La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Mexique, culture aztèque, haut plateau central, postclassique récent, 1325-1521. Chalchiuhtlicue, déesse de l’eau, andésite grise, avec restes de cinabre, h. 42,5, l. 27 cm.
Estimation : 250 000/300 000 €.
À la une
Les cheveux disposés en nattes de chaque côté de son visage, des bandes de coton ornées de graines ceignant son front et se terminant par un large nœud fait de papier d’écorce plissé derrière la tête, et le châle agrémenté de pompons sur une jupe, sont autant de signes pour nous dire que nous sommes en présence d’une déesse de la fertilité, plus précisément de Chalchiuhtlicue – celle à la jupe de jade en langue nahuatl –, déesse de l’eau douce, des sources, des rivières et des lacs. Elle est aussi vénérée comme la déité qui préside à la conception et aux naissances et, à ce titre, reçoit des sacrifices humains. Elle joue un rôle essentiel dans le mythe créateur des Aztèques, étant considérée comme ayant présidé le cycle du quatrième soleil, le cinquième étant celui de l’ère actuelle. Son culte est associé à celui de son époux ou frère Tlaloc, dieu de la pluie, mais aussi à celui de Xiuhtecuhtli ou Huehueteotl (le vieux dieu), un des plus importants du panthéon aztèque. Son effigie sculptée est souvent représentée agenouillée, celle peinte montrant une rivière s’échappant de sa jupe avec, la plupart du temps, un nouveau-né dans les flots. Les Aztèques ou Mexicas s’installèrent sur les îlots du lac Texcoco vers l’an 1300. Tenoch, leur chef, aurait ordonné à son peuple de construire une ville sur le plus grand des lacs, Tenochtitlàn, l’actuelle Mexico ; il aurait vu un aigle perché sur un cactus tenant dans ses serres une figue de Barbarie (symbole du cœur des sacrifiés). Les maisons sur pilotis étaient reliées à la terre ferme par des digues. Au XVIe siècle, les Aztèques avaient atteint un degré de civilisation des plus avancés du continent américain et dominaient la Mésoamérique postclassique. La conquête espagnole de Tenochtitlàn en 1521 et la mise à mort de Cuauhtémoc en 1524 marquent la fin de l’Empire aztèque. Cependant, c’est grâce aux codex, notamment celui de Florence compilé par le franciscain Bernardino de Sahagún et des assistants aztèques, que l’on connaît leur histoire et leur mythologie. Ce peuple faisait remonter ses origines, à la fois des Chichimèques et des Toltèques, parlant la même langue, le nahuatl, perpétuant les mêmes croyances, pratiquant également des sacrifices humains et partageant leur organisation militariste de la société. Les guerres avaient pour but de faire payer des tributs dont le plus important était celui du sang – l’énergie vitale – des captifs que l’on sacrifiait aux divinités. Cette Chalchiuhtlicue est l’une des cinquante œuvres précolombiennes de la collection Régine et Guy Dulon, proposées, dans cette vacation, avec leurs peintures postimpressionnistes.
Vendredi 19 juin, Drouot-Richelieu, salle 1-7.
Binoche et Giquello SVV. M. Blazy.
Jilali Gharbaoui (1930-1971), Sans titre, 1959, huile sur toile, 96 x 163 cm.
Estimation : 500 000/600 000 €.
Les années lumière
Une fois n’est pas coutume, c’est à la scène contemporaine marocaine qu’est consacrée cette dispersion. Soit 130 œuvres, abstraites et figuratives, signées des grands noms du royaume chérifien – de Farid Belkahia à Mounir Fatmi, en passant par Mahi Binebine, Abdellah Sadouk, Saad ben Cheffaj, Abderrahim Iqbi, ou Hassan Bourkia. Et bien sûr Jilali Gharbaoui, dont cette œuvre de 1959 devrait être le point d’orgue de la vacation. Né à Jorf El Maleh, près de Sidi Kacem, Gharbaoui, devenu orphelin, est promis au métier de plombier, avant d’être marchand de journaux à Fès alors qu’il n’a que 10 ans. Le soir, il suit des cours de peinture et réalise des toiles impressionnistes, aujourd’hui disparues. En 1952, c’est aux Beaux-Arts de Paris et à l’académie Julian qu’il s’initie à l’abstraction, et se lie d’amitié avec le critique Pierre Restany et un certain Henri Michaux. De retour au Maroc vers 1955, il fréquente à Rabat les intellectuels et les artistes. Malgré une existence entourée d’amitiés précieuses, l’homme est en proie aux tourments, qui lui vaudront un séjour en hôpital psychiatrique. Il reprend la peinture à Rome, à Paris, à Tioumliline au Maroc, à Amsterdam. Violentes par leurs traits autant que par leurs couleurs qui envahissent la totalité – ou presque – de la toile, ses œuvres sont le reflet de son désarroi et de sa solitude. C’est à l’art et à la recherche de la sérénité que Jilali Gharbaoui consacrera et consumera sa courte vie. Il s’éteint dans la misère, sur un banc du Champ-de-Mars, à Paris. «À mon retour au Maroc, j’ai senti qu’il fallait faire une peinture vivante, sortir de nos traditions, de l’abstraction géométrique, donner un mouvement à la toile, un sens rythmique et, le plus important en ce qui me concerne, trouver la lumière», explique en 1967 celui qui a tant de mal à se réconcilier avec la vie. «La quête de la lumière est pour moi capitale. Elle ne trompe jamais. Elle nous lave les yeux», ajoute-t-il. Lui qui avait trouvé refuge dans les couleurs de sa terre marocaine et demeura incompris de son vivant, fait aujourd’hui école parmi les acteurs de l’art abstrait. Quel regard porterait-il sur eux ? Notre toile a appartenu à son ami et compatriote Farid Belkahia (1934-2014), dont plusieurs œuvres sur peau décrivent un alphabet personnel, ponctué du cercle et de la flèche.
Mercredi 3 juin, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Millon & Associés SVV, Mazad et Art.
Mimbres ou peut-être Anasazi, XIIe-XIVe siècle, sculpture de bison en pierre, pigments et turquoise, 43 x 79 x 18 cm.
Estimation : 180 000/220 000 €.
Bison Amérindien
Ils ont suivi la même route. Tous deux sont arrivés au nord du continent américain par le détroit de Béring… le bison ayant précédé l’homme de quelques dizaines de milliers d’années. Ils s’adaptent aux grands espaces, du nord du Canada au sud du Mexique, de la Californie à la Virginie. Les grands troupeaux de bisons sont chassés à l’arc par les Indiens. Étonnamment, le plus grand mammifère américain, aussi rapide à la course qu’un cheval, ne craignant que les loups et les grizzlis, souffre d’une mauvaise vue. Cependant, les bisons se multiplient comptant plusieurs millions d’individus jusqu’au XVIe siècle, avec l’importation de l’élevage par les Européens et des chevaux. Les Indiens adoptèrent ces derniers comme moyens de locomotion et de chasse. Nombre de tribus devinrent nomades pour poursuivre cet animal essentiel à leur survie. Au XIXe siècle, un des symboles des États-Unis faillit disparaître complètement ; il n’en subsistait que quelques centaines de têtes… Cette sculpture d’un bison date de l’époque d’avant Christophe Colomb et provient de la région répartie entre le Nouveau-Mexique et l’Arizona. Certains archéologues ont décrit, au début du XIXe siècle, des statues animalières en mauvais état, comme deux statues grandeur nature de pumas prêts à bondir du Pueblo de Yapashi, au Nouveau-Mexique dans les monts Jemez. C’est dire leur rareté. Le bison proposé ici est saisissant par ses volumes simples, évoquant sa force tranquille. Le sculpteur a particulièrement soigné le traitement de la tête, avec sa barbiche, ses cornes solidaires de la masse et ses yeux incrustés de turquoise et soulignés par le canal lacrymal. L’œil se situe à l’arête, le regard se projette de face et sur le côté. L’épaisse fourrure du bison est suggérée par le bosselage de la pierre et le volume plus important des épaules. Plus fréquentes sont les effigies plus petites. On peut penser que celle-ci faisait partie d’un sanctuaire célébrant cet animal nourricier des Indiens d’Amérique du Nord.
Lundi 1er juin, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Eve SVV.
Bruxelles, vers 1660-1680. Tapisserie en laine et soie figurant La Victoire de Pharsale, de la tenture de L’Histoire de Jules César, modèle attribué à Charles Poërson, 373 x 542 cm.
Estimation : 55 000/80 000 €.
Les lauriers de César
Plus encore peut-être que la renommée de son cartonnier – probablement Charles Poërson (1609-1667) – l’état de conservation de notre tapisserie et son sujet constituent ses atouts. Malgré quelques accidents, bien légitimes au vu de son grand âge, cet ouvrage affiche en effet de belles couleurs. Outre ce signe indéniable de bonne santé, la rareté de l’épisode représenté et la tenture dont elle est issue, L’Histoire de Jules César, ajoutent à son prestige. Quand il entreprend la bataille de Pharsale en Thessalie, le 6 juin 48, César (100-44 av. J.-C.) est déjà tout auréolé de la gloire militaire de la conquête des Gaules. Son armée lui est fidèle, avec laquelle il franchit le Rubicon, en 49, et marche sur Rome, ce qui déclenche la guerre civile avec le Sénat et Pompée. Avec son fidèle lieutenant Antoine, chef de la cavalerie, César défait son rival malgré la supériorité numérique de celui-ci. C’est la fin de cette bataille que met en scène notre tapisserie : un homme à genoux remet au vainqueur, à cheval, une couronne, symbole sans doute de la fin de la République et du début de l’Empire. Pompée, parti se réfugier en Égypte, y trouvera la mort. César installera Cléopâtre sur le trône d’Égypte et deviendra consul et dictateur, jusqu’à son assassinat en plein Sénat. Classique par sa composition centrale, mais encore baroque par sa bordure imitant un cadre, cette tapisserie fait partie d’un ensemble de sept sujets sur la vie de Jules César, parmi lesquels La Bataille de Pharos, César sur la rivière d’Anio ou Le Passage du Rubicon. Quatorze pièces issues de différents tissages étaient recensées en 2007, dont plusieurs conservées au musée des Arts décoratifs de Prague et au Kunsthistorisches de Vienne. La tradition familiale veut que la nôtre ait été offerte en 1842 par Louis-Philippe à lord Granville Leveson-Gower, ambassadeur de sa gracieuse majesté à Paris. C’est-à-dire à la veille de la visite de la reine Victoria au château d’Eu, en Normandie (septembre 1843), et de la visite du roi des Français à Windsor en octobre de l’année suivante. Une bataille marquante de l’Antiquité comme cadeau diplomatique...
Mercredi 3 juin, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. Mme de Pazzis-Chevalier.
Alexandre Cabanel (1823-1889), Portrait de Madame Isaac Pereire, 1859, huile sur toile, 134 x 108 cm.
Estimation : 5 000/7 000 €.
Les Pereire collectionneurs
Banquiers, propriétaires de châteaux dans le Bordelais, hommes politiques, les frères Pereire, Émile et Isaac, furent aussi collectionneurs. Rien n’était trop beau pour décorer leur hôtel particulier. Ainsi ont-ils fait élever une nouvelle façade, par l’architecte Alfred Armand, et réaménager de fond en comble l’ancien hôtel d’Esclignac. Le 9 février 1859, toute la haute société parisienne se presse dans les salons. Sur les murs, des peintures de Carpaccio, Vélasquez, Rubens, Fragonard, mais aussi d’artistes contemporains, futures gloires des salons, Alexandre Cabanel et William Bouguereau. On est à l’apogée de la puissance financière, industrielle et immobilière des Pereire, qui leur permet de s’offrir l’hôtel des numéros 35 et 37 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, hébergeant aujourd’hui les services de l’ambassade de Grande-Bretagne. Émile et sa femme Rachel occupent le premier étage, Isaac celui du rez-de-chaussée, avec Fanny, sa nièce et seconde épouse, et Eugène, son fils aîné. Un ensemble de meubles et d’objets d’art décore l’appartement d’Isaac, réputé pour son «esprit ouvert à toutes les manifestations de l‘esprit, grandement épris de peinture, et son goût pour l’école française du XVIIIe siècle». Ces collections furent en partie dispersées en 1868, puis surtout en mars 1872 pour renflouer des finances mises à mal par la faillite du Crédit mobilier. Certains tableaux, objets et meubles furent conservés par une branche de la famille… Aux côtés d’un oiseau calao en bois de la Haute Côte d’Ivoire, région de Korogho (1 200 €), on remarque ici une commode estampillée Wolff à décor en laque européenne polychrome et dorée sur fond noir, dans le goût du Japon, de personnages dans des paysages (18 000 €), et un bureau plat à façade à décor, en laque européenne dans le goût japonais, de paysages polychromes et dorés sur fond noir ; il est attribué à Dubois (30 000 €). Enfin, pour faire pendant au portrait de son épouse, celui d’Isaac Pereire (1 000 €) est une reprise par Léon Daniel Saubes du tableau de Léon Bonnat, conservé au musée national du château de Versailles.
Vendredi 5 juin, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Ferri SVV. MM. de Bayser, Froissart, Brunel, Roudillon, Bacot, de Lencquesaing, Cabinets Turquin, Brame et Lorenceau.
Attribuée à Giovanni Battista Ruoppolo (1629-1693), Nature morte aux cédrats, oranges, asperges et artichauts, huile sur cuivre, 40 x 55 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €.
Pedigree prestigieux
Après avoir admiré les cédrats à la peau grumeleuse, les oranges aux feuilles vert foncé vif, les asperges réunies en bottes et les petits artichauts lovés dans leurs feuillages, on remarque, en bas à gauche, les lettre «LB» liées et un point en rouge. Rien moins que la marque de la collection de l’infant d’Espagne Luis de Borbón y Farnesio (1727-1785). Le dernier des fils de Philippe V est d’abord destiné à une carrière ecclésiastique, devenant le plus jeune cardinal jamais nommé par l’Église. Il abdique à la mort de Ferdinand VI, son demi-frère, et à l’accession au trône de son frère Charles III ; il accepte que son mariage soit approuvé par le roi et que ses enfants ne soient pas prétendants et renoncent aux honneurs dus à la famille royale. Louis de Bourbon préfère en effet se consacrer à son amour de l’art. Ses premiers achats datent de la succession de la reine consort, Marie-Anne de Neubourg (épouse de Charles II d’Espagne), complétés par l’héritage, en 1766, d’une partie des collections de sa mère Isabel Farnèse, épouse de Charles V. Son expert n’était autre que Raphaël-Anton Mengs, qui brossa son portrait et fut un bon conseiller, plusieurs tableaux se retrouvant dans des collections publiques. Citons La Vierge Durán de Rogier Van der Weyden au Prado, la «Petite» Tour de Babel de Pieter Bruegel l’Ancien, au musée Boymans Van Beuningen à Rotterdam, et le Mendiant au tricorne de Francesco Sasso, acquis en 2005 par le Louvre. Dans l’inventaire après décès de 1787, les portraits, les peintures d’histoire et parfois les natures mortes nordiques sont décrits avec le nom de leur auteur. Plusieurs lots de natures mortes sont recensés, quelquefois sous un même numéro, sans être détaillés. L’Infant fut aussi protecteur des artistes, ayant entre autres soutenu Goya et le musicien Boccherini. Ce tableau, attribué au peintre de natures mortes Giovanni Battista Ruoppolo, actif dans le mouvement caravagesque de Naples, échut par héritage à sa fille María Teresa de Borbón y Vallabriga, comtesse de Chinchón (1780-1828), mariée à Manuel Godoy (1767-1851), et est resté jusqu’à présent dans la famille par descendance.
Vendredi 5 juin, salle Rossini.
Rossini SVV. M. Dubois, Cabinet Turquin.
Attribué à Jacob Adriaensz Backer (1608/9-1651), Portrait d’Hippocrate de profil, toile, 67 x 57 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €.
Peintre du siècle d’or
Jacob Adriaensz Backer fait partie des bienheureux artistes ayant connu la gloire de leur vivant. Installé à Amsterdam à partir de 1633, après avoir travaillé à Leeuwarden dans l’atelier de Lambert Jacobsz, il acquiert une grande réputation pour ses sujets d’histoire et plus encore peut-être pour ses portraits, peints de main de maître. En moins de vingt ans, et avec près de 140 tableaux qui lui sont aujourd’hui attribués, il fait la démonstration de son talent dans des genres aussi variés que les grandes compositions religieuses, les nus mythologiques et les pastorales. Jacob Adriaensz Backer est parvenu à séduire aussi bien la classe dirigeante que la bourgeoisie, grâce à ses dons de coloriste et à la délicatesse de son pinceau, deux atouts appliqués à des compositions bien équilibrées. Loué par les poètes, cet artiste de l’âge d’or hollandais a même été honoré par une médaille commémorative, frappée à sa mort. Le temps faisant son office, Backer a pourtant disparu des esprits les siècles suivants, et il devait attendre que les chercheurs en aient fini avec son contemporain Rembrandt pour être redécouvert. Justice lui a finalement été rendue en 2009, à l’occasion d’une rétrospective présentée au Suermondt-Ludwig-Museum, à Aix-la-Chapelle. Le directeur de l’établissement, Peter Van den Brink, attribue notre tableau à Backer. Sans compter les copies tardives, trois versions de sa main sont connues, conservées à la Gemäldegalerie Alte Meister de Dresde, au musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg et au sein d’une collection privée norvégienne. Notre toile ne serait autre que la quatrième et dernière connue. Le vieil homme, dont le vêtement présente des variantes suivant les versions, a servi de modèle au personnage d’Hippocrate pour une scène historique, également en mains privées. La technique reste quant à elle fidèle à la touche rapide, souple et précise de l’artiste, conférant à ses tableaux une indéniable présence.
Dimanche 31 mai, Fontainebleau.
Osenat SVV.
Henri-Victor Regnault (1810-1878), Paris vu des hauts de Sèvres, vers 1853, négatif papier, 43 x 53 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €.
Pionnier de la photographie
Henri Victor Regnault fonde la Société française de photographie en 1854. C’est sans doute l’année précédente que ce photographe a réalisé les deux clichés présentés lors de cette vente chartraine dédiée à la discipline. Paris vu des hauts de Sèvres est attendue à 20 000/30 000 € et Château et parc de Saint-Cloud, à 15 000/20 000 €. Ces deux œuvres mêlent architecture et nature, suivant l’influence de l’école de Barbizon, que Regnault fréquente beaucoup au début des années 1850. Ces paysages sont un exercice quotidien pour celui qui sera directeur de la Manufacture de porcelaine de Sèvres de 1854 à 1871. Cet homme aux multiples talents est né à Aix-la-Chapelle en 1810. Il n’a que 8 ans quand son père, capitaine de l’armée napoléonienne, disparaît. Il fait ses études à Paris, tout d’abord à l’École polytechnique en 1830 puis, deux ans plus tard, à l’école des Mines. Devenu ingénieur, il est élu à l’Académie des sciences en 1840. Titulaire d’une chaire de physique au Collège de France, il s’initie à la photographie aux côtés de Louis-Désiré Blanquart-Évrard en 1847. Les deux hommes partagent le même profil : ce sont des scientifiques avides de nouveauté et à la sensibilité tant artistique qu’économique. En 1851, Regnault crée la Société héliographique et présidera la Société française de photographie de 1854 à 1868. Il découvre les propriétés de l’acide pyrogallique comme agent de développement et tente d’améliorer la conservation des négatifs papier afin de s’attirer les faveurs des collectionneurs. Il sera de nombreuses fois récompensé, notamment par la Légion d’honneur en 1863. Il saura également transmettre son talent, entre autres à son fils, le peintre orientaliste Henri Regnault, ou à son élève le photographe Louis Robert.
Samedi 30 mai, Chartres.
Galerie de Chartres SVV. M. Delas.
Demeter Chiparus (1886-1947), Les Girls, sculpture chryséléphantine, bronze patiné et ivoire, signée sur le socle, 52 x 56 x 13 cm, Estimation : 150 000/200 000 €.
Danseuses de jazz
Seuls quatre exemplaires de ce groupe sont connus aujourd’hui. Demeter Chiparus réalisa Les Girls en trois variantes : avec une, trois ou cinq figures de danseuses sur une même base, la dernière étant la plus rare et la plus délicate à réaliser. Le sculpteur d’origine roumaine changeait à l’envi les patines. Celle de notre exemplaire est une élégante dorure. Les Années folles, la décennie 1920, furent la plus période la plus prolifique pour cet artiste pleinement ancré dans le style art déco. Ses sources d’inspiration ? L’émancipation de la femme, le jazz et les fameux Ballets russes, dont l’exotisme lui inspire des statuettes de danseuses ou de déesses orientales richement parées. Autre particularité de ses sculptures : l’emploi de l’ivoire et du bronze. Elles sont ainsi dites «chryséléphantines» en référence aux œuvres de la Grèce antique. Réalisé vers 1928, notre groupe évoque les danseuses de jazz de l’époque, évoluant en ligne, très à la mode dans les cabarets. Paris vit alors sous influence américaine, notamment depuis l’organisation des jeux Olympiques en 1924 et la fréquentation touristique en hausse. Mais c’est sans doute un groupe d’origine anglaise qui l’inspire pour cette œuvre, les «Tiller Girls». Créée à la fin du XIXe siècle par John Tiller à Manchester, cette troupe se distinguait par ses chorégraphies minutieuses et ordonnées. Son succès dépasse les frontières et elle se produit de manière régulière, notamment aux Folies Bergère durant l’entre-deux-guerres. Leur ligne pouvait comporter jusqu’à une trentaine de femmes de même taille et corpulence afin d’offrir une vision totalement homogène. Sous l’influence du jazz, les costumes des artistes se modernisent et imitent le métal et les peaux de bêtes, à l’image de la peau de lézard qui enveloppe nos Girls. Tous en ligne pour les enchères !
Dimanche 31 mai, Deauville.
Tradart Deauville SVV.
Swoon (née en 1978), Sans titre, 2010, technique mixte sur toile, 250 x 103 cm.
Estimation : 10 000/12 000 €.
Street art au féminin
Une artiste rare. Talentueuse, dynamique et engagée dans de nombreuses actions caritatives, Caledonia Curry, alias Swoon veut changer les choses. Tout juste âgée de 36 ans, elle a passé son enfance à Daytona Beach, avant de découvrir New York et d’étudier au Pratt Institute. Elle se lance dès 1999 dans le street art, réussissant rapidement à se distinguer par sa technique et ses thématiques. Femme dans un monde d’hommes, Swoon a su s’imposer tant par sa maîtrise artistique que par son engagement humaniste. Son enfance au cœur des marais de la Floride l’a beaucoup inspirée et se ressent dans son style, à la fois végétal et aquatique. Sa thématique ? Les portraits. Elle s’intéresse aux anonymes rencontrés au fil de ses voyages. Comme dans notre grande technique mixte de 2010, elle transforme ces personnages en totems, visions sacralisées des individus de tous les jours, de leur quotidien. On reconnaît ainsi, ancrées dans ce portrait d’un homme âgé, les scènes de son existence, de sa naissance à sa mort en passant par sa vie de famille. Swoon emploie souvent une technique très précise, gravant ses œuvres sur linoléum puis l’imprimant sur Mylar, papier recyclé ou papier calque, et les rehaussant de couleurs à l’acrylique. Elle se concentre sur des grands formats, à l’image des autres représentants du street art qui l’inspirent, Banksy et Blek le Rat. Swoon est passée par la rue pour se faire un nom, et ce n’est qu’ensuite que les marchands sont venus vers elle, telle la galerie LJ à Paris. Les projets humanitaires et collectifs lui tiennent également à cœur, comme en Haïti ou au Kenya. Elle a d’ailleurs créée sa propre fondation, Heliotrope, en 2014. Avec un collectif de performers de rue, elle a attiré l’attention avec des bateaux construits en matériaux de récupération, vus notamment sur la lagune de Venise lors de la Biennale de 2009. Une vision utopique d’une société nouvelle renaissant sur les déchets de leurs aïeux. Cette carrière déjà consacrée par la critique lui vaudra même une exposition personnelle en 2014 au Brooklyn Museum of Art de New York !
Samedi 30 mai, Marseille.
Leclere - Maison de ventes SVV.
Bengt Lindström (1925-2008), Composition, huile sur toile signée, 150 x 150 cm.
Estimation : 8 000/10 000 €.
Dieux scandinaves
Un grand format carré, des couleurs vives et des visages surgissant de la matière en fusion, tous les critères sont là. Les amateurs de la facture brute de Bengt Lindström devraient être nombreux à se disputer cette toile. Le Suédois offre une peinture totalement atypique trouvant ses racines dans son enfance, passée au cœur de la Laponie. Il y a vécu en pleine nature avec ses parents. Son parrain n’était autre que le roi lapon Krol, qui lui a transmis les croyances de son ethnie en des dieux païens. Ce sont les visages de ces derniers que l’on croit discerner dans ses toiles, à la limite de la figuration, composées de larges coups de brosse, de peinture épaisse, de couleurs arbitraires et de motifs simplifiés, recréant un monde à la fois onirique et brutal. Une peinture expressive que Lindström élabore à l’école d’art d’Isaac Grünewald, à Stockholm, et aux Beaux-Arts de Copenhague, puis à Paris, dans l’atelier de Fernand Léger, en 1947, ainsi que dans celui d’André Lhote l’année suivante. Son style se précise et éclate dans les années 1950. Il exposera par la suite avec le groupe de la nouvelle figuration. Peu à peu, les galeries s’intéressent à lui, Ariel et Protée d’abord puis ABCD. Il travaillera de nombreuses années entre son atelier de Savigny-sur-Orge, en banlieue parisienne, et un autre en Suède, à Sundsvall. En 1983, il réalise sept œuvres monumentales figurant des dieux de la mythologie scandinave. Elles seront exposées au Musée d’art et d’histoire de Stockholm avant d’être installées dans une chapelle jouxtant le Centre d’art contemporain de Midlanda, dont l’aéroport accueille également la célèbre sculpture en «Y» de l’artiste. Le musée de Sundsvall lui rendra également de nombreux hommages, avant d’accueillir la collection de la fondation Bengt et Michèle Lindström. Celle-ci sera transférée au musée Länsmuseet i Västernorrland à Härnösand. «Je considère que le rôle du peintre est d’étonner son entourage, de le perturber, de l’entraîner dans un monde différent afin d’échapper à cette vie triste et matérielle que l’homme a lui-même créée», clamait l’artiste. Un pari réussi !
Samedi 30 mai, Vannes.
Jack-Philippe Ruellan SVV.
Premier quart du XVIIIe siècle. Les Quatre Saisons, suite de quatre sujets en ivoire sculpté en ronde bosse, signature « N. COUSTOU LUG 1708 » sur le socle de l’hiver, h. 20 cm.
Estimation : 50 000/60 000 €.
Les Quatre Saisons
Quatre véritables petits bijoux en ivoire de 20 cm de hauteur ! Ces œuvres sont bien connues des spécialistes et amateurs, plusieurs publications les ayant révélées au grand public, notamment Ivoires du musée du Louvre 1480-1850, une collection inédite,  des conservateurs Pierre Ickowicz et Philippe Malgouyres (éd. Somogy). Tous s’accordent sur la qualité de ces sujets, sur leur monumentalité et leur fidélité au modèle original. En effet, ces ivoires ont été façonnés à l’image des célèbres Quatre Saisons du parc du château de Versailles, relevant de la grande commande lancée en 1674 par Louis XIV. Charles Le Brun lui-même fut chargé des dessins préparatoires, ensuite confiés aux bons soins des sculpteurs. Philippe Magnier, Pierre Hutinot, Thomas Regnaudin et François Girardon réalisèrent respectivement le Printemps sous les traits de Flore, l’Été en Cérès, l’Automne en Bacchus et l’Hiver en saturne. L’auteur de nos  répliques en ivoire reste quant à lui plus énigmatique. Bien que la signature du grand Nicolas Coustou orne la figure de l’Hiver, le sculpteur, à notre connaissance, n’a jamais travaillé ce matériau. Membre d’une célèbre famille d’artistes – dont son frère Guillaume, son oncle n’étant autre qu’Antoine Coysevox –, il participa à tous les grands chantiers de la cour à partir de 1700. Si nulle certitude ne semble établie quant à l’attribution de ce groupe, sa qualité d’exécution en fait sans conteste l’une des plus belles reproductions des Quatre Saisons, digne de détrôner celle de Jean-Antoine Belleteste, conservée au musée de Dieppe… Une perfection qui n’a pas échappé à de grands collectionneurs. Ainsi ces œuvres proviennent-elles de la collection Amaudric du Chaffaut. Césaire Léon Amaudric, comte du Chaffaut, était un homme politique de la seconde moitié du XIXe siècle, élu dans les Alpes de Haute-Provence, mais aussi le descendant d’Antoine Clot, un médecin provençal connu sous le nom de Clot-Bey après son séjour en Égypte, d’où il rapporta de nombreuses œuvres aujourd’hui conservées au Louvre… Une famille de fins connaisseurs !
Samedi 30 mai, Villefranche-sur-Saône.
Guillaumot - Richard SVV.
Rembrandt Bugatti (1885-1916), Portrait de Blanche Denise Ferrero-Willmann, 1904, épreuve en bronze patiné, signée et datée, cire perdue du fondeur Panini à paris, h. 50 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €.
Rembrandt Bugatti portraitiste
Panthères, éléphants, girafes, lions et lionnes, singes, antilopes et chevaux, Rembrandt Bugatti nous a séduits avec ses sculptures animalières d’une grande sensibilité. Mais voici que se présente, du côté de Bordeaux, un portrait en buste. La demoiselle se nomme Blanche Denise Ferrero-Willmann. Elle se fit représenter en 1904 et garda l’œuvre dans sa propre collection avant que celle-ci ne soit léguée, à sa mort, à son neveu et filleul, puis conservée dans la famille jusqu’à aujourd’hui. Ce buste jusque-là inédit, qui figurera sous le n° 28 du futur répertoire monographique de Rembrandt Bugatti en préparation par Véronique Fromanger, fait partie du corpus restreint de ses sculptures d’hommes et de femmes. Le sculpteur ne se pliait que très rarement à cet exercice. Les modèles choisis étaient souvent des proches, à l’image de sa mère, Mme Carlo Bugatti, figée dans le bronze en 1900. L’artiste n’est alors qu’un adolescent mais il fait preuve, déjà, d’une grande dextérité. Durant les quinze courtes années ayant constitué sa carrière, nous retrouvons tous les ans un portrait, aux côtés de dizaines d’œuvres animalières. Pendant la très riche année 1904, qui vit la création de notre bronze, figurent également le buste du jeune et athlétique collectionneur Samuel White III ainsi que ceux du baron et de la baronne de Dietrich. En 1907, on trouve François Crozier, en 1910 et 1911 Mme Crozier et en 1912, le marquis de Castellane. C’est en 1903 que Bugatti s’installe avec sa famille à Paris. Il quitte alors sa ville natale de Milan pour découvrir la capitale des arts. Son talent ne tardera pas à éclore puisque, dès le 22 juillet 1904, le fondeur Hébrard lui fera signer un contrat d’exclusivité, convaincu du talent du jeune homme, né dans une grande famille d’artistes. Fondue par Panini, notre œuvre doit dater d’ailleurs des mois précédents et illustre à merveille son talent précoce et sa sensibilité, cherchant à mettre à nu l’âme de son modèle… quel qu’il soit.
Mercredi 3 juin, Bordeaux.
Baratoux-Dubourg Enchères SVV. Mme Sevestre-Barbé.

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