et encore de nos jours par des collectionneurs – des éléments fort recherchés. Une concurrence s’est vite établie entre les diverses maisons. Halopeau et Jumeau en fournissent l’exemple. Le premier avait acquis auprès de la veuve
d’Eugène Barrois les fonds de la maison qui fournissait notamment des têtes en porcelaine aux fabricants. Ses poupées, surtout de grandes dimensions, étaient prisées des amateurs. Celle-ci a conservé son trousseau et des accessoires anciens, dans une malle d’époque. On constate qu’elle figure une femme en miniature, contrairement aux «bébés» qui verront le jour vers la fin du XIXe. Au cours du siècle suivant, les poupées comme les «Bleuette» associent les deux univers : celui d’une petite fille et celui de la femme à laquelle elle se doit de ressembler. Une «Bleuette» figure ici assortie d’une estimation de 1 000 € environ. Habillée en petit marin, elle était diffusée par La Semaine de Suzette, des éditions Gautier-Languereau, tout comme celle figurant Bécassine, avec une tête et des membres en résine et au corps en tissu bourré, fabriquée en 1972, est attendue autour de 150 €. Première héroïne de bande dessinée, Annaïck Labornez, jugée vieillotte, a retrouvé les faveurs du public.
Auguste Rodin (1840-1917), Le Baiser, épreuve en bronze à patine brun sombre nuancée, deuxième réduction, signée Rodin et cachet «F. Barbedienne fondeur», 59,4 x 37 x 41 cm.
Estimation : 200 000/250 000 €
Le Baiser, deuxième réduction par barbedienne
Aucun élément ne permet d’identifier ce couple. Deux jeunes gens nus, simplement assis sur un rocher, s’embrassent, le monde alentour n’existant plus… Il n’en fallait pas plus pour faire de cette sculpture au naturalisme saisissant le symbole de l’amour universel. C’est le public du Salon de 1887 qui rebaptisa ce groupe Le Baiser. Auguste Rodin avait, quant à lui, imaginé toute une histoire autour de l’œuvre. Illustrant la tragique histoire d’amour entre Paolo et Francesca narrée dans le chant V de la Divine Comédie, il devait appartenir à la célèbre commande de La Porte de l’Enfer, lancée en 1880 par l’État français. Cette dernière était destinée à orner le musée des Arts décoratifs, prévu sur les quais de Seine, à l’emplacement de la Cour des comptes. Bien que le projet ait été annulé suite au changement d’emplacement du musée – destiné finalement au pavillon Marsan du Louvre –, Rodin a travaillé jusqu’à sa mort à cette œuvre monumentale. Notre couple d’amoureux devait figurer en bas du vantail gauche mais fut écarté de la composition par le maître, qui jugea cette image de bonheur et de sensualité en contradiction avec la vision de l’Enfer de Dante, où l’auteur, accompagné de Virgile, rencontre les damnés ayant commis le péché de chair dans le deuxième cercle du monde infernal.
Il fallut ainsi attendre dix longues années, et la commande par l’État d’une version agrandie en marbre, pour que Rodin se décide à offrir une existence autonome à cette œuvre, qu’il appelait son «grand bibelot». Le succès de la présentation de ce grand marbre au Salon de Paris de 1898 poussa le fondeur Gustave Leblanc-Ferdinand Barbedienne, neveu et successeur de Ferdinand Barbedienne à négocier un contrat avec le sculpteur afin d’éditer des réductions en bronze, selon le procédé Achille Collas. Un document qui précisait : «Les réductions seront exécutées sous la surveillance de M. Rodin et devront être acceptées par lui.» La maison Leblanc-Barbedienne édita du vivant de l’artiste cent trois exemplaires, dont notre épreuve de près de 60 cm de hauteur, entre 1905 et 1910. Elle correspond à la deuxième réduction, dite aussi n° 4, car elle fut la quatrième taille proposée, les réductions précédentes étant respectivement de 71, 25 et 40 cm. Une opération commerciale rondement menée !
Dimanche 5 mars, Tarbes.
Henri Adam OVV. Mme Cotinaud.
Jacob Van Hulsdonck (1582-1647), Oranges, citrons et grenades dans une coupe Wan-Li sur un entablement de pierre, panneau de chêne, une planche, non parqueté, 27 x 34 cm.
Estimation : 80 000/100 000 €
Un goût d’Orient chez Van Hulsdonck
Loin de la profusion des natures mortes flamandes des XVIIe et XVIIIe siècles, avec Jacob Van Hulsdonck, nous sommes plus proches de l’atmosphère sobre et poétique de Louyse Moillon. Une coupe en porcelaine chinoise est simplement posée sur une table de bois. Des grenades éclatées, des citrons et des oranges la garnissent, tandis que des branches, des feuilles et quelques fleurs s’en échappent. La vie, avec son aspect éphémère, est suggérée par la mouche posée sur un fruit et quelques gouttes d’eau chutant des végétaux. Une composition bien connue de l’artiste anversois, dont une version est conservée au Getty Museum de Los Angeles et d’autres sont déjà passées sur le marché. C’est auprès d’Ambrosius Bosschaert, à Middlebourg, que Van Hulsdonck s’est formé à la peinture de nature morte. Il passera ensuite l’essentiel de sa carrière à Anvers, à partir de 1608. À cette époque florissante pour l’économie comme pour les arts, en Flandres, la demande est grandissante pour les tableaux de ce type. Hérités de la grande tradition nordique de peinture de genre, ces derniers sont destinés à démontrer la richesse de leur commanditaire, d’une part, et à exprimer symboliquement la vanité de la vie, d’autre part. Chaque élément de cette composition, la porcelaine comme les fruits, évoque l’Orient et même l’Extrême-Orient, des régions amplement parcourues, à cette époque, par les navires commerçants de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Mais chacun de ces fruits a également une signification plus profonde… La grenade évoque la fertilité et le sang du Christ, mais aussi l’Église, accueillant en son sein les fidèles. Le citron fait référence à la fidélité, à la foi et à la bienfaisance de Dieu. D’un réalisme sensible, dans une perspective vue d’en haut, ces éléments envahissent la totalité de la surface du panneau. Vous en aurez plein les yeux !
Samedi 25 février, Coutances.
Hôtel des ventes de Coutances OVV. Cabinet Turquin.
Roger de La Fresnaye (1885-1925), Ève, sculpture en bronze à patine noire, cachet du fondeur «Cire perdue/C.Valsuani», 31 x 43 x 19,5 cm.
Estimation : 10 000/15 000 €
La première femme, de la toile à la sculpture
Cette sculpture aime les voyages… Elle s’est ainsi rendue au Mans, puis à Barcelone au musée Picasso, pour la rétrospective itinérante de l’artiste en 2005 et 2006. Il faut dire que ce bronze est un modèle célèbre de Roger de La Fresnaye. Un exemplaire en est d’ailleurs conservé au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Si ses peintures porteront l’artiste vers l’avant-garde, avec des compositions d’un cubisme élégant et coloré, ses sculptures s’inscrivent dans la tradition classique. C’est au tout début de sa carrière que Roger de La Fresnaye s’essaie à la sculpture. Issu d’une famille normande, il passe d’abord par l’académie Julian à Paris, où il rencontre Dunoyer de Segonzac, avant d’entrer en 1908 à l’académie Ranson. Là, il reçoit le précieux enseignement de Maurice Denis et de Paul Sérusier. Le «maître aux belles icônes» a une influence toute particulière sur les premières années du jeune artiste. On retrouve dans ses œuvres une même poésie et une même harmonie des formes, à l’image de ses tableaux Le Printemps, de 1908, et Ève, de 1909. Un exemplaire de la seconde composition se trouve conservé au Getty Museum. Au premier plan, le personnage féminin, assis, tient une pomme dans sa main, tandis qu’à l’arrière des hommes travaillent dans un verger. C’est cette femme qui est transposée dans notre bronze. Au début des années 1910, La Fresnaye aborde en effet la sculpture en compagnie d’Aristide Maillol. Ce dernier lui transmet son goût pour l’iconographie classique revisitée au travers de formes modernes. Avec leurs corps à la fois voluptueux et épurés, ses figures féminines s’imposent à nous comme des images universelles de la beauté. Assise à même le sol et tenant le fruit entre ses doigts, Ève tourne son regard au-dessus de son épaule gauche. Le geste semble imminent, elle va mordre dans la pomme. L’originalité de cette pièce réside dans ses formes anguleuses et géométriques, suggérant le tournant cubiste que va bientôt prendre la carrière de l’artiste.
Dimanche 26 février, Louviers.
Prunier (Jean Emmanuel Prunier) OVV.

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