La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Joseph Bail (1862-1921), Les Blanchisseuses, huile sur toile, 89,5 x 117 cm.
Estimation : 35 000/40 000 €
L’œuvre de Bail, reflet d’un monde déjà perdu
Joseph, fils de Jean-Antoine Bail, peintre intimiste, se nourrit de la tradition. Même s’il fait ses études d’art dans les ateliers de Gérôme et de Carolus-Duran, il reste attiré par les maîtres hollandais des scènes de genre et par l’atmosphère subtile de la peinture de Chardin. Dès ses premiers salons, il reçoit des récompenses, jusqu’à la médaille d’or en 1900 et une médaille d’honneur deux ans plus tard, avec le tableau Les Dentellières. Son oeuvre décline les scènes domestiques, inondées de lumière, brossées de couleurs savamment choisies. Les Blanchisseuses, proposées prochainement, reflètent parfaitement son art qu’admire une société bourgeoise qui y voit non seulement son statut privilégié, mais aussi une image bienveillante de son rôle domestique. La scène se passe à l’office, proche de la cuisine, dont on aperçoit les ustensiles et les cuivres bien polis ; une perspective lumineuse, en réponse aux rayons qui se déversent par la fenêtre, baignant les blanchisseuses occupées à repasser, ravauder et trier le linge d’un blanc étincelant. Cette clarté se pose sur les coiffes de linon, les tabliers, les piles de linge, les doigts tirant l’aiguille, posés sur le fer à repasser. La femme assise à gauche de la composition est prise en contre-jour, soulignant la transparence de son bonnet agrémenté d’un ruban d’un bleu délicat ; perdue dans ses pensées, elle semble absente de la conversation menée par ses compagnes. Elles portent chacune une robe dont les larges manches sont ornées d’une bande noire, tranchant sur le rouge de l’une, le blanc de l’autre, le chamois d’une troisième et le brun-rose orangé de la dernière. L’office est d’une propreté scrupuleuse, aucune poussière ne danse dans l’air. L’armoire où sera rangé le linge de maison est bien close ; une gravure éclaire le mur au-dessus de la cimaise. Tout est calme, approprié, personnes et objets étant à leur place. Joseph Bail est l’un des meilleurs peintres de cette veine traditionnaliste qui se poursuit au milieu des débats sur les couleurs, la peinture de la vie moderne et bientôt, la déformation de la perspective et l’abandon du sujet. Il poursuit, si l’on peut dire, comme Monet les effets changeants de la lumière, mais sur des chaudrons de cuivre dont la surface polie la réfléchit, dans les offices et les cuisines, dans des natures mortes. Sa peinture renvoie aux scènes intimes de l’école hollandaise, comme on peut les voir en ce moment au Louvre dans l’exposition «Vermeer et les maîtres de la peinture de genre». Une peinture pour une société qui, comme elle, va être totalement bouleversée.
Mercredi 7 juin, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV.
Lise Hirtz (1898-1980). Il était une petite pie 7, chansons et 3 chansons pour Hyacinthe, avec 8 dessins
par Joan Miró (1893-1983). Exemplaire de l’édition originale, in-4o ; reliure datée 1982 en demi-box, plats souples en onze lames articulées d’aniégré teinté bordés d’ébène, étiquette de titre incisée sur le premier plat, avec pièce en peau de truie, ébène sculpté en forme de pie, par Jean de Gonet (né en 1950).
Estimation : 5 000/6 000 €
Hommage aux femmes, bibliothèque Jean Bonna
Les femmes ont du talent ; aujourd’hui on le reconnaît, mais à une époque pas si lointaine, elles étaient avant tout considérées comme sujets littéraires ou artistiques, oscillant entre vertu et vice. Dans cette bibliothèque, leurs œuvres ou lettres côtoient celles des plus grands noms de la littérature, des débuts de l’imprimerie au XXe siècle. Il est un genre où elles étaient plus admises, celui de la poésie. Veronica Gambara (1485-1550), reconnue pour ses sonnets, ballades et madrigaux, était proche de Pietro Bembo et même de L’Arétin, avec lequel elle a entretenu une correspondance. Dans une lettre datée du 23 août, attendue autour de 6 000 €, elle montre son talent pour ignorer élégamment un envoi douteux de son correspondant… Quelques siècles plus tard, Lise Hirtz, plus connue sous son nom d’épouse, Deharme, écrit pour son fils Hyacinthe un recueil de chansons, dont les illustrations sont confiées à Joan Miro. Une première pour tous les deux. L’ouvrage est publié par la galerie Jeanne Bucher en 1928, avec le texte reproduit en fac-similé et les gouaches de Miró, exécutées au pochoir de couleur par Jean Saudé. L’album est dédié à Georges Auric, qui composera l’année suivante la musique sur Cinq chansons de Lise Hirtz. L’auteur n’était pas une inconnue : en 1925, lors d’une visite à la centrale surréaliste, André Breton lui demande de laisser son gant de daim bleu pâle ; il est amoureux, elle moins ou pas du tout, mais ils resteront proches. En 1933, elle dirige la rédaction de la revue surréaliste Le Phare de Neuilly, qui publie des textes subversifs pour l’époque et engagés politiquement ; on remarque les noms de Natalie Barney, James Joyce, Jacques Lacan. Elle fera partie du groupe de résistants proche d’Eluard, et, après-guerre, écrit des romans majoritairement érotiques. Pour ce livre, difficile à classer parmi des comptines enfantines, Jean Bonna (voir Événement, Gazette n° 14, page 12) a confié à Jean de Gonet le soin de la reliure ; lui aussi a su
s’affranchir des codes de son art pour en renouveler l’esthétique.
Mercredi 26 avril, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés et Sotheby’s France. MM. Clavreuil, Forgeot.
Jacques Albin Simon Collin de Plancy (1794-1881), Le Diable peint par lui-même, un volume in-8°, 318 pages ; pleine reliure moderne en veau noir.
Estimation : 200/300 €
Que diable allait-il faire dans cette galère ?
Quatre ouvrages de l’auteur figurent au catalogue de la dispersion de la bibliothèque Eric Gruaz. Imprimeur-libraire à Paris, Jacques Albin, Simon Collin de son vrai nom, auquel il ajoute une particule et le nom de son village natal, Plancy dans l’Aube, est aussi l’auteur de nombreux ouvrages, où l’occulte le dispute au fantastique. Libre penseur influencé par Voltaire, très imbu de lui-même, préoccupé par l’argent et par la notoriété, il va jusqu’à s’autoproclamer «démonologue» ne croyant ni en Dieu ni au Diable. Jusqu’au jour où, en 1841, touché par la grâce, il rend publique sa conversion, opte pour la foi catholique et condamne tout ce qu’il a écrit contre celle-ci et contre les mœurs ! Paru en 1819, Le Diable peint par lui-même ou Galerie de petits romans, de contes bizarres, d’anecdotes prodigieuses, sur les aventures des démons, des traits qui les caractérisent, leurs bonnes qualités et leurs infortunes… relate l’histoire des démons, les services qu’ils rendent, leurs mésaventures, leurs faiblesses et même leurs amours avec les mortels. Cerise sur le gâteau : un frontispice gravé représente une entrevue de l’auteur avec le diable. De plus, le fer doré d’Eric Gruaz – un animal entre loup et chimère – orne notre exemplaire. Une perle rare, décidément, quand on sait que nombre d’exemplaires furent détruits lors de la conversion de l’auteur et que Victor Hugo, admirateur, gardait un exemplaire du Dictionnaire infernal sous la main pour écrire Notre-Dame de Paris. Paraît-il.
Vendredi 28 avril, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV, De Baecque et Associés OVV. M. Ajasse.
Escalier de Cristal, période Pannier Frères & Cie, seconde partie du XIXe siècle, probablement d’après un modèle d’Édouard Lièvre (1828-1886). Pendule en bronze doré et émail, mouvement Japy Frères, 40 x 24 x 14 cm.
Estimation : 4 000 €
Au luxe parisien, L’Escalier de cristal
En 1802, dans les galeries de Valois, la veuve Desarmaud ouvre un magasin d’objets de décoration, le premier à offrir des créations associant cristal taillé et bronze doré. Un succès. La table de toilette de la duchesse de Berry, conservée au Louvre, témoigne non seulement de la qualité de cette production, mais aussi de l’élégance de l’ensemble. La maison est reprise en 1847 par Lahoche & Boin, puis Lahoche seul en 1852, Lahoche & Pannier cinq ans plus tard et, pour finir, par les frères Pannier, Georges (1844-1944) et Henry (?-1935), de 1890 à 1923. Ces derniers développent la production de meubles, font appel à des artistes tel Émile Gallé, qui leur accorde l’exclusivité de son motif herbier. Ils transfèrent leur magasin en 1872 place de l’Opéra, nouveau quartier à la mode et de galeries. Hommes d’affaires avisés, ils adoptent la vague du japonisme et font fabriquer toute une gamme de meubles et objets japonisants, insistant sur une «exécution parfaite». Les modèles sont déclinés en séries, avec quelques variantes. Comme celui de la pendule au gong, dont un exemplaire est proposé dans cette vacation. Le cadran en forme de gong est suspendu à un torii, ce portail japonais érigé à l’entrée du sanctuaire shintoïste. Le fronton est orné d’une tête d’animal rugissant, les colonnes de céramique sont décorées de motifs de bambous ors sur fond bleu, des chiens de Fo étant placés devant elles. Le cadran est émaillé en or d’échassiers parmi des bambous sur fond turquoise, les heures traduites en caractères de fantaisie sur fond jaune, une frise en zigzags dessinant des éventails ; enfin, les aiguilles en bronze prennent la forme d’un dragon. Le goût change et L’Escalier de Cristal ferme ses portes en 1923, pour aujourd’hui retrouver la faveur des collectionneurs.
Mardi 25 avril, salle 10 -Drouot-Richelieu, à 13 h 30.
Jean-Marc Delvaux OVV. M. Lepic.
Maurice-Quentin de La Tour (1704-1788), Portrait du fermier général Louis-Antoine Mirleau de Neuville (1701-1780) dit autrefois Portrait
du sculpteur René Frémin, pastel, 65 x 53 cm. Cadre d’époque Louis XV.
Estimation : 40 000/60 000 €
Dessins et tableaux du XVIIIe siècle
Dépendant de la succession de Madame de X., quatre œuvres attirent l’attention, nous offrant les diverses facettes de la peinture au siècle des Lumières. L’art du portrait est représenté par un pastel de Maurice-Quentin de La Tour, tout en sensibilité. Pastelliste remarquable, portraitiste parmi les plus grands, l’artiste n’hésite pas à montrer son empathie pour le modèle, même s’il s’agit d’une œuvre de commande. Le modèle, fermier général de son état, était l’un des soixante-cinq fermiers généraux qui contribuèrent à l’édition des Contes et Nouvelles en vers de Jean de La Fontaine (Amsterdam 1762, 2 vol. in-8o). Proche de l’architecte Jean-Charles Garnier d’Isle (1697-1755), administrateur des Bâtiments du roi qui travailla à la création des jardins du château de Bellevue pour Madame de Pompadour, Louis-Antoine Mirleau de Neuville épousa sa fille Adélaïde-Julie (1728-1780) en 1749. Quelques décennies plus tard, le portrait s’anime, pourrait-on dire. Un pastel de John Russell (1745-1806), de 1800, est connu sous le titre L’Enfant aux bulles ou William Russell à l’âge de dix ans. Dans cette reprise d’une œuvre exposée en 1794, le peintre représente son fils s’amusant à lancer des bulles de savon, les cheveux légèrement emmêlés par le vent. Une scène certainement observée maintes fois. Ce pastel est évalué 25 000/35 000 €.
Au cours de ce siècle, le paysage prend de plus en plus d’importance et va bientôt devenir un genre à part entière. Il suffit d’observer les dessins de Fragonard, où il multiplie les études d’arbres, de branches, de vues arborées où l’architecture et la présence humaine sont réduites à servir d’échelle à la grandeur de la nature. En jouant uniquement sur les diverses touches, le peintre donne de la profondeur, du dynamisme au feuillage d’un arbre qui se détache sur fond de sous-bois. Francesco Guardi (1712-1793), son contemporain, opte quant à lui pour des paysages de fantaisie, les «caprices» composés de ruines avec des éléments réels, comme on le voit dans Portique en ruine surmonté d’un tombeau avec promeneurs et enfants près de la lagune, une huile sur panneau estimée autour de 30 000 €. En perspective, seule une voile indique la lagune. Au siècle suivant, des artistes séjournant à Venise s’attacheront à rendre l’atmosphère vaporeuse, scintillante de la cité des Doges.
Mercredi 26 avril, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Kalck et Associés OVV. M. Dubois.

 
Habit officiel de cérémonie du prince Khan Momtaz os-Saltaneh, en drap bleu foncé abondamment brodé de feuillages en passementerie d’or, boutons dorés aux armes de Perse, fin du XIXe-début XXe siècle.
Estimation : 2 000/3 000 €
L’habit fait le diplomate
Une vingtaine de lots quittent la descendance du prince Samad Khan Momtaz os-Saltaneh (1869-1954). Secrétaire de la légation iranienne à Paris en 1883, conseiller d’ambassade à Saint-Pétersbourg (1899-1900), cet aristocrate fils de diplomate est né à Tabriz, au nord-ouest de l’Iran, dans une famille azerbaïdjanaise. Il est présent aux deux conférences de la Paix à La Haye, en 1899 et en 1907, participe à celle de révision de la Convention de Genève, en 1906, après avoir été nommé ministre de Perse en Belgique et en Hollande. Il demeurera ministre extraordinaire et plénipotentiaire à Paris de 1905 à 1926. Élevé au rang de prince avec le titre d’altesse en 1921, Samad Khan Momtaz os-Saltaneh termine sa carrière en France comme conseiller de l’ambassade d’Iran, de 1946 à 1951. Nommé en 1923 membre du Comité international olympique, il restera à ce poste jusqu’en 1927, après le couronnement de Reza Shah Pahlavi. Marié en première noces à une Iranienne, il épouse ensuite une Française, dont il aura deux filles. Cet ensemble comprend des photos, la plupart dédicacées aux conférences de Genève et La Haye, un album de sa carrière à Saint-Pétersbourg, des décorations – ensembles de première classe de l’ordre de Saint-Stanislas (2 500/3 000 €) et de grand-croix de l’ordre du Lion et du Soleil (1 000/1 500 €). Sans oublier cet habit officiel d’ambassadeur perse. Le vêtement, richement brodé, muni de ses épaulettes et de ses écussons, de son ceinturon porte-sabre, arbore les médailles du Congrès de la Paix de 1907 et de la Reconnaissance française et la croix d’officier de l’ordre de la Légion d’honneur. Une paire de gravures aquarellées d’époque 1840, elles aussi en bon état de conservation, complètent l’ensemble. Habillées de leurs cadres en bois doré d’origine, elles mettent en scène, avec un luxe de détails, les fêtes du couronnement de l’empereur Ferdinand Ier d’Autriche, à Milan du 1er au 6 septembre 1838 (1 500/2 500 €). Quel accueil sera réservé à ces souvenirs dans un marché iranien que l’on ne connaît pas bien ? Réponse dans quelques jours.
Jeudi 27 et vendredi 28 avril, salle 1.
Drouot-Richelieu. Maigret (Thierry de) OVV. M. Croissy.
Gustave le Gray (1820-1884), Place de l’Hôtel de Ville avec les arbres, Paris, vers le mois de mars 1859, grande épreuve albuminée, seule connue à ce jour, 38,5 x 48,2 cm.
Estimation : 10 000/12 000 €
Les Pellechet, dynastie d’architectes
Trois générations d’architectes – Auguste (1789-1874), Jules (1829-1903) et Auguste-Raoul (1871-1950) –, ont amassé une documentation impressionnante sur le premier des arts majeurs, l’ornementation, etc. Ils ont aussi conservé les dossiers des concours d’architecture à l’École des beaux-arts, composés de plans, dessins et relevés, mais aussi de très nombreuses photographies. Dans cette famille, on s’intéresse très tôt à ce nouveau médium, que Jules pratique un peu lui-même. Dans une lettre à son frère envoyée le 30 janvier 1857, de Rome, il confie employer la somme de 300 F, envoyée par sa grand-mère, pour «acheter des photographies.» Souvenirs de voyages, répertoires de bâtiments antiques et d’édifices modernes, mais aussi des prises de vue des plus célèbres photographes de l’époque. Gustave Le Gray, Olympe Aguado, Édouard Baldus, Giuseppe Ninci… se sont attachés aux palais florentins et romains, aux châteaux de la Renaissance et, plus rares à l’époque, aux architectures romanes et gothiques. Auguste Pellechet, le père, a beaucoup travaillé à Paris à l’époque du baron Haussmann ; on lui doit notamment le Grand Hôtel du Louvre, en 1855 avec Alfred Armand, Jacques-Ignace Hitorff et Hubert Rohault de Fleury, et la Chambre des notaires (1855-1856). Jules, le fils, travailla également en Angleterre, où il a réalisé les plans du Bowes Museum, à Barnard Castle (comté de Durham), inspiré du palais des Tuileries et des châteaux Renaissance et terminé en 1892, mais aussi en Italie, pays cher à son cœur. En témoignent un ensemble de 60 épreuves des sites de Rome par Giuseppe Ninci, comprenant quelques planches d’auteurs divers pour les sculptures et les fresques : il est aujourd’hui attendu autour de 6 000 €, et les vues de Venise attribuées à Domenico Bresolin, photographe primitif italien œuvrant principalement dans la Sérinissime. L’architecture parisienne figure en bonne place, avec par exemple Place Vendôme vue de sa fenêtre, vers 1855, par Olympe Aguado, une épreuve sur papier salé évaluée 3 000 € environ. Même constat pour les livres, un exemplaire de L’Architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation (Paris, 1804) de Ledoux, prisé 8 000 €, côtoyant Université de Berkeley. Concours Poebe A. Hearst (1 200 €), projet d’Émile Bénard pour ce haut lieu de San Francisco, qui reçut le premier prix…
Lundi 24 avril, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Chayette & Cheval OVV. MM. Courvoisier, Plantureux.
Martin Barré (1924-1993), 66-1-A-183 x 113, 1966, huile et bombe aérosol sur toile, signée, titrée et datée, 183 x 113 cm.
Estimation : 180 000/200 000 €
Le geste dans la peau
L’abstraction a libéré le geste. Faisant table rase des codifications, les artistes d’avant-garde se sont emparés de la toile pour y projeter leurs tracés, leurs couleurs et leurs matériaux. Il n’existe d’ailleurs plus de frontières entre les genres, les «techniques mixtes» laissant libre cours à une créativité débridée et le support de l’œuvre se pliant à toutes les exigences. Simon Hantaï s’y applique au sens littéral avec ses pliages, en témoigne une toile de 1971 de la série des «Aquarelles» (60 000/70 000 €). Désormais, on ose aussi laisser des espaces vierges sur la toile. Le blanc tient un rôle de premier plan dans la construction des œuvres et gagne en matérialité en jouant avec nos perceptions : celles-ci l’associent en tout premier lieu à la lumière, variant selon les angles de vue, mais également à l’air, au silence et à l’espace. Il met en relief les impulsives calligraphies rouges et noires de Georges Mathieu évoquant le Hasard du temps, en 1987 (35 000/40 000 €), et ouvre un vide sidéral à Martin Barré dans cette œuvre de 1966, où le temps semble suspendu. L’artiste va à l’essentiel avec sa bombe aérosol, technique adoptée trois ans plus tôt après avoir observé des graffitis dans le métro parisien. Il fragmente l’espace à la seule force de deux fines diagonales d’un noir mat, employé avec prédilection jusqu’en 1967. Jouant sur la dualité, il dissout les formes dans la lumière, irradiant au-delà du tableau pour l’ouvrir sur l’infini. Hans Hartung fait quant à lui du noir son mode d’expression majeur, comme le montrent ses énergiques bandes verticales mises en valeur par un fond nuancé dans une huile, fusain et pastel sur papier de 1952 (40 000/50 000 €). Si les tonalités sont similaires chez Antoni Tapies, le tracé devient prétexte à mysticisme avec son Crani i fletxes de 1986. Le sable se mêle à la peinture dans cette vanité contemporaine, attendue autour de 350 000 €.
Dimanche 23 avril, Versailles.
Versailles Enchères OVV.

 
Médaille en or du pont Troïtsky à Saint-Pétersbourg, 1903, graveur Anton Fedorovitch Vasioutinski (1858-1935), 176 g, diam. 6,35 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €
France-Russie, d’une rive à l’autre
Feuilleter la Gazette a du bon ! En parcourant ses pages, le propriétaire de cette médaille a reconnu le souvenir historique lui servant de presse-papier sur son bureau, et découvert qu’il avait là un trésor. Similaire à la sienne, une médaille en or commémorant l’édification du pont Troïtsky de Saint-Pétersbourg, en 1903, a en effet été emportée pour 184 212 € à Monte-Carlo, en décembre dernier (voir notre n° 44 de 2016, page 129)… Seulement cinq ou six exemplaires en or auraient été produits – des tirages en bronze et en argent existant par ailleurs –, remis aux plus hautes personnalités ayant apporté leur concours à l’entreprise. Le présent diplomatique de ce dimanche est ainsi parvenu à un descendant du président Félix Faure, qui l’avait reçu pour avoir posé la première pierre du pont avec Nicolas II, en 1897. L’année précédente, le tsar avait lui-même inauguré le pont Alexandre III, enjambant la Seine. Ces manifestations d’amitié représentent la facette culturelle d’une coopération avant tout militaire. L’Alliance franco-russe de 1894 a en effet été conclue pour contrer la politique de l’Allemagne, s’appuyant de son côté sur la Triplice à l’origine de l’axe défensif Berlin-Vienne-Rome. Avant que les tensions ne s’exacerbent et ne conduisent à la Seconde Guerre mondiale, l’heure est encore aux réjouissances. Le Français Paul Bodin a ainsi conçu le pont de la Trinité, lançant six arches métalliques au-dessus de la Neva sur plus de 580 mètres, pour une largeur dépassant 23 m. Sa particularité ? Une travée mobile de 80 m, à deux volées, permettant le passage des navires. De grandes compétences techniques étant requises pour ce pont levant, la Société de construction des Batignolles – intervenant aussi en Italie, en Espagne, en Roumanie, en Algérie, en Tunisie, au Sénégal et en Argentine – est chargée de le réaliser. Elle s’acquitte de sa mission avec brio, livrant l’ouvrage d’art pour le 200e anniversaire de Saint-Pétersbourg.
Dimanche 23 avril, Chatou.
Hôtel des ventes de Chatou - SCP Vincent Dragon. M. Gorokhoff.
Maison Fabergé. Cadre triangulaire en émail guilloché nacré et vermeil, marque Fabergé en cyrillique, dans son écrin d’origine.
Poinçon de l’orfèvre Henrik Wigström - Saint-Pétersbourg 1908-1917, 12 x 10,5 cm.
Estimation : 12 000/15 000 €
L’élégance signée Fabergé
Décorer son salon d’un cadre Fabergé en émail et vermeil tel que celui-ci était une preuve de goût dans la Russie de la fin du XIXe siècle. Cette maison a su mener son navire avec brio sur les flots du renouveau des arts décoratifs. Installée en Russie depuis 1800, la famille protestante, d’origine picarde, ouvre avec succès sa boutique de joaillerie à Saint-Pétersbourg. À partir de 1870, Pierre Karl Fabergé (1846-1920) décide d’en diversifier la production en se lançant dans la mode des petits objets de luxe, parmi lesquels les très célèbres œufs de Pâques, dont le premier fut offert en 1885 par le tsar Alexandre III à son épouse, Maria Fedorovna. S’inspirant des arts décoratifs français du XVIIIe siècle, mais aussi des bijoux antiques conservés au musée de l’Ermitage, Karl donne naissance à toute une gamme d’objets utilitaires comme des pendulettes, des coupe-papiers, des cadres pour photos ou des étuis à cigarettes, mais aussi d’objets de fantaisie, dont l’aristocratie et la bourgeoisie russe deviendront friands. En 1884, la maison Fabergé obtient le «privilège de fournisseur de la Cour» des Romanov. Leur succès dépasse bientôt les frontières de la Russie et s’exporte dans les cours d’Angleterre, de Suède ou de Norvège. L’élégance des formes s’impose en même temps qu’un décor à la fois raffiné et discret. Ainsi, l’or laisse place à l’argent, les pierres précieuses aux semi-précieuses et les fleurs à des décors émaillés ou nacrés, épurés et modernes, à l’image de notre cadre triangulaire en émail guilloché nacré et vermeil, comportant un médaillon entouré de cabochons de grenat et des motifs en applique de nœud enrubannés et soleils ornés de brillants. Un objet de grande qualité signé du célèbre directeur de l’atelier Fabergé à Saint-Pétersbourg entre 1903 et 1918, Henrik Wigström. La photo serait, quant à elle, celle d’un personnage de la famille impériale pour l’instant anonyme…
Samedi 29 avril, Antibes.
Carvajal OVV.
Frans Ykens (1601-1693), Assiette d’huîtres et corbeille de fruits sur une table avec un couteau, toile, 78,5 x 114,5 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €
Pour l’amour de la nature morte
La tradition de la nature morte flamande dans toute sa beauté. Il faut dire que Frans Ykens a de qui tenir : son oncle n’est autre que le grand Osias Beert l’Ancien. C’est d’ailleurs auprès de ce dernier qu’il apprit son métier, avant de voyager, notamment en France, à Aix-en-Provence puis à Marseille, où sa présence est attestée en 1629. De retour à Anvers un an plus tard, il est reçu maître et ouvrira son atelier, dans lequel il formera plusieurs élèves, notamment Guilliam Dandoy. La plupart de ses oeuvres connues, dont certaines sont signées, se rattachent au genre de la nature morte. Fruits, gibier, fleurs et autres accessoires de vaisselle en argent ou verre composent ces peintures, qui se distinguent de celles d’Osias Beert l’Ancien par des éléments plus nombreux et davantage liés entre eux, tout en conservant un esprit d’une grande simplicité. Provenant de l’ancienne collection Reinhold Hostatter, au château Schwallenbach en Autriche, notre tableau de plus d’un mètre de largeur ne manquera pas de plaire aux amateurs du genre, avec ses raisins d’un grand réalisme, ses verres et carafes luxueux, mais aussi ses petits détails à ne pas manquer comme le papillon venant se poser sur le feuillage, les gouttes d’eau sur les plats et l’utilisation d’éléments des plus symboliques comme les huîtres, faisant référence à la féminité et à l’amour.
Dimanche 23 avril, Lille.
Mercier & Cie OVV. M. Millet.
Jules Dupré (1811-1889), Vaches au bord de la rivière, huile sur toile, 82 x 120 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €
Vocation paysagiste
Tout comme certains de ses confrères de l’école de Barbizon, Jules Dupré est méconnu. On oublie souvent tout ce que ces paysagistes ont pu apporter à la peinture, avant même l’émergence des impressionnistes : leur travail en plein air, leur naturalisme forcené, mais aussi leurs sentiments face à cette nature qu’ils vénéraient. Jules Dupré, meilleur ami de Théodore Rousseau jusqu’à une brouille en 1849, sort quelque peu du lot de par son parcours insolite. Celui que Camille Corot surnommait le «Beethoven du paysage» a débuté comme décorateur de porcelaine, avant d’entrer dans l’atelier du paysagiste Jean-Michel Diebolt, qui l’initia à la tradition flamande. L’artiste eut ensuite la chance de rencontrer lord Graves, qui lui permit de découvrir les œuvres de Constable, en Angleterre, en 1831. C’est de sa manière sombre et réaliste, teintée d’un esprit romantique, que naîtront ses premiers succès vers 1835. Au contact de Théodore Rousseau, sa peinture évoluera et se concentrera de manière obsessionnelle sur les paysages et ses motifs, les arbres devenant ses modèles de prédilection. En témoigne notre grande composition, dont une autre version est conservée au musée du Louvre, dans laquelle cet immense chêne vole la vedette aux vaches et à leur berger. Avec ses branches cassées et ses feuilles livrées au vent, il paraît littéralement vivant, jaillissant de la terre et livrant toutes ses subtilités, ses jeux de matière, d’ombres et de lumière.
Samedi 22 avril, Perpignan.
Société de ventes volontaires E. Pujol OVV.
Henri Martin (1860-1943), Les Barques à Collioure au petit matin, huile sur toile, 80 x 100 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €
Henri Martin au soleil de Collioure
Dernier volet de la dispersion d’une importante collection particulière autour du peintre Henri Martin. Dix tableaux de tailles et sujets divers seront proposés à la vente avec, au plus haut, cette vue des Barques à Collioure au petit matin, attendue à 100 000/150 000 €, ou encore deux huiles sur panneau de plus petites dimensions sur le même thème, à 20 000/30 000 € chacune. Plusieurs portraits seront également présents tel un Autoportrait à la barbe blanche, à l’huile sur carton, estimé 10 000/18 000 €, et une Tête de femme rêveuse à même hauteur. Le peintre social qu’était Henri Martin, toujours intéressé par les scènes d’hommes et de femmes au travail, sera illustré au travers du Terrassier à la pelle, prisé 6 000/10 000 €. Des œuvres dans lesquelles on perçoit encore toute la virtuosité de la manière pointilliste de l’artiste. Cette dernière permet de rendre au mieux la nature en perpétuel changement, mais notre peintre n’en oublie pas pour autant d’organiser des compositions les plus rigoureuses possible, presque géométriques, avec l’opposition des lignes des mâts de bateaux, des architectures et de la montagne, offrant une agréable lisibilité à ces œuvres lumineuses et légères. Ainsi, le soleil scintille sur les eaux bleues du port de Collioure et la lumière éclaire le paysage montagneux en arrière-plan ainsi que les bâtiments ocres aux toits rouges. Après Labastide-du-Vert et Saint-Cirq-Lapopie, Collioure a attiré l’œil d’Henri Martin, qui avait commencé à s’intéresser aux ports à la suite de commandes de la Caisse d’épargne de Marseille, en 1904, puis de l’hôtel Terminus des P.L.M. à Lyon. Mais c’est à l’invitation de son ami le peintre Henri Marre qu’il découvrira ce village de pêcheurs des Pyrénées-Orientales. Il y achètera lui-même une maison de vacances en 1923.
Dimanche 23 avril, Le Havre.
Le Havre Enchères OVV. M. Maket.
Giovanni Battista Beinaschi (1636-1688), Le Christ et la femme adultère, toile, 206 x 260 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €
Caravagisme à la napolitaine
En 2014, le musée du Louvre a acquis une œuvre de Giovanni Battista Beinaschi, Le Christ aux outrages. De dimensions un peu inférieures, 120 x 170 cm, cette toile présente la même force expressive et le même dynamisme que notre Christ et la femme adultère, datée tout comme elle de 1680-1688, et dont une version plus précoce est conservée dans une collection particulière de Salerne. De beaux exemples de la peinture baroque italienne du XVIIe siècle, portée à son plus haut degré par l’école napolitaine sous influence du Caravage. Composition centrifuge forçant le spectateur à se concentrer sur l’action présente, clair-obscur ajoutant à la théâtralité et protagonistes à mi-corps nous permettant d’entrer plus directement dans la composition, tout comme les personnages de dos, de chaque côté de la scène… toutes les composantes de la peinture baroque sont présentes. Cette peinture portée par la Contre-Réforme se veut plus expressive et humaine afin de toucher un plus grand nombre de fidèles. Une leçon parfaitement apprise par Beinaschi. Né dans le Piémont, à Fossano, en 1636, il aurait vécu par la suite à Turin avant de devenir apprenti à Rome, dans l’atelier du graveur Pietro del Po. Dans la ville aux sept collines, il est surtout sensible à l’art du Parmesan Giovanni Lanfranco et du Napolitain Mattia Pretti, deux des plus importants représentants du caravagisme dans la Péninsule. Beinaschi collabore avec Giacinto Brandi à l’église San Carlo al Corso puis, en 1664, s’installe à Naples, où il travaillera durant de nombreuses années, notamment à plusieurs fresques d’églises, telles celles de San Nicola alla Dagona et Santa Maria degli Angeli a Pizzofalcone. Après quelques années passées à Rome, il reviendra finir sa vie dans la capitale du royaume de Naples – sous domination espagnole de 1443 à 1707. La publication d’une monographie en 2011 a permis de porter en plein jour le talent de Giovanni Battista Beinaschi.
Dimanche 23 avril, Dax. Landes Enchères OVV.
Cabinet Turquin.
René Lalique (1860-1945), broche pendentif en or jaune et émail en plique-à-jour, perle, chaîne en or jaune d’origine, coffret d’origine en cuir fauve signé «R. Lalique, 20, rue Thérèse, Paris», datée entre 1897 et 1902, 7,6 x 7,3 cm.
Estimation : 20 000/25 000 €
René Lalique, joaillier art nouveau
L’art nouveau a bouleversé toutes les branches des arts décoratifs et en particulier la joaillerie. Une révolution basée sur la redécouverte de techniques comme l’émail en plique-à-jour, la variation des matériaux (de l’or aux perles en passant par le verre) ou encore le naturalisme. René Lalique fut l’un des principaux acteurs de ces transformations. Bien qu’il soit aujourd’hui plus connu pour son travail de verrier, c’est en tant que bijoutier qu’il débuta carrière à l’âge de 16 ans, comme apprenti chez un joaillier parisien, Louis Aucoq. Il œuvrera par la suite en tant que dessinateur pour quelques-uns des plus grands bijoutiers de l’époque comme Cartier et Boucheron. Quelques années plus tard, en 1885, il se lance seul, reprend l’atelier de Jules Destapes et devient l’un des bijoutiers les plus prisés de la scène française. Les commandes affluent, notamment celles de personnalités à l’image de la marquise Arconati-Visconti ou de l’actrice Sarah Bernhardt. En cette fin de XIXe siècle, c’est la vogue du japonisme qui l’influence. Notre pendentif illustre parfaitement ses créations de cette époque. Les références animales et végétales sont caractéristiques de ses productions art nouveau et René Lalique les porte à un niveau non égalé. Pour preuve ce pendentif doté d’un motif de fleur de pavot bleu de l’Himalaya aux pétales émaillés en plique-à- jour bleu-vert d’eau. Cette espèce rarissime à feuilles pointues fut découverte en 1886 au Tibet par le botaniste et missionnaire Pierre Jean Marie Delavay.
Aucun détail n’est oublié : la capsule de la fleur, travaillée en or amati ciselé, laisse s’échapper des étamines émaillées bleu nuancé marine et ciel. La fleur repose sur un décor de forme libre ajouré d’un réseau de branchages vert olive. René Lalique utilisa ce motif de la fleur de pavot en émail bleu et vert dans une broche que l’actrice Sarah Bernhardt porta en 1895 dans sa pièce Izéyl. Un bijou de «star» !
Samedi 29 avril, Saint-Martin-Boulogne.
Enchères Côte d’Opale OVV.

Manufacture de Dihl & Guerhard, tasse et sa sous-tasse en porcelaine de Paris, à l’effigie de la marquise de Rambouillet, provenant du service de l’impératrice Joséphine.
Estimation : 3 000/4 000 €
Cadeau de rupture pour l’impératrice
Joséphine de Beauharnais est une femme de caractère. Au lendemain de son divorce avec l’Empereur, prononcé au début de l’année 1810, elle reçoit un crédit à hauteur de 30 000 F afin de commander un service personnel en porcelaine auprès de Sèvres. Mais la dame décline l’offre de la manufacture impériale pour s’adresser à une autre, parisienne, en plein essor, Dihl & Guerhard. Cette maison a en effet réussi à s’imposer comme l’égale de Sèvres, et même à la dépasser par son organisation et la qualité de ses artisans, selon le rapport de Joseph Léon Jullien en 1798.
Sa fondation remonte à 1781, quand Christophe Dihl, ancien sculpteur, propriétaire de nombreux moules, s’associe aux époux Guérhard, qui apportent pour leur part les 8 000 livres nécessaires au lancement de l’affaire. Après des débuts rue de Bondi, le succès arrive rapidement, grâce aussi à la protection du duc d’Angoulême. Six ans plus tard, trop à l’étroit, l’entreprise doit déménager pour un hôtel rue du Temple. La réussite se confirme : le nombre de ventes augmente et dépasse celui de Sèvres, et les récompenses ne manquent pas, notamment lors de l’Exposition industrielle de 1798. Les plus grands clients défilent, du gouverneur Morris, l’intermédiaire de George Washington, à la duchesse de Bourbon, sans oublier Joséphine de Beauharnais. Cette dernière commande donc, en 1811, un service de «porcelaine riche», dorée et ornementée, comprenant quatre-vingts assiettes à décor, dites «assiettes à tableaux», un surtout, d’autres assiettes et des pièces de forme décorés en or plein. Le tout pour un coût de 46 976 F… largement supérieur donc au crédit ! Les livraisons se terminèrent en 1813. Notre tasse, à l’effigie de la marquise de Rambouillet appartiendrait donc à cet ensemble, comme le confirme la présence de la marque rouge visible sous la sous-tasse, et non au service de son fils Eugène, qui hérita de sa mère du premier service puis en fit réaliser un autre auprès de la même manufacture, mais ne comportant que des assiettes. Le musée de l’Ermitage possède une grande partie du service de Joséphine. La Malmaison détient quelques assiettes, mais aussi une tasse similaire à la nôtre, avec la même anse en forme de cariatide ailée en or, ornée quant à elle du portrait de Joséphine.
Dimanche 23 avril, Gien.
Renard OVV.

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