La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Henri Lebasque (1865-1937), Villa Demière, Saint-Tropez : Nono à l’aquarelle, vers 1915, huile sur toile, 65 x 59 cm.
Estimation : 70 000/80 000 €.

À la une
Tout, dans ce tableau, respire la douceur de vivre. Une terrasse ombragée dans le Midi, un aperçu de jardin luxuriant, une demoiselle occupée à peindre quelques pommes et poires disposées sur une table… Henri Lebasque choisit souvent pour sujet un membre de sa famille, ici sa fille cadette Hélène, dite Nono, saisie dans une situation familière. La jeune fille, née en 1901, épousera Jacques Lenoble en 1924. Cinq ans auparavant, l’aînée Marthe, mariée au peintre Carlos-Reymond, aura déjà quitté le cercle familial…
L’artiste perd alors ses modèles préférés, si vivants, qui donnent ce cachet particulier aux œuvres des premières décennies du XXe siècle. Nono est souvent portraiturée à Saint-Tropez, à la villa Demière, propriété sur les hauteurs du port louée par un ami de l’artiste, Henri Manguin, compagnon de l’aventure fauve. La lumière provençale va modifier sa peinture, ses coloris, lui inspirer les scènes d’une vie insouciante. Il ne sera pas le seul. Signac, l’un de ses proches, accoste dans le port en 1892 et cinq ans plus tard, y achète une villa, La Hune, suivie d’une autre en contrebas, La Cigale. Celle-ci est prêtée à Matisse durant l’été 1904. Événement capital pour l’histoire de l’art… En effet, la plage des Canebiers lui inspire Luxe, Calme et Volupté, toile qui convainc d’autres artistes de se lancer dans une nouvelle façon de peindre, d’adopter des couleurs chatoyantes qui ne coïncident plus avec la réalité. Parmi ces jeunes gens qui exposeront au fameux Salon d’automne de 1905, on note le nom de Manguin. Cet été-là, il séjourne à Saint-Tropez pour la première fois, louant la villa Demière jusqu’en 1920. Il y invitera Lebasque plusieurs années de suite. Cette maison, avec La Hune de Signac, devient un rendez-vous d’artistes : Maurice Denis, Picabia, Kisling, Bonnard… La lumière du Midi modèle leur peinture, leur ouvre des théâtres d’ombres et change leur palette chromatique. Par exemple, dans cette toile, on ressent les variations qu’elle suscite, admire les nuances de vert et de rose, l’accord rose orangé produit entre le petit chapeau de paille et la robe rayée de Nono. On remarque également le vert anisé de son soulier, tache claire sur des flaques d’ombre gris-vert, et les verts profonds de la table mettant en scène les fruits. Lebasque restera fidèle à cette région, rejoignant Bonnard au Cannet, où il meurt et est enterré. Les tableaux de cette période chantent la vie, une certaine sérénité, et surtout la plénitude du bonheur.
Lundi 8 décembre. Drouot-Richelieu, salle 6.
Audap - Mirabaud SVV. MM. Brame, Lorenceau.
Manufacture Johann Maresch, marqué JM. Pot à tabac en terre cuite polychrome "Jeune homme au chapeau haut de forme sur une cucurbitacée", h. 21 cm environ.
Estimation : 150/200 €.
Tout un monde !
La fabrique de majolique Goldscheider a été fondée à Vienne en 1885. Elle participe avec succès aux expositions universelles dès 1888. Une filiale est même créée à Paris, au 28, avenue de l’Opéra en 1896 proposant des bustes et figures de style classique, puis orientaliste suivant la mode du moment comme en témoigne un sujet en terre cuite polychrome, La Belle Orientale, marqué Goldscheider Wien Vermelf Vorbehalten Vienne Austria, numéroté «769.XI», mesurant 46 cm de haut environ et estimé 2 000/2 500 €. Il figure à côté notamment d’un pot à tabac de la manufacture Johann Maresch, en terre cuite polychrome et figurant un jeune homme sur une cucurbitacée (h. 21 cm, voir photo). Ces barbotines sont présentées en seconde partie d'une vacation proposant auparavant des bandes dessinées. Le neuvième art se décline ici sous forme d’albums, de périodiques et de petits formats. Environ 150 lots pour vous offrir les univers de créateurs comme Bilal pour un lot de 17 volumes (100 €), Cuvelier pour celui de 14 albums, principalement des aventures de Corentin (150 €) et Hergé pour deux volumes en édition originale des Bijoux de la Castafiore et Vol 714 pour Sydney, estimés 150 €. Notons aussi des séries presque complètes de «comics» comme Strange, édité par Lug, maison française qui reprenait des titres de Marvel (environ 300 € pour une reliure des quatre premiers numéros).
Samedi 4 octobre en salle 9, Drouot-Richelieu.
Rieunier & Associés SVV.

Willem Van Mieris (1662-1747), Aspasie et Périclès, toile, signée, 100 x 81,5 cm.
Estimation : 50 000/70 000 €.
Scandale à Athènes
Aspasie est une figure intrigante de l’Antiquité. Femme libre et cultivée, elle a été tantôt admirée, tantôt détestée. Née en Asie Mineure, dans la cité de Milet, elle fut la compagne de l’homme le plus renommé d’Athènes, Périclès, dont elle eut un fils (Périclès le jeune). Ce dirigeant, qui donna son nom au Ve siècle, conforta la démocratie et la domination d’Athènes sur la Grèce. Considérée comme métèque – étrangère vivant dans la cité –, Aspasie n’eut pas le droit d’épouser son amant. Mais cela lui offrit une liberté inimaginable pour une femme grecque. Périclès l’écoutait et apprenait beaucoup d’elle, qu’il s’agisse de politique ou de philosophie. Brillante et cultivée, elle organisait chez elle un salon auquel participaient les plus grands esprits du temps, en tête desquels Socrate, Sophocle ou le sculpteur Phidias. Jamais mariée, provocante, évoluant sans gêne au milieu des hommes, elle restera aux yeux des Athéniens l’hétaïre étrangère. L’historien Plutarque (vers 46 - vers 125 ap. J.-C.) la considérait même comme une entremetteuse tenant une maison close pour y former de jeunes courtisanes. Elle suscita plus tard l’intérêt de nombreux écrivains et artistes. Le Flamand Willem Van Mieris fait partie de ceux-ci. Issu d’une grande dynastie de peintres de Leyde, il travailla dans le même style que son père, Frans le Vieux. Minutieuse et détaillée, sa peinture présente des coloris froids et une facture porcelainée. On reconnaît également dans notre toile toute la tradition flamande dans le traitement délicat de la riche nappe brodée posée sur la table. Avec quelques pièces d’orfèvrerie à terre, de riches boiseries à l’arrière-plan et le lit à baldaquin qu’ouvre le serviteur, le décor est posé pour cette scène entre les deux amants. Visiblement en colère, Périclès semble vouloir entraîner Aspasie… De la jalousie dans l’air ?
Dimanche 28 septembre, Doullens.
Denis Herbette SVV. M. Millet.
Jean-Baptiste Féret (1664-1739), L’Enlèvement d’Europe, toile, 82 x 100 cm.
Estimation : 12 000/18 000 €.
Le plus petit château de la Loire
Le baron Stanislas de Sainte Marie aime appeler son château de Troussay « le plus petit château de la Loire ». Située sur la commune de Cheverny, cette demeure au charme ancestral a été bâtie au XVe siècle par un contrôleur des greniers à sel de Blois. En 1732, elle est vendue à la famille Pelluys, parente de Colbert. C’est par mariage, en 1787, que Troussay entre dans la famille de Louis de la Saussaye, membre de l’Institut, ancien recteur de l’académie de Lyon et historien du Val de Loire. À partir de 1828, ce dernier s’évertuera à restaurer et remeubler ce château avec des éléments anciens, en respectant le style et l’histoire du lieu. Cet héritage du XIXe siècle s’offrira en partie aux amateurs durant trois jours de vente. Si l’après-midi du samedi sera réservé à la bibliothèque, avec une centaine d’ouvrages variés estimés entre 30 et 800 €, celle du dimanche se tournera vers les meubles, tableaux et objets d’art du XVe au XVIIIe qui se trouvaient dans l’entrée, les salons, la salle à manger, les chambres et les offices. La vente se conclura le lundi matin par la dispersion du fonds de château. Du côté du mobilier, on s’intéressera particulièrement, dans le grand salon, à quatre fauteuils XVIIIe transformables en prie-Dieu, « pieuses » ou «ployants d’église» en chêne mouluré à dossiers à bandeau se relevant pour former accoudoir du meuble liturgique (5 000/8 000 €), et un cabinet de la fin du XVIIe en bois de placage et placage d’ivoire, marqueterie polychrome de vases et cornes d’abondance fleuris, rinceaux et frises dans des encadrements à filets, et de bois noirci (6 000/8 000 €). Dans la salle à manger se distinguera une importante armoire strasbourgeoise d’époque 1700 en bois naturel, bois noirci et bois de placage de bois fruitier et de ronce, aux montants à colonnes annelées et riche décor d’angelots (9 000/12 000 €). Enfin, le salon des toiles peintes abritera de beaux tableaux anciens à l’image de L’Enlèvement d’Europe, de Jean-Baptiste Féret, artiste reçu à l’Académie en 1709, prisé 12 000/18 000 € (voir photo). Un voyage au cœur de l’histoire du Val de Loire.
Samedi 4, Dimanche 5 et Lundi 6 octobre, Cheverny.
Rouillac SVV.


Georges Chicotot (1865-1937), Autoportrait de l’artiste dans son laboratoire, huile sur toile signée et datée 1900, 122 x 90 cm.
Estimation : 500/600 €.
Peintre et médecin
Georges Chicotot a vécu avec passion. Une trentaine d’œuvres provenant en ligne directe de sa famille seront présentées lors de cette vente. L’occasion d’illustrer son travail de peintre, avec de nombreuses compositions religieuses, des portraits et natures mortes estimés à quelques centaines d’euros, mais aussi scientifique tel cet Autoportrait de l’artiste dans son laboratoire. En effet, Chicotot présente la particularité d’être à la fois peintre et médecin. Cet élève d’Hanoteau et Hébert à l’École des beaux-arts expose régulièrement au Salon des artistes français. Il recevra par ailleurs une mention honorable à l’Exposition universelle de 1889. Mais l’anatomie et les sciences l’attirent depuis longtemps. Il se lance alors, parallèlement à son art, dans des études de médecine, qu’il mènera à bien avec la soutenance d’une thèse en 1899. C’est à l’hôpital Broca puis à l’hôpital Boucicaut qu’il commence sa nouvelle carrière, en pleine découverte des rayons X et de leurs applications comme la radiographie et la radiothérapie. Dès 1896, le docteur Despignes constate en effet des résultats encourageants lors du traitement aux rayons des tumeurs cancéreuses. Chicotot commence en qualité de préparateur puis comme chef du laboratoire de radiologie en 1908. Avec beaucoup de réalisme et de minutie, le peintre aime à décrire son travail dans plusieurs toiles, connues et appréciées. Parmi elles, L’Autoportrait d’un des pionniers de la radiothérapie : premiers essais du traitement du cancer par rayons X, 1908, conservée dans les collections de l’AP-HP à l’hôtel de Miramion, actuel musée de l’Assistance publique, et dont une esquisse sur papier sera présentée à cette vente à 30/50 €. «Ce ne sont pas des tableaux mondains (…) mais des documents pour l’avenir», affirmait l’artiste. Le docteur Chicotot mourut à l’âge de 72 ans, des suites de radiodermites, le «mal des rayons», à une époque où les mesures de protection étaient encore insuffisantes.
Samedi 27 septembre, Troyes.
Boisseau-Pomez SVV. Cabinet Turquin.

Roger Tallon (1929-2011), escalier hélicoïdal en fonte d’aluminium repeint blanc, 13 marches avec patin de caoutchouc noir, h. hors mât : 265 cm environ.
Estimation : 4 000/5 000 €.
Tallon, pionnier du design
Quel point commun entre le TGV et notre escalier ? Un designer de génie, dont nous côtoyons les réalisations au quotidien, depuis des décennies. Passionné dès son enfance par la technologie, Roger Tallon a fait son entrée dans le monde du design par la porte de l’industrie, travaillant d’abord chez le manufacturier américain Caterpillar. Son obsession ? Le fonctionnalisme, qui fait débat dans la France d’après-guerre où tout est à reconstruire. La rencontre de Tallon avec le théoricien de l’esthétique industrielle Jacques Vienot est déterminante. Rejoignant, en 1953, l’équipe du bureau d’études techniques et esthétiques Technès, fondé par ce dernier, le designer met sa créativité au service des plus grandes entreprises de l’époque. Tout y passe, des machines-outils au téléviseur portable Téléavia. Créé en 1966, celui-ci fit sensation avec ses formes rondes comme un galet, destinées à le rendre agréable à regarder sous tous les angles. De la même époque, notre escalier est lui aussi devenu une icône. Tallon l’a imaginé en réponse au souhait du Syndicat des fondeurs de France, désireux de moderniser l’image de la fonte dans l’esprit du public. Une mission accomplie avec brio, au vu de cette pièce à la fois sculpturale et aérienne. D’autres objets domestiques créés par le concepteur dans les années 1960 sont entrés au panthéon du design. Si Tallon a réalisé peu de mobilier, sa gamme «Module 400», longtemps éditée par la galerie Lacloche, est ainsi restée dans les mémoires. Montée sur un pied en fonte d’aluminium recevant une assise recouverte d’une mousse de polyuréthane – un matériau faisant alors ses débuts dans l’industrie –, la chaise pivotante appartenant à cet ensemble a ainsi été immortalisée par le film La Piscine de Jacques Deray, en 1969. Dans chacune de ses créations, Tallon chercha toujours à répondre aux besoins de ses concitoyens, avec pour seul mot d’ordre : «une forme simple, pour une fonction aussi simple».
Dimanche 28 septembre, Saint-Germain-en-Laye.
F. Laurent de Rummel SVV.

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