La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Georges Jacob (1739-1814), vers 1800, suite de quatre tabourets de forme curule en acajou et placage d’acajou, le piétement se terminant par des têtes d’oie.
Estimation : 20 000/25 000 €.

 



À la une
Symbole du pouvoir sous l’Antiquité, le siège curule était utilisé par les magistrats rendant la justice, les sénateurs et les empereurs… Lors de leurs funérailles, on posait leur effigie sur cette assise à l’élégant piétement en «X», sans dossier ni accotoirs. Des siècles plus tard, des exemples découverts à Pompéi lancèrent la mode dite «à l’étrusque», adoptée par Georges Jacob dès la fin du XVIIIe. Ce menuisier, ami de David, traverse sans trop d’encombres la période révolutionnaire.
Sur des dessins réalisés par le peintre et deux architectes rentrés de Rome, Percier et Fontaine, il conçoit un mobilier élégant, inspiré de l’antique, souvent en acajou, dont le bois foncé peut évoquer le bronze patiné. Un jeune général et son épouse lui commandent des meubles pour leur résidence parisienne et, à partir de 1799, pour la Malmaison. Ce couple, Napoléon Bonaparte et Marie-Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, veuve d’Alexandre de Beauharnais – devenue «Joséphine» grâce à Bonaparte qui féminise son deuxième prénom –, s’adresse à la maison Jacob Frères, dirigée par les deux fils de Georges, toujours très présent. Dès 1797, une première commande «de ce qu’il y avait de mieux» est passée pour la rue Chantereine. Tout naturellement, les Jacob seront également appelés pour décorer et meubler la Malmaison. Joséphine, avec un goût très sûr, choisit un mobilier simple mais raffiné, comme il sied à une demeure campagnarde. Des pièces plus riches seront destinées aux grands salons et bureaux de son époux, la Malmaison faisant office, avec les Tuileries, de siège du pouvoir sous le Consulat. Cette suite de quatre tabourets de forme curule faisait partie d’un mobilier comprenant aussi quatre fauteuils et six chaises réalisés pour Bourrienne aux Tuileries. Ils portent des étiquettes manuscrites, «Cn Bonaparte» pour trois d’entre eux et «Malmaison» pour le quatrième. Ce modèle, aux pieds terminés par des têtes d’oie, se retrouve dans le mémoire réalisé par Georges Jacob pour le conseil des Cinq-Cents (palais Bourbon). On peut penser que ces sièges furent choisis par Joséphine pour orner son château. Dans l’Inventaire après décès de l’impératrice Joséphine à Malmaison (publié en 1964), dressé début juin 1814 par Me André-Claude Noël, on note plusieurs séries de tabourets de ce type en acajou, sans autre description plus précise. Cette suite figurait-elle dans ce document qui, dans l’énumération du moindre objet, du plus simple au plus précieux, restituait le charme de la demeure tant aimée de l’Impératrice ?
Lundi 17 novembre, salle 1, Drouot-Richelieu.
Rieunier & Associés SVV. M. J. Rieunier.
Camille Claudel (1864-1943), L’Aurore, vers 1898-1900(?), marbre, 35 x 29 x 30 cm.
Estimation : 2/2,5 M€.
Rupture et renaissance
Les années 1890 marquent un tournant dans la vie de Camille Claudel ; ses relations avec Auguste Rodin deviennent de plus en plus tendues, la jalousie se mêle au ressentiment de ne pas être reconnue par son maître et amant en tant qu’artiste. En 1890, il aurait loué le château de l’Islette, près d’Azay-le-Rideau, pour abriter la grossesse de Camille, qui y reviendra quelques étés de suite. La fille de la propriétaire, Marguerite Courcelles, pose pour le buste connu sous le nom de La Petite Châtelaine, exposé à La Libre esthétique à Bruxelles en 1894 et à la Société nationale, à Paris, l’année suivante. La rupture définitive a lieu en 1898. Camille s’installe au 19, quai Bourbon, et trouve une liberté de style. Malgré l’appui de critiques tels Octave Mirbeau, Mathias Morhardt ou Louis Vauxcelles, et du fondeur Eugène Blot – qui lui organise deux grandes expositions –, elle poursuit son œuvre dans une grande solitude et détresse psychologique. La filiation entre La Petite Châtelaine et L’Aurore est indéniable : on reconnaît la petite Marguerite, son opulente chevelure. Ce buste ne figurant pas dans l’article très complet de Mathias Morhardt publié en 1898, Camille Claudel l’aurait entrepris peu après. Eugène Blot affirme, en 1935 dans une lettre à ce dernier, avoir acheté «le plâtre d’Aurore à la vente du peintre Thaulow qui admirait beaucoup Claudel». Rompant avec l’expressionnisme de son maître, l’artiste s’attache à des formes plus suaves. Les yeux sont devenus souriants, les cheveux désormais traités avec virtuosité ; leur mouvement dynamise la sculpture, crée ce «déséquilibre» qui la différencie de son maître. «Ce buste se distingue aussi par son style», écrit Isabelle Miller. «Ici le polissage, d’une finesse extrême, produit cet aspect lisse […] qui, par la maîtrise de la réflexion de la lumière, convient particulièrement à une allégorie de l’aurore.» Camille dit à cette époque à son frère Paul : «Tu vois que ce n’est plus du tout du Rodin.»
Lundi 27 octobre, 6, avenue Hoche.
Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV.
François Rabelais, Œuvres (Paris, 1885-1886), deux tomes en un volume sur chine, in-4°, reliure en percaline rouge, 49 planches hors-texte en couleurs, en noir et en camaïeu, nombreuses compositions dans le texte, 10 dessins au crayon et à la plume et 10 aquarelles, par Albert Robida (1848-1926).
Estimation : 5 000/6 000 €.
Fou de dessin
Côté chiffres, Robida impressionne avec ses 60 000 dessins, ses 150 livres illustrés, la soixantaine d’ouvrages dont il est l’auteur et les 70 revues auxquelles il participe en tant que caricaturiste. Prolifique, l’artiste n’en est pas moins extrêmement talentueux, qui parvient à aborder tous les genres, ou presque, avec autant de verve que d’imagination. À croire que la profession de clerc de notaire mène à tout ! Tout au moins au dessin pour notre jeune homme, fraîchement débarqué de Compiègne. À 18 ans, le voici dessinateur de presse au Journal amusant. C’est le début d’une longue carrière de caricaturiste, de chroniqueur humoristique (à partir de 1883 avec un roman d’anticipation, Le Vingtième Siècle) et… prémonitoire. Dans La Guerre au vingtième siècle, parue en 1887, l’artiste met en scène aéronefs de combat, blockhaus roulants et, armes chimiques. En 1916, il est consacré «chroniqueur prophète», lui qui avait déjà publié en 1880 son premier ouvrage pour la jeunesse, suivi du célèbre Voyage de Mr Dumollet. Aux côtés d’Henri Laurens, éditeur de livres d’art, il livre trois pépites, présentes dans la dispersion : L’Ile des Centaures, Les Voyages de Gulliver et Fabliaux et Contes du Moyen Âge, avec leurs nombreux dessins originaux. Passionné par cette époque, d’un point de vue architectural notamment, notre marcheur infatigable croque sur le vif les vieilles pierres des provinces françaises – à commencer par la Normandie et la Bretagne –, déambule dans les anciennes villes d’Espagne, livre quatre volumes de dessins et d’héliogravures sur fond de textes historiques de la série La Vieille France. Autant d’ouvrages, ainsi que d’autres sur Le Vieux Paris, que Michel François, notre collectionneur, conservait dans sa bibliothèque. Aujourd’hui c’est entre 50 et 5 000 € qu’il faut prévoir pour s’offrir les œuvres de ce maître de l’anticipation, inventeur du «téléphonoscope», un écran plat mural diffusant les informations à toute heure du jour et de la nuit, les dernières pièces de théâtre, des cours et des téléconférences !
Mercredi 29 octobre, 11 h 15, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. M. Courvoisier.
Napoléon III. 100 francs or, Paris 1870, or, 32,31 g.
Estimation : 25 000/40 000 €.
Collection Jean-Paul Dixmeras
Chirurgien, ancien chef de chirurgie générale au Centre hospitalier de Fontainebleau, membre du conseil d’administration de Médecins sans frontières, Jean-Paul Dixmeras est aussi un numismate passionné… au point d’avoir réuni quelque deux mille pièces. Cette collection, dispersée sur trois jours, forme un panorama de l’histoire du monnayage depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, incluant par exemple une pièce d’un centime or de 2000, aujourd’hui estimée autour de 80 €. Parmi les exemplaires de l’Empire romain, on retient un miliarense, monnaie d’argent créée par Constantin ; celui-ci a été frappé à Rome de l’effigie de l’empereur Valentinien (4 000 €). Un chapitre important est consacré aux monnaies gauloises, d’une grande diversité.  Ainsi d’une série de potins – du nom du bronze à basse température de fusion, comprenant de 20 à 25 % d’étain – aux avers variés, et d’un grand bronze au nom de Tele(d)hi, frappé vers 40 av. J. -C., montrant sur l’avers un profil schématisé, grand œil de profil et astre, et sur le revers un éléphant devant un serpent, un crocodile tenant un serpent dans sa gueule sous la ligne d’exergue (3 000 €). Pour la période capétienne, signalons un mouton d’or de Jean II le Bon, du 17 janvier 1355, l’un des plus beaux exemplaires connus (5 000 €). Dans une seconde période, le collectionneur se donnera comme objectif de réunir de manière exhaustive les monnaies du franc germinal, principalement en or. «Réunir toutes les monnaies d’or françaises des XIXe et XXe siècles n’est pas chose aisée. Personne ne l’avait tenté», rappelle l’expert Pierre Crinon dans sa préface. Connu à quelques exemplaires seulement, ce 100 francs or frappé à l’effigie de Napoléon III, à Paris en 1870 ; c’est sous son règne qu’apparaissent les pièces de 100 et 50 francs (remplaçant celle de 40, qui disparaît définitivement). Malgré les changements de régime, le franc germinal, ou franc or, connut une grande stabilité et ne sera remplacé qu’en 1928, par le franc Poincaré. Plusieurs dévaluations plus tard, le général de Gaulle adopte en 1960 le franc lourd ou nouveau franc, dont l’histoire sera aussi mouvementée.
Lundi 27, mardi 28 et mercredi 29 octobre, Hôtel Ambassador.
Alde SVV. M. Crinon.
Joseph van Bredael (1688-1739), L’Arbre de mai, huile sur cuivre, 30,5 x 38,8 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €.
Arbres de vie
Fils et frère de peintres, Joseph Van Bredael a partagé sa carrière entre des copies d’œuvres des Bruegel et de Philips Wouwerman, et des peintures de genre ou des paysages animés, notamment pour le duc d’Orléans, à Paris, dont il fut l’un des artistes protégés. Il laisse ainsi de nombreuses représentations d’hommes au travail, de voyageurs sur les chemins des Flandres, de paysans empruntant le bac pour se rendre au marché et autres cavaliers dans des ports. À pied, à cheval, en voiture ou en bateau à voile, Flamands et Brabançons s’adonnent aux activités du commerce, quand ils ne patinent pas sur des lacs gelés ou ne festoient pas dans l’insouciance. Les rondes sont échevelées, les jeux d’enfants espiègles et les roucoulades, pressantes. On fraternise avec ses voisins, on se congratule, bref, on oublie un quotidien souvent difficile… La tradition de l’arbre de mai est un rite de fécondité lié au retour de la frondaison. Si en Bavière la tradition du mât de mai remonte à la nuit des temps et constitue, de nos jours encore, une compétition entre de nombreux villages rivalisant pour dresser le plus haut et surtout le plus bel arbre, à Bruxelles, le Meyboom, planté la veille de la Saint-Laurent (le 9 août), est la plus ancienne tradition de la capitale. Elle date de 1213, année où la ville remporte la victoire sur Louvain, Bruxellois et Louvanistes étant en querelle à propos d’une taxe sur la bière. De nos jours encore, des porteurs d’arbres ou de géants, accompagnés des gardes de ville, parcourent la capitale jusqu’à la rue des Sables, où l’arbre doit être planté avant 17 h. Mais il n’y a pas qu’à Bruxelles que de tels symboles du renouveau sont dressés durant le mois de mai. À Silly, dans la province du Hainaut, le chêne a remplacé le bouleau et le peuplier, mais il est toujours copieusement arrosé de bière ou de genièvre. Enfin, il est proposé aux enchères, au profit de la fête. Un mois plus tard, l’arbre est alors déterré, dans une ambiance plus intime, mais toujours accompagnée de libations…
Jeudi 30 octobre, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Kahn - Dumousset SVV. Cabinet Turquin.


Atelier itinérant, vers 1530-1540. Tapisserie mille-fleurs, travail de basse lice, laine, 225 x 168 cm.
Estimation : 80 000/90 000 €.

Hommage Haute Époque
Le marteau résonnera d’une manière particulière ce mardi, les objets réunis rappelant le souvenir de celui qui a contribué à les rassembler : l’expert en Haute Époque récemment décédé Bruno Perrier, qui œuvrait avec la maison de ventes depuis 2009. Bien que la sélection de 285 numéros fasse défiler les époques, du Moyen Âge au XVIIIe siècle, attardons-nous sur le XVe siècle, qui recèle des pièces particulièrement attendues. Le prestige sera au rendez-vous côté mobilier, avec un dressoir réalisé dans les Flandres. Réservé à une famille puissante, dont il était destiné à exposer la vaisselle précieuse, ce présentoir d’apparat est surmonté par un dais (40 000/60 000 €), couronnement honorifique qui se retrouve sur une chaire française à haut dossier de la fin du siècle. Sculpté de fenestrages et de «plis de serviettes», ce siège provient de l’ancienne collection Georges Mathieu (8 000/9 000 €). Réalisée pour un riche commanditaire, vraisemblablement exécutée par un atelier itinérant vers 1535, une tapisserie impressionnera par sa profusion de fleurs – pavots, marguerites, campanules, œillets, iris, fraisier et chardons –, parmi lesquelles s’ébattent un perroquet et un lapin. Près de 70 000 € devront être déboursés pour ce tissage, à rapprocher des mille-fleurs armoriées de Charles Quint. Plus rare, un panneau de chanvre peint de scènes de la Passion – Le Lavement des pieds, Le Christ au jardin des Oliviers et L’Arrestation du Christ –, juxtaposés sur trois panneaux cousus ensemble, devrait attiser la curiosité des spécialistes : de nombreuses zones d’ombre entourent encore l’usage de telles tentures, dont une série est conservée au musée des beaux-arts de Reims. Si notre pièce historiée, mesurant plus de deux mètres de long, est malheureusement tronquée, quelque 17 500 € seront tout de même nécessaires pour se pencher sur son cas.
Mardi 28 octobre, Neuilly-sur-Seine.
Aguttes SVV. Perrier B, Cabinet Dillée : G. Dillée et S.P. Étienne.

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