La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Victor Hugo (1802-1885), L’Ermitage (Jersey), 1855, plume et lavis d’encre brune, 19 x 22 cm.
Estimation : 80 000/120 000 €
Un proscrit devant un ermitage
C’est un lieu désert, habité par les mouettes rieuses et autres oiseaux marins. Leurs cris rivalisent avec le fracas des vagues se déversant dans le goulet, surnommé la «porte de l’enfer», face à l’île Elizabeth Castle. Sur ce piton rocheux émergent les ruines d’un ermitage, celui surplombant la grotte supposée avoir abrité au VIe siècle l’ermite Hélier, Belge d’origine, envoyé à Jersey par saint Maculf. Douze ans plus tard, des pirates découvrent sa retraite et le décapitent ; comme saint Denis, Hélier prend sa tête entre ses mains et marche jusqu’à la côte. Au XIIe siècle, un petit oratoire est édifié au-dessus de la caverne, où l’on peut se rendre à pied, à marée basse. Un site qui devait parler à l’âme tourmentée du poète exilé. Hugo est un fervent adepte du spiritisme depuis le décès de Léopoldine. Et laisse courir sa plume pour des dessins qui détaillent ces lieux mystiques, visités parfois avec Juliette Drouet, également présente à Jersey. L’exilé politique y retrouve aussi d’autres opposants au coup d’État de «Napoléon le Petit», comme le médecin et député bourbonnais, Barthélémy Terrier (1805-1876), qui devient son médecin personnel et son ami ; il le suivra à Guernesey où il s’efforce de soigner et soulager Adèle, dont la santé physique et mentale se détériore depuis le mois de décembre 1856. Il rédige même un traité de quinze pages, Quelques préceptes d’hygiène à l’usage de Mlle Adèle Hugo, daté du 22 janvier 1857. Cette vue noir sépia de L’Ermitage lui a été offerte cette année-là. Le musée Victor-Hugo conserve une autre vue encore plus sombre de ce site. Hugo dessine depuis longtemps, notations de voyages d’esprit romantique, devenant des visions sorties de «pluviales ténèbres», comme le note Huysmans dans La Jeune Belgique, en mars 1890. «Tout cela campé à la diable, balafré de traînées de sépia et de bistre, trituré comme avec des estompes imbibées d’encre, rehaussé dans les parties liquides, de lavures d’un bleu pâle et gris, du bleu de la pierre divine, pilée et délayée dans un peu d’eau.» Son long exil a profondément modifié sa vision : tous les jours face à la mer, il s’y engloutit, s’y dissout, l’élément nourrit son imagination et son écriture. Les souvenirs se teintent de nostalgie, de tristesse et se transforment en visions infernales et poétiques. Ce que retient Huysmans : «C’est bien de lui, cette atmosphère d’orage, ces grands ciels en deuil, ces naufrages du jour culbuté par la houle des nues.» Cependant, dans ce dessin, à travers les rayons sépia du soleil d’encre, la mer est calme comme un lac, laissant tout le drame aux crevasses, pierres à moitié éboulées, chancelantes, de cet ermitage, dressé comme un phare.
Lundi 27 mars, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Aguttes OVV.
Amedeo Modigliani (1884-1920), Portrait de Paul Guillaume, 1915, mine de plomb et crayon gras sur vélin mince, 26,5 x 20,59 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €
Modigliani intime
Quatre dessins d’Amedeo Modigliani sont à l’affiche de cette vente d’œuvres sur papier anciennes et modernes, dont deux portraits du célèbre marchand d’art moderne Paul Guillaume (1891-1934) ; la majeure partie de la collection, soit 146 œuvres des années 1860 à 1930, appartient aujourd’hui au musée de l’Orangerie. Les deux hommes se rencontrent grâce au poète Max Jacob, en 1914. Guillaume commence son activité à l’enseigne des Soirées de Paris, et loue à Montmartre un atelier pour l’artiste. Celui-ci réalisera quatre portraits de son mécène, en 1915 et 1916. Le marchand visionnaire, alors âgé de 23 ans, est montré comme un jeune homme élégant et sûr de lui, le regard braqué sur le spectateur. La mention Novo pilota («nouveau pilote») visible sur deux œuvres, dont notre Portrait à mi-cuisse, illustre le rôle éminent de Paul Guillaume dans la reconnaissance de l’art moderne et de l’art africain. Jeune employé dans un garage, il expose en 1911 quelques objets reçus dans les cargaisons de caoutchouc destiné à la fabrication des pneus. Séduit, Guillaume Apollinaire le fait rentrer dans son cercle. Tout au long de sa carrière, le marchand exposera côte à côte sculptures du continent noir et œuvres de Paul Cézanne, Henri Matisse, Pablo Picasso, André Derain, Chaïm Soutine, Kees Van Dongen ou Amedeo Modigliani… Devenu riche et célèbre, en Europe et aux États-Unis, il meurt avec le souhait de fonder un musée. Sa veuve, Domenica Walter-Guillaume (1898-1977) – Juliette Lacaze de son vrai nom, remariée en 1938 à l’architecte Jean Walter –, hérite de sa fortune et de sa fabuleuse collection. Elle cède plus de deux cents pièces, dont toutes celles d’art africain, les tableaux de Giorgio de Chirico, d’autres d’Henri Matisse, de Pablo Picasso et des portraits d’Amedeo Modigliani. L’État acquiert sa collection en 1959 et 1963, en fait une première présentation temporaire le 31 janvier 1966 sous l’égide d’André Malraux, ministre de la Culture. Elle est présentée de façon permanente depuis 1984. Les deux dessins cédés aujourd’hui proviennent de sa descendance.
Vendredi 24 mars, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV. Mme Bonafous-Murat.
Giovanni Boldini (1842-1931), Rose au bord d’une table, aquarelle sur papier, 36,1 x 28,9 cm.
Estimation : 12 000/18 000 €
Giovanni Boldini, côté nature morte
Cette aquarelle a appartenu au marchand Paul Cailleux, dont la galerie du faubourg Saint-Honoré présentait, de 1912 à 1964, des morceaux de choix de la peinture du XVIIIe siècle. Changement de registre, donc, avec cette œuvre exécutée vers 1905-1907 par le portraitiste mondain Giovanni Boldini. En marge de ses représentations à la facture brillante et minutieuse de personnalités du Paris de la fin du XIXe, l’artiste originaire de Ferrare, ami d’Edgar Degas, Édouard Manet, Paul-César Helleu ou Camille Corot, développe dans les années 1900 une production plus intime, liée à un intérêt pour les roses. Sa ligne toutefois reste nerveuse, sa composition fiévreuse, ses coups de pinceau comme des balafres sur la toile ou le papier. Typique également de sa manière, ce cadrage en plongée et cet inachèvement volontaire qui lui permet ici de retranscrire la fraîcheur et l’élégance des fleurs. C’est à la fin du XIXe siècle que sont créés, par hybridation, les nombreux rosiers buissons à fleurs groupées, les floribunda, dont semble s’inspirer Giovanni Boldini. Il les intègre dans ses portraits en ornement d’un chapeau, en épingle d’un décolleté d’une élégante ou, comme ici, en fait le sujet d’une nature morte… Renommée pour sa beauté et son parfum, cultivée en Chine et en Perse il y a cinq mille ans, la reine des fleurs est célébrée depuis l’Antiquité par les écrivains, les poètes et les peintres. Parmi lesquels celui que Guillaume Apollinaire qualifiait, non sans ironie, de «futuriste et prestidigitateur»…
Vendredi 24 mars, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV.
François Lefebvre (actif au XVIIIe siècle), Vue du château du Piple du côté du parterre et Vue du château du Piple du côté de la cour, paire de dessins, plume et encre noire, aquarelle, 20 x 44 cm.
Estimation : 12 000/15 000 € la paire
Le château du Piple au XVIIIe siècle
Près de Paris, les terrains doucement vallonnés et boisés de la Brie occidentale attirent très tôt des abbayes et des demeures aristocratiques. Sur les terres du domaine qui sera connu au XVIIIe siècle sous le nom de Piple, Pierre de Chevry, abbé de Saint-Maur de 1256 à 1285, se fit construire un manoir. Érigé en fief au XVIe siècle, le Piple devient dans les années 1620 la propriété de Charles de Valois, duc d’Angoulême, seigneur de Grosbois, qui transforme le château au goût du jour… Il faudra attendre environ un siècle pour retrouver trace de mention du domaine du Piple. En 1745, le propriétaire d’alors, Joseph Hénault de Montigny, offrit la jouissance de la propriété à Maurice de Saxe (1696-1750), fils de l’électeur de Saxe Auguste II, passé au service du roi de France. Le château fut édifié en 1718 tel que nous le montre cette paire de dessins aquarellés. Juste avant la Révolution, François Thoinet, trésorier général des Ponts et Chaussées, en était le propriétaire, puis, en 1803, Antoine-Joseph Boulay de la Meurthe, qui participa à la rédaction du Code civil. Seize ans plus tard, le château et le domaine du Piple sont achetés par Jean-Conrad Hottinguer (1767-1841), fondateur de la banque du même nom. Son fils, maire de Boissy-Saint-Léger, fait agrandir le château en 1851, par l’architecte Phidias Vestier : il ajoute un étage, coiffé de toits à la Mansart ; le parc se voit doter d’un étang aux canards et de divers pavillons. L’élégante demeure devient un imposant château Napoléon III, même s’il bénéficie de conforts plus modernes.
Mercredi 22 mars, salle 1-7 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30.
Maigret (Thierry de) OVV. M. Millet.
Ecole italienne du XVIIe siècle, Etude de main et de pied, plume et encre brune sur traits de sanguine, 24,5 x 18 cm.
Estimation : 1 200/1 500 €
La main heureuse de Régis Lisfranc
La main dans le sac, à main levée, de main de maître… les expressions ne manquent pas qui utilisent cette partie du corps que l’homme a toujours considérée comme l’instrument qui le caractérise. Ce n’est pas un hasard si on la retrouve sur les parois des grottes, entourée de pigments que soufflaient les artistes préhistoriques avec leur bouche. Son usage offre à l’homme la sensation d’être un créateur. Elle peut caresser, menacer, frapper, créer et même tuer… Chirurgien de la main réputé, le docteur Régis Lisfranc a entrepris sa collection sur ce thème il y a trente-cinq ans, «en tous pays et en tous moments, prêt à tomber en faiblesse au petit matin devant une main, au petit matin dans l’aube glacée d’une brocante désolée, bien loin du quai Voltaire ou de la Biennale des antiquaires». Aujourd’hui, il devrait être difficile aux amateurs de repartir les mains vides. Deux cent cinquante dessins, gravures, tableaux, objets de fouille, d’art populaire (enseignes, heurtoirs, casse-noisette, couvert de manchot), bras de lumière en bronze ou en bois doré, sans oublier un croc de cornac indien du XIXe siècle (400/600 €). Pour faire bonne mesure, mentionnons encore une bouteille de mouton-rothschild 1964 – dont l’étiquette illustrée par Henry Moore est ornée de mains (100/200 €) – et un gant signé par Edmond Rostand (1 000/1 500 €). Il est un temps pour réunir les objets, un autre pour s’en séparer. «Ma collection est plutôt une collecte, une compagne éphémère» dit le docteur Lisfranc, qui a décidé il y a quelques mois de s’en séparer. Une belle façon de passer la main…
Lundi 20 mars, salle 2 - Drouot Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. Cabinet de Bayser.
Marcel Jouhandeau (1888-1979). 2 688 lettres autographes ignées, adressées à Castor Seibel (né en 1934) entre 1964 et 1978, nombreuses photos et divers documents et lettre de Seibel à Jouhandeau.
Estimation : 20 000/30 000 €
Marcel Jouhandeau écrit à Castor Seibel
Ces lettres témoignent d’une amitié et d’une confiance sincères à Castor Seibel, écrivain, poète, critique et collectionneur allemand. Il est considéré comme l’un des meilleurs connaisseurs de Braque, Fautrier et Barceló, sur lesquels il a écrit des textes reconnus pour leur profondeur et leur pertinence. Curieux des artistes contemporains, il s’intéresse aussi à Yves Klein ou Gil Wolman. Aujourd’hui, Castor Seibel, qui partage sa vie entre Paris, la Côte d’Azur, Venise et Rome, a décidé de se séparer d’une partie de son abondante correspondance, en particulier le «torrent épistolaire» que lui adressa tout au long de sa vie Jouhandeau. S’est tissée entre les deux hommes une passion, qui restera inassouvie physiquement, mais se dévoile cependant pleine de sensualité dans les lettres : «Tu plonges tes racines dans mon âme et dans mon corps», écrit Jouhandeau le 28 août 1965. «Depuis deux ans à peu près nous nous enracinons l’un dans l’autre, mieux que si nous nous étions possédés, justement parce que nous persévérons à nous tenir enlacés sans nous voir. Il y a là un mystère profond, une gageure que peu d’amants sont à même de soutenir. […] Le désir entre nous supplée au plaisir et le passe en volupté.» Ces lettres forment un journal intime, dans lequel on assiste à ses scènes de ménage, ses démêlés avec Gallimard, et où on l’accompagne dans ses humeurs, au fil des jours. On goûtera aussi ses descriptions d’un paysage ou ses féroces portraits du monde littéraire et mondain.
Mercredi 22 mars, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV. M. Vrain.
Table de milieu en acajou, le plateau en marqueterie échantillonnée de marbres
et pierres dures, la ceinture à panneaux soulignée de perles et olives, ornements de bronze doré, époque Louis XVI, 76 x 93 x 51 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €
Une table à plateau italien chez les Gontaut-Biron
Au XIIe siècle, Gaston de Gontaut épouse la fille de Guillaume, seigneur de Biron. Soit l’une des plus anciennes familles d’Aquitaine, dont plusieurs membres servirent comme officiers supérieurs au service du royaume de France. Notamment le duc de Lauzun, et duc de Biron, maréchal de France, Louis-Antoine (1701-1793), proche de Marie-Antoinette, engagé dans la guerre d’Indépendance des États-Unis. Dans de telles familles, les objets passent de branche en branche, de demeures en demeures, formant des ensembles pleins de charme, chaque génération ajoutant un peu de son goût et de sa fantaisie. Quel personnage de la famille a été attiré par cette table en acajou dont le plateau est orné d’une marqueterie de marbres et pierres dures ? On ne le saura probablement pas. La mode des meubles enrichis de pierres dures vient d’Italie, et Louis XIV en raffolait. Les ateliers des Gobelins réalisèrent ainsi, entre 1679 et 1682, deux cabinets monumentaux dus à Domenico Cucci, aujourd’hui dans les collections du duc de Northumberland. Sous Louis XV et Louis XVI, certains de ces panneaux sont réutilisés pour des meubles par Carlin et Baumhauer, entre autres. Cette table à écrire supporte un plateau italien à motif de cubes réalisés notamment en bardiglio (marbre d’Espagne), vert d’Irlande et rouge de Vérone, dans un encadrement en jaune «amarello». Un meuble similaire portait une inscription suggérant la provenance des résidences de Tibère, sur l’île de Capri, probablement de la villa Jovis, résidence impériale sur l’île après l’abandon de celle de Sperlonga. Rappelons que Tacite mentionnait douze villas tibériennes à Capri. Les ornements servirent pour d’autres utilisations à travers les siècles. Le piétement en acajou, sculpté dans la masse, reçut un plateau réalisé avec des marbres antiques, acquis certainement à Naples au milieu des années 1780 par un amateur parisien. L’élégance de ce meuble peut suggérer le travail de l’ébéniste Jean-François Leleu (1729-1807), auteur d’un secrétaire à échantillons de marbres.
Mercredi 22 mars, salle 1-7 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30.
Maigret (Thierry de) OVV. Cabinet Étienne - Molinier.
Luca Cambiaso (1527-1585), Vénus et Adonis avec deux amours, plume et encre brune, 25 x 39,5 cm.
Estimation : 3 000/4 000 €
Luca Cambiaso dessinateur
Nombreux sont les tableaux de Luca Cambiaso conservés dans les églises et les musées, nombreuses les fresques dans les palais et les villas à Gênes et dans sa région, dont l’artiste était originaire. Ce dessinateur infatigable, au trait rapide et mouvementé, à l’œuvre graphique abondante, signe à 17 ans sa première œuvre importante, L’Iliade, au palais Doria-Spinola à Gênes. Initié à la décoration par son père Giovanni Cambiaso, Luca effectue des voyages en Émilie, à Florence et à Rome pour compléter sa culture. C’est en Espagne qu’il passera les trois dernières années de sa vie, où il travaille à la cour de Philippe II à la décoration du palais de l’Escorial. À la fresque du Paradis, très exactement. Nos deux personnages mythologiques ont-ils atteint ce lieu où les âmes jouissent de la béatitude éternelle ? Luca Cambiaso les représente dans des attitudes épanouies, flottant dans le ciel, allongés aux côtés de deux amours. Exécuté vers 1560-1565, ce dessin appartient à la seconde manière de l’artiste, quand ses recherches s’orientent vers une simplification géométrique des formes. Il s’éloigne alors du maniérisme, comme le montre les jambes d’Adonis, à gauche, aux accents que ne renieraient pas les cubistes. Malgré quelques accidents dans le papier, dus à l’emploi de l’encre ferro-gallique – encre acide utilisée à l’époque, «mangeant» le papier –, et des traces de restauration, cette feuille reste désirable. Nos deux héros sont un thème cher à l’artiste. Adonis, doté d’une grande beauté, fut aimé de Vénus (ou Aphrodite) et envoyé par celle-ci dans un coffre en bois à Perséphone, afin qu’elle veille sur sa sécurité. Cette dernière s’en éprend et le lui dispute. La muse Calliope décide que le jeune homme passera un tiers de l’année avecchacune d’elles, le temps restant avec la personne de son choix. Sa préférence va bien sûr à Vénus. Le partage n’est plus équitable et attise la colère des dieux. Adonis s’effondre, blessé mortellement par un sanglier. Certains y voient la main d’Arès – dieu de la Guerre –, d’autres celle d’Apollon, tous deux fous de jalousie.
Lundi 20 mars, salle 6 - Drouot Richelieu.
Millon OVV. Cabinet de Bayser.
Saint-Cloud, 1710-1766. Poivrière en porcelaine tendre tréflée à couvercle pivotant à trois pieds griffe, décor de rinceaux, quadrillés et perles, prise en forme de fruit à graines, h. 8,4 , l. 14. cm.
Estimation : 4 000/6 000 €
Une bonne pâte
Vingt pièces en porcelaine tendre de Saint-Cloud sont inscrites au catalogue de cette vente classique, toutes issues de chez Gilbert Lévy (1884-1944). Spécialiste de la faïence française, grand amateur de porcelaine de Vincennes, Saint-Cloud, Chantilly et Mennecy, d’abord installé 72, rue du Faubourg-Saint-Honoré puis 38, rue de Penthièvre, cet homme cultivé et curieux était devenu au fil des années le conseiller de nombreux collectionneurs privés, parmi lesquels J. P. Morgan, Auguste Dormeuil, le docteur Chompret, Maurice Fenaille ou un certain Paul Getty… Commercialisée vers 1690, la production de porcelaine tendre de Saint-Cloud fera durant près d’un siècle la réputation de cette cité des bords de la Seine. Placée sous la protection de Monsieur (1640-1701), frère de Louis XIV, la manufacture animée par les familles Chicaneau et Trou produit des boîtes à épices, flambeaux, verseuses, tasses, moutardiers, pots à tabac et à fard, pots-pourris, encriers, statuettes et autres vases. La pâte translucide et onctueuse – réalisée à partir d’une terre verte provenant du mont Valérien lui donnant ses reflets caractéristiques –, est habillée de grotesques, croisillons, lambrequins, fleurs, personnages exotiques, en camaïeu bleu polychromes ou blanc façonnés en relief à la manière des porcelaines chinoises. Notre ensemble – dont les estimations oscillent de 1 500 à 30 000 € – illustre la diversité et la qualité de cette production délicate si prisée des tables royales au XVIIIe siècle…
Vendredi 24 mars, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Audap-Mirabaud OVV. Mme Finaz de Villaine.
Louis Tocqué (1696-1772), Portrait de Pierre-Simon Mirey, secrétaire du roi, conservateur des Hypothèques, peint en chasseur tenant un fusil, 1743, huile sur toile, 136 x 125 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €
Un heureux chasseur et ami du peintre
Pierre-Simon Mirey (1702-1764) devait aimer la chasse, car son portrait sonne vrai, amical, observé. D’une famille commerçante, son père était premier marchand de vin du roi à Paris et fournisseur de la Bouche du roi, ainsi que chef de la fruiterie de Monsieur, duc d’Orléans. Louis Tocqué représente le fils en gentilhomme, portant un habit dont les soies et les velours déploient une symphonie de gris repris dans les cheveux poudrés, le ciel sombre, le plumage de la perdrix bartavelle et dans le pelage du chien. Les gris froids et chauds vont du clair au foncé, du gris perle à l’anthracite, et sont soulignés de minces filets jaunes, les boutons et broderies dorés accrochant la lumière. Le chasseur est tout simplement heureux de sa journée et, on peut penser, de la vie. Son passe-temps et ses vêtements démontrent une aisance certaine. Tocqué, qui dut être l’ami de Mirey, le peint avec générosité. On peut rapprocher ce portrait avec celui d’un homme en habit de chasseur par Largillierre, dont il devait se sentir proche dans les rendus minutieux des manchettes en dentelles fines, tout comme dans la maîtrise de la lumière qui baigne toute la composition. Louis Tocqué, élève et gendre de Nattier, a connu une brillante carrière de portraitiste. Il brosse en 1740 un Portrait de Marie Leczinska, dont des exemplaires sont conservés au Louvre et à Versailles, «d’une coloration souple et puissante qui n’exclut ni la force, ni la douceur, a un air de majesté aimable, d’autorité souriante qui fait de cette peinture une œuvre d’art de haut prix, du plus incontestable mérite.» Mais qui n’a cependant pas le charme de ce chasseur, exposé au Salon de 1743 avec celui de son beau-frère, Pierre Pouan, appuyé au dossier d’une chaise.
Mercredi 22 mars, salle 5-6 -Drouot-Richelieu.
Millon OVV. M. Millet.
Auguste Rodin (1840-1917), L’Éternel Printemps, premier état, taille originale - variante type B, épreuve en bronze patiné, portant la marque «Griffoul et Lorge / fondeurs à Paris / passage Dombasle», fondue probablement entre 1887 et 1894, h. 64,4, l. 69, pr. 39 cm.
Estimation : 800 000/1 000 000 €
Rodin, l’expression par le corps
Au XIXe siècle en sculpture, il existe un avant et un après Rodin. Il a retrouvé la vitalité époustouflante de Michel-Ange, la matière prenant vie sous ses doigts. On devrait même dire le corps, élément primordial de son vocabulaire esthétique, comme lui-même l’affirmait : «Je juge que le corps est le seul véritable habit de l’âme, celui où transparaît son rayonnement.» En ce début des années 1880, Rodin est occupé à son grand projet de La Porte de l’Enfer et ses multiples figures. Figures tourmentées, voluptueuses et douloureuses à la fois, elles prendront pour la plupart une vie propre par la suite. Un groupe occupe une place à part dans ce corpus : exprimant une joie radieuse, une célébration heureuse de la vie, L’Éternel Printemps est très vite retiré de la composition. Le corps cambré de la jeune femme est inspiré du Torse d’Adèle, du nom d’un de ses modèles favoris, Adèle Abruzzesi, peut-être créé vers 1878. Rodin imagine une audacieuse composition, avec le corps dans une position d’un équilibre précaire. La jeune femme alanguie, les jambes pliées, tend ses lèvres à la figure masculine, presque un adolescent. Comment mieux exprimer l’élan amoureux, la fougue et l’extase proche de l’évanouissement ? Une gravure de Bracquemond d’après le groupe servit à illustrer le poème «Aristophane» (Le Groupe des idylles) de Victor Hugo, dans une édition de 1886, où l’on peut lire : «Aimons. Le printemps est divin.» Peut-être une des sources de l’appellation du groupe ? Il existe deux états ou versions de L’Éternel Printemps. Un premier conçu vers 1884 et un second, en 1898. Cette épreuve appartient au premier état, fondu à une dizaine d’exemplaires par Griffoul et Lorge avant 1900 ; le Comité Rodin a indiqué que cette épreuve avait probablement été fondue entre 1887 et 1894. Des fontes posthumes ont été éditées par le musée Rodin et fondues par Alexis puis Georges Rudier. Le second état diffère par sa base et l’adjonction de végétation notamment pour soutenir le bras de l’amant. Mais toujours, le velouté de la peau, le dynamisme de la pose et le traitement de la lumière s’associent pour provoquer chez le spectateur un merveilleux émoi. Encore aujourd’hui.
Mercredi 22 mars, salle 13.
Fraysse & Associés OVV. Cabinet Maréchaux.
1967, Citroën DS 21 LHM cabriolet réplique, châssis n° 4374356, carte grise française.
Estimation : 70 000/90 000 €

1969, Citroën DS 21 cabriolet usine, châssis n° 4638784, carte grise française.
Estimation : 110 000/150 000 €
 
Les «Déesses» de la collection Perinet-Marquet
Quand on aime, on ne compte pas ! Deux jours seront ainsi consacrés aux automobiles et aux motos anciennes par la maison bellifontaine, avec la dispersion des collections Perinet-Marquet, Migeon et Cocheteux, respectivement le samedi 18 et le dimanche 19 mars. Attardons-nous sur la première, comptant plus de soixante numéros, parmi lesquels figurent vingt-six représentantes d’une légende roulante : la DS. Leur propriétaire, Olivier Perinet-Marquet, peut revendiquer quarante ans d’automobile derrière lui. Débutant sa carrière comme mécanicien chez son père, il n’a qu’une vingtaine d’années quand on lui offre de participer à la gestion de l’entreprise familiale. Aujourd’hui, ce n’est pas sans émotion qu’il se sépare de ses nombreux modèles, produits de 1965 à 1974 et proposés pour la majorité dans une fourchette de 5 000 à 23 000 €. Notre passionné souligne le côté révolutionnaire de cette voiture française, devançant de vingt ans ses concurrentes à l’époque de son lancement, en 1955.  Appréciant de remettre ses modèles en fonctionnement sans altérer leur état d’origine et dans le respect de leur histoire, il n’a pas dépensé de sommes somptuaires pour les réparer, mais a profité de son savoir pour soigner les pannes, jubilant de voir une DS se «lever» de nouveau après dix ans d’inertie. Un moment magique ! Ses pièces les plus rares sont les cabriolets DS 21 : une version usine de 1969 dans sa livrée blanche (proposée entre 110 000 et 150 000 €), et une réplique, bordeaux, de 1967 (dans une fourchette de 70 000 à 90 000 €). On appréciera également le soin apporté à la fabrication de la Pallas, qui aura plusieurs représentantes ce samedi. Sa beauté intérieure et extérieure sera brillamment évoquée par une DS 21 «sable doré» aux phares anciens, produite en 1966 et ayant eu les honneurs de L’Auto-Journal n° 935 (18 000/20 000 €). Malgré un pincement au cœur à l’idée de la future séparation, la fierté a été au rendez-vous pour Olivier Perinet-Marquet quand ses voitures ont démarré au quart de tour pour prendre la route de Fontainebleau. Les passants se retournaient sur leur passage pour les photographier...
Samedi 18 mars, Fontainebleau.
Osenat OVV.
Marie Vassilieff (1884-1957), Café de la Rotonde, 1921, huile sur toile, 80,2 x 60,2 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €
Marie Vassilieff ou la Madone moderne
Marie Vassilieff est une artiste et un personnage difficile à saisir, qui créa aussi bien des tableaux cubistes que des marionnettes ou des décors de ballets, tout en apportant un réel soutien à ses amis artistes. Née à Smolensk, en Russie, elle étudie à l’académie de Saint-Pétersbourg avant de s’installer à Paris en 1907. Un an plus tard, elle participe à la fondation de l’Académie russe, avant d’ouvrir son propre atelier à Montparnasse, au 21, avenue du Maine, en 1912. Ce quartier, où les prix sont alors modérés, est en pleine expansion et attire les jeunes artistes sans le sou. Elle en devient une figure centrale, fréquentant Henri Matisse, qui lui donne des cours, mais aussi Amedeo Modigliani ou encore Ossip Zadkine, qui mangeront régulièrement à sa célèbre cantine durant les heures difficiles de la Première Guerre mondiale. Marie Vassilieff, qui s’est portée volontaire comme infirmière de la Croix-Rouge, rassemble chez elle toute l’avant-garde picturale parisienne. C’est dans son atelier que Fernand Léger donne, en 1913, deux célèbres conférences sur l’art moderne. Le début de sa carrière fut marqué par le cubisme, que par ailleurs elle enseignait. Datée 1921, notre toile intitulée Café de la Rotonde en est l’un des derniers témoignages mais préfigure déjà son changement de style, avec l’introduction de thèmes religieux et spirituels. Mais cette composition à la géométrie parfaite nous offre une image de «Maternité moderne», montrant la peintre avec son enfant, à la terrasse d’un des bars les plus renommés de Montparnasse. C’est en 1917 que naît son fils Pierre, qui passera d’ailleurs deux ans avec elle en résidence surveillée, à Fontainebleau, au moment de la révolution soviétique. Ce tableau est connu du grand public puisqu’il a été présenté au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, du 29 novembre 2000 au 11 mars 2001, dans le cadre de l’exposition dédiée à «L’École de Paris». Il faisait partie depuis les années 1970, d’une collection particulière de la région d’Arcachon.   
Samedi 25 mars, Arcachon.
Toledano Société de Ventes aux enchères OVV.
Claude Lévi-Strauss (1908-2009), ensemble de 70 plaques photo légendées de l’expédition en Amazonie en 1935-1936.
Estimation : 3 000/5 000 €
Lévi-Strauss en Amazonie
Un ensemble d’intérêt muséal ! Ces soixante-dix plaques photo légendées retracent l’aventure lancée par l’anthropologue français Claude Lévi-Strauss, en Amazonie, en 1935-1936 chez les Indiens caduveo et bororo. L’objectif de cette mission était de rapporter des collections ethnographiques destinées au musée de l’Homme, sans oublier de laisser la part revenant, selon la loi, au Brésil. Cet ensemble provient de la collection de M. René Silz, secrétaire personnel de Lévi-Strauss. Il complétera avantageusement les informations données dans l’ouvrage de référence sur ce voyage, publié aux éditions Plon en 1994 : Saudades do Brasil. Certaines de ces plaques présentent Claude Lévi-Strauss en personne, dont l’une le montrant suspendu à une liane, souriant, et une autre en compagnie d’un Indien nommé Onoendro. On assistera également à des scènes traditionnelles de la vie des Bororo – danse, pêche ou travail avec le bétail. Claude Lévi-Strauss a révolutionné les sciences humaines et sociales en fondant l’anthropologie structurale. Le scientifique plaçait sous un nouveau jour l’étude des ethnies en s’attachant à distinguer une unité psychique de l’humanité, que l’on retrouve d’un peuple à l’autre. Professeur de philosophie au début de sa carrière, il se tourne vers l’anthropologie au début des année 1930. Son séjour au Brésil en 1935 sera fondateur de son travail. Parti en compagnie de son épouse, Dina Dreyfus, pour occuper un poste de professeur de sociologie à l’université de São Paulo, il en profite pour organiser plusieurs expéditions en Amazonie, notamment au Mato Grosso. Après celle de 1935-1936 s’en déroulera une deuxième, en 1938, à la rencontre des Nambikwara. Celle-ci s’effectuera dans des conditions très difficiles, une infection grave des yeux forçant Dina Dreyfus à abandonner. Rentré en France au début de la guerre, Claude Lévi-Strauss s’exile aux États-Unis. Sa carrière sera définitivement lancée avec la publication de ­­Tristes Tropiques en 1955.
Samedi 25 mars Blois.
Pousse-Cornet OVV.
Achille Laugé (1861-1944), Le chemin bordé de chardons, huile sur toile, signée et datée 1897, 52,5 x 80 cm.
Estimation : 30 000/50 000 €
Le divisionnisme au coeur du sud-ouest
Scintillement et couleurs. Des touches allant du jaune au violet, en passant par le vert et l’orangé, construisent ce paysage à la puissance monumentale. Un tour de force tant au niveau de la composition que de celui de la couleur, qui s’inspire du travail de Georges Seurat. Ce dernier se basa sur la lecture des écrits de Charles Blanc et des travaux du chimiste Michel-Eugène Chevreul pour créer, entre 1884 et 1891, six tableaux fondateurs du mouvement divisionniste. Achille Laugé est l’un des premiers admirateurs du Dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, présenté en 1886 à la dernière exposition des impressionnistes. Dès lors, il fera fi de son apprentissage, entamé en 1881 aux Beaux-Arts dans l’atelier de Cabanel et de Laurens, pour se tourner vers une touche divisionniste. Un travail quasi scientifique de mélanges de teintes qui devait plaire à cet ancien étudiant en pharmacie. En 1888, Laugé, natif d’Arzens dans l’Aude, retrouve sa source d’inspiration la plus importante : le Sud. Le peintre s’installe tout d’abord à Carcassonne avant de retourner à Cailhau, en 1895, à la mort de son père. Tout comme à Paris, il y rencontre bien des difficultés pour imposer sa peinture, jugée trop avant-gardiste par certains. Pourtant, il participera en 1894 au Salon des indépendants, et de nombreuses expositions lui seront consacrées dans des galeries parisiennes au cours des années 1910 et 1920. C’est grâce au soutien des marchands, collectionneurs et critiques, comme Albert Sarraut, Achille Astre ou Maurice Fabre de Gasparets, qu’il réussit à vendre ses toiles et à faire connaître son œuvre. S’il est tout naturel de tomber sur un Achille Laugé dans la région toulousaine, il l’est beaucoup moins de rencontrer une composition en bois polychrome de 1,60 mètre de longueur de l’artiste ghanéen El Anatsui, achetée en 1994 dans une galerie à Lagos, au Nigeria, mêlant matériaux de récupération et street art (20 000/30 000 €).
Vendredi 24 mars, Toulouse.
Primardeco OVV. Cabinet Maket.

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