La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Chine, dynastie Qing, époque Qianlong (1736-1795). Cachet en stéatite beige et rouge, au revers,
l’inscription en zhuanshu Qian Long Yu Bi Zhi Bao, h. 9, l. 10,5, p. 10,5 - bande : h. 4,2 cm.
Estimation : 800 000/1 M€
Neuf dragons et une perle sacrée
D’origine mandchoue, héritier de l’empire du Milieu conquis par son grand-père Kangxi, Qianlong poursuit néanmoins l’enrichissement des collections d’œuvres des dynasties notamment Song et Ming. Il se considère comme le gardien des traditions multiséculaires de l’empire. Conquérant, fin politique, il est également un peintre et un calligraphe, tel un lettré des temps confucéens. Pour toutes ces fonctions, il dispose d’un grand nombre de sceaux. Il en choisit pour les actes officiels, la plupart de grandes dimensions et de forme carrée. Son empreinte incarne sa volonté et même plus, sa présence invisible. Grâce à eux, on connaît les titres successifs de son règne. D’autres plus petits, et à décor plus fantaisiste, sont réservés à ses moments de détente dans ses palais de la Cité interdite ;
il aime contempler les peintures qui peuvent lui inspirer un poème ou une émotion particulière. Des œuvres sont ainsi marquées de plusieurs de ses sceaux. Plus de 1 800 cachets lui auraient appartenu, dont un millier sont conservés au musée de la Cité interdite et 700 environ ont disparu. Fort variés de formes, ils sont composés de matériaux divers : néphrite, bois, or, argent, bronze, pierres précieuses… La stéatite dans laquelle celui-ci est travaillé provient de la province de Fujian ; on la désigne par le nom de la ville près de laquelle elle est extraite : Shou shan. Le décor de ce cachet, neuf dragons parmi les nuages, est fortement symbolique : «9» représente le plus grand des nombres impairs à un chiffre, qui désigne le pouvoir masculin le plus puissant dans la nature. Les quatre côtés sont sculptés en relief de kuilong, dragons stylisés et archaïques. Ce décor reflète le goût de Qianlong, qui aime que les objets de son époque se réfèrent aux chefs-d’œuvre du passé. Une peinture conservée au Musée national de Taipei montre l’empereur, revêtu du costume ample des lettrés, admirant une peinture de l’époque Song représentant probablement le peintre et calligraphe Wang Zishi (307-365). L’inscription en écriture zhuanshu de ce cachet – Qianlong yu bi zhi bao – marque son utilisation exclusive : empreindre sur les peintures et calligraphies réalisées par l’empereur Qianlong. L’artiste fit jouer les différences de couleurs de la stéatite pour figurer les dragons émergeant de nuages pourpres prêts à poursuivre la perle sacrée, indiquée dans une veine plus claire et presque translucide. Un condensé du monde au creux de la main. Le jeune médecin de la Marine qui, dans les dernières décennies du XIXe siècle, rapporta ce sceau, se doutait-il de tenir entre ses mains un tel attribut de puissance ?
Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Jeune Femme devant une sculpture antique de chien, plume et encre brune, lavis bistre sur trait de crayon noir, 32,8 x 20,2 cm.
Estimation : 40 000/60 000 €
Fragonard la liberté du dessin
L’œuvre dessiné de Fragonard est important : il occupe une place à part, faite de recherches de sujets, de compositions et d’expérimentations techniques. Ce dessinateur virtuose a en effet employé aussi bien la sanguine que la craie, le lavis ou l’aquarelle. Par exemple, pour obtenir l’effet d’une dilution maîtrisée, il appose par endroits l’encre au pinceau humide. Même en employant qu’une seule teinte, Fragonard est passé maître dans les jeux de lumière et de mouvement, justement reconnu de son temps par ses pairs et par les collectionneurs. Les prix atteints à l’époque en ventes publiques attestent de l’engouement pour ses dessins ; ceux-ci lui donnèrent une autonomie financière appréciable, hors des commandes de l’Académie et d’une clientèle exigeante. Ses feuilles témoignent de son inventivité, tant dans les paysages que dans les sujets de la vie quotidienne, à connotation érotique, et religieux : l’éventail est large où s’épanouit son talent. Cette vacation en présente deux : cette Jeune Femme devant une sculpture antique de chien et La Visitation, au crayon noir et lavis de bistre, étude pour le tableau (œuvre aujourd’hui perdue) estimée ici 15 000 € environ. Ce dessin est à rapprocher de celui conservé dans les collections de l’École polytechnique, qui avait été saisi en 1793 au château du prince de Condé, à Chantilly, et livré à l’école le 24 frimaire an III (novembre 1794). Mais, revenons à celui reproduit. Guillaume Scherf note, dans le catalogue de l’exposition de Clodion, «la mode pour le monument funéraire à un animal, et en particulier un chien» qui se développe à la fin du XVIIIe siècle. On songe notamment au Mausolée de Ninette du sculpteur, dont l’un des deux exemplaires connus est gravé d’un quatrain mentionnant une certaine Mélanie, à priori de Mélanie de Lery, deuxième épouse de Bergeret. Ce dernier possédait une terre cuite représentant un monument à un chien et était aussi un collectionneur de Fragonard, qu’il emmena en Italie…
Lundi 5 décembre, salle 1-  Drouot-Richelieu.
L’Huillier & Associés OVV. Cabinet de Bayser.
Commode "à la Régence" provenant du château de Versailles, en chêne, placage de bois de rose, bois violet, palissandre, buis, bronze doré et marbre brun-rouge, trace d’estampille de P.H. Mewesen, Paris, 1771. 90 x 144 x 58 cm.
Estimation : 40 000/60 000 €
Provenance royale
Seules une trace d’estampille (celle de Pierre Harry Mewesen), une inscription à l’encre noire, «N°2610», ainsi que deux marques au fer «W», en partie effacées, subsistent. C’est peu et beaucoup en même temps pour cette commode, dite «à la Régence», mais au style parfaitement Transition. Elle a été livrée le 13 mai 1771 au château de Versailles par l’ébéniste Gilles Joubert (1689-1775) pour le service de Marie-Joséphine de Savoie (1753-1810), comtesse de Provence, ainsi que l’indique le journal du Garde-Meuble de la Couronne. Elle fait partie d’un ensemble de trois en «bois violet et rose» destiné au cabinet et à la chambre à coucher de la princesse, belle-sœur de Louis XVI. On ignore toutefois si notre commode figurait effectivement dans son appartement, en l’absence d’inventaire avant 1776, d’autant qu’elle est mentionnée quelques années plus tôt «dans le Grand Cabinet de Monsieur», frère du roi. En 1785, puis en 1788, elle est décrite avec précision parmi l’ameublement de la seconde antichambre ou Pièce des nobles de ce dernier, futur Louis XVIII. Dès leur mariage, le 14 mai 1771, le comte et la comtesse de Provence sont logés au rez-de-chaussée donnant sur le parterre d’eau et sur celui du Midi, au château de Versailles. En 1787, ils laissent la place au dauphin, fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, et s’installent dans l’aile des Princes, dans un appartement distribué sur trois étages, précédemment occupé par la princesse de Lamballe et son beau-père, le duc de Penthièvre. Notre commode s’accompagne alors de sept tables à jeux, quatre banquettes et huit tabourets couverts d’«ouvrages de Savonnerie». On comprend pourquoi devant tant de commandes et des délais de livraison rapides, Gilles Joubert devait faire appel à ses confrères… Mewesen est de ceux-là. D’origine scandinave, reçu maître en 1766, installé rue du Faubourg-Saint-Antoine à l’enseigne de «La Main d’or», il produit des meubles d’époque Transition marquetés de motifs géométriques, fermés par des mécanismes de serrure unique, comme le faisaient à la même époque Simon Œben et Pierre Denizot.
Mercredi 7 décembre, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés OVV. M. Fabre.
Alphabet et instruction chrestienne pour les Enfans, avec l’office de la Vierge selon le concile de Trente, Paris, 1642 ; petit in-8° de 80 feuillets non chiffrés, reliure de velours de soie d’époque.
Estimation : 150 000/200 000 €
Alphabet royal
Avec un recueil de Costumes de grotesques et habits de métier de Nicolas de Larmessin (Paris, vers 1690-1695), composé de 61 gravures sur cuivre rehaussées de coloris, d’or et d’argent (150 000/180 000 €), cet alphabet pour les enfants constitue le fleuron d’une après-midi pour bibliophiles. Il serait le seul exemplaire connu de cette édition non répertoriée par les bibliographes ni par les grandes bibliothèques. Une rareté, donc, qui contient outre un alphabet avec lettres minuscules, majuscules et diphtongues, l’oraison dominicale, le symbole des apôtres, la bénédiction de la table devant le repas, les actions de grâce après celui-ci, les vertus, les péchés mortels, de nombreuses prières de commandement, les Heures de Notre-Dame à mâtines, les litanies de la Vierge Marie… L’exemplaire est enrichi d’une suite de douze figures de l’époque gravées en taille douce, luxueusement enluminées sur des fonds dorés à l’or liquide. Si les gravures ne sont pas signées, à une exception près, l’impression en noir et rouge est donnée à Pierre Charpentier, imprimeur-libraire actif à Paris de 1602 à (au moins) 1653, à l’enseigne du «Paradis». La reliure, d’origine bien sûr, est aussi précieuse que le contenu : velours décoré d’écoinçons en argent ciselé, aux armes de Louis XIII et aux effigies de saint Louis et sainte Anne. Un miracle, quand on sait comment l’argenterie fut fondue pour soutenir l’effort de guerre, au XVIIe siècle tout particulièrement. C’est au jeune Louis XIV, âgé de 4 ans à l’époque et qui montera sur le trône de France à la mort de son père, en 1643, qu’aurait pu être destiné cet alphabet. Seule une commande royale ou de son entourage justifie en effet un tel luxe. Parvenue en Espagne à une époque indéterminée, cette relique très évocatrice de la vie intime de la famille royale était appelée «le livre de la reine» par ceux qui la détenaient.
Mercredi 7 décembre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. Courvoisier.
Chaïm Soutine (1893-1943), Les Perdrix au volet vert, huile sur toile, 45,8 x 59 cm.
Estimation : 200 000/300 000 €
La peinture écorchée vive
Comme nombre de toiles de Chaïm Soutine, celle-ci porte les marques de rage qu’il entretient avec ses œuvres. «Quand Soutine était sur le départ […] nous ramenions à Paris les toiles que madame Zborowska rattrapait un peu partout. Le chauffeur apportait ces “rescapés” à la maison et Jacques, le restaurateur, rentoilait le tout », rapporte une habituée de la maison de Léopold Zborowsky, le principal marchand du peintre à partir des années 1920. Arrivé à Paris en 1912 depuis sa Lituanie natale, Soutine s’installe à la Ruche, puis cité Falguière où il rencontre Amedeo Modigliani et le sculpteur Jacques Lipchitz. L’une des caractéristiques de cet artiste est le travail par séries. Ses natures mortes, dont l’apogée se situe au milieu des années 1920, s’inspirent de Goya, de Manet, mais surtout de Chardin et Rembrandt dont il a contemplé les œuvres au Louvre. À l’époque de notre toile, Soutine partage sa vie entre Paris et la maison de campagne de son marchand, dans l’Indre, au Blanc. Il privilégie les animaux tués, ou encore les carcasses écorchées, comme en témoignent ses lièvres et ces lapins au pelage brun-doré, pendus par la patte et dont les silhouettes s’étalent sur toute la hauteur de la toile, ses poulets plumés sur des tables renversées… Il place ces perdrix devant un volet vert.
Le bec grand ouvert, les plumes ébouriffées et les pattes tendues, nos volatiles apparaissent dans les derniers spasmes de leur agonie. Le linge blanc sur lequel ils sont posés renforce l’intensité dramatique, la violence de la mort. Représentés au centre de la toile, ils interpellent le spectateur sur le linceul. La touche est vive, les teintes brunes, grises et rouges viennent animer le drap blanc, la pâte épaisse donne de l’énergie à ce sujet inerte. Si le corps des perdrix permet un jaillissement de couleurs, volets et table sont traités dans des gammes de gris et de verts. «C’est dans la viande déjà morte qu’il trouve sa joie sensuelle» écrit Élie Faure dans son essai sur le peintre publié en 1929. Une fascination pour les animaux morts qui trouverait sa source dans de lointains souvenirs traumatiques de son enfance.
Vendredi 9 décembre, salle 13 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV.
Attribué à Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875). Portrait de Jean-Baptiste Carpeaux, vers 1874-1875,
buste en plâtre à patine brune, inscrit sur le piédouche «Carpeaux», h. 55,5, base : 18,5 x 20 cm.
Estimation : 12 000/18 000 €
Portraits en sculpture
Au XVIIIe siècle, tant en peinture qu’en sculpture, l’art du portrait s’émancipe des traditions religieuse et royale. Tout un chacun, ayant des moyens conséquents bien sûr, peut désormais commander son effigie. Le siècle suivant donnera encore plus d’ampleur à cet engouement. Les artistes cherchent une profondeur psychologique, à leurs yeux souvent plus importante que la ressemblance. Cette vacation présente deux œuvres, l’une attribuée à Carpeaux, l’autre, une épreuve en bronze d’après Rodin, de la Tête de Pierre de Wissant, étude de type B, évaluée autour de 15 000 €. Il ne fait pas de doute que le buste en plâtre représente Jean-Baptiste Carpeaux, qui apporta un souffle nouveau à son art. Dès ses premières œuvres, comme en témoigne Ugolin entouré de ses quatre enfants, dont le bronze date de 1863, où l’artiste s’attache à atténuer la violence des passions par une certaine tendresse pour le héros torturé. Rodin s’en souviendra plus tard.  un excellent portraitiste, laissant les effigies de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, la princesse Mathilde… Albéric Froissart, l’expert, estime que si ce plâtre n’est de la main de Carpeaux, il pourrait être l’œuvre d’Ernest-Eugène Hiolle (1834-1886), auteur d’un buste de son ami, cependant plus académique de facture. Rodin, pour donner chair à un de ses bourgeois de Calais (1885), fait poser Coquelin cadet. Cet exemplaire serait une fonte de Montagutelli. Une plainte fut déposée par Rodin en 1913, pour une affaire de tirages illicites, contre la fonderie des deux frères italiens, Philippo et Giovanni, installés à Paris depuis 1900.
Lundi 5 décembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
L’Huillier & Associés OVV. M. A. Froissart.
V.R. Farné (vers 1880), Le Capitaine aéronaute Juhlès volant au-dessus de Turin en compagnie de la reine d’Italie, Margherita de Savoie, 1884, huile sur toile, 80 x 51 cm.
Estimation : 7 000/10 000 €
La Terre vue du ciel
En cette fin de XIXe siècle, il faut encore bien de l’audace, et le goût de l’aventure, pour grimper dans ces paniers d’osier… La seconde moitié du XIXe représente l’âge d’or des vols en ballons aérostatiques, qui provoquent une vive curiosité du public. Le capitaine Émile-Louis Juhlès n’a que 14 ans quand il effectue son premier vol, lors de la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Doté de connaissances techniques et de témérité, il effectue des voyages spectaculaires, voire héroïques, dont la presse se fait l’écho. En avril 1876, en compagnie du rédacteur en chef du Progrès du Var, il survole Toulon quand son ballon se déchire à une hauteur de 400 m ; sa chute est amortie par une allée de cyprès… Trois ans plus tard, parti de Malaga, il passe au-dessus du détroit de Gibraltar et parcourt 2 500 km en Algérie avant une heureuse descente. En 1880, l’expérience à Alger est plus mouvementée, qui pousse son ballon vers la mer et le fait s’échouer à 10 miles des côtes où il est recueilli par des pêcheurs maltais. En 1893, il se produit à l’Exposition universelle à Chicago. On se dispute désormais les billets dans les réjouissances publiques. Le capitaine Juhlès propose à sa clientèle spectacles pyrotechniques et vente de ballons à gaz et montgolfières de sa fabrication. Notre tableau le représente survolant le Pô enjambé par le pont Vittore Emmanuel Ier. L’encadrement, d’origine, en bois laqué gris et doré, montre deux de ses vols et ses décorations.
Vendredi 9 décembre, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre OVV. Cabinet Chanoit.
Travail florentin, XIXe siècle. Cabinet en placage d’ébène et pierres dures d’oiseaux, fleurs, coquilles, pendule à décor de plaques en onyx, buste en bronze ciselé doré, 254 x 145 x 55 cm.
Estimation : 40 000/50 000 €
Peintures de pierre
En 1588, le grand-duc Ferdinand Ier de Médicis fonde à Florence l’Opificio delle pietre dure, spécialisé dans la création de meubles, d’objets luxueux et même de tableaux, ornés de panneaux et de motifs en lapis-lazuli, malachite, agate, calcédoine et autres pierres dures et semi-précieuses. Il est devenu aujourd’hui un Institut de recherche scientifique et de restauration d’œuvres d’art parmi les plus réputés du monde. Contrairement à la mosaïque, utilisant des petits morceaux ou tesselles, la marqueterie de pierre dure emploie des pièces plus grandes, choisies pour leur forme, leur couleur, leur opacité ou leur brillant, sans négliger les nuances de leurs veinures. Très en vogue au XVIIe à Florence, les cabinets en placage d’ébène ornés de ce type de décor restent à la mode au siècle suivant. Le nôtre se distingue par sa pendule en pierre noire, habillée de plaques d’onyx et surmontée d’un buste à l’antique. Mais aussi, par ses neuf tiroirs et sa porte architecturée à colonnes en porphyre, sa niche ornée d’une statuette de Neptune découvrant un théâtre marqueté comportant des secrets. Un modèle comparable est conservé au palais national d’Ajuda, dans le quartier de Belem à Lisbonne, un autre était visible sur le stand de la maison Ugolini, à l’Exposition universelle de Paris en 1900. Un travail d’orfèvre, ou de fourmi, réalisé, jusqu’à l’invention de l’électricité, à la lueur de la chandelle…
Mercredi 7 décembre, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) OVV. Cabinet Étienne - Molinier.
George Desvallières (1861-1950), La Vigne, 1910, huile et essence sur papier marouflé, 172 x 68 cm.
Estimation : 8 000/10 000 €
Peintre de l’âme
Si vous êtes allés voir la première rétrospective consacrée au peintre George Desvallières, au musée du Petit Palais au printemps dernier, vous ne pouvez pas les avoir manqués. Trois tableaux y figuraient et prennent aujourd’hui le chemin des enchères : une Nature morte à l’amphore et aux livres (1 200/1 500 €), un Éros à la flûte de Pan (12 000/15 000 €) et cette figure allégorique de La Vigne (8 000/10 000 €). Tous trois ont été exécutés en 1910, faisaient partie de la collection Jacques Rouché et ont été conservés dans sa descendance. Ces œuvres, ainsi que des toiles et des aquarelles préparatoires à sujets religieux (est. de 2 000 à 5 000 €), ont été réalisées pour son hôtel particulier parisien, près du parc Monceau, et pour la chapelle de son château de Saint-Privat, à quelques lieues de Nîmes. Peintre profane à ses débuts, dans le sillage de Gustave Moreau, George Desvallières manifeste rapidement un refus de l’enseignement académique, une curiosité pour toutes les formes d’art. Il est l’un des fondateurs du Salon d’automne, en 1903, qui accueillera les avant-gardes du fauvisme et du cubisme. La maturité venue, il retrouve la foi et devient l’un des plus actifs défenseurs du renouveau de l’art sacré. Chef de bataillon durant la Grande Guerre, Desvallières est aussi l’un des premiers artistes à témoigner de la violence des combats dans les tranchées. Jacques Rouché (1862-1957), lui, affiche de bonne heure un goût prononcé pour la peinture et les arts, qui le conduiront vers le théâtre. Il débute pourtant sa carrière dans les ministères, avant de devenir, en 1910, directeur du Théâtre des Arts, quatre ans plus tard celui de l’Opéra de Paris. Il restera à la tête de «la grande boutique» jusqu’en 1945 ! En trente ans, soixante-dix ouvrages lyriques verront le jour, dont bon nombre firent sensation. Décidément novateur, Rouché s’intéresse aussi à la mise en scène, débarrasse l’Opéra de ses toiles peintes en trompe l’œil, démodées, et entreprend de concilier costumes, décors et musique. Des bouleversements qui lui vaudront de passer à la postérité comme «l’homme qui sauva l’Opéra de Paris»…
Mercredi 7 décembre, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Auction Art Rémy Le Fur & Associés OVV.
Nicolas de Largillierre (1656-1746), Portrait présumé de madame de Harlay, huile sur toile, 135 x 105 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €
La dame en bleu
Ce portrait présumé de madame de Harlay, exécuté en 1690 ou 1696 illustre la mode en cette fin du XVIIe, et du début du XVIIIe siècle, consistant à placer le personnage devant un paysage, qui met en valeur la richesse de ses habits et la blancheur de sa carnation. Notre modèle, Anne Renée Louise du Louët est la fille unique de Robert-Louis du Louët, marquis de Coëtjunval, doyen du parlement de Bretagne, et de Renée Le Borgne de Lesquifiou. Le 2 février 1693, elle épouse Achille IV de Harlay, comte de Beaumont, marquis de Bréval, conseiller au parlement, avocat général et conseiller d’État, arrière-arrière-petit-fils d’Achille Ier de Harlay (1536-1616), premier président du parlement de Paris, de 1582 à 1611. Baignée d’une douce lumière, cette jeune femme est joliment vêtue d’une robe et d’un corsage aux plis savamment creusés, d’une cape, laissant apparaître l’une de ses épaules, dont le bleu répond à celui du ruban avec lequel elle lie son bouquet. Celui-ci fait écho aux fleurettes qu’elle a piquées dans ses cheveux, tandis que ses bijoux – exception faite des cabochons de pierre rouges – rappellent le goût de l’époque pour les perles. Couleur divine, le bleu symbolise la fidélité, la chasteté et la loyauté. Simple portrait ou allégorie de Flore, cette toile illustre le talent de Nicolas de Largillierre pour les représentations flatteuses et solennelles, à l’exécution fort brillante.
Mercredi 7 décembre, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. M. Millet.
Broche trembleuse «papillon» en or jaune et argent, entièrement sertie de lignes de rubis, saphirs et diamants de taille ancienne, un saphir plus important au centre, l. 7 cm - poids brut 29 g.
Estimation : 10 000/12 000 €
Bijoux de charme et bijoux signés
La mode des broches trembleuses date de la fin du XIXe siècle : épinglée sur le décolleté d’une robe du soir, elle faisait scintiller les pierres fines, le plus souvent des diamants, à la moindre palpitation un peu forte. Que d’émois ont ainsi été perçus par des soupirants ! Les fleurs ont fourni leurs corolles et leurs symboles. Ici, nous avons un délicat papillon – aux ailes serties de lignes de diamants, rubis et saphirs de taille ancienne –, qui devait frémir au moindre battement de cœur. Il a fallu beaucoup de talent à l’orfèvre – anonyme – pour conserver toute sa légèreté à ce bijou volant. Lamartine nous donne une définition très poétique du lépidoptère : «Naître avec le printemps, mourir avec les roses, Sur l’aile du zéphyr nager dans un ciel pur, Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses, S’enivrer de parfums, de lumière et d’azur […] Voilà du papillon le destin enchanté.» On pourrait ajouter : et se transformer éternellement en joyau. Cette broche figure aux côtés de bijoux créés par des maisons de joaillerie, comme Cartier pour une montre-bracelet de dame du modèle «Tank» allongé. En or gris, son cadran est émaillé crème, les heures indiquées en chiffres romains, son tour de lunette étant orné de diamants rectangulaires. Le bracelet articulé est serti de trois lignes de diamants ronds de taille brillant. Estimée 20 000 € environ, elle est présentée dans son écrin. Ce programme de haute joaillerie associe charme, beauté des pierres et technicité.
Lundi 5 décembre, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Audap - Mirabaud OVV. Emeric & Stephen Portier.
Chine, période Ming, fin XVIe-XVIIe siècle. Sujet en bronze doré représentant Yaowang Guanyin,
71 x  40 x 27 cm.
Estimation : 150 000/200 000 €
Guanyin d'époque Ming
Cette sculpture d’époque Ming sera l’une des œuvres phares de la vente d’art asiatique à Nice, aux côtés d’un grand bronze doré chinois de la fin du XIXe siècle, représentant le Yidam Samvara en yab-yum avec sa Shakti, dont on attend 50 000/70 000 €. Après la brillante période des bronzes archaïques de l’époque Shang, l’utilisation de cette matière a considérablement diminué. Elle est réservée au culte bouddhique ou bien aux œuvres d’art impériales comme autant de symboles de pouvoir et de richesse. La dynastie Ming, qui débute en 1368 pour s’achever en 1644, est la dernière grande lignée d’empereurs véritablement chinois. Les Yuan étaient en effet mongols et les Qing seront mandchous. Les Ming mettent ainsi un point d’honneur à valoriser les arts ancestraux de leur pays. Ils n’hésitent pas à investir dans tous les domaines et à porter à leur apogée la peinture, la sculpture, la laque, le jade ou encore la poésie, remettant au goût du jour la porcelaine ou bien la grande statuaire en bronze, à l’image de ce sujet représentant Yaowang Guanyin assise en padmasana sur une haute base en forme de lotus épanoui, la main droite levée en vitarka mudra, geste de l’argumentation, tenant une tige de saule pleureur, symbole de la jeunesse et de la beauté féminine – la souplesse et la finesse de la taille d’une femme renvoyant à l’image d’un saule. De sa main gauche, elle tient, devant elle, le bol à aumônes. La divinité, drapée dans des robes aux plis amples, est parée de bijoux et coiffée d’un voile posé sur un haut chignon enserré d’un diadème où apparaît une figure du Bouddha Amithaba. Guanyin, «celle qui voit et entend», est une divinité bouddhique très populaire en Chine. Venant de l’Inde, il s’agissait à l’origine d’Avalokiteshvara. Mais ce boddhisattva masculin s’est féminisé sous l’influence du taoïsme et a pris un nouveau nom. Cette jeune femme, belle et douce, compatit aux malheurs du peuple. Notre sculpture représente sa variante Yaowang, c’est-à-dire la Guanyin de médecine, prête à panser nos plaies.
Mardi 6 décembre, Nice.
Hôtel des Ventes Nice Riviéra OVV. Cabinet Pierre Ansas - Anne Papillon d’Alton.
Henri Martin (1860-1943), Peupliers et arbres en fleurs, huile sur toile, 104 x 230 cm.
Estimation : 80 000/120 000 €
Peupliers pointillistes par Henri Martin
Le choix du motif… tout est là ! C’est le fondement de l’œuvre d’Henri Martin. Le peintre d’origine toulousaine révéla l’ampleur de son talent de paysagiste à son retour dans le Sud-Ouest à partir de 1900. Aux mondanités parisiennes, Henri Martin préféra en effet le calme et la simplicité du Lot, en particulier du village de Labastide-du-Vert. «Ce qui donne à son tempérament de peintre et de coloriste sa personnalité, son accent, et sa valeur propre, c’est son amour pour sa région natale, c’est la vive compréhension qu’il a des âmes élémentaires et de la vie de la terre, des arbres, des objets, des maisons rustiques et des ciels», écrivait Achille Ségard à son propos. Il passe désormais le plus clair de son temps en pleine nature, en quête des plus beaux paysages et de nouveaux points de vue. Et il a l’œil, comme en témoignent, nos Peupliers et arbres en fleurs. Emblématiques de la région, les premiers s’imposent à nous au cœur d’un paysage printanier, où ils sont les seuls protagonistes, dans un panorama d’une force intérieure rare. Les couleurs verte, jaune et rose très soutenues semblent irradier cette vue, où les ombres répondent à chacun des arbres. Le pointillisme de Seurat, que Martin adopte à cette période, lui paraît être la manière la plus à même de décrire une nature changeante et soumise aux effets de la lumière. N’hésitant pas à répéter le même motif, l’artiste élabore un style lumineux et léger, toujours soutenu par une solide composition et une technique sans faille. Nous retrouvons ainsi nos peupliers dans d’autres œuvres, tels Les Champs-Élysées, une toile achetée par l’État au Salon des artistes français de 1939 et aujourd’hui conservée au musée des beaux-arts de Bordeaux. Ce tableau renoue avec le symbolisme de ses débuts et décrit une scène paradisiaque d’un cortège de jeunes femmes, jouant de la musique et chantant dans un paysage de printemps. Une grande toile, digne de ses plus beaux décors, qui évoque le paradis tel qu’Henri Martin aimerait le découvrir après sa mort… mais qui ressemblerait un peu à ces collines entourant Marqueyrol qu’il a tant aimées !
Samedi 10 décembre, Saint-Martin-Boulogne.
Enchères Côte d’Opale OVV. Cabinet Maket.
Squelette complet de dinosaure Allosaurus (Marsh - 1877), États-Unis, jurassique supérieur, l. 750 cm.
Estimation : 900 000/1 000 000 €

 
Jurassik Park à la gare des Brotteaux
Avec ses 7,5 mètres de longueur sur 2,5 de hauteur, ce dinosaure occupe formidablement l’espace de la gare des Brotteaux à Lyon. Complet, ce squelette d’allosaure est unique en Europe. La plupart des autres spécimens connus sont incomplets. Ainsi, les amateurs devraient être nombreux sur les rangs pour tenter d’acquérir cette bête âgée de quelque 150 millions d’années. Découvert dans un ranch du Wyoming en 2013, cet allosaure semble prêt à se jeter sur sa prochaine proie. Il faut dire qu’il s’agissait d’un très dangereux prédateur, descendant du Tyrannosaurus rex, capable de balayer ses ennemis d’un simple coup de queue, de les lacérer avec ses immenses griffes, fichées au bout des trois doigts fonctionnels de chacune de ses pattes avant, et de les dévorer sans sourciller avec sa mâchoire, garnie d’impressionnantes rangées de dents. Inutile de s’enfuir, car il rattrapait ses proies en un clin d’œil, étant d’une vélocité rare, alliant «légèreté», avec son poids de 1,5 tonne, à un train arrière aux muscles affûtés. Il était bien plus rapide que le tyrannosaure et plus féroce que le brontosaure, pourtant nettement plus grand. Son terrain de jeu se restreignait a priori à l’Amérique du Nord. Les premiers squelettes de ce dinosaure appartenant au sous-ordre des théropodes ont été mis au jour en 1877, dans le Colorado, par le professeur de Yale Othniel Charles Marsh (1831-1899). Ce dernier le nomma à partir des mots allos, «différent» en grec, et sauros, «lézard». Très proche du Tyrannosaurus rex, un peu plus petit mais plus agile, il pourrait être le prédateur fou du prochain Jurassic Park ! Il chassait essentiellement des dinosaures herbivores, tels les sauropodes. Se déplaçant uniquement sur ses deux pattes arrière, il utilisait les deux de devant pour attraper ses proies et les achever. Tout un programme, qui augure peut-être de la lutte acharnée que se livreront certains musées ou collectionneurs, avides d’acquérir ce spécimen d’exception !
Samedi 10 décembre, Lyon.
Aguttes OVV. M. Mickeler.

http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp