La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Attribué à Anton Gasser (vers 1585-après 1622), ensemble de sept toiles sur la vertu et la musique, 160 x 164 cm environ.
Estimation : 250 000/350 000 €
Maniérisme du Nord, galerie de symboles
Le maniérisme, né en Italie, connut un engouement plus tardif dans les cours du Nord. L’empereur Maximilien II (1527-1576), installé à Vienne, fit venir des artistes italiens, comme les frères Arcimboldo, et flamands romanistes, tel Bartholomeus Spranger. Ce dernier resta au service de son fils, Rodolphe II (1552-1612), collectionneur et mécène, qui transféra sa cour à Prague pour en faire un centre artistique et intellectuel majeur dans les dernières décennies du XVIe siècle, jusqu’au début du XVIIe. Son goût prononcé pour l’alchimie fit évoluer l’art, de la peinture à la sculpture, de l’horlogerie à la littérature, vers le «bizarre». Cette étrangeté était cependant parfaitement lisible pour les érudits de l’époque, qui se retrouvaient dans cette synthèse entre mythologie antique et références religieuses. Parmi les artistes ayant fait carrière à Prague, le Suisse Joseph Heintz – suivant Hans von Aachen – eut comme élève Anton Gasser (vers 1585-après 1622). Profitant de la renommée de son maître, ce dernier fut appelé à Dresde, à la cour de l’électeur de Saxe, Jean-Georges Ier (1585-1656). Malgré le fantastique du maniérisme des écoles du Nord, les modèles italiens, certes réinterprétés et issus de l’architecture comme de la sculpture, furent respectés : une ou des figures dans un médaillon, encadrées par des créatures mythologiques et fantasmagoriques. Ces sept toiles, dépeignant des Vertus aux attributs musiciens, faisaient partie d’une série de dix – trois ayant figuré dans une vente en 1982 chez Christie’s à Londres. Au regard du thème, on peut penser qu’elle fut commandée pour un mariage. Les putti de la partie supérieure lient les différents éléments des compositions. Les médaillons accueillent les Vertus cardinales et théologales, par groupes de trois ou deux, associées aux muses et autres divinités, jouant de divers instruments. Ce sont des symboles hérités de l’iconographie médiévale, qui elle-même prend sa source dans l’allégorie antique. Classiques, ces figures sont inspirées du maniérisme italien, comme l’indiquent la palette chromatique, les silhouettes allongées, les ornements précieux… La vedette leur est cependant volée par les harpies – ou locustes (figures féminines présentant des éléments d’insectes) – telles qu’on peut les observer, fort discrètes, sur le socle de la Madone des harpies d’Andrea del Sarto (1517), visible aujourd’hui aux Offices de Florence. Dans la série de toiles proposées prochainement, elles sont somptueusement parées et fort séduisantes. Le message est alors assez simple : les vertus dominent les forces telluriques des sens.
Mercredi 12 octobre, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de Ventes OVV. M. Millet.
T. Bianco (XIXe-XXe siècle), File d’attente devant le tramway de la ligne Madeleine-Bastille, pastel sur papier, 56 x 36 cm.
Estimation : 750/800 €
Rive droite, rive gauche
Ce sixième opus «Paris mon amour» est organisé dans le cadre de la Nuit blanche et bénéficie d’une exposition (samedi 1er octobre) jusqu’à minuit, d’une conférence (19 h) sur l’histoire du métropolitain et d’un récital du pianiste Rodolphe Menguy. Le musicien fera revivre l’instrument de concert (Yamaha, 1967, 8 000/10 000 €) utilisé par le jeune artiste russe Mikhaïl Rudy, en 1977, lors de son concert historique et de sa première tournée en Occident, au cours de laquelle il demanda l’asile politique en France. Notre piano partagera la vedette avec un ensemble de mobilier, plaques de stations et panneaux indicateurs lumineux d’itinéraires de la RATP (est. 100 à 1 200 €). Ceux que le voyage souterrain rebutent pourront opter pour un modèle réduit d’autobus à plateforme ou un pastel de l’illustrateur satirique et caricaturiste politique T. Bianco, représentant la cohue d’une File d’attente devant le tramway de la ligne Madeleine-Bastille (750/800 €). Ou comment l’on s’aperçoit que les choses n’ont guère changé… De transport, il est encore question avec un chariot d’enfant en carton bouilli en forme de cygne sur quatre roues de bois (200/250) et un canoë Acorus en bois proposé avec ses rames (même estimation), preuve que la devise de la capitale, Fluctuat nec mergitur, est toujours d’actualité. La plupart des boutiques parisiennes se ressemblent aujourd’hui, avec leur décor minimaliste et leurs couleurs réduites au blanc et au noir. L’occasion est donc sympathique de s’intéresser à deux plafonds de boulangerie et de boucherie des années 1880 et 1920, constitués de panneaux de toile peinte de fleurs, feuillages et oiseaux polychromes (2 000/3 000 € chacun). Une carotte d’enseigne de marchand de tabac en tôle patinée et des hublots de verre d’époque Napoléon III devrait voir les amateurs se disputer à 3 000/3 500 €, une porte d’entrée à tambour du Café de la Paix, des années 1930, autour de 7 000 €. Des projets de costumes et de décors de spectacles, des tableaux, une épée de garde municipal du second Empire (150 €) et quelques objets consacrés à la tour Eiffel ponctuent également cette promenade sur les deux rives de la capitale.
Lundi 3 octobre, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Lucien-Paris OVV. Mme Vérot, Cabinet Perazzone - Brun.
Kanako Kuno, Dessin original illustrant l’édition 2016 de la vente «Des femmes donnent aux femmes,
des hommes aussi !», signé.
Proposé à la vente aux enchères.
Des femmes donnent aux femmes, des hommes aussi
L’Institut Curie compte sur vous ! Venez soutenir une cause fondamentale, celle de la recherche contre le cancer du sein. Chaque année, 50 000 nouveaux cas sont détectés, 12 000 décès sont constatés, ce qui en fait le cancer le plus meurtrier en France pour les femmes. Même si la mortalité liée à cette maladie a baissé de moitié depuis 1990, le combat continue. L’Institut Curie est l’un des plus importants centres de recherche sur le cancer au monde. Pionnier dans les domaines de la radiothérapie et du traitement de la douleur, il rassemble quatre-vingts équipes au sein de quinze unités. Son but : comprendre le fonctionnement de la cellule, saine ou cancérigène. Pour la cinquième année consécutive, Drouot se joint à cette cause. Une soixantaine de personnalités proposent généreusement des objets ou œuvres qui leur sont chers et leur correspondent. Le photographe Yann Arthus-Bertrand offre ainsi un beau cliché illustrant une Caravane de yaks dans les dunes près de Skardu au Pakistan. La galeriste Esther de Beaucé donne une broche Pomme bouche de Claude Lalanne, et Marie-Laure Bonnaud-Vautrin se sépare d’un collier Barbe bleue et d’un œuf en talosel incrusté de miroirs irisés verts, œuvres de sa mère Line Vautrin. Frédérique Caillet et Olivier Gagnère cèdent quant à eux deux vases en faïence émaillée blanc nés de leur collaboration, et Clémence et Didier Krzentowski une lampe Table light de Verner Panton. Un portrait réalisé à la pointe-sèche par Paul-César Helleu représentant Consuelo Vanderbilt, duchesse de Marlborough, fait également partie du catalogue. Il appartient à Frédérique de Watrigant, directrice de la fondation dédiée à ce peintre. De nombreux autres lots trouveront preneur, maroquinerie de luxe, bijoux, objets de design, nuits dans un grand hôtel… Les quatre premières éditions de la vente aux enchères ont rapporté 210 000 € à la recherche. La fondation compte sur ses donateurs –  ils étaient quelque 190 000 en 2015. Alors, cette année, vous aussi, aidez à lutter contre ce mal qui touche tant de femmes.
Jeudi 6 octobre, 19 h 30, salle 9
Drouot-Richelieu. Art Valorem OVV.
Arnaud Queval (né en 1971), Résurrection, 2016, acier recyclé, 113 x 64 x 47 cm.
Estimation : 10 000/12 000 €
Voyage dans la curiosphère
Le 3 octobre, Kapandji-Morhange vous propose un voyage dans la quatrième dimension… Attention, surprises et frayeurs garanties ! Laissez-vous guider par la boule de cristal de divination du XIXe siècle (1 200/1 500 €). Vous tomberez sur une porte de donjon du XVIIe siècle (400/500 €). Osez la pousser, vous découvrirez une pièce gardée par les chimères du château de Pierrefonds (250/300 € les quatre clichés). Au centre, des masques polynésiens discutent avec une caricature en marbre noir du Che sous les traits d’un singe (400/600 €). Plus loin, remarquez une «pierre d’Ica» (3 200/3 500 €), la première en vente depuis trente ans. Ce galet d’andésite, gravé d’une scène de duel d’animaux préhistoriques, a été découvert au Pérou, comme des milliers d’autres… Farces ou véritables objets préhistoriques ? Cette pierre-ci a en tout cas été authentifiée par un géologue du Muséum national d’Histoire naturelle. Ce n’est pas le matériel de prestidigitateur des années 1920 (6 000/8 000 €) qui vous aidera à déchiffrer leur mystère. Ni les ouvrages sur l’exorcisme ou les prophéties (entre 140 et 900 €). En revanche, le vampire de fête foraine vêtu d’une redingote (300/500 €) pourra peut-être vous guider dans l’utilisation du kapâla (1 000/1 500 €). Ce crâne humain orné de motifs en argent était un instrument rituel dans le tantrisme hindou et le bouddhiste tantrique, la calotte s’ouvrant pour découvrir un plateau de libation. Cet univers est aussi épicurien, comme en témoignent le marbre de Man Ray évoquant Priape, dieu de la fertilité (3 500/4 000 €), et l’affiche prototype du Mouvement de libération des femmes (MLF) clamant, vers 1969 : « La jouissance est au bout de vos doigts » (2 000/3 000 €). Il est aussi peuplé de créatures étranges, comme celle qui habite la sphère Résurrection d’Arnaud Queval (10 000/12 000 €). Asseyez-vous donc ensuite dans le fauteuil dentaire conçu en 1877 par le Dr Basil Wilkerson (2 000/2 500 €), dans le rocking-chair «de grotte» en forme de coquille Saint-Jacques, édité à Venise à la fin du XIXe siècle (6 000/8 000 €) ou encore dans le fauteuil Ball Chair d’Eero Aarnio, de 1963-1965, (1 500/2 000 €). Vous pourrez y lire les nombreuses planches originales de Spider-Man, Daredevil ou Iron Man proposées dans cette «curiosphère».
Lundi 3 octobre, salle 1 - Drouot-Richelieu. Kapandji-Morhange OVV.
MM. Bourdy, Combrexelle, Fumeux, Gillot, Roulin.
Philippe Bouvard au micro des Grosses Têtes, bronze à patine dorée signé Caylar, h. 39,5 cm.
Estimation : 500/600 €
Philippe Bouvard intime
À bientôt 90 ans, c’est une personnalité bien connue de la radio et de la télévision qui se sépare de ce qu’il a baptisé affectueusement, et non sans humour, «son petit musée». Un peu plus de quatre cents lots quittent ce lieu dont Philippe Bouvard est «à la fois le conservateur, le guide et l’unique visiteur». Qu’y trouve-t-on ? Beaucoup de livres habillés de maroquin, notamment les Œuvres complètes de Zola et de Voltaire, des autographes de Sacha Guitry, Jules Renard, Brigitte Bardot et François Mitterrand, des dessins humoristiques et des souvenirs, des bibelots, du mobilier. Sans oublier deux automobiles – dont un cabriolet Rolls Royce Corniche de 1985 (40 000/60 000 €) – et le contenu de sa cave, où les vieux bordeaux côtoient les bourgognes millésimés. Le catalogue de la vente montre un intérieur feutré, où l’on a envie de s’installer pour se plonger dans l’un des innombrables ouvrages. Ou écouter le propriétaire des lieux, brillant touche-à-tout à la fois humoriste, écrivain, chroniqueur, éditorialiste, directeur de théâtre, dénicheur de talents (Muriel Robin, Smaïn, Michèle Laroque…), animateur de la célèbre émission Les Grosses Têtes sur RTL, de 1977 à 2014. Une belle revanche pour celui qui est renvoyé de l’École supérieure de journalisme de Paris en 1948 après quelques mois, avec l’appréciation «n’est pas doué pour le journalisme, mais réussira dans les professions commerciales». La direction s’est aperçue en effet qu’il se fait rémunérer par ses camarades les devoirs qu’il rédige pour eux… Cinq ans plus tard, il entre au service photo du Figaro comme coursier. On connaît la suite. Philippe Bouvard, dans une interview accordée à notre magazine dit qu’il est «plutôt peinture et surtout classique». Exception faite d’une Pomme bouche en bronze doré (122/250) de Claude Lalanne et d’un Oiseau bleu à patine verte de François-Xavier, pour lesquels 10 000/15 000 € et 5 000/8 000 € sont respectivement demandés. Une belle audience en perspective…
Mardi 4 octobre, salle V.V.
Millon OVV. M. de Clouet, Cabinet Poulain.
Jean-Francis Auburtin (1866-1930), Loguivy, silhouettes de pins sur la mer, gouache sur papier, 35,5 x 59,5 cm.
Estimation : 2 000/2 500 €
La mer et ses rivages
Il est passé par ici, il repassera par là… Peintre de la nature, Jean-Francis Auburtin a fait de la mer son sujet de prédilection. Après avoir peint Belle-Ile puis Étretat, il succombe aux charmes de Varengeville, au sud de Dieppe, puis de Porquerolles. Formé aux Beaux-Arts de Paris, il met ses pas dans ceux de Claude Monet et arpente en promeneur infatigable les côtes normandes, bretonnes et provençales, entre 1890 et 1920, à la recherche des points de vue les plus insolites et les plus pittoresques. Il plante son chevalet à l’orée des bois, face au soleil, et travaille par séries, comme son aîné impressionniste et Hokusai. Il est en effet un membre actif des Amis de l’art japonais. Comme le maître de l’ukiyo-e, il aime saisir le moment où la vague vient éclater sur les rochers. Marqué par l’esprit symboliste, Auburtin réalise aussi de grands décors inspirés de l’Antiquité, pour la Sorbonne ou le Conseil d’État. La danse, enfin, constitue son autre source d’inspiration. Intime de Rodin, dont il partage les modèles, il aime les voiles de la Loïe Fuller et d’Isadora Duncan. Il représente des jeunes filles nues sur fond de rochers ou vêtues de tuniques légères dans des clairières. Soixante-dix œuvres sur papier issues de l’atelier de l’artiste et provenant de sa famille, dont les estimations oscillent de 1 000 à 8 000 €, illustrent l’art délicat de cet artiste qui, selon le critique Henri Frantz en 1902, savait «faire tenir sur quelques centimètres de papier tout l’infini de la mer et ériger sur un ciel d’un bleu délicat, à peine teinté de quelques coups de pinceau, quelques arbres aux formes imprévues».
Mercredi 5 octobre, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre OVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.

 
Fauteuil de style néo-russe en bois sculpté Arceau, hache et moufles, d’après le modèle de Vassily Petrovitch Choutov, fin du XIXe siècle, 64 x 88 cm.
Estimation : 3 000/4 000 €
Fauteuil d’orchestre
«Plus tu vas doucement, plus tu vas loin», peut-on lire sur l’arceau de ce fauteuil. Autrement dit, «qui veut voyager loin, ménage sa monture»… Exécuté à la fin du XIXe siècle, ce siège à la forme et au décor originaux reprend un modèle créé par Vassily Petrovitch Choutov pour l’exposition panrusse de Saint-Pétersbourg, en 1870. Récompensé par une médaille d’or, l’artiste, ébéniste et sculpteur sur bois – à qui l’on doit un buste du prince grand amateur d’art Nikolaï Doundoukov en 1855 – reçoit commande de cinquante exemplaires de son fauteuil et connaît une notoriété considérable. Il obtient également du département des Manufactures un privilège exclusif sur ce modèle pendant dix ans. Passé ce délai, des variantes plus ou moins heureuses seront laissées par de nombreux ébénistes, jusqu’au début du XXe siècle. Un exemplaire du premier modèle figurait dans le cabinet de travail de l’avant-dernier empereur de Russie, Alexandre III (1845-1894). Si l’on ignore à quelle série appartient le nôtre, on sait qu’il est à rattacher à l’école d’Abramtsevo, près de Moscou, l’un des centres qui, avec Talachkino dans les environs de Smolensk, s’est développé dans les années 1880 grâce au mécène Mamontov. Le retour aux sources populaires est particulièrement éloquent chez ces colonies artistiques qui confient aux koustari («paysans-artisans») la réalisation d’objets d’art décoratif – boîtes, petits ustensiles, meubles – d’après des artistes des milieux urbains. C’est le triomphe de l’historicisme, savant et exubérant. De l’âme russe…
Mardi 4 octobre, salle 14 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV. M. Filatoff.
1926, Bentley 3 Litre short, châssis Sports Tourer, carrosserie Vanden Plas, SR 1421.
Estimation : 420 000/450 000 €
Au Mondial de l’automobile, Coys entre dans la course
Plus d’un million de visiteurs se pressaient au dernier Mondial de l’automobile de Paris, rendez-vous phare des passionnés de belles mécaniques. Cette année, les organisateurs ont décidé d’étoffer la programmation en proposant pour la première fois de l’histoire du salon, qui fête ses 118 ans, une vente aux enchères de véhicules anciens. «Une manifestation qui s’inscrit totalement dans l’ADN du mondial», pour son commissaire général Jean-Claude Girot. Il faut dire que le marché de la voiture de collection connaît des heures fastes. La raison tient pour une bonne part au retour sur investissement, le meilleur selon Chris Routledge, qui estime la plus-value de ces dix dernières années à 400 %. Directeur de la maison Coys, il s’est vu confier le soin de concocter le catalogue de ce premier opus. Pourquoi une maison anglaise au Mondial de Paris ? Spécialisée dans la vente de véhicules vintage depuis 1919, Coys fait figure de référence avec sa grande rivale, RM Auctions. Elle s’associe pour cette dispersion française au commissaire-priseur parisien Olivier Coutau-Bégarie, qui officie traditionnellement à Drouot. Pour l’occasion, Coys a opté pour une sage sélection adaptée au public du Mondial, un catalogue de près de 100 véhicules alternant modèles et prix. Les Citroën se rangent aux côtés des Mercedes-Benz, des Alfa Romeo, d’une Deep Sanderson ou encore d’une Lotus Elan. Les estimations débutent autour de 10 000 €, mais grimpent à plus de 700 000 € pour une Porsche Carrera GT de 2004. Après l’Italienne Ferrari, dont la 550 Barchetta de 2001 est attendue autour de 400 000 €, la marque allemande est la plus représentée. Parmi les modèles vintage, on s’attardera sur cette Bentley 3 Litre (420 000/450 000 €), un modèle qui lança la légende de la célèbre marque britannique, symbole de luxe et d’élégance. Pour cette première auto, Bentley visa aussi la performance : alignée au départ de la deuxième édition des Vingt-Quatre Heures du Mans, la 3 Litre remportera la première course de son histoire. Le modèle proposé à la vente a quitté l’usine en 1926, doté d’une carrosserie «open sport» signée de la société Vanden Plas. Son moteur comme son châssis sont d’origine. Les connaisseurs apprécieront…
Porte de Versailles, samedi 8 octobre, à 15 h.
Coys et Coutau-Bégarie OVV.
Zaïre, Kuba, Kasaï occidental. Masque facial «pwoo itok», bois demi-lourd, pigments végétaux, h. 24 cm.
Estimation : 1 000/1 500 €
Le goût de Michèle Yoyotte
Michèle Yoyotte n’a pas seulement été l’épouse du grand égyptologue Jean Yoyotte. Cette femme de goût a constitué une collection témoignant brillamment de la relation que son époque entretenait avec les arts premiers. Curieuse, elle s’est intéressée à la question de l’acculturation, de ces objets retirés de leur contexte rituel pour revêtir le statut d’œuvres d’art, loin de leur pays. Elle a mené un véritable travail de sociologue, en conversant avec des émigrés africains de Paris. Michèle Yoyotte entreprend sa collection en 1954, principalement avec l’aide des marchands de Saint-Germain-des-Prés. À cette époque, ce que l’on appelait encore «l’art nègre» était surtout apprécié à la lumière de l’art moderne. Nombreux étaient ceux qui voulaient posséder le type d’objets collectionnés par les surréalistes. Michèle Yoyotte était de ceux-là, mais elle recherchait aussi des pièces plus rudes, que la plupart des amateurs d’alors n’avaient pas encore appris à apprécier. Un goût qui se retrouve dans sa collection de tableaux et sculptures contemporains, marqués par une esthétique géométrique. Signalons un beau masque facial vuvi (Gabon) de la fin du XIXe siècle (6 000/8 000 €) et un porteur de coupe cynocéphale baoulé, aux proportions harmonieuses et recouvert d’une belle patine croûteuse brune, issu de la collection Robert Duperrier (8 000/12 000 €). Vous aurez aussi remarqué ce masque facial «pwoo» itok du peuple kuba (Zaïre), portant un intéressant décor de tatouages.
Jeudi 6 octobre, 16h30. Salle 6 - Drouot-Richelieu.
Mathias - Baron Ribeyre & Associés, Farrando OVV. M. Roudillon.
Jérôme Brierre, Brigitte Bardot et Pablo Picasso, deux tirages originaux, 13 x 18 cm (l’un reproduit).
Estimation : 200/300 € (les deux)
La photo fait son cinéma
Que les amateurs de Jean Cocteau cinéaste se rendent à Drouot, leur passion sera comblée. Les 270 négatifs originaux du reportage consacré par Jérôme Brierre au Testament d’Orphée devraient y trouver preneur à partir de 8 000/12 000 €. Dans ce film testament réalisé en 1960, trois ans avant sa mort, le grand Cocteau joue son propre rôle, tandis que Jean Marais y interprète Œdipe. Autre chef-d’œuvre éternel : La Belle et la Bête (1946), mettant à nouveau en scène Jean Marais, accompagné de Josette Day. Sur le tournage, Aldo réalise un reportage dont les 660 négatifs originaux sont estimés entre 40 000 et 60 000 €. Il s’agit d’un ensemble précieux, documentant tant le jeu des acteurs pendant les prises que des moments volés de détente ou de préparatifs. Tessier-Sarrou met aussi à l’honneur un duo de stars plus inattendu : Brigitte Bardot et Pablo Picasso, héros d’un reportage photographique réalisé par Jérôme Brierre, dont les 93 négatifs sont proposés autour de 8 000/12 000 €. Nous sommes en avril 1956, le festival de Cannes bat son plein. La jeune Bardot s’y rend dans le but de trouver des fonds pour ce qui deviendra le mythique Et Dieu… créa la femme. En marge de l’événement, on la fait poser avec le peintre catalan, alors âgé de 75 ans. Elle confiera plus tard avoir été émerveillée et très intimidée par ce «demi-dieu». Même si ce fut leur seule rencontre, une réelle entente entre ces deux artistes transparaît dans les clichés.
Lundi 3 octobre, 11 h et 14 h, Salle 2 - Drouot-Richelieu.
Tessier-Sarrou & Associés OVV. M. Choko.
Attribué à Martin Drölling (1752-1817), Petit garçon caché derrière un rideau, portrait présumé du fils de l’artiste, Michel-Martin Drölling, huile sur toile, 54 x 47 cm.
Estimation : 12 000/15 000 €
Portrait présumé du fils de Martin Drölling
C’est en 1762 que fut publié l’Émile ou De l’éducation. Cet ouvrage de Jean-Jacques Rousseau joua un rôle majeur dans l’évolution des mœurs qui se produisait alors. «L’enfant a ses manières de voir, de sentir et penser qui lui sont propres ; rien n’est moins sensé que de vouloir y substituer les nôtres», écrivait l’auteur. L’enfant devient un être à part entière, non plus seulement de nouvelles mains pour aider dans les travaux des champs ou un héritier devant poursuivre le lignage familial. C’est un être en construction et, de ce fait, digne d’intérêt. Les médecins, les professeurs mais aussi les artistes commencent à se pencher sur cette période bien spécifique de la vie. Si les peintures d’enfants existaient bien auparavant, avec les amours potelés de Poussin ou de Fragonard, les peintres du XVIIIe vont leur donner vie. Ils vont les représenter dans leur quotidien, avec réalisme. Ainsi, dans notre Petit garçon caché derrière un rideau, nous sommes séduits par la spontanéité et le naturalisme de cette scène d’une belle simplicité. Vêtu comme un petit homme, ce garçon affiche un air amusé et juvénile, comme s’il avait été surpris en plein jeu de cache-cache… Cette charmante tête brune serait le fils du peintre alsacien Martin Drölling. Ayant reçu très jeune un apprentissage à Strasbourg, ce dernier monte à Paris, où il poursuivra sa formation en copiant les œuvres flamandes et hollandaises du musée du Louvre. Elles lui inspireront une peinture précise et délicate, versée dans les scènes de genre et les portraits. Drölling s’inspirait souvent de sa vie familiale, prenant son épouse Louis-Elisabeth Belot, fille d’un marchand de couleurs, et ses enfants Michel-Martin et Louise-Adéone comme modèles. On pense reconnaître ici son jeune garçon, un visage que l’on retrouve dans une toile de 1800, La Peinture et la musique, conservée au Los Angeles County Museum of Art. Michel-Martin deviendra l’élève de Jacques-Louis David et voyagera à Rome avant d’effectuer, lui aussi, une belle carrière de peintre de décor, notamment au château de Versailles et au Louvre.
Lundi 3 octobre, Rennes.
Rennes Enchères OVV. M. Bordes.

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