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Auguste-Xavier Leprince (1799-1826), La Mission française à Barcelone en 1821, lors de l’épidémie de fièvre jaune, toile, 1822, 120 x 98 cm.
Estimation : 40 000/60 000 €.
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| À la une |
| C’est un fait, Auguste-Xavier Leprince reste méconnu. Le peintre a pourtant sa place parmi les meilleurs paysagistes de sa génération. Au musée du Louvre, aile Sully, on peut admirer son Embarquement de bestiaux entre les tableaux de Taunay et de Bidault, non loin des oeuvres de Valenciennes et de Michallon. Pas mal pour un deuxième couteau ! Auguste-Xavier, formé par son père, reçu au Salon à dix-neuf ans à peine, sera lauréat du concours d’esquisses de paysages historiques en 1826. Son chef-d’oeuvre, le paysage montagnard de Susten, séduira cette même année le roi Charles X, qui en fera l’acquisition. Mais est-ce là la seule gloire de l’artiste ? Rare, l’oeuvre de Leprince, disparu à vingt-sept ans, dépasse le simple cadre de la peinture de paysage. Tenez, son Embarquement de bestiaux dans le port de Honfleur. Les vieilles maisonnées du petit port normand abritent au premier plan une foule bigarrée. Imaginez une scène de genre à la Boilly, mais en format XL, celui généralement réservé au grand genre. Ce qui nous amène à notre tableau : La Mission française à Barcelone en 1821. Sous la grande arche s’affaire une multitude de personnages, hommes, femmes, religieux ou simples civils. Le métier est soigné, la facture délicate avec ce qu’il faut de "léché", la lumière, chaude, presque théâtrale. Voilà la recette de Leprince, manière qui lui assura un certain succès. Il faut dire que l’artiste reste un fervent adepte de la leçon flamande, inconditionnel du goût hollandais alors en faveur sous la Restauration. Mais ici le peintre dépasse la simple anecdote et entre dans l’histoire, via le récit contemporain. Barcelone, 1821 : un brick venu de Cuba apporte la terrible épidémie de fièvre jaune, qui, à la faveur de l’été catalan, gagne rapidement la ville. Bilan : 20 000 morts. La France des Bourbons, alors soucieuse de revenir dans le concert des nations, décide d’envoyer sur place une mission humanitaire, deux religieuses et six médecins, les docteurs Bailly, François, Pariset et Mazet, notamment, venus étudier et tenter de soigner cette maladie contagieuse. Mazet, lui, ne regagnera jamais Paris... Autre mesure mise en oeuvre par la France : une troupe de 15 000 hommes déployée dans les Pyrénées. Objectif sanitaire ou dessein politique ? En 1823, ces mêmes troupes entrent en Espagne combattre un autre fléau, le libéralisme ! Notre tableau, commande de Louis XVIII, se lit donc comme un plaidoyer du régime royaliste. Vous l’aurez compris, la petite histoire au secours de la grande... |
Fontainebleau. Dimanche 8 juin.
Jean-Pierre Osenat Fontainebleau SVV. M. Millet. |
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Gérard Rancinan (né en 1953), Yan Pei Ming in red, 2007, tirage argentique monté sous plexiglas, 180 x 176 cm. Estimation :15 000/20 000 €.
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| Photographe et peintre : une fusion |
| Il y a parfois des moments magiques où, le temps d’un déclic, une fusion émotionnelle crée une image dont la beauté purement plastique s’enrichit de l’entente entre le sujet et son photographe. Gérard Rancinan est un photographe professionnel très demandé, courant le monde pour couvrir l’événement tant politique que sportif. Il est aussi invité sur les plateaux de tournage, appelé par des marques de luxe et fait poser devant son objectif stars et artistes. Des succès qui lui ont permis de fonder sa propre agence et de financer des projets plus ambitieux. Profondément intéressé par la peinture, Rancinan fréquente les galeries. "La photographie et la peinture se nourrissent mutuellement et partagent la même démarche engagée pour des idées humanistes et (pour) faire avancer la société", aime-t-il à rappeler. Un beau jour, il achète une oeuvre de Yan Pei Ming. Quelques années plus tard, un ami lui rend visite, accompagné de l’artiste. Un lien se noue, puis se fortifie. Au fil des conversations, le peintre chinois installé à Dijon avoue "son rêve d’être dans Paris Match, pour lui la consécration artistique suprême. Devant l’étonnement du photographe, qui travaille pour ce magazine, il évoque ses années en Chine où circulaient sous le manteau des exemplaires de cette revue proposant des reportages sur Picasso et autres artistes célèbres... Rancinan adhère au projet, le mûrit et, enfin, organise des séances de prises de vue, dont la mise en scène doit s’adapter au style de l’artiste. "Ming, c’est géant" offre la consécration tant désirée. Une première séance souligne l’oeuvre en gris. Le peintre devient un hiératique guerrier devant son portrait de Bruce Lee - "Je peins comme si je faisais la guerre", confiait-il en 2004 à Virginie Luc. Un corps à corps triomphant. Le dialogue se poursuit pour l’oeuvre en rouge (voir photo), saisissant double portrait ! Yan Pei Ming, devant son Autoportrait, interpelle directement le photographe et, à travers lui, le spectateur. Les deux hommes partagent l’ambition "de raconter l’humanité". Pour un autre projet qui lui tenait à coeur, Gérard Rancinan fait réaliser un décor reprenant le Radeau de la Méduse, l’une des icônes du Louvre. Un sujet provocateur : l’immigration, avec ces voyages dans des conditions trop souvent tragiques et tout cet espoir trop souvent déçu, raconte une tragédie comme la toile de Géricault. Le photographe fait poser des immigrants des quatre coins du globe pour composer un tableau vivant du naufrage d’illusions d’une vie meilleure. Il faut dire que les premiers souvenirs de cet homme né à Talence, à quelques encablures du port de Bordeaux, sont faits de bateaux paraissant amarrés au bout de la rue, des parfums appelant au voyage, à la découverte d’un monde derrière cet horizon de l’océan. Le dernier tirage d’une édition à trois exemplaires du Raft of illusions 2008, pour laquelle il faut quand même prévoir 40 000 €, figure dans cette vacation de photographies modernes et contemporaines. Si la mise en scène fut éphémère, la photo demeure une "vraie photo", celle qui suscite l’émotion. Gérard Rancinan, lui, est déjà ailleurs. |
Mardi 14 mai, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Millon & Associés SVV. M. Goeury. |
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République démocratique du Congo. Cariatide, bois, h. 53 cm. Estimation : 35 000/40 000 €.
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| Statuaire hemba |
| À la fin du XVIe siècle, le peuple hemba, probablement originaire de Tanzanie, commence une migration qui le mènera, dans les premières années du XIXe siècle, à s’installer au bord de la rivière Luika, où vivaient les Lubas. Le voisinage ne fut pas sans conflits, mais s’avéra néanmoins bénéfique pour la statuaire hemba. Ainsi les sièges cariatides luba sont-ils adoptés. Cet exemplaire présente cependant la particularité d’être formé par une statuette masculine portant l’assise, au lieu de l’habituelle figure féminine. Une distinction qui lui a peut-être valu d’être reproduit en 1905 dans le catalogue de William Oldman, Ethnological Specimens, n° 26 (Londres). Ce marchand d’objets ethnographiques du monde entier éditait des catalogues illustrés tous les mois et parfois tous les quinze jours. On pense que ce type de sièges était considéré comme la demeure de l’esprit de l’ancêtre. Par son aspect hiératique, ses volumes puissants, il rappelait au public ce qui est glorieux et juste c’est-à-dire la place du chef entre son peuple et les ancêtres, qui le guident dans la gestion des affaires. Le sculpteur a particulièrement soigné les modelés et le visage : les yeux mi-clos, le nez mince et allongé, la fine barbe taillée. Sculptée dans un bloc d’arbre, cette figure possède une remarquable densité sans être massive. Les jambes légèrement fléchies apportent une dynamique à ce siège majestueux, probablement à usage plus symbolique que fonctionnel. |
Jeudi 15 mai, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Camard & Associés. MM. Amrouche, de Monbrison. |
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Marcel Proust (1871-1922),
Les Plaisirs et les Jours, Paris, 1896. Exemplaire de l’édition originale avec envoi autographe. Estimation : 25 000/30 000 €.
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| Clément et Rita de Maugny |
| C’était un couple dans le vent. Clément et Rita de Maugny avaient pour eux l’élégance insouciante de l’aristocratie et la beauté. Lui est né à Saint-Pétersbourg, dans une famille alliant noblesse italienne et française du côté paternel et polonaise par sa mère. Rita Bussé est la fille d’un banquier berlinois et d’une noble polonaise. Leur mariage à Nice, en 1902, redonna de l’éclat, une nouvelle vie, au château de Maugny. En ces derniers jours de la Belle Époque, avant l’effondrement des jours heureux et le carnage de la Grande Guerre, ils recevaient dans leur château savoyard toute l’aristocratie européenne. Mais aussi Marcel Proust, qui écrivait à son ami Clément, en janvier 1916 : "Combien j’aime, combien je regrette Thonon. Tout ce temps où l’on était heureux sans le savoir." Le premier séjour de l’écrivain sur les rives du lac Léman date de 1899. Le petit train qui relie Évian à Thonon, s’arrêtant à toutes les gares et desservant aussi des groupes de villas, se retrouve dans les pages de La Recherche. Proust rend visite à Clément de Maugny au château de Lausenette, d’où ils admiraient le mont Blanc en train de rosir. Un jour de juillet, il offre à son ami, rencontré à Paris chez les Ludres, Les Plaisirs et les Jours avec un long envoi autographe qui couvre les quatre premières pages et un commentaire en page 198, au chapitre Amitié. Lors d’un autre séjour, en 1905, Proust fait la connaissance de Rita, et tombe sous le charme. Ainsi a-t-il écrit la préface de l’album de caricatures réalisées par Rita sur le milieu hospitalier pendant la Première Guerre mondiale, Au Royaume de Bistouri, dont un exemplaire est ici estimé 500 €. |
Mercredi 14 mai, salle 9 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30.
Brissonneau SVV. M. Martin. |
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Paul Marsan dit Dornac, pseudonyme de Paul Cardon (1858-1941), Henri Bergson, le 20 mai 1908, épreuve d’époque sur papier citrate, 11,1 x 17 x 2 cm.
Estimation : 4 000/5 000 €.
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| Les contemporains chez eux par Dornac |
| Derrière le pseudonyme Paul Marsan, dit Dornac, se cache Paul Cardon. Ce photographe et éditeur entreprend à partir de 1887 une série intitulée "Nos contemporains chez eux", véritable galerie de portraits des personnalités connues de l’époque. S’y côtoient hommes politiques, artistes, savants, écrivains, etc. La série est vite connue, de nombreux clichés ayant été reproduits dans la presse, d’autres édités. Son célèbre Portrait de Verlaine au café François Ier à Paris fut ainsi maintes fois reproduit. Grâce à l’apparition sur le marché de sa collection personnelle, composée de 182 clichés, on a désormais des renseignements très précis concernant par exemple la date des prises de vue, Verlaine ayant été surpris le 28 mai 1892. Cette épreuve comprend aussi un poème autographe sur le montage. Comme pour les autres envois, le texte ne se rapporte pas à l’image. Après la prise de vue, Dornac laissait au portraituré, ou lui envoyait, un montage vierge où quelques lignes tracées au crayon délimitaient la place de la photo. Grâce à ce stratagème, il s’est constitué une collection d’épreuves dédicacées. Estimée 15 000 €, comme l’épreuve du Verlaine, celle de Mallarmé comporte également un poème autographe : "Voici, lieu des instants élus/Que tu connais le photographe/Il reproduit jusqu’à ton plus/Flottant songe et, moi, je paraphe". Lors de cette séance de pose, le 22 avril 1893, le poète est assis près d’une cheminée surmontée d’un meuble ouvert laissant voir le portrait de Baudelaire. Sur une autre épreuve, pour laquelle il faut compter 1 500 €, Mallarmé est debout devant son portrait par Manet. Peintres et sculpteurs posent le plus souvent dans leur atelier, les écrivains, tel Émile Zola, sont assis à leur table de travail entourés d’objets témoins de leur goût. On peut ainsi voir Émile Verhaeren devant un tableau de sa collection et un vase art nouveau, Pasteur trônant dans un salon bourgeois, ou l’astronome Janssen tout petit sous l’énorme lunette... On aperçoit la silhouette de Gustave Eiffel, au fond de sa bibliothèque, sur une épreuve d’époque sur papier albuminé estimée 1 000 €. Quant au président Sadi Carnot, il est assis derrière un grand bureau surchargé de piles de livres et de dossiers. La photo la plus attachante est peut-être celle du philosophe Bergson avec un long envoi : "La physionomie est mobile comme l’âme, dont elle est le reflet. Comment notre portrait nous ressemblerait-il tout à fait, alors que nous ressemblons si peu à nous-mêmes. [...] Mais s’il choisit le moment caractéristique, celui qui résume notre passé et qui annonce notre avenir, il fait mieux que la nature." CQFD. |
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Vendredi 16 mai, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Piasa SVV. M. Di Maria.
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Joel-Peter Witkin (né en 1939), Courbet in Rejlander’s Pool, 1985, tirage argentique, numéroté 2/3, 71 x 71 cm. Estimation : 18 000/22 000 €.
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| Courbet revisité |
| Cette vente de photographies célèbre l’un des artistes majeurs de la spécialité, Joel-Peter Witkin. Ce natif de Brooklyn n’en est pas à son premier hommage. Invitée du Guggenheim de New York en 1995, son oeuvre fut également présentée lors de l’exposition "2000 ans de création d’après l’Antique", au musée du Louvre en 2000. Marqué à l’âge de six ans par la vue d’un sanglant accident de voiture, Witkin tente de révéler la part d’ombre, celle de toute chose, celle de chaque homme. L’artiste photographie des monstres, des cadavres, des androgynes, des invalides dans des mises en scène provocatrices, un univers ô combien troublant. Ses sujets se révèlent dans toute leur horreur ou toute leur beauté. Ainsi, Witkin revisite des scènes allégoriques ou des figures mythologiques. Notre Courbet dans le bain de Rejlander rend un double hommage au maître du réalisme et à sa Baigneuse à la source, conservée au musée d’Orsay, ainsi qu’au photographe suédois Oscar Gustav Rejlander. Ce dernier avait amorcé sa carrière comme copieur de maîtres anciens avant de devenir, dans la seconde moitié du XIXe siècle, le photographe le plus prisé de Londres. Un même thème unit les deux artistes : le nu. Rejlander fut le premier à photographier la nudité, Courbet à la peindre de façon naturelle, sans le filtre de l’antique. De notre photo émane un érotisme dérangeant, suggéré notamment par les tatouages - l’épouse de Witkin, Cynthia, est un artiste tatoueur - et par le jeu des drapés. L’artiste fait tomber les tabous, renvoyant in fine le spectateur à ses propres angoisses et à sa condition de mortel. |
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Deauville, samedi 10 mai.
Artcurial Deauville SVV.
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