La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
République démocratique du Congo. Statue d’ancêtre bembe, bois à patine brune épaisse
et laquée, pigments et feuilles, h. 47 cm.
Estimation : 700 000 €/1 M€
Des métamorphoses pour l’au-delà
Tous les hommes, à l’origine, se sont trouvés confrontés aux mystères de la vie ; ils hésitent entre des sentiments de peur, d’émerveillement et de vénération pour la nature qui les entoure. «L’homme primitif trouve une solution pour résoudre ces mystères à travers les rites», écrit Gustave Schindler dans la préface du catalogue de l’exposition Masks and Sculptures from the Collection of Gustave and Franyo Schindler, au Museum of Primitive Art Nelson Rockefeller à New York, en 1966. Les Bembe organisent des sociétés secrètes, se choisissent des chefs et incarnent l’esprit de l’ancêtre dans des masques et statues. «Leur expression simple et directe leur donne une vie propre qui sensibilise le spectateur au but pour lequel ils ont été créés», souligne le collectionneur qui s’intéresse à l’art africain, avec son épouse Franyo, peintre, depuis un voyage en Allemagne – leur pays natal –, à la fin des années 1940. Cette statue bembe, ayant figuré dans leur collection, est fascinante à plusieurs titres. Le premier, à nos yeux d’Occidentaux, a trait à sa puissance esthétique. Depuis plus d’un siècle, l’intérêt pour les arts d’Afrique s’est porté sur les solutions plastiques que les sculpteurs avaient inventées pour rendre tangible le sacré. Il suffit de regarder la force des volumes harmonieux : la tête triangulaire, aux grands yeux en amande placés juste à la ligne séparant le front du reste du visage, plus concave, se termine par l’avancée d’une bouche ovale et ouverte laissant voir la langue. Les tresses stylisées de la coiffure et un fin collier de barbe en accentuent l’effet quasi hypnotique. Le torse allongé, sur lequel repose un bras, l’autre légèrement plié le long du corps, surmonte de fortes jambes fléchies. Les Bembe ont organisé leur monde comme un damier correspondant à des éléments naturels, et adopté une société matrilinéaire, tout en confiant la puissance politique à un chef, un ancien, le plus apte à gouverner. Le jeune Bembe doit subir un parcours initiatique et passer par plusieurs rituels de métamorphose, de la chèvre noire au léopard, symbole unifiant toutes les parties de la nature. Ce peuple a adopté les effigies funéraires d’allégories de ce que le défunt aurait aimé avoir été. Ainsi, explique Viviane Baeke dans la notice du catalogue, «dans l’art Bembe, les apparences sont assez souvent trompeuses. […] Et de fait, malgré les apparences, cette figure représente une ancêtre femme. Le sculpteur s’est en effet attaché à reproduire l’okonono, “le clitoris que les hautes dignitaires du Bùhumbwa se devaient d’élonger, pour souligner leur puissance, leur force et leur noblesse” (Pol-Pierre Gossiaux)».
Mercredi 21 mars, salle 6 - Drouot-Richelieu. Binoche et Giquello OVV.
Mme Menuet, MM. Caput, Dulon.
Bague en or gris ornée d’un diamant taillé en cœur de couleur jaune, pesant 10,20 ct env., dans un entourage de diamants taillés en brillant ; l’anneau serti de diamants.
Estimation : 59 000/60 000 €
La passionnante histoire des diamants
Il y a plusieurs millions d’années, au cœur de la Terre se formaient des pierres que l’on allait qualifier plus tard de «précieuses» ou encore «fines». Témoins des forces physiques et des alliances chimiques qui eurent lieu à l’abri de l’air, elles ont gardé leur éclat et leur couleur des premiers jours. Lorsqu’elles affleurent enfin le sol, ces gemmes attisent la curiosité des hommes, pour qui elles sont d’essence divine. Plus tard, elles acquièrent des «vertus guérisseuses», revenues au goût du jour avec les croyances New Age. Leur utilisation en tant que bijoux est attestée en Mésopotamie, déjà. Le diamant est mentionné dans des textes indiens remontant au premier millénaire avant Jésus-Christ, et les progrès de la taille datent de l’Antiquité et de Byzance. En Europe, après une éclipse pendant le Moyen Âge, le commerce et le travail des pierres précieuses connaissent un nouvel essor à partir du XIIe siècle, à Venise et à Florence en particulier, et gagnent toutes les cours. Les tableaux des souverains les représentent parés de bijoux. Ainsi, Jean-Baptiste Tavernier (1605-1689) fait commerce de pierres précieuses tant auprès de Shah Abbas II que de Gaston d’Orléans, qui finance ses voyages, et de Mazarin ou Louis XIV. L’école des arts joailliers/Van Cleef & Arpels lui rend hommage dans une exposition, «Le fabuleux destin de Tavernier», visible sur rendez-vous. Les créateurs de l’époque se fournissaient auprès de lui pour tailler les gemmes au goût du jour. Une tradition qui perdure avec les grandes maisons de la place Vendôme, Chaumet et Cartier, comme en témoigne ce devant de corsage où sont associés la pureté des perles et l’éclat des diamants. Ce négociant aurait été étonné de la vogue actuelle pour les diamants jaunes, couleur due à la présence d’atomes d’azote dans la structure cristalline. La nuance est plus ou moins intense, la plus recherchée étant la jonquille, encore appelée canari, dont le jaune soutenu associé à des brillants blancs est du plus bel effet. Que dire de la taille cœur de cette bague ? C’est un cadeau qui se passe de paroles…
Vendredi 2 mars, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez OVV.
Albert Chaminade (1923-2010), Emblème terre et eau, 1972, huile sur toile, 130 x 97 cm.
Estimation : 800/1 000 €
Albert Chaminade, la nature, la lumière, l’émotion
Même dans l’abstraction, la nature forme souvent la base de l’œuvre. L’artiste revendique son appartenance au «paysagisme abstrait». Parmi tous les «ismes» de la seconde moitié du XXe siècle, cette école a été laissée de côté. Les artistes de cette mouvance ont tenu bon vaille que vaille, poursuivant leurs recherches, dans le cas de Chaminade vers un dépouillement d’où jaillit la lumière. «Quand on commence à peindre, on en met toujours trop, expliquait Albert Chaminade. Puis, plus on avance et plus on élimine pour être beaucoup plus expressif, pour atteindre une plus grande pureté.» Des couleurs, brossées comme des traces, naît l’émotion… Il a consacré sa vie à la peinture, en parallèle d’une carrière de professeur. Peut-être que ce contact permanent avec la réalité de l’enseignement lui a justement permis d’appréhender l’essence de cette abstraction qu’il recherchait. De ses voyages en Auvergne, dans la baie de Somme, en Normandie ou en Bretagne, il rapportait des souvenirs de paysages. Le peintre les recomposait, trouvait la structure adéquate – inspirée de Cézanne – pour traduire les visions lumineuses éphémères, à la manière de Turner, du vent, de l’eau circulant à travers les plans. Les fonds beiges et blancs irradient des traces de bleu, vert, ocre. Dominique Maltier, qui prépare une monographie de l’artiste, résume ainsi son parcours : «Pendant cinquante ans, Chaminade a traduit les émotions que nous pouvons ressentir devant un paysage ou un phénomène atmosphérique, au moyen d’une écriture gestuelle très personnelle et d’une palette de couleurs restreinte.»
Vendredi 2 mars, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV.
Peter Lindbergh (né en 1944), Kenzo, portrait du couturier, 1982. Tirage argentique dédicacé : «Kenzo 1982 Pour toi Peter», image : 52,5 x 36,5 cm.
Estimation : 500/800 €
Le noir et blanc à l’honneur
Peter Lindbergh, icône de la photographie de mode, reconnaît ses liens avec le cinéma, bien avant de s’orienter vers les campagnes de presse des collections haute couture et la starisation des «top models» : «Ce qui m’a influencé, ce sont les films de Fritz Lang et de Pabst ; et avant tout Metropolis, parce que Metropolis traitait d’un thème proche de ma vie : l’usine. L’immensité du lieu, mais aussi les détails comme le «change of shift», tout ça, je l’ai vu en vrai dans l’usine de Krupp dans ma petite ville. Dans Metropolis, j’ai vu ces mêmes scènes de tous les jours, transformées dans un langage visuel très sophistiqué et dramatique.» On connaît ses photos de mannequins sur fond d’usines, de ville industrielle ; le plus frappant est certainement son respect de la personnalité du modèle, le soin de garder la fraîcheur de la spontanéité. Comme c’est le cas ici pour le portrait de Kenzo, où il retient toute la gentillesse et la politesse du couturier japonais. En 1980, Peter Lindbergh collabore aux campagnes de presse de la marque, et des liens se sont créés entre les deux artistes. Un fort contraste de lumière dessine une ombre filiforme et marque l’imagination. «Pour moi, le noir et blanc traverse la peau, la couleur, souligne-t-il. Elle s’arrête à la surface. Je vois mieux en noir et blanc, et je vois mieux en photo qu’en vrai.» Dans son entrevue, en 2008, avec Charlotte Cotton, directrice du département de photographie du Lacma, à Los Angeles, Peter Lindbergh développe son choix : « Ce qui est frappant avec le noir et blanc, c’est à quel point cette technique aide vraiment à communiquer une impression de réalité."
Vendredi 2 mars, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Le Mouel OVV. Mme Esders.

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