La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Louis Delanois (1731-1792), deux fauteuils à châssis en bois doré, à décor de guirlandes de laurier et cartouches, h. 102 et 103 cm, l. 74 cm.
Estimation : 30 000/50 000 €
Delanois, une gloire de la menuiserie
Le siège est chose sérieuse, tant pour le menuisier que pour la personne qui en a l’usage, quotidien ou de cérémonie. Il se doit d’être confortable et cependant somptueux grâce à l’agencement de formes nouvelles, par l’abondance et l’inventivité de sa sculpture sur des champs très réduits : ceinture, dossier, accotoirs et pieds. Ces deux fauteuils sont pour le moins accueillants. Le dossier est légèrement incliné pour mieux soutenir le dos, l’assise s’évase en arc sur le devant pour assurer le confort des cuisses, les accotoirs légèrement en retrait permettent une meilleure disposition des larges jupes ou des basques. Un même soin a été apporté à la garniture, bombée pour apporter du moelleux à la position assise. Nombre de tableaux nous montrent cette société raffinée, richement parée, occupée aux plaisirs de la conversation, les protagonistes installés à leur aise dans des fauteuils, des canapés et des chaises au modèle. Ces assises ont certainement fait partie d’un ensemble plus important. Un exemplaire similaire est conservé au Metropolitan Museum, trois autres ayant figuré dans les collections de Gabrielle Chanel et de l’antiquaire André Carlhian. L’un des deux fauteuils porte une étiquette de la maison Chenue indiquant cette dernière provenance, apposée pour l’exposition de Copenhague sur l’art français en 1935. L’autre est estampillé Delanois, l’un des meilleurs et des plus inventifs menuisiers de la seconde moitié du XVIIIe siècle. D’origine modeste, en 1747, il était entré en apprentissage chez Jean Sené, patriarche de la dynastie de fabricants de sièges. Sa vie exceptionnelle, comme nous l’apprend Louis Delanois, menuisier en sièges parisien, mémoire pour DEA en histoire de l’art (Paris-IV, 2002-2003) de Caroline Legrand  – approfondissant l’ouvrage de Svend Eriksen publié en 1968 –, aurait pu inspirer Balzac. Ambitieux, il se lance dans des opérations immobilières, non seulement pour se loger et abriter ses ateliers et magasins, mais aussi afin de toucher des loyers pour couvrir ses dettes. Il doit sa renommée à la virtuosité de ses sièges, qui font encore le bonheur des collectionneurs. Delanois est l’un de ceux qui ont annoncé le néoclassicisme à l’honneur sous Louis XVI, en plein règne de Louis XV. Il suffit d’évoquer l’ameublement qu’il a créé pour Madame du Barry en 1769, le dossier et la ceinture entièrement sculptés de guirlandes de fleurs, les pieds droits, à cannelures torses. Le menuisier a choisi pour ces fauteuils présentés lors de la vente des objets dépendant de la succession Malatier, en octobre prochain, des formes d’un rocaille assagi et des ornements inspirés de l’antique comme les feuilles de laurier.
Mercredi 10 octobre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
SGL Enchères - Frédéric Laurent de Rummel OVV et Ader OVV. M. Dayot.
Cyrille Pierre Théodore Laplace (1793-1875), Voyage autour du monde par les mers de l’Inde et de Chine exécuté sur la corvette
de l’État «La Favorite» pendant les années 1830, 1831 et 1832 sous le commandement de M. Laplace, capitaine de frégate
,Paris,
Imprimerie royale, 1833-1839, cinq volumes in-8°.
Estimation : 70 000/90 000 €
Pour la beauté du voyage
Découvertes garanties avec la vente annuelle de livres de Montignac-Lascaux, qui se tiendra du lundi 20 au jeudi 23 août ! Grâce au capitaine de frégate Laplace, au peintre Antoine-Ignace Melling, au photographe Pierre Trémaux ou encore au missionnaire Brasseur de Bourbourg, nous traverserons les mers de l’Inde et de Chine, visiterons Constantinople, découvrirons les édifices africains et admirerons les ruines de Palenque au Mexique. L’édition originale – complète notamment de ses deux atlas et de son rarissime dernier tome V du texte sur l’histoire naturelle – du Voyage autour du monde par les mers de l’Inde et de Chine par Cyrille Pierre Théodore Laplace sera particulièrement convoitée. Son auteur est pour ainsi dire «tombé dedans quand il était petit». Laplace est en effet né en mer, le 7 novembre 1793, et a rejoint la Marine impériale à l’âge de 16 ans. Il gravira peu à peu les échelons, passant d’enseigne, en 1812, à lieutenant de vaisseau puis capitaine de corvette, en 1828. L’année suivante, il est nommé capitaine de frégate sur La Favorite. Chargée par le gouvernement français d’établir des liens diplomatiques et commerciaux, l’expédition part de Toulon le 30 décembre 1829 pour le Pacifique. En trois ans, le bateau passa par Gibraltar, longea l’équateur avant de franchir le cap de Bonne-Espérance. Il fit escale à l’île Maurice et à la Réunion, puis reprit son chemin vers les Indes en mai 1830 ; il passa par Pondichéry et Madras, suivit les côtes du Cochinchine et du Tonkin, avant de terminer la circumnavigation en Indonésie puis en Nouvelle-Zélande. L’équipage y rencontre les Maoris et découvre avec émerveillement le rituel du haka, dont les secrets lui seront révélés en échange de fusils ! Mais le but de ce voyage était également scientifique : Laplace était accompagné du naturaliste Joseph Fortuné Théodore Eydoux (1802-1841), qui travailla notamment sur les marsupiaux. La Favorite revint à Toulon le 21 avril 1832, après être passée par Valparaiso et le cap Horn. Cette réussite valut à Laplace d’être nommé à son retour capitaine de vaisseau. Il repart cinq ans plus tard pour un nouveau périple sur la frégate L’Artémise, qui le mènera cette fois-ci en Inde, à Manille, Macao, Honolulu, Rio de Janeiro et Monterey. Une édition originale de la Campagne de circumnavigation de la frégate L’Artémise est d’ailleurs également présentée, à 14 000/18 000 €.
Du 20 au 23 août, Montignac-Lascaux. Pastaud OVV.
Cabinet Poulain-Marquis.
Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), Paysage, vers 1885, huile sur toile, 32 x 40,5 cm.
Estimation : 50 000/70 000 €
Pierre-Auguste Renoir, paysagiste
Provenant d’une collection particulière, cette toile est reproduite sous le numéro 421 dans le tome 1 de Pierre-Auguste Renoir, tableaux, pastels et dessins d’Ambroise Vollard et sous le numéro 762 dans le tome 2 du catalogue raisonné de l’artiste par Guy-Patrice et Michel Dauberville (Bernheim-Jeune, 2009). Dans ce dernier ouvrage, la peinture est indiquée comme provenant de la collection d’Ambroise Vollard. Rien d’anormal lorsque l’on sait que le marchand parisien s’est beaucoup occupé de la carrière du peintre, notamment à la fin de sa vie quand celui-ci jouissait d’une belle réputation et connaissait un succès inconstesté. Il l’incita notamment à réaliser ces petits paysages, qu’il revendait facilement.  Durant toute sa carrière, Auguste Renoir a pratiqué ce genre pictural. Le travail de plein air, sur le motif, est l’un des fondements de l’impressionnisme. Daté vers 1885, ce paysage a peut-être été exécuté à Essoyes, dans l’Aube, où Renoir se rend avec sa compagne d’alors, Aline Victorine Charigot, qui a d’abord été son modèle et qu’il épouse en 1890. Elle lui donnera ses trois fils, Pierre, Jean et Claude. La famille passera désormais ses étés dans ce village, où Renoir achètera une maison en 1896. Bien que, dans les années 1880, le peintre se remette en question, à travers sa période dite «ingresque», où le dessin reprend le pouvoir, ses paysages poursuivent la quête impressionniste de la couleur et surtout de l’instantanéité, s’aventurant au fil des années vers un style plus instinctif voire impulsif. De quelques coups de pinceaux, mélangeant parfois ses couleurs non sur sa palette mais sur la toile, le peintre trace sans dessin ni repentir un paysage de forêt. Ce dernier se construit par des nuances de vert plus ou moins clair et lumineux. Le feuillage prend ainsi corps et nous laisse une impression de densité et de mouvement, telle une invitation à entrer dans ce sous-bois. «J’aime les tableaux qui me donnent envie de me promener dedans si c’est un paysage», disait ainsi le maître. Il exerça ses talents de paysagiste dans bien des endroits différents, de Chailly-en-Bière, dans la forêt de Fontainebleau – où il se rend dans les années 1860 en compagnie de Bazille, Monet et Sisley –, à Cagnes-sur-Mer, dans la campagne provençale, à partir de 1903 et jusqu’à la fin de sa vie, en passant par Argenteuil, Chatou, la Bretagne, la Normandie et même l’Algérie.
Lundi 6 août, Cherbourg.
Boscher Enchères OVV. Mme Sevestre-Barbé et M. de Louvencourt.
Ramiro Arrue (1892-1971), Le Makildantzari ou Danseur basque au bâton, 1930, huile sur toile, 146,5 x 90,5 cm.
Estimation : 80 000/120 000 €
Le Pays basque en musique
Le makildantzari est une figure emblématique des danses traditionnelles basques. Les danseurs, armés de bâtons, se répartissent sur deux rangées face à face pour effectuer leur chorégraphie. Ils sont également réputés pour leurs impressionnants ciseaux de jambes. Debout, droit, hiératique, notre homme se tient devant un beau paysage de montagne, animé de maisons typiques et d’une église. Avec son visage ovale et fin, son nez droit, son front large, il ne paraît pas si anonyme que cela. D’aucuns pensent, d’après des photographies d’époque, que ce danseur adopterait ainsi les traits du peintre lui-même, Ramiro Arrue. En ne peignant qu’une seule figure sur un fond relativement neutre, l’artiste se place dans le thème du portrait, voire du portrait politique ou militaire. Avec son béret rouge et sa ceinture verte, ce personnage devient alors l’emblème d’une région, la force culturelle, identitaire, de tout un pays. Ce discours sous-jacent a semble-t-il plu à Manuel de la Sota (1897-1979), puisque ce tableau provient de sa descendance. Manuel de la Sota est issu d’une riche famille basque d’armateurs et d’industriels de Bilbao, ville où est né Ramiro Arrue en 1892. Si son frère Ramon (1887-1978) a poursuivi l’activité familiale dans l’industrie et le transport maritime, il s’est également engagé par ses idées et effectuera une belle carrière politique en Biscaye, tandis que Manuel se battra toute sa vie pour la défense de l’identité basque, jouant un rôle important dans le mouvement nationaliste dans les années 1920-1930. Mais l’arrivée du général Franco au pouvoir pousse la famille à l’exil et à partir pour Biarritz. Les deux frères sont également de grands collectionneurs, et ils n’hésitent pas à faire don de leurs œuvres à des collections publiques, comme celle du Musée basque de Bayonne. Ils ont fréquenté de nombreux artistes comme Eli Gallastegui, José Mari Ucelay mais aussi Ramiro Arrue, dans les années 1920. Pas moins de quatorze œuvres du peintre, provenant de l’ancienne collection Ramon et Manuel de la Sota, seront ainsi présentées lors de cette vente.  Depuis 1915, Arrue, retiré avec ses frères à Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, a quitté quant à lui Paris et ses nombreuses sollicitations pour ce pays qu’il aime tant et qu’il désire, tout comme ses collectionneurs, mettre en avant.
Samedi 4 août, Saint-Jean-de-Luz.
Côte basque enchères OVV.

 
Auguste Rodin (1840-1917), Bacchantes s’enlaçant, plâtre, daté avant 1896, inscrit «Au grand maître Claude Monet, son ami Rodin», 18 x 12 x 17,5 cm.
Estimation : 50 000/80 000 €
Cadeau d’un ami
Vous l’avez reconnue ? Cette sculpture en plâtre d’Auguste Rodin figurait dans l’exposition «Monet collectionneur», qui s’est tenue au musée Marmottan à Paris du 14 septembre 2017 au 14 janvier 2018 (référencée 55 dans le catalogue, page 157). Cette œuvre a en effet appartenu à la collection privée du père de l’impressionnisme. Comme en témoigne l’inscription sur sa base, «Au grand maître Claude Monet, son ami Rodin», elle a été offerte par le sculpteur au peintre. Les deux hommes étaient intimes. Tous deux nés en novembre 1840, à deux jours d’intervalle, ils ont été liés toute leur vie par une profonde amitié. La date exacte de leur rencontre reste inconnue mais ils ont certainement été présentés par des amis communs, comme Octave Mirbeau ou Gustave Geoffroy, ou par l’entremise du marchand Paul Durand-Ruel, peut-être lors d’un des dîners des «bons cosaques» au café américain, auxquels Monet s’est rendu à partir de 1886. Trois ans plus tard, ils participent ensemble à une exposition à la galerie Georges Petit. Ce lien et l’admiration qu’ils se portent mutuellement donneront lieu à plusieurs cadeaux. En 1888, par exemple, Monet offre un paysage de Belle-Ile à Rodin. Ce dernier donnera quant à lui trois œuvres au peintre : le bronze de La Jeune Mère à la grotte, le plâtre du Minotaure et ce plâtre des Bacchantes s’enlaçant, qui n’a été évoqué dans aucun document. Les trois pièces étaient conservées à l’abri des regards, dans la chambre de Monet à Giverny, où celui-ci cachait jalousement sa collection privée des regards extérieurs. Si nos Bacchantes sont très peu connues, il en existe d’autres versions, l’une en marbre et plusieurs en bronze, dont l’une dédicacée à Clemenceau – conservée au musée du même nom, à Paris – et d’autres dédicacées à Paul Escudier et Octave Mirbeau. Ce groupe a été créé par l’assemblage de deux figures, l’une avec sa jambe velue, repliée, indiquant sa nature de bacchante, et l’autre assise sur ses deux jambes repliées. Cette dernière réapparaît également, seule ou par deux ou trois, sous les outils de Rodin. Il l’ajouta même à la La Porte de l’Enfer après 1887. Le thème des bacchantes est très présent dans l’œuvre sensuelle et moderne du sculpteur. Ces servantes de Bacchus, suivant le dieu dans un cortège, entrent dans un état d’extase, de délire, provoqué par l’absorption de vin. Elles retrouvent alors leur instinct primaire, mais aussi leur pulsion créatrice.
Mercredi 15 août, Cannes.
Besch Cannes Auction OVV.
Rolex, montre en acier «heures sautantes» ou «Jump Hour» n° 1814, vers 1938, boîtier signé «Rolex watch compagnie limited», attaches double griffe, mouvement mécanique à remontage manuel, bracelet en lézard noir avec boucle ardillon signée Rolex, 4 x 2,5 cm.
Estimation : 5 500/7 500 €
Montre à heures sautantes
Une montre pas comme les autres. Ne cherchez pas ses aiguilles, elle n’en a pas ! Pour lire l’heure sur celle-ci, il faut regarder au travers des petites ouvertures, appelées guichets, percées dans le cadran en acier. Sur cet exemplaire de chez Rolex, n° 1814, daté vers 1938, les heures sont indiquées par un seul chiffre qui disparaît, presque par magie, pour laisser place à un nouveau à chaque changement, tandis que les minutes et les secondes tournent avec une petite encoche qui pointe la bonne valeur. Après des balbutiements au travers d’une montre de poche créée par l’horloger français Blondeau, pour le roi de France, autour de 1830, ce concept a été mis au point et breveté en 1882 par l’ingénieur autrichien Josef Pallweber. Considéré en quelque sorte comme le père de l’affichage digital, il a appliqué ce système à chiffres, présentés sur des disques rotatifs, à des montres de gousset. Cette complication gagna en popularité et s’étendit bientôt aux montres-bracelets à partir des années 1920. Leur mécanisme est d’une grande complexité, requérant plusieurs centaines de composants. Ainsi, seules quelques rares maisons d’horlogerie le transposèrent à leurs montres. Parmi elles, Audemars Piguet, Cartier ou bien sûr Rolex, qui nous offre ici un modèle d’une grande rigueur et au minimalisme en plein accord avec l’époque art déco. Quand la science s’adapte aux arts.
Mardi 31 juillet, Cannes.
Cannes Enchères OVV.
Alexandre Altmann (1885-1934), Les Rochers à Saint-Jean-de-Luz, huile sur toile, 1912, 54,5 x 65 cm.
Estimation : 12 000/15 000 €
De l’Ukraine au Pays basque
Alexandre Altmann sera comme chez lui à Biarritz, le dimanche 12 août, pour la vente de ce paysage maritime. Né en Ukraine, le peintre effectue ses études à l’école des beaux-arts d’Odessa avant de partir pour Vienne, en 1903, et d’arriver six ans plus tard à Paris. Là, il fréquente l’académie Julian, vit dans un atelier de la Ruche, dans le quartier de Montparnasse, et devient membre de l’école de Paris. Il acquiert une certaine notoriété avec l’exposition de son tableau inspiré par l’Inondation de Paris de 1910. Il reçoit même quelques commandes officielles comme celles du ministère des Affaires étrangères et du palais du Luxembourg. Pendant la Première Guerre mondiale, il repart pour Moscou, en même temps que Chagall et Kandinsky, puis revient à Paris et reprend le cours de ses expositions. Les paysages sont un sujet récurrent, ceux de Paris, de Crécy-en-Brie, de Nemours – où il s’installe en 1920 –, ou du Pays basque, où il séjourne régulièrement à la fin de sa vie, alternant alors entre Saint-Jean-de-Luz et Cannes sur la Côte d’Azur. Proche d’Émile Schuffenecker, Altmann adopte un style postimpressionniste aux couleurs vives, qui s’exprime parfaitement dans cette toile de 1912, offrant une vision sauvage et naturelle des rochers à Saint-Jean-de-Luz, sur lesquels viennent se fracasser les vagues . Un paysage qui a également plu à Antonin Personnaz (1854-1936), grand collectionneur bayonnais de peinture impressionniste, à qui cette œuvre a appartenu. 
Dimanche 12 août, Biarritz.
Biarritz Enchères OVV. Cabinet Maréchaux.
Gérard Rancinan (né en 1953), Batman Family Boys en vacances, tirage argentique monté sous Plexiglas, cadre affleurant aluminium noir, 125 x 204 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €
Des enfants parfaits… ou presque
Sur un fond si blanc qu’il devient difficile de le fixer trop longtemps, cinq garçons rangés par ordre de taille nous regardent. Les accompagne un chien, parfaitement assorti en couleurs, et un adulte, qui chapeaute ces charmants scouts dans leur partie de camping. L’image parfaitement aseptisée d’une société moderne hiérarchisée et disciplinée. Aujourd’hui, cependant, ces enfants n’obéissent plus aux valeurs traditionnelles, mais aux nouvelles icônes du monde moderne que sont la consommation de masse et la télévision. Batman est devenu un modèle pour ces jeunes, issus de familles américaines devenues froides et presque inhumaines. Les photographies de Gérard Rancinan sur le thème du superhéros appartiennent à sa série «A Wonderful World», troisième volet de sa «Trilogie des modernes». À l’invitation du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, il a exposé sa photo Family Boys, en 2013, dans les salons du Quai d’Orsay afin de promouvoir le travail des Français à l’étranger. L’artiste continue ainsi à critiquer la société moderne comme il le faisait quelques années auparavant en revisitant les œuvres du Caravage, de Léonard de Vinci ou de Géricault. Originaire de Talence, en Gironde, Rancinan revient, avec cette vente, dans le Sud-Ouest une nouvelle fois. Son travail est désormais connu dans le monde entier. Celui qui débuta à 18 ans dans le photojournalisme, en 1969, au journal Sud-Ouest, a été rapidement remarqué et intégré au sein de l’agence de presse Sygma à Paris en 1978. Il effectue alors le tour du globe à la rencontre de l’actualité, des guerres, des catastrophes naturelles et des grands événements sportifs comme de leurs acteurs principaux. Devenu indépendant, en 1989, il se tourne vers le monde de l’art, mais toujours avec la volonté de réveiller les consciences endormies par une société standardisée et programmée par un marketing despotique. 
Mardi 14 août, Arcachon.
Toledano OVV.
Wang Keping (né en 1949), Femme, épreuve en bronze inscrite «IK» et numérotée sur 5, h. 300 cm.
Estimation : 150 000/200 000 €
Wang Keping et ses femmes totémiques
L’art comme expression de la liberté… Né en 1949 dans la province d’Hebei, Wang Keping fut garde rouge sous Mao avant de travailler comme scénariste à la télévision populaire chinoise. Il côtoie la réalité de la censure du gouvernement et ressent un irrépressible besoin d’exprimer son désir d’être libre. Décidant d’unir engagement artistique et politique, il s’initie alors à la sculpture en autodidacte. Son travail brut et inspiré sur le bois, notamment Cri, L’Idole et Le Silence, devient rapidement emblématique des aspirations de cette génération d’artistes chinois confrontés à la dictature. Wang Keping est l’un des fondateurs de Xing Xing, le groupe des «étoiles», qui s’opposa au gouvernement maoïste en 1979. Cette dernière date est désormais admise comme le début de l’art contemporain chinois. «Nous avons choisi ce nom d’“étoiles” parce que nous étions alors les seules lueurs qui brillaient dans une nuit sans fin, et aussi parce que les étoiles, qui semblent si petites vues de loin, peuvent se révéler de gigantesques planètes.» En totale opposition avec le réalisme socialiste prôné par le gouvernement, le groupe propose un art plus humain et spirituel, dépassant les conventions, se tournant vers plus d’expressivité et d’abstraction afin de laisser parler ses émotions. Un an plus tard, à Pékin, l’artiste présente une sculpture de Mao en Bouddha. Le scandale éclate. Il est obligé de quitter son pays. Wang Keping vit en France depuis 1984, et expose dans le monde entier ses sculptures en bois aux formes abstraites et primitives liées à la nature. Respectant toujours la forme de son matériau, Wang Keping en fait émerger une figure primitive, venue de la nuit des temps, aux dimensions toujours monumentales. Mais il offre également à ses statues, le plus souvent féminines, des formes sensuelles, voire provocatrices de par leur exubérance. Un long travail qui lui permet d’obtenir une œuvre épurée recréant le corps féminin, offrant un nouveau dialogue avec la figure humaine, à l’image de  Constantin Brancusi ou Ossip Zadkine. Toujours seules, ses sculptures deviennent alors des totems, des forces divines protectrices de notre humanité.
Dimanche 5 août, Mandelieu - La Napoule.
Vermot & Associés OVV.
Michel Audiard (né en 1951), L’Ours, hommage à Pompon, 2013, sculpture en résine polyester, signée et numérotée «EA», 230 x 69 x 129 cm.
Estimation : 18 000/20 000 €

 
Sculpture technologique
L’ours de Michel Audiard admire le beau paysage de la Côte d’Émeraude. Tranquillement installé sur le terrain de golf de Lancieux, station balnéaire située sur la commune du pays de Saint-Malo, l’ursidé polaire attend la vente du samedi 18 août entouré de vingt-quatre autres sculptures contemporaines, estimées entre 2 000 et 20 000 €. On signalera ainsi la Vague de lune réalisée en aluminium patiné noir et brut par Francis Guerrier en 2018 (18 000/20 000 €), l’impressionnante Abeille en red cedar et acier inoxydable de Marc Georgeault (5 500/6 500 €) ou encore Le Grand Silence en marbre, béton armé et acier de Joachim Monvoisin (8 000/9 000 €). Un bel éventail de créations aussi bien figuratives qu’abstraites, jouant des volumes ou des apparences, des matériaux et des dimensions toujours gigantesques pour ces sculptures qui prennent toute leur signification dans un espace extérieur. Mais revenons à notre ours, appartenant au grand modèle de cette série tirée à douze exemplaires, réalisé en 2013 par Michel Audiard en hommage à François Pompon (1855-1933). Présenté par ce dernier au Salon d’automne de 1922, l’Ours blanc a marqué des générations d’artistes par l’utilisation moderne de formes épurées. Après un rapide passage aux beaux-arts, Audiard commence sa carrière aussi bien par la peinture que par la sculpture. Mais en 1978, il crée sa propre fonderie à la cire perdue, dans laquelle il donne vie à des bijoux ainsi qu’à des pièces monumentales. Toujours très imaginatif, il imagine des «stylos sculptures», faits à partir de matériaux originaux comme les météorites ou le bois pétrifié. Leur succès dépasse les frontières ! Il se distingue ensuite dans les années 2000 avec ses Passages, des portraits découpés dans de l’acier rouillé et jouant des effets de lumière et de matière, et ses très colorés Z’Animaux musiciens, conçus en collaboration et pour le directeur général d’Universal, Pascal Nègre. Ces dernières années ont vu naître des animaux gigantesques en résine polyester. Ces gorilles, baleines, tortues, éléphants et ours sont nés sous le crayon de l’artiste. Les dessins sont ensuite enregistrés par un ordinateur qui guide un laser, chargé de découper en strates les corps des animaux. Une version moderne et technologique de la sculpture, en perpétuelle évolution !
Samedi 18 août, Lancieux.
Rennes enchères OVV. Mme Criton.
René-Yves Creston (1898-1964), sujet en faïence polychrome représentant le Pêcheur de Paimpol Terra-Neuva, tenant une morue, signé en creux, manufacture Henriot vers 1930, h. 38 cm.
Estimation : 3 000/4 000 €
Portrait d’un Terre-Neuvas
Un bel hommage à la Bretagne et à ces héros  que sont les terre-neuvas, qui partaient dans des mers lointaines et dangereuses pour en rapporter le poisson, denrée indispensable à l’économie de leur région. La pêche à la morue à Terre-Neuve, au large du Canada, a débuté au XVIe siècle et connu son apogée au XIXe, notamment dans les grands ports du nord de la Bretagne comme Saint-Malo ou Paimpol. C’est de cette ville des Côtes-d’Armor que vient notre personnage, qui s’apprête à vider une morue avec son couteau. Réalisée pour la manufacture Henriot, à Quimper, cette faïence n’était jusqu’alors connue que par un exemplaire conservé au musée des Marais salants de Batz-sur-Mer. Emmitouflé dans ses vêtements chauds, son bonnet et son écharpe, l’homme est campé sur ses deux pieds, massif, monumental, une véritable force de la nature, un emblème parfait du travail de René-Yves Creston et de son groupe des Seiz Breur, les «sept frères ». Né durant l’entre-deux-guerres, ce mouvement a été lancé par Jeanne Malivel et le couple Creston, tous animés de la volonté de moderniser l’art breton en s’inspirant de son riche patrimoine. Mieux que quiconque, Creston représente ce renouvellement des arts locaux. Né à Saint-Nazaire, il y effectue ses études avant de s’inscrire aux beaux-arts de Nantes puis à ceux de Paris en 1923. L’artiste pratique la peinture, la céramique, la gravure sur bois et s’adonne même à l’ethnologie au musée de l’Homme. En 1933, celui qui deviendra peintre de la Marine embarque à bord du Pourquoi-Pas ? du commandant Charcot. Direction l’Antarctique !
Dimanche 22 juillet, Brest.
Adjug’Art OVV. M. Gouin.
Pavel Petrovitch Troubetzkoy (1866-1938), Portrait de la danseuse Constance Stewart Richardson, bronze à patine brune signé à la base, fonte à la cire perdue, cachet de fondeur «A. Hebrard», numéroté 2, 67,5 x 62 x 25 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €
Un pas de danse
Esquissant un léger pas de danse, Constance Stewart Richardson (1883-1932) démontre toute sa souplesse et son élégance. La danseuse britannique avait adopté les robes grecques au tissu très fin, à la manière d’Isadora Duncan et de Maud Allan. Ses chorégraphies exécutées les jambes à demi-nues provoqueront de nombreuses polémiques, d’autant plus vives que Constance est issue d’une famille de la noblesse anglaise. Elle est en effet la fille du deuxième comte de Cromartie, Francis Mackenzie (1852-1893). Elle épousera, en 1904, sir Edward Austin Stewart-Richardson, dont elle aura deux fils. La lady se produit à Londres en 1910 mais sa tenue suscite le mécontentement d’Edouard VII en personne, et elle tombe en disgrâce. Elle décide alors de voyager et de tourner dans les pays qui l’acceptent. Elle danse ainsi Judith à Vienne en 1913, puis lors de la tournée américaine de l’actrice française Polaire. Femme de conviction, elle signe également un ouvrage sur l’éducation des enfants, vantant les mérites d’une harmonie entre le corps et l’esprit. Grand voyageur lui aussi, Pavel Troubetzkoy a sûrement été séduit par la personnalité de cette artiste, membre tout comme lui d’une famille de haut rang mais aspirant à une vie de création. Installé à Paris dans les années 1910, le sculpteur russe a réalisé de nombreux portraits de personnalités comme Anatole France, Auguste Rodin, le dramaturge irlandais George Bernard Shaw ou le chanteur russe Fédor Chaliapine.
Lundi 20 août, Deauville.
Tradart Deauville OVV.
Joseph Chinard (1756-1813), statue d’implorante, en marbre blanc, signée, reposant sur une base ovale naturaliste, 102 x 70 x 54 cm.
Estimation : 40 000/60 000 €
Joseph Chinard et l’émotion
Si Joseph Chinard fut célèbre pour ses sculptures néoclassiques de l’époque Louis XVI ou ses portraits du temps de Bonaparte – tels le Buste de Madame Récamier, conservé au musée des beaux-arts de Lyon, ou Madame de Verninac en Diane chasseresse, au musée du Louvre –, il nous offre ici une belle figure d’implorante, au style proche du romantisme. Une preuve du talent de cet artiste lyonnais, apprécié pour le rendu de ses chairs et l’imagination de ses compositions, qui fut aussi le témoin d’une période tourmentée. Cette statue de la fin du XVIIIe siècle a ainsi été réalisée en mémoire du monument éphémère élevé aux Brotteaux, le 29 mai 1795, et dédié «Aux malheureuses & innocentes victimes immolées à Lyon après le siège de leur Patrie», qui fut abattu en janvier 1796. Notre marbre est une évocation de ce cénotaphe en bois et plâtre. Il a été dessiné par l’architecte Claude Cochet, orné des sculptures de Chinard et des strophes de Delandine. Il faudra attendre 1814 pour qu’un autre monument soit érigé. Implorante, notre jeune femme supplie le Ciel d’accueillir les âmes de toutes les victimes de la Terreur à Lyon. Le choix de Joseph Chinard pour la réalisation des sculptures de ce monument était tout naturel. Né en 1756 à Lyon, le sculpteur y effectue toute sa formation, à l’école de dessin, à partir de 1770, sous la direction de Donat Nonotte, puis dans l’atelier d’un autre Lyonnais, Blaise Barthélémy. Il commence sa carrière par plusieurs commandes religieuses dans les années 1780, pour le chapitre de l’église Saint-Paul et pour la primatiale Saint-Jean. Il part ensuite pour trois années à Rome, où il étudie la statuaire antique. Il y réalise également l’exploit, pour un Français, de remporter le premier prix du concours Balestra, à l’académie de Saint-Luc, pour un groupe sur le thème de Persée délivrant Andromède. Bien que favorable à la Révolution – il a d’ailleurs réalisé plusieurs groupes allégoriques dans ce sens –, il est arrêté et emprisonné en 1793 par les Jacobins à Lyon. Soutenu par des intellectuels et des artistes, il sera libéré. Par la suite, il sera souvent choisi pour des commandes publiques et deviendra, sous Napoléon, un artiste connu et respecté, habitué notamment du salon des Récamier.
Dimanche 22 juillet, Chantilly.
Hôtel des Ventes de Chantilly Oise enchères OVV.

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