La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Édouard Vuillard (1868-1940), Femmes en blanc au bord de la mer, 1902, huile sur papier, 37 x 53 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €
Une évocation proustienne signée Vuillard
Un jour au bord de la mer. Le temps est ensoleillé, le ciel conservant toutefois des passages nuageux. Les deux femmes tournent le dos à la plage, perdues dans leurs occupations respectives, lecture pour Lucie Hessel, peut-être un ouvrage de couture pour sa cousine Marcelle Aron. Édouard Vuillard a rencontré en 1900 à Lausanne, chez Vallotton, Jos Hessel, directeur de la galerie Bernheim-Jeune, qui deviendra son marchand attitré et son ami. C’est l’été… Invité en 1901 chez les Hessel, à Vasouy, près d’Honfleur, il le sera l’année suivante à Cricquebœuf, en Normandie. Le discret et amène Vuillard est l’hôte privilégié, même si l’on peut se demander s’il n’occupe pas le rôle d’un Proust peintre, chroniqueur des loisirs et des toilettes de ces dames de la haute bourgeoisie fortunée. Les diverses occupations de cette société que l’un évoque en longs méandres de mots, il arrive à les suggérer, ajoutant une atmosphère à la fois amicale et détachée. C’est sa profonde singularité, cette capacité à donner à des peintures de plein air toute l’intimité de ses première œuvres : des scènes d’intérieur qui avaient à l’époque séduit ses amis nabis et les critiques d’art, parfois désorientés par les variations de cet artiste original qui aimait rester en retrait. En fait, à l’aube du XXe siècle, il préfère renouer avec la tradition de l’école française, faite de mesure, «ce sens des tons et des valeurs rapprochées, cette prédilection pour le gris, qui, de tout temps, ont fait la grâce et le prestige de l’école française», note Jean-Paul Monnery dans le catalogue de l’exposition «Édouard Vuillard. La porte entrebâillée» du musée de l’Annonciade à Saint-Tropez, en 2000. Il n’abandonne cependant pas la fluidité merveilleuse de sa touche, transformant les aplats saturés de couleurs de sa période nabie en une palette de nuances, si séduisantes, si excellemment picturales, que l’on ne peut qu’admirer ces études saisies sur le vif. Celles-ci sont vivement recherchées par les amateurs – même dans sa période de l’entre-deux-guerres, plus conforme au goût bourgeois. André Gide le soulignait déjà, en 1905, dans sa chronique de la Gazette des beaux-arts : «Je connais peu d’œuvres où la conversation avec l’auteur soit plus directe. Cela vient, je crois, de ce que son pinceau ne s’affranchit jamais de l’émotion qui le guide, et que le monde extérieur, pour lui, reste toujours prétexte et disponible moyen d’expression.»
Vendredi 1er juillet, Drouot-Richelieu, salle 6.
Mathias OVV, Baron - Ribeyre & Associés OVV, Farrando OVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
Paul Signac (1863-1935), deux carnets contenant 16 aquarelles et crayon noir, illustrations pour les Mémoires d’un touriste de Stendhal, interfoliées dans le texte des éditions Crès, 1931, 21 x 17 cm.
Estimation :  40 000/60 000 €
Signac dans les pas de Stendhal
Le peintre vouait une admiration sans bornes pour l’écrivain, connaissant parfaitement son œuvre. Son livre préféré  ? Mémoires d’un touriste, «le plus beau livre du monde», écrit-il à Gaston Lévy en juin 1932. Signac s’était probablement reconnu dans cette phrase de Stendhal : «Il faut toujours en revenir à cet axiome : le voisinage de la mer détruit toute petitesse.» Navigateur lui-même, le peintre allait de port en port, notant les conditions météo, qui pouvaient changer du tout au tout le précédent relevé aquarellé. Son élève Lucie Cousturier notait déjà, en 1922 : «Il écrit avec les lueurs de la nacre et le beau blanc du papier, des poèmes sur la splendeur de l’eau.»
Il devait savourer les passages où Stendhal se faisait critique de l’administration, comme celui cité dans une lettre à Félix Fénéon en 1928 : «Le gouvernement devrait faire arracher une pile, au moyen de quoi on aurait une arche marinière assez large». Il ajoute une anecdote : «En outre, la maison en tête du pont est l’auberge où Stendhal scandalisa cette pécore de G. Sand en dansant, botté, avec la servante.» Fréquentant le même cercle anarchiste et esthète, George Besson (on peut aussi être dandy et faire supprimer le «s» de son prénom !), est éditeur et critique d’art. En 1931, Signac lui propose ce projet qui lui tient tant à cœur : illustrer Mémoires d’un touriste, que Crès vient de rééditer. Accompagnant ces deux albums, son courrier daté du 17 juin, écrit de Barfleur, lui développe son projet : «Vous prenez deux ex[emplaires] des Mémoires d’un Touriste […] vous les faites débrocher. […] Vous interfoliez toutes les 2, 4, 6 ou 10 pages (à étudier) des feuilles blanches de papier Rives, semblable à celui que je dois à la maison Crès, encore (Stendhal adorait interfolier ses œuvres pour les notes et les rectifications, vous le savez).» Signac était peut-être accompagné par Jeanne Selmersheim-Desgranges, son élève et plus qu’amie, au moins lors d’un séjour à Lyon.
Vendredi 1er juillet, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Oger - Blanchet OVV. Cabinet Brame - Lorenceau.
Katsushika Hokusai (1760-1849), Yurang, assassin fameux de la période Printemps et Automne, brandissant son sabre, encres de couleur sur papier, 135 x 62,5 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €
Portrait d’un assassin
Yurang est un célèbre assassin chinois de la période Printemps et Automne (vers 771-476 av. J.-C.) cité par l’historien Sima Qian (vers 145-? av. J.-C.) dans ses Mémoires historiques, fameux livre chinois qui tente de retracer l’histoire complète de l’Empire. Cinq biographies y sont dédiées à de grands assassins. Yurang, issu d’une lignée de ministres, se met au service d’un homme qu’il estime et respecte, le comte Zhi. Lorsque celui-ci est tué par son rival Xiangzi, Yurang décide de le venger en assassinant ce dernier, mais échoue à deux reprises. Arrêté par les hommes de Xiangzi, qui admire néanmoins la loyauté de son assaillant envers le défunt Zhi, Yurang se suicide. Cet homme qui tient à respecter les codes moraux devient ainsi une figure complexe et tragique, celle de l’homme courageux condamné à l’échec à cause de ses contradictions. L’histoire de Yurang et le thème plus général des guerriers célèbres connaîtront une grande fortune dans la littérature et les arts japonais. Ils inspirent notamment Au bord de l’eau, roman chinois écrit sous les Ming et qui relate l’histoire de cent huit bandits. En vogue au XIXe siècle au Japon, il avait été illustré en 1806 par Hokusai, puis par son émule Kuniyoshi vers 1827. Le style des guerriers de Kuniyoshi n’est d’ailleurs pas sans évoquer celui de la fin de carrière d’Hokusai, à laquelle appartient ce kakemono. La signature «Hokusai litsu hitsu» permet en effet une datation de la période litsu d’Hokusai, l’avant-dernière de sa longue carrière, qui s’étend d’environ 1817 à 1833. Considérée comme l’âge d’or de sa production, elle est celle de ses grands chefs-d’œuvre, comme les fameuses Trente-Six Vues du mont Fuji. Le style est également celui de ses dernières œuvres : les courtes et larges touches d’encre comme des virgules apposées en courbes, presque en volutes, conférant un indéniable dynamisme à la représentation, font de ce portrait de Yurang une œuvre de maturité d’une grande force.
Lundi 27 juin, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Tessier et Sarrou & Associés OVV.

Cabinet Portier et Associés.
George Hoyningen-Huene (1900-1968), Serge Lifar dans le ballet «Jurupary», 1936, tirage d’époque sur papier gélatino-argentique, 24 x 17,9 cm.
Estimation : 1 000/1 500 €
Les clichés de Serge Lifar
Né à Kiev en 1905, Serge Lifar y est l’élève de Bronislava Nijinska, la sœur du célèbre danseur Vaslav Nijinski : auspices favorables… À son arrivée à Paris, en 1921, Serge de Diaghilev l’embauche dans la compagnie qu’il a créée, les Ballets russes. Lifar en devient rapidement le premier danseur, et met au point dès cette époque ses premières chorégraphies.  À la mort de Diaghilev, huit ans plus tard, il est engagé par l’Opéra de Paris et gravira les marches de la gloire. De premier danseur, il ne tarde pas à devenir danseur étoile, éclipsant tous les autres par l’ardeur de son style. Serge Lifar est alors une véritable star adulée du tout-Paris, tant pour sa technique que pour sa beauté, la grâce et la flamme qui animent son corps en mouvement. Dès 1929, il a l’occasion de mettre au point ses chorégraphies. La première est pour Les Créatures de Prométhée et, un an plus tard, il devient maître de ballet. De Roméo et Juliette à Oriane et le prince d’Amour en passant par les Noces fantastiques, Lifar est l’auteur de plus de quatre-vingts ballets, qui montrent son attrait pour les héros masculins et solitaires. Il quitte l’Opéra en 1956, après avoir fait des adieux remarqués à la scène. L’homme a laissé sa marque tant sur les planches que dans le fonctionnement de l’Opéra, où il œuvra à rehausser le niveau technique du ballet et son importance. On doit par exemple à Lifar l’obscurité des salles pendant les représentations de ballets et les soirées hebdomadaires entièrement dédiées à cet art à l’Opéra de Paris. Il a rédigé vingt-cinq ouvrages sur la danse, enseigné sa théorie à la chaire professorale de la Sorbonne, ainsi qu’à l’Institut chorégraphique de l’Opéra et à l’Université de la danse, deux institutions dont il est le fondateur. L’ensemble de ces photographies a été conservé par Lifar jusqu’à la fin de sa vie. Des clichés qui témoignent de l’impressionnante carrière de l’artiste, de ses relations avec les autres étoiles et figures artistiques de l’époque.
Gaston Étienne Le Bourgeois (1880-1956), Tête de lama mouton, vers 1922, ébène sculpté, h. 52 cm
Estimation : 8 000/12 000 €
Un sculpteur des années 1930
Gaston Étienne Le Bourgeois est le sixième enfant d’une famille normande installée à Vire (Calvados), dont le père et le grand-père sont sculpteurs. Ses parents l’envoient, à ses 10 ans, étudier chez les religieux de Tinchebray, dans l’Orne. Six ans plus tard, il rejoint l’atelier paternel, s’occupe de restauration d’églises, de statues et de monuments. Le jeune homme s’établit après son mariage, en 1901, à Paris, rue du Banquier, où était également installé Rembrandt Bugatti, le sculpteur animalier que l’on ne présente plus. Sa participation régulière aux salons des artistes décorateurs lui a probablement attiré la clientèle de Jacques Doucet ; peut-être celui de 1913, où un compte-rendu du travail du sculpteur dans la revue Art et Décoration mettait son œuvre à l’honneur, illustré de panneaux animaliers, sur fond végétal stylisé. C’étaient les premières apparitions de ses motifs récurrents, tels le sceau de Salomon, la fougère et l’arum sauvage… Le Bourgeois avait réalisé un meuble à hauteur d’appui pour le boudoir de Madame et, probablement, la frise qui court le long du mur. L’année suivante, le conflit mondial éclate et met fin à de nombreux projets ; réformé à cause de la perte d’un œil suite à un éclat de pierre, il fonde  «l’Atelier des mutilés»  qui, avec un outillage adapté, fabriquait des jouets en bois, des meubles.
À la fin des hostilités, la famille demeure dans un ancien relais de poste à Rambouillet, où Le Bourgeois aménage différents ateliers (pour le bois, la pierre, stockage des grumes et de la machinerie). Ses volumes stylisés, ses choix de matériaux précieux s’insèrent parfaitement dans le style «art déco», en témoigne sa chronologie. 1921, première exposition personnelle au musée des Arts décoratifs ; 1925, l’Exposition internationale où ses œuvres sont remarquées ; 1931, l’Exposition coloniale, où il travaille pour le pavillon des bois exotiques… Il est vrai que Le Bourgeois aimait travailler l’acajou, le gaïac et l’ébène, mais aussi l’ivoire et des bois de nos régions.
Jeudi 30 juin, salle 15 - Drouot-Richelieu.
Chayette & Cheval OVV. MM. Remy, de Buttet.
Jean Sala (1895-1918), Polaire, 1910, huile sur toile, 190 x 85 cm.
Estimation : 50 000/80 000 €
Portrait de l’étoile Polaire
L’élégante, dont la délicate main droite, le buste et le visage émergent d’une robe aussi sombre que le fond, est l’une des grandes figures du Paris de la Belle Époque : Polaire. De son vrai nom Émilie Marie Bouchaud (1874-1939), la muse débarque à Paris en 1890, d’Alger où elle est née. Elle est alors engagée dans un café-concert où son frère travaille, mais fera ses véritables débuts à la Cigale et à l’Européen. Le succès est rapide : on vient la voir pour son jeu, sa belle voix, son talent de danseuse, son déhanché, sa beauté, mais aussi sa taille : cette brune incendiaire au regard puissant est aujourd’hui encore considérée comme la femme au tour de taille le plus fin qui soit, avec ses 33 centimètres… Tchique-tchique et la Glu ont conquis le public, mais ce que Polaire souhaite véritablement, c’est faire du théâtre. En 1901, Colette et Willy publient Claudine. La starlette de café-concert se persuade que ce rôle est fait pour elle et réussit, non sans mal, à en convaincre les auteurs. Un an plus tard, l’adaptation connaît un vif succès aux Bouffes-Parisiens et c’est en Claudine, le rôle de sa vie, que l’on se souviendra de Polaire. Londres, New York et même le Canada accueilleront ensuite la vedette pour des représentations. Partout, elle séduira par son charisme et sa nature quelque peu impulsive. Juan Sala Gabriel, dit Jean Sala, a réussi à capter dans ce tableau le charme de Polaire. Ce Barcelonais s’établit à Paris en 1892. Il se fait connaître en participant dès l’année suivante au Salon de la société nationale des beaux-arts, et se taille une réputation de portraitiste de la société parisienne. Il illustre en particulier le monde du spectacle du début du XXe siècle, qu’il peut fréquenter en bas de chez lui, à Pigalle, et qui compte, outre Polaire, Arlette Dorgère, Esther Lekain, Constant Coquelin, Gabrielle Robinne ou encore Paul Porel.
Mardi 28 juin à 19 h, Espace Tajan.
Tajan OVV.

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