La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Jean-Antoine Houdon (1741-1828), Portrait au naturel de François-Marie Arouet, dit Voltaire, 1778, buste en marbre, h. totale 47,5 cm, l. 21 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €
L’esprit incarné dans le marbre
Reçu avocat au parlement de Metz à seulement 18 ans, Louis-Dominique Ethis (1736-1790) est nommé en 1762 premier secrétaire de l’intendant de Franche-Comté. Il rencontre alors Voltaire, installé à Ferney, et entretiendra une correspondance soutenue avec le philosophe, qui le qualifiera d’«aussi sage que zélé pour la bonne cause». Il lui adresse ses vers, ses discours et ses rapports. Par exemple, en 1767, en réponse à l’envoi d’un Essai sur les pâturages communaux, le père de Candide lui répond : «Vous m’auriez converti si je n’avais été de votre opinion (…) Les petits imitateurs d’Attila ne pourraient plus donner de ces batailles qui dépeuplent des provinces pour s’emparer d’un village». Tous deux espèrent une nouvelle société… En 1772, Ethis de Corny – ayant ajouté le nom du château acquis la même année – rencontre le capitaine de La Fayette, avec lequel il embarquera en 1780 sur l’Hermione. Auparavant, il aura certainement assisté au triomphe de Voltaire à la Comédie Française en 1778 et entendu les louanges unanimes des portraits sculptés par Jean-Antoine Houdon. L’artiste avait obtenu du grand homme, alors âgé de 83 ans, malade et amaigri, quelques séances de pose. Il en livre un incroyable portrait. Loin de l’avoir idéalisé, il a noté ses rides, mais aussi son intelligence narquoise ; il suffit de regarder les yeux pétillants et le sourire, qui en dit long sur sa lucidité. L’avoir devant soi à méditer permet de «n’être point dupe, à ne point prendre pour des vérités essentielles ce qui n’est que mensonge, imposture, illusion du cœur ou routine de l’esprit», écrit René Pomeau. Houdon est assailli de demandes de bustes, dont l’une émanant de Frédéric II de Prusse, que Voltaire avait conseillé de 1750 à 1753. D’Alembert, dans une lettre du 19 septembre 1779, l’informe que «le buste est de 1 000 écus (…) J’oubliais de dire à V.(otre) M.(ajesté) que ce buste est de deux manières, toutes deux très ressemblantes, l’une à l’antique avec la tête nue, l’autre avec la perruque». Rodin, en fin connaisseur, ne tarira pas de louanges : «Quelle merveille ! C’est la personnification de la malice (…) Ces yeux ! j’y reviens (…) Ce sculpteur a su rendre mieux qu’un peintre ou qu’un pastelliste la transparence des prunelles. Il les a perforées, taraudées, incisées ; il y a soulevé des bavochures spirituelles et singulières, qui, s’éclairant ou s’assombrissant, imitent à s’y méprendre le scintillement du jour dans la pupille (…) Le regard, c’est plus de la moitié de l’expression pour ce statuaire. À travers les yeux, il déchiffrait les âmes».
Mardi 31 janvier, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Muizon - Rieunier OVV. M. Froissart.
Luu Van Sin (1905-1983), Bonzesse, peinture sur soie contrecollée sur papier et carton, 1935, 114 x 74 cm.
Estimation : 10 000/15 000 €
Indochine, mythes et réalités
Après un premier opus sur ce thème, le 23 mai 2016, la maison de ventes nous offre un nouveau voyage en Indochine, des années 1860 à 1945. Les récits d’exploration côtoient les livres de propagande, les grès et les bleus de Hué, les pipes à opium, du mobilier, des broderies, des bronzes, des bijoux et des accessoires, des albums de photographies ethnographiques et des portraits officiels. Mais les tableaux dominent, emmenés par une œuvre emblématique de l’univers personnel raffiné du peintre entré en résistance en 1946, et mort au combat en 1954 près de Diên Biên Phù, To Ngoc Van (1906-1954), Trois jeunes femmes en ao dai et trois oiseaux (5 000/7 000 €), et ce portrait de bonzesse par Luu Van Sin. Si les trois figures de To Ngoc Van sont habillées de la robe traditionnelle vietnamienne, d’une élégante sobriété de ligne, notre religieuse bouddhiste se distingue par l’ampleur de son vêtement, ne laissant apparaître que ses mains et son beau visage marqué par le temps, tout entier plongé dans ses méditations. Exposée dans le cadre du «Premier salon de la France d’outremer» – organisé au Grand Palais à Paris, fin 1935, par la Société annamite d’encouragement à l’Art et à l’Industrie – aux côtés d’une trentaine d’autres tableaux de To Ngoc Van, Pham Hau, Vu Cao Dam ou Tran Van Gan, cette peinture fut à nouveau présentée, l’année suivante, au Salon des artistes français. Luu Van Sin, comme To Ngoc Van, a étudié à l’École des beaux-arts de l’Indochine créée  sur le modèle de celle de Paris en 1924, à l’initiative du peintre lyonnais Victor Tardieu, et destinée à accueillir des étudiants venus de toutes les régions recouvrant les futurs Vietnam, Laos et Cambodge. Luu Van Sin et To Ngoc Van enseigneront à leur tour dans cette école. Nos deux tableaux sont conservés depuis de nombreuses années dans une famille française et constituent un témoignage des débuts de la peinture vietnamienne moderne.
Mardi 24 janvier, salle 6 - Drouot-Richelieu. Art Valorem OVV.
MM. Fumeux, Schroeder, Maraval Hutin, cabinet Teisseire-Pellerin.
Wingate Paine (1915-1987), Portraits du mannequin Carla Marlier, 1966, ensemble de 12 Kodachromes, 25 x 20 cm (un reproduit).
Estimation : 10 000/15 000 €
Du portrait en photographie
Au vu de tous les «selfies» cliqués et envoyés de par le monde, on peut affirmer que la photographie et le portrait sont faits l’un pour l’autre. Dès le XIXe siècle, peu après l’annonce de l’invention de ce médium en 1839, tous les genres sont explorés : académique, intime, scientifique ou documentaire, portrait de célébrités… Dans cette vacation, on remarque deux concepts différents. Le premier est le portrait d’une personnalité politique marquante dans ces dernières décennies du XIXe siècle, Garibaldi. On le voit fixant l’objectif d’un regard assuré et néanmoins mélancolique. Le photographe n’est autre que Gustave Le Gray, qui, en route vers l’Orient en compagnie d’Alexandre Dumas, fait escale à Palerme juste conquise par le héros. Dans les années 1920, l’essor de la photo de mode mettant en scène des vêtements, va changer l’art du portrait, qui n’est plus vraiment celui d’une personne, mais du modèle jouant une partition suggérée par l’artiste. La série des Kodachromes de Wingate Paine illustre parfaitement cette nouvelle tendance, toujours au goût du jour. Issu d’une grande famille de la Nouvelle-Angleterre, Wingate Paine se consacre à la photo sur le tard, âgé d’une cinquantaine d’années. Son épouse, Natalie, dirige une agence de mannequins à New York. Pour offrir un hommage amoureux à la «Femme», il entreprend un ouvrage gentiment (par rapport à ce qui est proposé de nos jours) érotique. Carla Marlier, actrice et mannequin, est une des trois femmes alanguies devant l’objectif enamouré de Paine.
Vendredi 27 janvier, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Leclere OVV. M. Benarroche.
Or natif d’Afrique du Sud, dans sa gangue du gisement Witwatersrand (Transvaal), 1,812 kg.
Estimation : 60 000/75 000 €
Une affaire en or
L’essentiel des minéraux cédés au cours de cette vacation de spécialité a appartenu à l’expert et collectionneur français Alexandre Delerm, disparu le 1er février 2016, à près de 90 ans. Homme passionné, cet ancien ingénieur des Mines s’est intéressé durant de nombreuses années au Liban, à la politique, à la Bretagne, au Québec… et bien sûr aux gemmes taillés et aux minéraux cristallisés, dont il avait réuni une importante collection. Quelques centaines à 2 000 € seront aujourd’hui nécessaires pour décrocher ses cailloux aux couleurs chatoyantes et aux formes souvent étranges. À moins que l’on ne préfère tenter sa chance sur ceux d’un autre éminent amateur, le Rochelais Bernard Vaubourg, bien connu au sein de l’association des Amis du Muséum d’histoire naturelle de sa ville. La vedette de l’après-midi, toutefois, est issue d’une autre collection. Il s’agit d’une pièce majeure d’or natif provenant d’un gisement près de Johannesburg, peu cristallisé comme tous les spécimens du gisement Witwatersrand. Découvert vers 1885, il fut acquis par Georges Rouliot – puis conservé par ses héritiers –, administrateur du fonds d’investissement à l’origine de l’exploitation de gisement sud-africain l’année suivante. Un sacré filon, quand on sait que le pays fournira jusqu’à 30 % de la production mondiale au début des années 2000…
Lundi 23 janvier, salle Rossini.
Rossini OVV. M. Durand.

 
Manufactures Royales de la ville de Bruxelles en Brabant, milieu du XVIe  siècle. Fragment (partie droite) de tapisserie, laine et soie ; bordure gauche tissée au XIXe siècle, 280 x 292 cm.
Estimation : 4 000/6 000 €
D’après un des premiers mystères français
Historiographe romain de confession juive et originaire de Judée, Flavius Josèphe livre avant la fin du Ier siècle après Jésus-Christ une histoire des conflits entre Rome et Jérusalem. Ayant obtenu la citoyenneté romaine de Vespasien, son premier écrit relate la Guerre des Juifs, le siège de Jérusalem et la destruction du Temple. Cet ouvrage servit de source d’inspiration pour un mystère rédigé dans les premières décennies du XVe siècle, et attribué à Eustache Marcadé. On connaît peu de choses de la vie de celui-ci : né en Artois, il devient prévôt de Dampierre puis official de l’abbaye de Corbie à partir de 1414 ; on le retrouve doyen de la faculté de Décret, l’ancêtre de la faculté de droit de Paris. On lui attribue un Mystère de la Passion, dit aussi Passion d’Arras. Dans un manuscrit de ce mystère, on en trouve un autre, La Vengeance Jésus-Christ, amplifié plus tard et connu sous le nom de La Vengeance de Notre-Seigneur, qui met en scène la destruction de Jérusalem. On y remarque aussi un élément de la Légende dorée : Véronique aurait guéri Vespasien en lui essuyant le visage avec le Saint-Suaire. L’empereur aurait juré de venger la mort du Christ en prenant la ville sainte. Ce mystère connut un énorme succès au Moyen Âge et inspira notamment une tenture éponyme de très grandes dimensions, probablement 4,2 m de haut et 7 m de large. Plusieurs fragments sont conservés dans des collections publiques, notamment Vienne, Tournai, Lyon, Genève et Saumur.
Vendredi 27 janvier, salle 5 - Drouot-Richelieu,
à 13 h 30. Chayette & Cheval OVV. M. Kassapian.
Lorenzo di Niccolò di Martino (actif de 1392 à 1412), Sainte Catherine de profil à gauche portant la palme du martyre, tempera et fond d’or sur panneau de peuplier cintré, 40,5 x 23 cm.
Estimation : 10 000/12 000 €
Panneau de retable
Les retables, hélas, furent dépecés au cours des siècles, probablement parce que plus faciles à vendre en pièces détachées… À l’instar des objets de fouille vendus hors histoire et hors contexte, ces morceaux orphelins perdent leur sens profond. Ici, on a pu identifier sainte Catherine d’Alexandrie grâce à un bout de la roue dentée visible devant le livre que la vierge tient sous le bras gauche, la palme du martyre étant visible à sa droite. Jeune princesse égyptienne habitée d’une grande foi, Catherine résiste aux avances de l’empereur Maxence, qui veut lui faire abjurer sa religion. Mise au supplice d’une roue dentée, symbole de son martyre, elle meurt décapitée. Sainte Catherine est particulièrement vénérée et figure parmi les quatorze saints auxiliaires, ou intercesseurs, et parmi les quatre vierges cardinales ; dans les panneaux de retable, elle est souvent associée à sainte Barbe. Cette peinture à fond or est attribuée à Lorenzo di Niccolò di Martino, peintre actif à Florence à la fin du XIVe et au début du XVe siècle. Lorenzo collabore avec Spinello Aretino et Gerini au retable du Couronnement de la Vierge de l’église Santa Felicità de Florence, aujourd’hui à la Galleria dell’Accademia de la ville. On lui doit aussi d’autres retables, comme celui de saint Barthélemy de 1401 (Museo Civico de San Gimignano), et celui de San Martino à Terenzano, signé et daté 1402. Ce panneau de sainte Catherine devait appartenir à un ensemble aux dimensions similaires, et s’inscrit dans la tradition héritière de Giotto. Cette œuvre fut à une époque attribuée à Giottino, le fils supposé de ce maître.
Vendredi 27 janvier, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Boisgirard Antonini OVV. M. Bordes.
Govert Bidloo (1649-1713), Anatomia humani corporis… Amsterdam, Joannis von Someren, Joannis Van Dyk, Henrici & Veuve Theodori Boo, 1685. Un exemplaire de l’édition originale, in-folio comprenant 105 planches (sur 106) dont une repliée, gravées d’après les dessins de Gérard de Lairesse (1641-1711) ; reliure en demi-basane brune.
Estimation : 3 000/4 000 €
Bibliothèque médicale
Médecin anatomiste, Govert Bidloo était également connu comme poète, librettiste et auteur dramatique. Il obtient en 1682 son diplôme de l’université de Franeker, fondée en 1584, peu de temps après celle de Leyde, la plus ancienne des Pays-Bas. Trois ans plus tard, Bidloo publie ce remarquable traité d’anatomie, où sont décrites pour la première fois les empreintes digitales. Remarquable en effet à plus d’un titre, cet ouvrage savant comprend une illustration magistrale – chaque planche est accompagnée d’une page de commentaires –, marquant une orientation très différente de celle mise à l’honneur par Vésale dont s’inspirera Odardo Fialetti, quoique d’un style plus maniériste. Les dessins de Lairesse marquent de la compassion pour les disséqués, les écorchés et les cadavres d’enfants prématurés ou difformes. Les figures sont réalistes, drapées ou revêtues de vêtements de nuit, la peau non disséquée représentée avec soin. Des membres disséqués sont mis en situation avec des objets, comme ici l’avant-bras avec le radius et l’ulna placés auprès d’un livre relié ; l’un des muscles longs disséqués évoque d’ailleurs une plume tenue entre les doigts. Ces planches furent reprises dans divers traités ultérieurs, notamment par Guillaume Cowper, médecin anatomiste anglais, dont un exemplaire publié en 1739 figure aussi dans cette bibliothèque, assorti d’une estimation de 2 000 € environ. On retrouve aussi Opera omnia anatomica & chirurgica (Leyde, 1725) de Vésale, en deux volumes grand in-folio (1 500 €), et un exemplaire de l’Essai d’anatomie en tableaux imprimés, qui représentent au naturel tous les muscles de la face… de Jacques Fabien Gautier d’Agoty et François Duverney, paru à Paris en 1745 et attendu autour de 8 000 €. D’Agoty, reprenant le principe de trichromie de Le Blon, livrera l’année suivante son célèbre Traité de myologie avec la planche appelée L’Ange académique : «Une jolie femme aux épaules nues ou plutôt dénudées avec la peau rabattue de chaque côté. Horreur et splendeur viscérale», selon Jacques Prévert.
Vendredi 27 janvier, Espace Tajan.
Tajan OVV. Mme Lamort.
Chine, époque Qianlong (1736-1795). Boîte de forme hexalobée en laque rouge, décor sculpté sur tous les côtés, h. 19,5 cm, diam. 27 cm.
Estimation : 10 000/20 000 €
Les arts d’Asie s’invitent à Lyon
L’année commence comme la précédente s’est achevée, sur une note asiatique. Cette vente lyonnaise proposera un panel de créations de Chine, du Japon ainsi que du Tibet. Côté peinture, on distinguera ce paravent japonais issu d’un travail de l’école Rimpa au XVIIIe siècle. Fondée au siècle précédent, par Hon’ami Koetsu et Tawaraya Sotatsu, cette dernière se concentra sur des représentations de la nature simples et poétiques, bien souvent réalisées sur des fonds dorés, à l’image de ce paravent du plus bel effet décoratif. Côté sculpture, une statuette tibétaine des XVIIe-XVIIIe se négociera à 8 000/10 000 €. De 24,5 cm de hauteur, réalisée en bronze à patine brune, incrusté de cuivre doré, à traces de laque or et bleu au visage et à la coiffe, elle figure le Bouddha de l’ouest, Amitayus, assis en padmasana sur le lotus. Porcelaines, jades mais aussi laques compléteront cette sélection. Avec ses belles dimensions, 19,5 cm de hauteur et 27 cm de diamètre, une boîte hexalobée en laque rouge, remontant à l’époque Qianlong (1736-1795), pourrait atteindre les 20 000 €. La laque est un art ancestral en Chine, apparu au début du Ier millénaire avant J.-C. Le traitement délicat en multicouches de cette résine issue de l’«arbre à laque», Rhus verniciflua, est resté un mystère pour les Occidentaux durant plusieurs siècles. Entièrement recouvert d’un riche décor sculpté, cet objet présente sur son couvercle un lettré jouant de la flûte, accompagné d’un autre personnage d’érudit et d’un enfant près d’une rivière ; les côtés sont ornés, en réserve, de lettrés avec enfants dans un paysage montagneux et lacustre, sur fond de nid d’abeilles et de fleurs. L’empereur Qianlong aimait beaucoup les laques. Il a même fait réaliser son trône, conservé au Victoria and Albert Museum, ainsi que son cercueil, dans ce matériau typiquement chinois. Sans oublier des répliques de boîtes servant auparavant à conserver des aliments destinés aux offrandes à l’occasion de fêtes de la nouvelle lune ou de la nouvelle saison. 
Mercredi 25 Janvier, Lyon.
De Baecque & Associés OVV. Cabinet Portier.
Attribué à Pierre Dumonstier l’Aîné (vers 1543-1601), Portrait de Philippe Strozzi (1541-1582) en armure portant l’ordre de Saint-Michel, toile, 115 x 87,5 cm.
Estimation : 8 000/10 000 €
Pierre Dumonstier, portraitiste de la Renaissance
Pierre Dumonstier l’Aîné, à qui est attribué ce portrait, appartient à une importante dynastie de peintres. Elle remonte au XVIe siècle avec Jean, enlumineur rouennais, et s’achève avec Daniel, peintre du Dauphin et du roi dans la première partie du XVIIe siècle. Deuxième fils de Geoffroy, Pierre a travaillé au service de Catherine de Médicis, vraisemblablement à partir du début des années 1560. Très proche de son frère aîné Étienne, il l’accompagne à Vienne en 1569, et tous deux travailleront bien souvent en collaboration. Habitant rue du Temple, à Paris, il est resté dans les mémoires comme un grand dessinateur et portraitiste. Le musée de l’Ermitage possède ainsi plusieurs portraits de sa main, dont l’un figurant son frère. Sans descendance, il a légué ses biens à ses neveux et nièces. Mais revenons à notre tableau, qui représente Philippe Strozzi, condottiere italien, cousin de Catherine de Médicis. Né à Florence, il suit sa famille lorsqu’elle s’exile en France, où elle est accueillie par la régente. Après avoir été page du futur roi François II, il se lance dans une carrière militaire, participant notamment au siège de Calais en 1558, contre les Anglais, et soutenant l’empereur Maximilien II contre les Ottomans dans les années 1560. Nommé amiral, il meurt après avoir été fait prisonnier alors qu’il combattait en faveur de Dom Antonio, avec le soutien de la couronne de France, pour disputer le trône du Portugal au roi d’Espagne Philippe II. Selon la spécialiste Alexandra Zvereva, bien que notre peinture semble s’inspirer d’un dessin de la main de Jean Decourt, daté 1577 et conservé à la BNF, de par son style, elle est plus proche de la manière des Dumonstier, et en particulier de celle de Pierre l’Aîné. Un bel exemple de la peinture officielle au XVIe siècle, et qui étoffe ainsi le corpus d’œuvres peintes, pour l’instant très mince, des Dumonstier.
Dimanche 22 janvier, Mayenne.
Pascal Blouet OVV.    
Jacques Villeglé (né en 1926), Le fana votre retraite en jeu, affiches arrachées, œuvre originale signée, datée et titrée au dos «24 novembre 1979», 87,5 x 64,5 cm.
Estimation : 13 000/15 000 €
Jacques Villeglé affichiste révolutionnaire
Un sujet d’actualité ! La retraite est abordée de manière détournée dans cette œuvre de l’«affichiste» Jacques Villeglé. Tout comme la guerre, il la met en parallèle avec le tiercé, le jeu, mais aussi les placements bancaires. Une vision désabusée du monde moderne et des problèmes de société, qui concerne tout un chacun. Toucher le public, s’attaquer à la réalité sociale, à la vie quotidienne, c’est l’objectif avoué du plasticien,  comme de tous les membres du groupe des nouveaux réalistes. Si chacun d’entre eux s’y emploie en développant son style propre, Tinguely avec ses machines créées à partir d’objets du quotidien, ou César avec ses compressions de produits de la société de consommation, tous vont dans la même direction depuis le manifeste rédigé, en 1960, par Pierre Restany. L’artiste doit désormais intégrer la réalité, le monde urbain et industriel qui nous entoure… qu’on le veuille ou non. C’est ainsi que Villeglé, après des études aux beaux-arts de Quimper, commence à récolter, à partir de 1947, des débris du mur de l’Atlantique qu’il assemble comme autant de sculptures. Deux ans plus tard, il se lance dans les affiches. Il les arrache des murs, les lacère et les assemble, créant ainsi, à partir de ces images détournées, une nouvelle œuvre. Cette démarche fait en parallèle évoluer l’image même de l’artiste, qui devient un «collecteur». Malgré l’aspect révolutionnaire de son travail, Villeglé n’accéde à la reconnaissance que dans les années 1970. Il poursuivra sa collecte d’affiches, se tournant, à partir du début des années 1990, vers la province, où celles-ci demeurent nombreuses sur les murs des villes, contrairement à Paris. Âgé aujourd’hui de 90 ans, il continue de travailler. Après avoir recouvert les murs de la piscine Molitor en 2014, il est invité, lors de l’édition 2016 de la FIAC, à inscrire une phrase sur le sol de l’avenue Winston-Churchill. Il choisit celle d’Henri Michaux : «L’art est ce qui aide à tirer de l’inertie.»
Mardi 24 janvier, Nice.
Boisgirard - Antonini OVV.

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