La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Pierre Bonnard (1867-1947), Premier autoportrait, 1889, huile sur carton, 21 x 17 cm.
Estimation : 200 000/300 000 €.


À la une
En regardant le premier autoportrait de Bonnard, nous vient à l’esprit cette phrase de son petit-neveu, Antoine Terrasse : «L’essentiel est toujours entre la parole et le silence : en suspens» (La Nouvelle Revue Française, janvier 1975). Ses peintures si éclatantes, si vibrantes de couleurs, aux compositions hardies ne se lisent-elles pas toujours sur plusieurs niveaux ? Déjà, dans cette première affirmation, l’important semble être ailleurs, à chercher dans les grands yeux noirs de ce regard noyé de myope. Chaque œuvre de Bonnard est «en suspens», comme en attente de la suivante et nourrie de la précédente. À l’époque où il se peint, Bonnard a 22 ans ; jeune licencié en droit, poursuivant sans passion une carrière d’avocat, il est séduit par la peinture. Il suit depuis deux ans les cours de l’académie Julian – où le «massier» n’est autre que Paul Sérusier – et fréquente Maurice Denis, Paul Ranson, Henri-Gabriel Ibels, Ker-Xavier Roussel, Édouard Vuillard… les futurs nabis. En 1888, Sérusier revient de Pont-Aven – où il a rencontré Gauguin – avec le fameux Talisman, petit panneau qu’il montre à ses amis. Il les entraîne voir les dernières œuvres de Gauguin chez Boussod et Valadon, et les peintures impressionnistes chez Durand-Ruel. Que de découvertes, que de révélations ! L’année 1889 est celle de la maturation. L’artiste en herbe réalise le portrait de sa sœur, Andrée Bonnard et ses chiens, annonciateur de son futur style, composé d’aplats dans des lignes souples, et de son sens inné de la couleur. Pour son Autoportrait, premier d’une série qui scande sa carrière, il adopte les vibrations lumineuses et colorées des impressionnistes. L’étonnant dans ce tableau est ce choix de vouloir se représenter de face ; s’affirmant peintre avant tout (il abandonne le droit en 1891), il plonge son regard dans celui du spectateur comme pour amorcer un dialogue. Ce sera celui de «la vision mobile», du «souvenir de ce qui vous a saisi» ; Bonnard est l’artiste qui transcrira le mieux la poésie suggestive de Mallarmé. Indépendant, refusant d’être affilié à une école, il poursuit sans relâche sa quête. Il l’affirme au printemps 1940, dans une lettre à Matisse : «Comme vision, je vois chaque jour des choses différentes, le ciel, les objets, tout change continuellement, on peut se noyer là-dedans. Mais cela fait vivre.» Jusqu’à la plus pure expression de son regard intérieur, son Portrait du peintre par lui-même de 1945.
Dimanche 29 mars, Fontainebleau.
Osenat SVV.
Bureau plat à huit pieds, en marqueterie Boulle à fond d’ébène à décor incrusté en laiton gravé, fin de l’époque Louis XIV ou époque Régence, 79 x 182 x 84 cm. Estimation : 120 000/140 000 €.
Le style Louis XIV à l’honneur
Les sombres cabinets, très architecturés, à l’honneur pendant une grande partie du XVIIe siècle, n’ont pas eu l’heur de plaire au jeune monarque Louis XIV. Avide de gloire et de plaisir, le roi portait un soin particulier au décor de ses palais et châteaux. Le nouveau style fut servi par des ébénistes de talent, comme Pierre Gole et André-Charles Boulle. Plusieurs exemples de leur maestria figurent dans cette vente. Travail du XVIIe siècle, un cabinet en ébène et palissandre, à décor de rectangles ornés d’arabesques en ivoire, présente à l’intérieur vingt tiroirs et une porte centrale dévoilant quatre tiroirs marquetés d’écaille (20 000 €). Plus somptueux et coloré, un cabinet en placage d’écaille, étain, bois teinté et ivoire attribué à Pierre Gole, nommé ébéniste du roi en 1651, témoigne du nouveau goût. Attendu autour de 80 000 €, il est surmonté d’une galerie à balustres et toupets de bronze, possède douze tiroirs à décor de fleurs et deux portes entourées de trois cariatides féminines en bronze doré à gaine d’écaille ; ces portes ouvrent sur un théâtre à trois panneaux peints de personnages de l’époque, les deux latéraux dévoilant encore de petits tiroirs. Les côtés sont aussi ornés d’une marqueterie de grandes fleurs s’épanouissant d’une feuille d’acanthe à enroulements feuillagés… En 1672, un jeune ébéniste, André-Charles Boulle, reçoit ses premières commandes royales et un logement au Louvre, privilège qui lui permet une grande liberté par rapport aux corporations qui régissent la menuiserie et l’ébénisterie. Il reprend les décors mais leur ajoute des bronzes dorés ; il invente de nouvelles formes de meubles et une marqueterie qui porte son nom : elle restera en faveur jusqu’à nos jours. Retenons pour preuve la table liseuse en placage d’écaille, à décor de laiton et écaille, et ornementation de bronze doré, qui lui est attribuée. Le plateau figure trois danseurs sous un dais, dans un entourage de vases, oiseaux, écureuils et rinceaux feuillagés, et présente un pupitre à crémaillère. Aujourd’hui estimé autour de 85 000 €, ce travail d’époque Régence était exposé chez Marc Révillon d’Apreval
à la Biennale de 1976.
Vendredi 6 mars, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Massol SVV.
Robert Pinchon (1878-1943), Rouen, le pont aux Anglais, huile sur toile, 38 x 46 cm.
Estimation : 8 000/10 000 €.
Guy Petibon et l’école de Rouen
Commandeur de la Légion d’honneur, industriel de la pharmacie française, Guy Petibon avait aussi un fort goût pour l’art. Il a réuni plusieurs collections : objets d’arts asiatiques – qu’il avait appris à connaître lors de ses nombreux voyages dans cette région –, casques, tapis et, surtout, tableaux. Il mit ses pas dans ceux d’un autre industriel collectionneur, François Depeaux (1853-1920), en s’intéressant aux peintres de l’école de Rouen. Avec un œil très sûr, celui-ci avait choisi des œuvres importantes de ces artistes épris de ciels brumeux, de cette atmosphère unique aux coteaux de la Seine et de la palette subtile de la lumière des bords de mer normands, que l’on admire par exemple dans les peintures de Léon-Jules Lemaître, Albert Lebourg et Joseph Delattre, tous représentés dans cette collection. De ce dernier, qui œuvra toute sa vie à Rouen et à Petit-Couronne, où il mourut en 1912, on remarque ici une huile sur panneau peinte vers 1907, Grisbane au Val-de-la-Haye au soleil couchant, et celle sur toile, Rouen, la Seine, la cathédrale et le pont transbordeur, estimées respectivement 2 000 et 3 000 €. Selon Georges Dubosc, il recréait dans ses toiles «La grâce fluide des eaux, leur lente coulée sous les grands ciels limpides qui s’y reflètent, parmi les brumes légères estompant le décor de ses rives». Robert Pinchon, lui, débuta sa carrière sous l’influence de Claude Monet avant de connaître une période fauve, dont il conservera le goût des couleurs comme on le constate dans ce tableau du Pont aux Anglais. La même année 1905, l’artiste brosse une toile, mesurant 54 x 73 cm, de ce même sujet : acquise par François Depeaux, elle lui fut achetée en 1909 par le musée des beaux-arts de Rouen pour son ouverture en novembre. De facture postimpressionniste, elle diffère de celle de la collection Petibon, du plus beau fauve. Ce pont de chemin de fer fut peint plusieurs fois par Pinchon. Le premier pont, inauguré en 1847, menait au tunnel sous la côte Sainte-Catherine. Les arches en bois furent remplacées neuf ans plus tard par d’autres en fer et fonte. L’ouvrage actuel fut construit un peu en aval, en 1913.
Vendredi 6 mars, salle 7 - Drouot-Richelieu à 13 h 30.
Oger - Blanchet SVV.
(D)Estructorium vitio[rum] ex similitusdinum creatura[rum] exeplo[rum] appropriatione per modu dyalogi…, Genève, Jean Belot, 1500.In-folio, reliure de l’époque en basane fauve à grand décor de rinceaux et de fleurons alternés à froid sur les plats.
Estimation : 15 000/20 000 €.
Bibliothèque Bechtel
Une bibliothèque se construit tout au long de la vie, par amour du livre – typographie et illustration –, mais aussi autour de thèmes, certains pouvant se recouper. Guy Bechtel, historien, homme de presse et d’édition, s’est intéressé aux bouleversements qui survinrent au passage du Moyen Âge aux Temps modernes. On lui doit une Histoire de la confession (1995), La Sorcière et l’Occident (1997) et, surtout, une enquête passionnante sur celui sans qui rien de tout cela n’aurait été possible : Gutenberg et l’invention de l’imprimerie (1992), ouvrage couronné par l’Académie française l’année suivante. Cette passion pour l’objet livre est toujours forte, la seconde édition corrigée et augmentée du Catalogue des gothiques français étant parue en 2011, où l’auteur précise : «Dans ce Catalogue, nous entendons par “gothiques français” […] les livres imprimés en lettres gothiques et en français.» En novembre 1978, une première vente dispersait la partie de sa bibliothèque consacrée à l’alchimie et la sorcellerie. Le présent opus concerne les impressions gothiques tant françaises qu’étrangères, dont le fleuron est un feuillet de la mythique première Bible, dite «à 42 lignes». Imprimé en deux colonnes recto verso sur vergé importé du Piémont, au filigrane à tête de taureau surmonté d’une étoile – un des trois utilisés par Gutenberg pour ce monument de l’imprimerie –, ce feuillet 257 de l’Ancien Testament est attendu autour de 20 000 €. Beauté de l’impression, reliure d’époque et provenance ancienne prestigieuse sont réunies pour cet exemplaire de la Destruction des vices… de l’édition incunable genevoise de Jean Belot (1500). Constitué de 122 «dialogues» ou «fables», l’ouvrage a appartenu à un bibliophile du XVIIe siècle lui-même auteur en 1645 d’un recueil, Fables d’Ésope phrygien : Jean Ballesdens, avocat, secrétaire du chancelier Séguier et académicien. Notons à ce propos que lors de sa première élection il choisit de céder sa place à Pierre Corneille, et fut définitivement élu l’année suivante.
Vendredi 6 mars, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. M. Courvoisier.
Xavier de Poret (1894-1975), Perdrix rouges et bottes de blé, fusain et rehauts de pastel sur papier, 37 x 56 cm.
Estimation : 1 500/2 000 €.
Xavier de Poret, passionné de nature
Plus que les carrés de soie de la maison Hermès – pour laquelle il a travaillé dans les années 1950-1970 et dont ses biches, tourterelles, écureuils, renards ou teckels demeurent une référence aux yeux du collectionneur –, Xavier de Poret laisse une œuvre de portraitiste animalier révélant un don d’observation saisissant. Pour preuve, s’il en était encore besoin, cette cinquantaine de feuilles de volatiles, chevreuils, chiens et autres lièvres portraiturés dans leur environnement. Ses dessins d’une extrême précision fourmillent de détails, mais révèlent aussi le soin particulier de l’artiste à saisir un caractère, à traduire une expression. Né à Dinan, d’un père capitaine de hussard devenu commandant, Xavier de Poret s’installe dans la propriété familiale de Farcy, près de Fontainebleau, en 1904. Le cadre est idéal pour le jeune garçon, qui vit déjà un crayon à la main. Un verger, une orangerie, une écurie, une sellerie, des volières constituent d’inépuisables motifs pour notre passionné de nature. Si sa mère lui fait découvrir le Jardin des Plantes, à l’instar de son père il devient cavalier et chasseur à courre. Dans la forêt de Fontainebleau, il a la chance de pouvoir observer pendant des heures sangliers, chevreuils, geais, écureuils, cerfs et biches en mouvement ou au repos. En 1923, il expose à la Société des artistes animaliers aux côtés de Rötig, Mérite, Oberthür, Pompon ou Reboussin. Parti en Suisse en 1930, il est invité à suivre les chasseurs de chamois et découvre la faune alpine. Cavalier accompli, l’homme sait également tout des allures des chevaux célèbres ou anonymes, qu’inlassablement il dessine, à partir de 1938, au repos, à l’entraînement ou au dressage. Mais si Xavier de Poret a fait de l’animal son sujet de prédilection, il apprécie également d’exécuter des croquis et portraits de ses contemporains – soldats pendant la Grande Guerre, amis, personnalités rencontrées lors de voyages, diplomates, souverains belges, luxembourgeois et anglais. En 2013, le musée de la Chasse et de la Nature recueillait cinquante dessins de l’artiste, dont une partie était exposée. Des œuvres toutes empreintes de sensibilité…
Mercredi 4 mars, salle 1 - Drouot-Richelieu, 13 h 30.
Maigret (Thierry de) SVV. M. Marchand.
Vers 1480. Coffret « de messager » en cuir sur âme de bois de hêtre, cercles de métal, avec xylogravure polychrome représentant L’Annonciation, 12,5 x 27,5 x 18 cm.
Estimation : 10 000/15 000 €.
Vous avez un message…
Les coffrets de messager sont encore un grand mystère. Très rares –  on n’en a recensé qu’une centaine –, ils attisent les convoitises et le feu des enchères comme le 7 novembre 2007, lors de la dispersion de la collection Marie-Thérèse et André Jammes (Pierre Bergé & Associés, Hôtel Drouot). Le musée de Cluny avait à cette occasion acquis à 41 000 € un coffret parisien de la fin du XVe siècle présentant une gravure du Martyre de saint Sébastien. Le terme même de «coffret de messager» est désormais rejeté par les spécialistes au profit d’un plus consensuel «coffret à estampes». Les premiers seraient en réalité des boîtes plus petites et solides, réalisées par des orfèvres. En grande partie composés de bois, et donc non étanches, nos coffrets fabriqués par des layetiers auraient servi à la diffusion d’images populaires, qu’ils cachaient sous leur couvercle et imprimées grâce à la technique de la xylographie. De facture homogène, ils auraient été produits dans une période relativement courte, entre 1485 et 1530 environ, notamment dans la région parisienne. Les estampes peuvent présenter des styles assez variés, mais une partie se rattacherait à l’entourage du maître des Très Petites Heures d’Anne de Bretagne, alias Jean d’Ypres. Artiste majeur de cette époque, ce dernier serait à l’origine des cartons de la tenture de La Dame à la licorne. La fonction de ces «coffrets à estampes» demeure incertaine, et déterminer un usage exclusif reste hasardeux, les pratiques médiévales étant encore mal connues. Mais ces objets seraient en accord avec des pratiques religieuses plus intimes et individuelles, liées à la devotio moderna, qui veut que chacun puisse se recueillir à n’importe quel moment. Une cachette sur le haut du couvercle aurait pu loger des reliques. Boîte de retable portatif, transport d’archives, coffret renfermant des livres… à chacun de choisir  !
Samedi 28 février, Vitry-le-François.
Hôtel des Ventes Champagne Est SVV.
Italie septentrionale, Vers 1500-1515. Translation de la Maison de Lorette, panneau de dévotion, peinture mixte sur panneau de mélèze rectangulaire, 60,5 x 40 cm.
Estimation : 8 000/12 000 €.
Miracle divin
«Chrétien qui viens ici ou par dévotion ou pour accomplir un vœu, admire la sainte maison de Lorette vénérée dans le monde entier à cause des mystères divins et des miracles qui y ont été accomplis. C’est là qu’est née Marie, la Très Sainte Mère de Dieu, c’est là qu’elle fut saluée par l’ange, c’est là que s’est incarné le Verbe éternel de Dieu.» Voici l’épigraphe apposée par le pape Clément VIII sur le mur de la maison de Lorette pour commémorer ce prodige, fêté également tous les 10 décembre. Mais remontons aux origines de cette manifestation divine. À la fin du XIIIe siècle, les chrétiens perdent la Terre sainte suite à la défaite de Saint-Jean-d’Acre. Cependant, peu avant sa destruction programmée, la maison natale de la Vierge, située à Nazareth, est transférée par les anges jusqu’en Dalmatie. Trois ans plus tard, le 10 décembre 1294, la maison s’envole à nouveau, direction l’Italie et le village de Lorette, dans les Marches. De nombreux pèlerinages auront lieu les siècles suivants, à partir du récit de cette légende, écrit en 1472, et de la reconnaissance du miracle par le pape Jules II en 1507. Un temple sera construit afin de garder l’habitation de Marie. C’est à cette même époque que voient le jour de nombreuses images pieuses et autres œuvres d’art en hommage à la Translation de la maison de Lorette. Notre panneau de dévotion représente la côte italienne sur laquelle cette dernière s’est posée et, au large, les bateaux luttant contre vents et marées mais placés sous la protection de la Vierge. Cela correspond à l’iconographie traditionnelle de cette légende, telle que l’a peinte Gandolfino da Roreto dans un tableau destiné à l’église de la Madone de Lorette, à Asti. Son style, sa technique légère, ses effets lumineux irradiant et les carnations définies par des hachures et des cernes rapprochent également cette œuvre de la peinture d’un Boccaccio Boccaccino à la cathédrale de Crémone. Un panneau véritablement placé sous les meilleurs auspices !
Dimanche 1er mars, Marseille.
Marseille Enchères Provence SVV. G. De Dianous - E. Dard. Cabinet Turquin.
Georges d’Espagnat (1870-1950), La Cueillette des pommes, huile sur toile signée, titrée sur le châssis et datée 1903, 97 x 130 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €.
Georges d’Espagnat champêtre
Les beaux jours s’annoncent en avance cette année, du côté du Finistère… Lors de la dispersion de la collection de tableaux de Madame M. sera présentée cette grande toile, signée Georges d’Espagnat. Une œuvre typique d’un artiste très indépendant, sensible aux avant-gardes artistiques, versé dans la peinture intimiste, mais aussi de paysage. Cette scène familiale nous offre une vue chatoyante, peut-être du sud de la France, où il aimait tant se promener, notamment aux environs de Cagnes-sur-Mer, non loin de la demeure de l’un de ses mentors, Auguste Renoir, et de son ami Louis Valtat. Une palette haute en couleur, proche de celle des nabis, y côtoie des figures cernées de traits noirs. Sensibilité et dynamisme règnent sur cette composition des plus attrayantes. Georges d’Espagnat a peint cette toile en 1903, entre deux voyages au Maroc ou en Europe. Une année des plus symboliques pour les peintres de la modernité, marquée par la création du Salon d’automne par l’architecte Frantz Jourdain. Un événement auquel d’Espagnat a participé activement, comme de nombreux autres artistes désireux de faire connaître au grand public leur peinture héritée de l’impressionnisme. Passé brièvement par les Beaux-Arts de Paris, seulement quatre heures selon ses dires, il n’a jamais été réceptif à l’enseignement académique. Il s’est formé au fil du temps entre des séances de copies au Louvre et la découverte des impressionnistes puis celle des nabis et des fauves. En 1891, le jeune artiste presque autodidacte fait partie du Salon des refusés. Il expose dès 1898 chez de grands marchands tels Durand-Ruel puis Bernheim. Mais, d’un caractère fort et indépendant, il restera toujours libre. Il s’installera à la campagne, dans le Quercy, à partir de 1921. Cela ne l’empêchera pas d’être choisi pour exécuter plusieurs décors de monuments publics comme à la mairie de Vincennes en 1936, au palais du Luxembourg en 1939, ou dans la salle à manger du paquebot Normandie.
Mardi 3 mars, Morlaix.
Dupont & Associés SVV. M.Cabinet Petroff-Rançon.
Maurice de Vlaminck (1876-1958), Paysage, Saint-Denis la rouge, huile sur toile signée, 73 x 92 cm. Estimation : 45 000/50 000 €.
Saint-Denis la rouge
Depuis son installation avec André Derain en 1901 dans un atelier de Chatou, Maurice de Vlaminck explore les paysages de la banlieue, et notamment ceux de la ville de Saint-Denis. De ces séances de peinture en plein air entre les deux hommes jusqu’alors engagés dans d’autres carrières – Vlaminck était à cette époque coureur cycliste – naîtra le fauvisme. Ce mouvement éphémère sera bientôt remplacé dans la palette de Vlaminck par l’influence cézannienne. «Je souffrais de ne pouvoir frapper plus fort, d’être arrivé au maximum d’intensité», dira t-il. Dès 1907, il élabore des tableaux aux couleurs moins vives et surtout à l’écriture et à la composition plus équilibrées, basées sur des volumes géométrisés. La troisième période de sa création intervient en 1915, avec une phase plus réaliste et sombre. Mais au cœur de ces œuvres à la fois violentes et obscures se nichent quelques tableaux bénis par l’expressionnisme, comme notre paysage. Saint-Denis n’a jamais quitté l’œuvre de Maurice de Vlaminck. Il a peint cette commune du nord de Paris de toutes les manières. Il nous présente ici un cadrage impressionnant : en hauteur, les maisons et les usines de la ville sont surplombées par un ciel rougeoyant. Une vision théâtrale de ce coin d’Ile-de-France, alors encore en pleine campagne mais en phase de modernisation, la main de l’homme grignotant peu à peu sur la nature. Saint-Denis a beaucoup changé au cours du XIXe siècle avec l’arrivée du train puis l’industrialisation. Cette cité ouvrière s’est engagée dans tous les mouvements sociaux de l’époque et a élu un maire socialiste dès 1892. «Saint-Denis la rouge» incarnera les luttes sociales, notamment dans les années 1920 avec l’élection d’un maire communiste. L’anarchiste Vlaminck rend un bel hommage à cette ville au charme puissant.
Dimanche 1er mars, Lyon.
Conan Hôtel d’Ainay SVV. M. Houg.
Bernard Buffet (1928-1999), Environs de Quimperlé, le Vieux Moulin et le pont de la roche du Diable, huile sur toile signée, datée 1975, titrée et numérotée "AH 84", 89 x 130 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €.

Buffet en Bretagne
En 1953, le poète Louis Aragon publie dans les Lettres françaises un article intitulé «Le paysage a quatre siècles et Bernard Buffet, 24 ans». Une manière de signifier la révolution qu’a imprimée au genre ce peintre de génie. Celui qui a débuté sa carrière à 18 ans et qui sera désigné meilleur peintre de l’après-guerre en 1955 par Connaissance des arts a su saisir le public comme les critiques par son style novateur, figuratif, s’opposant fièrement aux mouvements contemporains de l’abstraction. Son univers reconnaissable entre tous décrit la misère de l’homme, le vide existentiel et la solitude. Mais, au fur et à mesure des années, les hachures noires et le fond gris laissent place à des couleurs et à une plus grande quiétude. Ainsi sa production des années 1970 est-elle fortement marquée par des paysages vivants et colorés. Bernard Buffet a posé de nombreuses fois son chevalet le long des côtes bretonnes ou normandes. Partageant son temps entre la capitale et la Bretagne de 1965 à 1971, il a acheté une villa Belle Époque, «La Vallée», à Saint-Cast, dans les Côtes-d’Armor. Et c’est en Normandie qu’il acquerra en 1980 le manoir de Saint-Crespin. Ces contrées maritimes lui permettent de travailler à l’envi sur des paysages aux ciels sombres et menaçants, entre terre et mer. Sur un fond dans les tons gris et ocre s’y découpent, avec une redoutable précision, les silhouettes noires d’imposantes maisons bourgeoises, et les feuillages verts des arbres. Une œuvre monumentale et d’une beauté sobre. Deux expositions consacrées à Bernard Buffet et la Bretagne ont été organisées : l’une de son vivant en 1990, à la galerie Maurice Garnier, et l’autre après sa mort, à Quimper, en 2007 à l’occasion d’une donation du galeriste et de son épouse au Musée départemental breton. Le peintre a découvert la région durant son enfance et y resta attaché toute sa vie. Sa dernière œuvre n’est-elle pas un paysage de Tempête en Bretagne ?
Nîmes, samedi 7 mars.
Hôtel des Ventes de Nîmes SVV. Mme Maréchaux.
Kees Van Dongen (1877-1968), Femme à l'éventail, huile sur toile, 55,2 x 46 cm.
Estimation : 250 000/300 000 €.

Van Dongen, avant 1914
Des couleurs soutenues jaune et rouge, des cernes noirs et une composition sommaire composent cette œuvre fauve de Kees Van Dongen (1877-1968). Autant de caractéristiques qui poussent à dater cette huile sur toile, Femme à l’éventail, provenant d’une collection particulière bordelaise, d’avant 1914, soit durant la période où s’exprimait sans aucune limite l’audace du peintre hollandais. Cette belle Andalouse ne nous est d’ailleurs pas complètement étrangère. Elle orne également Le Doigt sur la joue, toile conservée au musée de Rotterdam qui servit d’affiche pour l’exposition consacrée à l’artiste au Musée d’art moderne de Paris, en 2011. Un modèle peint en Espagne en 1910. De quoi envisager une belle bataille d’enchères à hauteur de 250 000/300 000 €. Originaire de Rotterdam, Van Dongen vient pour la première fois à Paris en 1897. Il figurera bien sûr dans «la cage aux fauves» du Salon d’automne de 1905 aux côtés de ses amis Matisse, Derain et Vlaminck. Un temps au cœur de cette avant-garde picturale, il se rebellera et par la suite tiendra plus que tout à son indépendance.
Bordeaux, vendredi 6 mars.
Jean Dit Cazaux & Associés SVV.

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