La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Sir William Beechey (1753-1839), Portrait de Kenneth Dixon (1782-1814) jouant au volant, huile sur toile, 135 x 100 cm.
Estimation : 40 000/50 000 €.

 
Léger comme une plume
Contemporain de sir Joshua Reynolds, portraitiste et premier président de la Royal Academy, William Beechey se spécialise dans ce genre, tout en fournissant quelques peintures d’histoire, inspirées de la mythologie antique ou de la littérature anglaise. Père d’une très grande famille – cinq enfants d’un premier mariage et seize du second –, il sut donner vie aux portraits de garçonnets et fillettes de la gentry. En 1907, dans sa monographie dédiée au peintre, William Roberts qualifie Kenneth Dixon enfant jouant au volant d’admirable. Si le garçonnet s’exerce à ce passe-temps dans un paysage plus que convenu, c’est son costume noir, éclairé par une chemise volantée blanche, et son incroyable chapeau orné de plumes qui retiennent l’attention. Le regard concentré sur le volant, la main tenant fermement la raquette bordée de rouge, les boucles blondes encadrant son visage aux joues roses : ces détails soulignent une observation minutieuse et une profonde empathie pour le jeune modèle. Beechey a bénéficié d’une longue carrière, près de soixante ans. Installé à Norwich, il est réputé pour ses portraits, en pied ou en buste, dont un certain nombre sont envoyés chaque année à l’exposition de la Royal Academy. Celui de Charles Herbert, frère de Lord Carnarvon, brossé en 1789, lui apporte non seulement la reconnaissance de l’institution mais lui ouvre les portes de l’aristocratie, des grandes fortunes bourgeoises, et bientôt de la cour. Désormais installé à Londres, il peint, en 1793, la reine Charlotte, ce qui lui vaut d’être nommé académicien et peintre officiel de la reine. Cinq ans plus tard, il est annobli par le roi George III en récompense de son tableau, figurant le monarque et le prince de Galles passant des troupes en revue ; cette peinture a disparu, en 1992, dans l’incendie d’une aile du château de Windsor. Considéré dans sa jeunesse comme un vagabond infréquentable, il est maintenant recherché pour son caractère joyeux, son urbanité et son talent de conteur d’anecdotes. Sir William Beechey fréquente la gentry, comme la famille Dixon, résidant à Totteridge, au nord de Londres. Les grandes propriétés attirent encore de nos jours les célébrités comme Arsène Wenger et Cliff Richard. Au printemps 1902, ce tableau a été acquis dans une vente aux enchères pour la somme de deux cents guinées.
Mercredi 11 mai. Drouot-Richelieu, salle 1-7.
Daguerre SVV. Cabinet Turquin.



 
Pectoral de Torah en argent gravé, en partie doré, et pierres de couleur, XIXe siècle, 36 x 26 cm - poids brut : 962 g.
Estimation : 15 000/20 000 €.
Pectoral vénéré du judaïsme
Sous inspiration divine, Moïse écrit les cinq premiers livres de la Bible : la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Ils constituent la Torah dans la tradition juive. Ils retracent l’histoire des patriarches et du peuple d’Israël, ainsi que la propre histoire du guide du peuple hébreu hors de la servitude égyptienne, et le premier prophète nommé «homme de Dieu». Selon la tradition, Moïse écrit «sous la dictée de Dieu» les Dix Commandements et des lois religieuses, sociales et alimentaires ; c’est la Torah écrite, les commentaires attribués à Moïse constituant la Torah orale, compilée ultérieurement dans le Talmud. Ces textes sont à la base de l’enseignement du judaïsme et des préceptes qui rythment la pratique de la religion, comme le chabbat, le repos du septième jour que Dieu observa lors de la création du monde. Le pacte d’alliance – conclu avec Abraham, dont la circoncision est le symbole de la soumission à Dieu, garant du libre arbitre –, doit se manifester par le respect de l’autre et un comportement éthique. Ce livre se présente comme il était à l’origine : un parchemin fixé à deux poignées de bois, scrupuleusement calligraphié par des scribes qualifiés. À un ouvrage aussi précieux et saint, divers accessoires sont adjoints, comme le pectoral, plaque de métal – le plus souvent en argent – sur laquelle sont gravés des symboles et des versets. Il s’attache à une fine chaîne métallique, suspendue aux poignées du rouleau fermé. Un velours richement brodé et une couronne complètent l’ensemble de ces revêtements. Ce pectoral porte une inscription en hébreu : «Offert par Isaac surnommé Isidore fils de Naphtalie Dreyfus Zal de la ville de Haguenau et de sa femme Hindélé surnommée Henriette fille de notre maître Haym Yehoudah Dreyfus Tammouz 1879». La Torah avait très probablement été offerte par le couple à leur communauté : un cadeau très précieux.
Mercredi 4 mai, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Ader SVV. M. Fraenckel.

 
Patrick Jarnoux (1946-2014), Portrait de David Bowie à l’occasion de sa tournée mondiale Isolar, 1976, tirage postérieur sur papier baryté, édition 1/1 ; encadrement bois noir et passe-partout 5 cm tournant, 52 x 78 cm.
Estimation : 1 500/2 500 €.
Chaque photo est une histoire
Olivier Royant, directeur de la rédaction de Paris Match, est conscient de la portée de cette phrase. Il l’a placée en exergue de sa présentation de la vente de quelque 140 photos choisies par Agnès Vergez, directrice du développement photo, et Marc Brincourt, rédacteur en chef du service photo. Le magazine est fondé sur un principe sacro-saint : pas de reportage sans photo. Depuis 1949, chaque numéro nous livre ainsi un événement, un fait divers, une inauguration et même quelques indiscrétions sur ceux que nous appelons aujourd’hui les «people». Au moins trois générations de journalistes ont travaillé aux quatre coins du globe pour couvrir l’actualité, ayant toujours en tête l’humain, comme l’exigeait l’industriel et patron de presse Jean Prouvost. Ainsi, Maurice Jarnoux, le plus ancien photographe du magazine, a débuté sa carrière dans le premier numéro de Match, magazine sportif lancé par Prouvost en 1935. Son fils, Patrick, l’auteur de cette photo, entre au labo à l’été 1964 ; comme tous les nouveaux, il va en gravir les échelons – glaçage des tirages, tirage, enfin développement des films noir et blanc, puis couleur. Cinq ans plus tard, il est présent lors du meeting tenu par Georges Pompidou en campagne, à Strasbourg, où il s’adresse à la jeunesse un an après les événements de Mai : «Nous vivons une époque où tous les cadres traditionnels, tous les fondements traditionnels dans lesquels se mouvaient, sur lesquels s’appuyaient la société et les individus, craquent ou sont ébranlés.» Le cliché offre à l’auteur sa première couverture. On doit aussi à ce paparazzi avant l’heure le «scoop» sur John Wayne, descendu sur son ponton pour observer une course de hors-bord devant sa propriété en Californie. En 1976, Patrick Jarnoux est envoyé couvrir l’Isolar Tour de David Bowie, suite à son album Station to Station, qui commença le 2 février, au Pacific National Exhibition Coliseum de Vancouver, et se termina en France au Pavillon de Paris, le 18 mai, la séance du lendemain ayant été annulée.
Mardi 3 mai, 6, avenue Hoche, à 19 h.
Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV.
Fernand Léger (1881-1955), Plongeurs polychromes, vers 1949-1950, gouache et encre de chine sur papier, 53,5 x 48 cm.
Estimation : 150 000/200 000 €.
Représenter le mouvement
Comment reproduire sur une surface plane l’impression de mouvement ? Le défi n’est pas mince avec peu de personnages, mais comment faire lorsque vous avez sous les yeux le ballet de dizaines ou de centaines de personnes ? Préoccupé par ces questions, Fernand Léger s’y attelle au début de la Seconde Guerre mondiale. Il en rapporte la genèse : «En 1940, je travaillais mes plongeurs à Marseille, cinq ou six personnes en train de plonger. Je pars aux États-Unis et je vais un jour dans une piscine. Les plongeurs n’étaient plus cinq ou six, mais deux cents à la fois. Allez vous y reconnaître ! À qui la tête ? À qui la jambe ? À qui les bras ? Je ne savais plus.» Sa solution : séparer les membres, combiner les couleurs afin de créer soit une idée d’apesanteur, soit celle de la chute des corps. Le peintre raconte encore : « En faisant cela, je crois être beaucoup plus vrai que Michel-Ange quand il étudie le détail des muscles de chaque membre [à propos de la chapelle Sixtine] […] Moi, je vous assure que lorsque les garçons de Marseille se précipitaient dans l’eau, je n’avais pas le temps d’apercevoir les détails, et mes plongeurs, ils tombent.» Le peintre, imprégné de ce thème, brosse une série de dessins et de toiles, espérant trouver un commanditaire pour réaliser ce motif en grand. Wallace Kirkman Harrison, architecte, entre autres, du Rockefeller Center et du Metropolitan Opera de New York, lui offre cette possibilité en lui demandant de décorer le mur de la salle à manger de sa maison de West Hills, à Huntington dans l’État de New York. Proche de l’artiste, il lui avait aussi confié le soin de décorer le sol de sa piscine… Les Plongeurs reviennent en France avec Fernand Léger, qui conserve le tableau dans son atelier «comme référent de sa période américaine, exprimant avec une puissante dynamique le mouvement des formes et des corps humains affranchis de toute gravité», lit-on dans la notice du musée national Fernand-Léger, à Biot.
Mercredi 4 mai, Espace Tajan, à 15 h.
Tajan SVV.
Ferrari F430 scuderia 2008.
Estimation : 160 000/180 000 €.

 
Ferrari de compétition
Une Ferrari Testarossa 4.9 de 1989 attirera tout d’abord notre attention. Avec ses 117 205 km au compteur, elle sera présentée affichant une estimation de 70 000/75 000 €. La Testarossa demeure un modèle mythique de la marque italienne, car ce fut l’avant-dernière voiture de série à sortir des usines de Maranello avant la mort d’Enzo Ferrari. Avec son bloc-moteur central arrière 12 cylindres à plat de 390 cv, elle peut atteindre les 290 km/h. Elle fut présentée en 1984 et, jusqu’en 1996, seuls 7 177 exemplaires furent produits. Le nôtre provient d’une version légèrement évoluée, avec ses deux rétroviseurs positionnés plus bas et ses roues à fixation classique à cinq écrous. On s’arrêtera ensuite devant la 208 GTB Turbo,  aussi de 1989, avancée à 90 000/95 000 €. Le modèle 208, avec sa superbe carrosserie signée Pininfarina, fut commercialisé pour le marché transalpin afin de répondre aux nouvelles pressions fiscales sur la TVA concernant les véhicules de plus de 2 litres de cylindrée. Mais, critiqué pour le manque de puissance, le constructeur lui ajouta un turbo afin de dépasser les 200 chevaux. Moins de 500 exemplaires furent fabriqués dans cette version. On vous a cependant réservé le plus beau pour la fin, avec cette F430 Scuderia mise en circulation en mars 2008… et affichant à peine 20 000 km au compteur. Ce véritable bolide sur route a été développé avec le concours de Michael Schumacher. Il a permis à la marque de montrer sa capacité à adapter ses innovations techniques F1 dans des voitures de production en série. Un passage rendu notamment plus aisé par Jean Todt. Par rapport à la F430, la Scuderia présente une plus grande efficacité encore, avec 510 cv et une vitesse de pointe de 325 km/h. Elle possède également une boîte de vitesse robotisée deux fois plus rapide que le modèle d’origine et pèse 100 kg de moins, grâce à un intérieur plus sobre. Autant de véhicules entrés dans la légende…
Samedi 30 avril, Beauzelle.
Toulouse Enchères Automobiles SVV.
Jules Breton (1827-1906), Vue d’Antibes, huile sur toile signée et datée, 42,5 x 63,5 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €.
Jules Breton à Antibes
Ce tableau sera la tête d’affiche de cette vente de prestige. Et pour cause : il représente une superbe vue de la ville d’Antibes. Son auteur n’est pourtant pas un habitué de la région. Jules Breton, «peintre paysan» comme il se surnommait lui-même, est plutôt versé dans les paysages et scènes des champs des alentours de Fontainebleau. Originaire du Pas-de-Calais, Breton est orphelin de mère à l’âge de 4 ans. Il est placé dans un pensionnat de Saint-Omer, puis au lycée royal de Douai. Il fait ensuite son apprentissage artistique à Gand auprès du peintre d’histoire Félix de Vigne, dont il épousera la fille. Après cette formation académique, il se rend à Paris, où il intègre les ateliers d’Ingres et de Vernet. Mais, la nature et ses souvenirs d’enfance dans le Nord se rappellent bientôt à lui. Il peint désormais dans des villages autour de Fontainebleau, auprès d’artistes naturalistes avant-gardistes, des scènes rurales qu’il réussit à élever au rang de grande peinture grâce à son style à la fois réaliste et magistral. Au nombre de ses admirateurs, on peut citer Vincent Van Gogh, qui se rend dans son village natal de Courrières pour tenter de le rencontrer, mais aussi l’impératrice Eugénie, qui achète au Salon de 1859 son tableau Le Rappel des glaneuses, aujourd’hui conservé au musée d’Orsay. En 1865, Jules Breton est séduit par la Bretagne et en particulier la région de Douarnenez, où il séjourne l’été, puis par la région d’Antibes ! Selon la spécialiste Annette Bourrut Lacouture, il s’y rend en 1876 auprès de sa nièce mourante, Julie, la fille de son frère cadet Louis. Il y retournera l’année suivante accompagné de son frère et en profitera pour peindre plusieurs paysages et études lumineux et colorés, dont cette vue des remparts de la ville, qu’il reprendra plusieurs années après, notamment en 1884, comme l’indique le journal de son épouse Élodie. À la date des 30-31 mars, on peut lire : «Jules a terminé et signé son petit tableau des remparts d’Antibes.»
Samedi 30 avril, Antibes.
Étude Carvajal.
Aurelio Arteta (1879-1940), Famille basque aux champs, vers 1910, huile sur toile, 198,5 x 219,5 cm. Estimation : 40 000/50 000 €.
 
Angélus basque
Tout le caractère du Pays basque grandeur nature ! Cette impressionnante toile de plus de 2 mètres de hauteur est l’œuvre d’Aurelio Arteta, vers 1910. De qualité muséale, cette commande particulière est par la suite passée par la collection de Quintin Torre (1877-1966), sculpteur biscayen, ami de l’artiste et cofondateur de l’Association des artistes basques en 1911. On connaît un beau portrait de Torre de la main d’Arteta, conservé dans une collection particulière. Né à Bilbao en 1879, Aurelio Arteta est l’un des plus célèbres peintres de la région. L’artiste espagnol a étudié à l’Académie royale des beaux-arts de San Fernando, à Madrid, avant de séjourner vers 1905-1906 à Paris puis en Italie, influencé autant par les peintres impressionnistes que par ceux de la Renaissance. Il participe en 1911 à la fondation de l’Association des artistes basques et deviendra le premier directeur du musée d’art moderne de Bilbao, créé en 1924. Après la guerre civile espagnole, Arteta s’exile en France puis au Mexique, où il mourra des suites d’un accident de tramway. Monumental et puissant, son art moderne se réfère toutefois à la «grande peinture». Les hommes et les femmes, les véritables protagonistes, y sont projetés au premier plan. Ainsi, dans cette Famille basque aux champs, l’artiste se lance dans une réinterprétation régionaliste du célèbre Angélus peint par Jean-François Millet, en 1857-1859. Aux premiers sons de la cloche de l’église, nos quatre personnages s’arrêtent un instant de travailler afin de prier pour la Vierge Marie et le moment de l’annonce par l’ange Gabriel de la naissance de Jésus. Placés devant les montagnes pyrénéennes, ils sont vêtus de manière traditionnelle et illustrent à eux seuls le Pays basque et ses valeurs : la famille, le travail et la foi.
Samedi 30 avril, Pau.
Gestas - Carrere Enchères de Bourbon SVV.

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