La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Mexique, État de Campeche, île de Jaina, culture maya, Classique tardif (600-900). Statuette anthropomorphe en terre cuite avec traces de pigments, h. 22,2 cm.
Estimation : 80 000/90 000 €
Figurine de l’île de Jaina
Ce fier personnage, assuré de sa force, est animé d’un dynamisme étonnant pour une statuette ne mesurant qu’une vingtaine de centimètres. Tout est minutieusement traduit : la dépouille d’un cervidé ornant sa coiffe, les mèches sur son front, les scarifications de son visage renforçant la puissance de son regard farouche. Succinctement vêtu d’une sorte de tunique nouée à la taille et d’un pagne, il arbore de nombreux bijoux, comme l’important torque autour de son cou, des ornements pectoraux et des bracelets sur un avant-bras. Les objets qu’il tenait, aujourd’hui disparus, auraient permis d’identifier plus précisément son statut. On peut opter pour un guerrier ou un personnage de haut rang, par le raffinement de sa tenue et la tête-trophée du cervidé, le plus grand animal chassé au Yucatán à l’époque maya. Cependant, son style réaliste et vivant place cette statuette parmi un corpus de plusieurs milliers trouvées dans l’île-nécropole de Jaina, la «maison de l’eau», située dans le nord-ouest de l’État du Campeche. Ce lieu est particulièrement propice pour accueillir les défunts, car le soleil – l’astre majeur, symbole du pouvoir pour les Mayas – visite chaque nuit le monde souterrain, abritant l’océan d’avant la création de l’univers. Par sa situation au point où celui-ci disparaît dans la mer, l’île devient un site privilégié comptant près de 20 000 tombes, peuplées d’un monde en miniature. Y figurent les dieux et les membres de toutes les strates de la société, des souverains aux acteurs, des nobles guerriers et prêtres aux artisans, rendus avec une étonnante vivacité et rehaussés de pigments ocre, bleu – ce fameux bleu «maya» – et vert pour la figure royale. Autre particularité, l’extravagance des coiffures et des bijoux : panaches de plumes de quetzal pour le roi, trophées d’animaux, turbans élaborés d’où s’échappent des mèches de cheveux, chapeaux à larges bords… Chaque figurine possède sa personnalité propre, un charme auquel succombent
des explorateurs tel Désiré Charnay, qui visite l’île lors de son voyage dans les années 1850-1860 et en rapporte quelques spécimens. Un Américain, John Stokes, se passionne quant à lui pour l’art précolombien lors d’études au Mexique ; il épouse la fille d’un riche Mexicain, qui l’initie à la richesse symbolique et la puissance esthétique de cet art. Le couple s’installe ensuite à Nyack, à quelque quarante kilomètres de New York, où il exerce en tant que marchand et conseiller de grands amateurs comme les Sainsbury, selon Enrico Cioni dans sa thèse, «From John Hewett to John Stokes : How Robert and Lisa Sainsbury assembled their Collection of Pre-Columbian Art» – ensemble visible à l’université d’East Anglia, à Norwich. Ce guerrier a figuré dans la collection de John Stokes.
Mardi 20 mars, salle 5-6, Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. Blazy.
Torche officielle des Xe Jeux Olympiques d'hiver de Grenoble 1968.
Estimation : 40 000/50 000 €
Tout feu, tout flamme
Arrivée dans son pays d’accueil le 1er novembre 2017, à Incheon, ville portuaire à une cinquantaine de kilomètres de Séoul, la flamme olympique poursuit son périple en Corée du Sud durant cent jours, impliquant 7 500 porteurs de torche. Elle brûlera du 9 au 25 février pour ces XXIIIe Jeux d’hiver. Mercredi 24 janvier, en salle 4 à Drouot, chez Boisgirard-Antonini, c’est à hauteur de 40 000/50 000 € qu’est attendue la torche officielle des jeux de Grenoble de 1968, qui virent briller Jean-Claude Killy, Guy Périllat ou Marielle Goitschel. Ce précieux témoin, passé notamment entre les mains d’Alain Mimoun et d’Alain Calmat, est orné des insignes argentés de l’emblème officiel créé par Roger Excoffon. Unique objet de la vacation sur ce thème, notre flambeau est accompagné de nombreux ouvrages de Jules Verne.
Mercredi 24 janvier, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Boisgirard-Antonini OVV.


 
Mimmo Rotella (1918-2006) Statistica, 1961, affiches lacérées collées sur toile, 81 x 60 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €
Rotella années 1960
Ces affiches lacérées, qui ont été exposées au Centre d’art contemporain de Saint-Priest en 1991, nous renvoient aux années de l’émergence du nouveau réalisme. C’est en 1961, à l’invitation de Pierre Restany – qui était venu à sa rencontre à Rome trois ans auparavant – que Mimmo Rotella intègre le mouvement et s’associe à trois artistes français utilisant le même mode d’expression, Hains, Villeglé et Dufrêne. Mais jusqu’à cette date, Rotella, l’Italien, emprunte un chemin totalement indépendant. Ayant débuté une carrière de peintre dans la capitale transalpine, au lendemain de la guerre, il se laisse tout d’abord séduire par l’art géométrique abstrait, avant d’inventer son propre mode d’expression poétique. Un langage basé sur des successions de sons, utilisés non par pour leur sens mais pour leur potentiel phonique. De retour d’un séjour aux États-Unis, Rotella décide de se renouveler. Ainsi à Rome, dès 1953, il commence à s’intéresser aux affiches publicitaires. Sa démarche, tant esthétique que sociologique, repose sur des affiches publicitaires arrachées des murs puis reportées sur la toile, en positif et en négatif, et enfin lacérées une dernière fois afin d’approcher au plus près d’une œuvre abstraite. À la différence des artistes français, Rotella, plus âgé que ces derniers, reste néanmoins rattaché à l’œuvre picturale et recherche une harmonie entre beauté plastique et phonétique, puisque les mots laissés visibles sont choisis pour leur valeur mélodique. Bien que ce geste se fasse à l’encontre de la société «qui a perdu le goût du changement», et en toute connaissance du travail de détournement de Marcel Duchamp, il cherche également à renouveler l’art, à repartir de « zéro » dans la création par ce transfert entre l’affiche urbaine et la toile du peintre. Dès sa série de collages «Cinecitta», Rotella accède au succès. Son attention portée aux mots et aux sons, mais aussi aux couleurs utilisées – toujours vives et contrastées comme ici le jaune, le vert et le bleu – lui vaudront, durant toute sa longue carrière, de rallier tous les suffrages. 
Samedi 27 janvier, Lyon.
Ivoire - Bérard - Péron OVV. M. Houg.
André Arbus (1903-1969), enfilade en bois de placage de sycomore, intérieur en placage d’acajou, entrée de serrure en bronze patiné par Vadim Androusov (1895-1975), 102,5 x 198 x 49 cm.
Estimation : 8 000/12 000 €
Arbus et Androusov, duo de référence
Qu’on se le dise, il est possible de dénicher de l’art déco un peu partout en France. Le mobilier des années 1940 d’un médecin tourangeau sera par exemple bientôt dispersé à Vendôme. L’homme avait un goût sûr. En témoignent cette enfilade d’André Arbus, accompagnée d’une paire de fauteuils «à la reine» de 1947, en noyer, recouverts de cuir Hermès et aux accotoirs à appliques en bronze (10 000 €), mais aussi une table du décorateur Serge Roche, réalisée avec le ferronnier Gilbert Poillerat, attendue à 8 000 €. Autant de meubles parfaitement connus et reproduits dans des ouvrages de référence, à l’image de ces fauteuils d’Arbus, achetés dans la galerie parisienne d’Yves Gastou en 1997, qui garnissaient cinquante ans plus tôt le bureau du président d’une société, place d’Iéna, à Paris. L’enfilade est quant à elle un modèle caractéristique du créateur, avec son placage de sycomore, ses lignes à la fois géométriques et courbes, mais aussi ce célèbre bronze en forme de tête de Méduse, créé par le sculpteur russe Vadim Androusov. Ce dernier exposait ses œuvres dans les mêmes salons qu’Arbus au début des années 1930 ; la collaboration se fit donc naturellement et dura une vingtaine d’années. Androusov réalisa systématiquement les «points de sculpture» des meubles du maître, comme les appliques, les motifs d’angle et les «nécessités organiques», comme ici l’entrée de serrure. Pour Arbus, les artisans de l’époque Louis XVI ou du Consulat ont créé des lignes, des calibres et des ornements idéaux, qui doivent servir de sources d’inspiration, tout en s’adaptant aux nouveaux matériaux, aux nouvelles possibilités techniques et aux intérieurs modernes. Issu d’une famille d’ébénistes toulousains, formé aux beaux-arts de la Ville rose, il commence à exposer dès 1925, notamment aux Salons des artistes décorateurs et d’automne, des modèles qu’il a dessinés et qui seront fabriqués dans l’atelier familial. Il s’installe finalement à Paris en 1932. À l’Exposition internationale de 1937, il présente des ensembles mobiliers très novateurs, comme La Maison d’une famille française. Son travail reconnu, il devient professeur à l’École nationale supérieure des arts décoratifs et reçoit des commandes de l’État, comme la salle Médicis à Rambouillet. Un travail de référence dans une époque d’exception.
Dimanche 28 janvier, Vendôme.
Rouillac OVV.
Francis Picabia (1879-1953), Bateaux lavoirs à Moret-sur-Loing, huile sur toile, 33,3 x 41 cm.
Estimation : 50 000/80 000 €
Picabia à Moret-sur-Loing
Présentée avec un certificat de Pierre Calte – président du comité Picabia –, cette œuvre rappelle que Francis Picabia, avant de devenir le dadaïste que l’on connaît, est passé par plusieurs styles. L’école de Barbizon, l’impressionnisme et le fauvisme marquèrent notamment les débuts de ce peintre, issu d’une riche famille d’origine cubaine. Propulsé dans sa carrière artistique grâce à son père, qui envoya l’une de ses toiles au Salon des artistes français, le jeune homme, alors âgé de 15 ans, fort de cet encouragement, entre à l’école des Arts décoratifs puis à l’académie Humbert. À l’instar d’Alfred Sisley et de Camille Pissarro, qu’il côtoie entre 1903 et 1908, Picabia aime peindre en plein air, sur les bords de Seine ou ceux de l’Yonne, des paysages mêlant petites touches et couleurs soutenues. Il rencontre son premier grand succès, lors d’une exposition à la galerie Haussmann en 1905, avec des toiles comme celle-ci, réalisée à Moret-sur-Loing, une commune de Seine-et-Marne très appréciée de Sisley. Durant dix années, il peint des paysages, très prisés en France comme outre-Atlantique. Mais cet artiste audacieux décide de changer de vie. Avec le soutien de son épouse, Gabrielle Buffet, il se tourne vers les nouvelles recherches plastiques, l’abstraction, le cubisme, le fauvisme et enfin le surréalisme vers 1911, la rencontre avec Marcel Duchamp marquant un changement majeur dans sa carrière.
Jeudi 25 janvier, Nantes.
Nantes Enchères Talma OVV.

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