La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Dino 246 GT, livrée en 1975, moteur V6, cylindrée 2 419 cm3, n° de châssis 6620.
Estimation : 290 000/310 000 €.

 
À la une
Ferrari a l’habitude de caracoler en tête, sur les circuits et les routes comme dans les ventes aux enchères. Ce nom figure même depuis quelques mois dans les cotations de Wall Street et de la Bourse de Milan. La marque au cheval cabré fait rêver petits et grands. Les plus férus pourront vous parler pendant des heures des merveilles technologiques des moteurs, de leur évolution à travers l’histoire de la firme, quand d’autres se pâmeront devant les lignes souples, presque félines, des carrosseries dessinées par Pininfarina. Certains vous conteront une histoire familiale, une saga faite de bonheurs et de malheurs… Notamment de la mort d’Alfredo, dit Alfredino ou encore Dino. L’héritier, le fils «ingénieur», s’éteint le 30 juin 1956, succombant à une myopathie de Duchenne à l’âge de 24 ans. En sa mémoire, le Commendatore crée une filiale, «Dino», dont les voitures sont équipées du moteur conçu par son fils avec deux ingénieurs de l’écurie, Franco Rocchi et Vittorio Jano : un V6 de 1,5 litre en aluminium, à doubles arbres à cames. Le circuit d’Imola, à 80 km du siège historique, est quant à lui rebaptisé Autodromo Dino Ferrari en 1970. Jusqu’en 1976, les Dino participent à des courses automobiles, en Formule 1 et Formule 2, contribuant pleinement au renom de la Scuderia sur les circuits internationaux. Très rapidement, des versions Grand Tourisme apparaissent, à l’image de la 246 GT. Les trois chiffres sont simples à retenir : les deux premiers indiquent la capacité de la cylindrée et le dernier le nombre de cylindres, soit «246» pour 2,4 litres et 6 cylindres. Les premières, les 206 GT, sortent de l’usine de Maranello (près de Modène) en 1968 ; quelque 250 exemplaires de cette routière seront produits. L’année suivante, et jusqu’en 1974, les 246 GT séduisent à leur tour les amateurs de bolides élégants, mais aussi d’avancées technologiques de pointe pour l’époque. Accouplée à une boîte de vitesses à 5 rapports, sa mécanique lui permet en effet d’atteindre près de 240 km/h et d’abattre le 0-100 km/h en à peine plus de sept secondes. La suspension est indépendante aux quatre roues, et le freinage assuré par quatre freins à disques ventilés. À la naissance d’Alfredo, son père avait choisi d’arrêter la compétition automobile, se consacrant à la production, à l’excellence des Ferrari et à l’éducation de son héritier dans les meilleurs collèges, pour parfaire ses connaissances tant en matière de finances que de management et d’art de l’ingénierie. Un fils perdu auquel il rendit hommage par une filiale, et le meilleur que ses ingénieurs pouvaient imaginer pour perpétuer son nom, «Dino» sur fond jaune, comme le cheval cabré emblématique de la maison.
Samedi 12 mars, Lyon.
Aguttes SVV.
Auguste-Xavier Leprince (1799-1826), À la barrière de La Villette, vers 1820, huile sur toile, 37 x 44 cm.
Estimation : 4 000/5 000 €.
 
Barrière parisienne
Le talent n’attend pas le nombre des années… Auguste-Xavier Leprince n’a qu’une vingtaine d’années quand il exécute cette toile, mais déjà un beau métier. Il disparaîtra trop tôt, emporté à 27 ans par une maladie de poitrine, laissant une œuvre importante, composée principalement de paysages délicats et de scènes de genre pleines d’esprit, dans ce goût hollandais si prisé sous la Restauration. Né à Paris dans une famille d’artistes, Auguste-Xavier Leprince est reçu au Salon en 1819, lauréat sept ans plus tard du concours d’esquisses de paysage historique, à l’École royale des beaux-arts. Ses Patineurs sont achetés par la duchesse de Berry au Salon de 1824 et, de Paris à Chambéry, Rouen, Bordeaux et Dijon, les musées sont nombreux à posséder ses tableaux… Une autre version de notre toile, jusqu’ici attribuée à Bernard Édouard Swebach (1800-1870), est conservée au musée Carnavalet, à Paris. La facture est soignée, les détails sont pittoresques, l’atmosphère douce et lumineuse. Celle-ci, présentée sur son châssis d’origine, montre la barrière de La Villette et la rotonde construite juste avant la Révolution par Claude-Nicolas Ledoux. Comme la quarantaine de monuments connus sous le nom de «propylées de Paris», notre rotonde était conçue pour équiper le mur des Fermiers généraux des bureaux nécessaires à la perception de l’octroi, impôt dû sur les marchandises qui entraient à Paris. Si imposante que fût l’enceinte, rien n’empêcha les fraudeurs, notamment les marchands de vin et les cabaretiers, de corrompre les gabelous… Désaffectée dès 1791, suite de la suppression de ces taxes, la rotonde sert de casernement à la garde municipale de 1830 à 1860, puis de grenier à sel de 1865 à 1921. Incendiée pendant la Commune, en 1871, elle sera restaurée, puis épargnée lors de la construction de la ligne 2 du métro, en 1900-1903. C’est l’un des quatre propylées encore visibles dans la capitale et le plus imposant par ses dimensions. Sa forme de croix grecque, ses colonnes doriques, son puits de lumière rappellent l’Antiquité classique si prisée dans ces années 1820.
Vendredi 12 février, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Lasseron & Associés SVV. Cabinet Chanoit.
Crabe araignée du Japon Machrocheira kaempferi naturalisé, l. 160 cm.
Estimation : 8 000/10 000 €.
 
Crabe-araignée japonais
Premiers à être sollicités à 13 h 30, les amateurs d’histoire naturelle et tout particulièrement ceux d’entomologie qui, avec les collections Jean Heine et Rochet, tenteront d’attraper dans leurs filets, moyennant une centaine d’euros à 300, des coléoptères (étiquetés et préparés sur paillettes), ainsi que divers ouvrages sur le sujet. Après les airs, la mer avec de nombreux coquillages, ammonites ainsi qu’un étonnant crabe-araignée du Japon dont pas moins de 8 000/10 000 € seront à engager (voir photo). Machrocheira kaempferi, de son nom scientifique en hommage au médecin et voyageur allemand Engelbert Kaempfer, se nourrit de carcasses d’animaux et de fruits de mer et peut vivre jusqu’à cent ans. Non pas sous nos latitudes, mais dans les grandes profondeurs (jusqu’à moins 600 m) de la fosse des Kourilles, au Japon, où il est pêché. Ses mensurations sont à la mesure de son vorace appétit, puisqu’il peut atteindre 3,5 m d’envergure, pattes étendues, dont 35 cm pour le corps, et peser environ 20 kg, ce qui en fait le plus grand arthropode vivant. Tel qu’il est naturalisé, il mesure 1,6 m, ce qui correspond, ses dix pattes étendues, à une envergure d’environ 3 m. Une belle bête…
Vendredi 12 février, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. M. Lachaume.
Onofrio Palumbo (actif à Naples au milieu du XVIIe siècle), Saint Ambroise, toile signée et datée 1635, 150 x 124 cm (toile pavimenteuse, restaurations anciennes).
Estimation : 10 000/15 000 €.
Saintetés napolitaines
Saint Ambroise ne sera pas le seul à aiguiser l’intérêt des amateurs de peinture napolitaine, saint François de Paule étant lui aussi au rendez-vous (15 000/20 000 €). Contrairement à ce portrait de l’évêque de Milan – père et docteur de l’Église au IVe siècle, auteur des Hymnes à l’origine de chants liturgiques –, l’effigie de François de Paule, fondateur de l’ordre des Minimes en 1435, n’est pas signée. Le Cabinet Turquin y reconnaît cependant la même main, celle d’Onofrio Palumbo, et évoque l’hypothèse de l’appartenance de ces tableaux à une série aujourd’hui dispersée. Les œuvres de l’artiste sont aussi rares en ventes publiques que la documentation sur celui-ci est succincte. Tout au plus sait-on que ce natif de Naples a fait son apprentissage auprès de Battistello Caracciolo, avant de rejoindre l’atelier d’Artemisia Gentileschi, arrivée à Naples en 1630, dont il finira par devenir l’assistant. En pleine effervescence en cette période de Contre-Réforme, la cité de Campanie se couvre de nouvelles constructions religieuses qu’il faut se presser d’orner. Palumbo met ainsi son pinceau au service des églises. L’Annonciation et L’Adoration des bergers réalisées pour l’église Santa Maria della Salute de Naples, entre 1640 et 1641, témoignent d’un art au sommet et des goûts de l’époque. Les excès du caravagisme ont fait long feu. Si le clair-obscur et le placement des personnages au bord du tableau pour les rendre plus présents sont toujours d’actualité, aux poses outrées sont préférées des attitudes plus naturelles et douces, voire élégantes. Elles sont soulignées par des couleurs lumineuses, employées ici pour saint Ambroise, dont le visage inspiré n’est pas dénué d’un certain lyrisme. Bien qu’édulcoré, l’héritage de Ribera est cependant encore sensible dans la physionomie de saint François de Paule. Palumbo peint cet ancien ermite soucieux des petites gens avec un visage rougi, creusé de rides, et des mains usées, à l’image des êtres qu’il aurait pu voir dans la campagne napolitaine.
Samedi 6 février, Corbeil-Essonnes.
Lancry - Camper SVV. Cabinet Turquin.
Georges Candilis (1913-1995) et Anja Blomstedt (née en 1937), Module Hexacube, polyester renforcé de fibre de verre, 7 m2, Dubigeon Plastiques, 1972. Estimation : 25 000/30 000 €.
L’inventeur du Cubing
Les productions de Georges Candilis n’étant pas si fréquentes aux enchères, on ne manquera pas cet hexacube. Un remarquable exemple d’architecture modulaire en plastique, dans la lignée du fonctionnalisme et de la coque à six bulles de Jean Benjamin Maneval, imaginé par l’architecte d’origine grecque et sa collaboratrice finlandaise Anja Blomstedt. Les créations de Candilis, collaborateur du Corbusier à son arrivée en France, ont récemment rejoint les collections du Centre Pompidou, qui, en mai 2014, préemptait lors d’une vente parisienne (Artcurial) une série de meubles conçus pour la résidence jeunesse de Port-Leucate. L’institution ne possédait jusqu’alors que des plans de l’artiste. Depuis quelques années, l’œuvre de celui-ci revient sur le devant de la scène à la faveur du travail mené par Clément Cividino, qui a déjà organisé plusieurs expositions, notamment en février 2015, à la fondation Vasarely. Le galeriste avait aussi été invité à présenter un exemplaire d’hexacube lors de l’édition 2012 de Design Miami-Basel. Ces habitacles modulables et transportables furent imaginés en 1968 pour la station balnéaire Port-Leucate (Languedoc-Roussillon), dont Candilis était l’architecte en chef. Une vingtaine de ces maisons expérimentales furent testées sur la plage, sans le succès espéré, le public jugeant ces habitations trop futuristes et pas assez confortables. La nôtre, fabriquée en 1972, se compose de deux coques en polyester stratifié, offrant une superficie de 7,2 m2, qui, grâce un système de fixations par croches, peut être modifiée et agrandie. Chacun peut ainsi choisir ses propres dimensions et varier les combinaisons à l’envi… C’est la naissance du «cubing», ou l’art de vivre dans des capsules futuristes ! Il existe un grand et un petit modèle d’hexacube. À Marseille, les amateurs pourront acquérir la déclinaison grand format d’une habitation dont moins d’une trentaine d’exemplaires ont été produits par la société Dubigeon Plastiques, puis l’entreprise Cifam. Une vision folle de l’architecture du début des années 1970.
Mardi 9 février, Marseille.
Leclere - Maison de ventes SVV.
Emil Filla (1882-1953), Nature morte au violoncelle, 1926, toile, 68 x 82 cm. Estimation : 80 000/120 000 €.
 
Cubisme tchèque
Les œuvres d’Emil Filla sont rares en France. Malgré un séjour marquant à Paris en 1909-1910, qui lui permet de découvrir Picasso et Braque, l’artiste tchèque passe la plus grande partie de sa carrière dans son pays d’origine, où il acquiert un statut d’artiste majeur. Avant-gardiste, il est l’un des tout premiers peintres à tourner son art vers la modernité. Il a certainement eu  la chance de naître à une époque d’effervescence artistique. C’est en effet dans les premières années du XXe siècle que Filla entre à l’École des beaux-arts de Prague. Il complétera sa formation par un voyage en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique. Avec ses camarades d’école, il fonde vers 1907-1908 le groupe des huit («Osma»), marqué par le fauvisme et l’expressionnisme allemand. La découverte du cubisme changera sa manière de voir la peinture. Il connaissait déjà Cézanne et sa conception de l’espace mais, sous l’influence de Picasso,  atteindra dès lors une réelle perfection technique, avec un rendu parfait du volume et de l’aspect matériel des objets. Les natures mortes deviennent d’ailleurs rapidement son thème préféré. La Première Guerre mondiale l’oblige à abandonner son second voyage en France et le contraint à se replier en Hollande. Heureux hasard, il découvre grâce aux œuvres des maîtres flamands un traitement renouvelé et plus enlevé de la matière ainsi que de la couleur. Peu à peu, sa palette se rehausse pour donner naissance après 1925 à des œuvres bien plus expressives, abandonnant la rigueur formelle pour plus de sentiment, à l’image de notre Nature morte au violoncelle de 1926, où les couleurs vives s’unissent à une matière épaisse et vivante. L’art d’Emil Filla, comme de ses compatriotes Kubista, Prochaszka ou Capek, imposera le cubisme comme peinture officielle en Tchécoslovaquie à partir de 1918.
Lundi 8 février, Grenoble.
Grenoble Enchères SVV.



 
Chine, Province du Yunnan, Royaume de Dali, XIIe siècle. Statuette de Bouddha en bronze laqué assis, h. 25,5 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €.

 
Sérénité ancestrale
C’est à Clermont-Ferrand qu’il faudra venir tirer ce bouddha chinois de sa méditation. Provenant d’une collection particulière de l’ouest de la France, cette statuette nous fait remonter le temps jusqu’à l’époque médiévale chinoise. Sa patine séculaire et sa sensibilité délicate ne manqueront pas d’intriguer les collectionneurs, toujours avides de pièces aussi anciennes. Son bienveillant visage large, sa protubérance crânienne «ushnisha» agrémentée d’un ornement semi-circulaire, le plissé fluide de sa longue robe et l’absence de socle sont caractéristiques des effigies bouddhiques du fervent royaume de Dali (937-1253), situé à la croisée des routes commerciales de la province du Yunnan, proche de la frontière birmane. À ce titre, on dénote ici, dans les traits de l’Éveillé une parenté avec les représentations de l’Inde et du Sud-Est asiatique, ce qui permet d’écarter une attribution à la dynastie Liao, dont l’empire s’étendait sur les steppes mongoles et le nord de la Chine, et dont les arts étaient bien souvent similaires à ceux du royaume de Dali. Autre atout et non des moindres, sa taille de 25,5 centimètres, alors que la plupart des exemples répertoriés n’en mesurent qu’une dizaine. Les figures les plus souvent représentées étant par ailleurs des avalokiteshvara plutôt que des bouddhas comme le nôtre. Comme ses contemporains, notre bronze laqué s’inspire des sculptures de l’époque Tang (618-907). Assis en position padmasana, il présente ses mains en dhyanamudra. Il est vêtu d’une longue robe drapant le corps et l’épaule gauche, laissant une partie de la poitrine dénudée. Le visage serein et légèrement souriant, ainsi que les yeux mi-clos, le représentent en pleine méditation, à l’image des pieux souverains bouddhistes de Dali au XIIe siècle.
Samedi 13 février, Clermont-Ferrand.
Anaf - Jalenques - Martinon - Vassy SVV. M. Delalande.
Jean-Louis Demarne (1752-1829), Soleil couchant, vue sur la Suisse, toile, 86 x 129 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €.
flamand romantique
Un peintre difficile à suivre… Jean-Louis Demarne n’est pas exactement celui que l’on croit. Son père, Jean-Joseph, est officier au service de l’empereur d’Autriche lorsqu’il rencontre sa mère, Anne-Ernestine-Christine, née baronne de Ausechutz. Par la suite, la famille voyagera au gré de ses changements d’affectation. C’est donc de manière fortuite que Jean-Louis naît à Bruxelles puis passe son enfance à Paris. Il débute ses études d’art en France. Tout d’abord tenté par la peinture d’histoire, il est l’élève d’un spécialiste, Gabriel Biard. Il échoue à l’Académie puis est reçu comme «peintre d’animaux» en 1783. Ce sont finalement les scènes de genre qui occuperont l’essentiel de sa carrière. Ces peintures, alors à la mode, lui permettront d’aborder également l’exercice du paysage, qu’il aime beaucoup. Accompagné de son acolyte Nicolas-Antoine Taunay, il part en voyage en Suisse juste après son admission à l’Académie, attiré par les verts pâturages. Un séjour dont il rapporte plusieurs œuvres telle la nôtre, décrivant une charmante scène autour d’un puits, mêlant animaux et paysans, le tout baigné d’une belle lumière de soleil couchant. Un détail qui ajoute à la complexité de Demarne, artiste à la frontière des genres et des styles. Ainsi, si les peintres hollandais tels Paulus Potter (spécialiste du paysage comme des peintures animalières, notamment des vaches) ou Adriaen Van de Velde l’ont inspiré pour ses thématiques, il s’en détache par sa technique plus ancrée dans cette fin de XVIIIe, siècle, puis dans le début du XIXe qui voit la naissance du romantisme. Notre œuvre se distinguera de plus par son grand format, inhabituel chez Demarne, mais aussi par son histoire. Nous savons en effet qu’elle était passée aux enchères en 1794, lors de la «vente citoyen Godefroy», avant de partir dans la collection d’un dénommé Constantin…
Dimanche 7 février, Lyon.
Conan Hôtel d’Ainay SVV. Cabinet Turquin.

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