La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Émile Jourdan (1860-1931), Brigneau, huile sur toile, 46 x 61,5 cm.
Estimation : 45 000/50 000 €.

 
À la une
Vannetais de naissance, Émile Jourdan connaît parfaitement la région, ses ports et son arrière-pays vallonné. Attaché à ses racines bretonnes, il se coiffe du chapeau à guides et arbore fièrement les gilets brodés et colorés. Il est tout de suite remarqué par ses camarades d’atelier lorsqu’il arrive à Paris pour entamer une carrière de peintre. Il s’installe quelque temps dans la capitale, effectue un voyage en Algérie en 1883 et débarque à Pont-Aven, cinq ans plus tard, s’installant à la pension Gloanec. Il ne quittera pratiquement plus ce coin du Finistère, si ce n’est en 1895, lorsqu’il embarque avec le capitaine Canevet pour la Finlande et que leur brick, le Dieudonné, fait naufrage devant Riga. Cultivé, spirituel, charmeur, il se lie d’amitié avec les artistes réunis autour de Paul Gauguin. Son style s’apparente au postimpressionnisme d’un Henry Moret, avec une touche hachurée, auquel il ajoute après le départ de Gauguin la symbolique des couleurs du synthétisme cher au maître. Aisé, soutenu financièrement par ses parents, il mène grand train et dilapide vite le gain de la vente de ses peintures ainsi que son héritage, après le décès de sa mère en 1907. Chargé de famille, ayant eu trois enfants de sa compagne Catherine Guyader, il ne peut subvenir à leurs besoins et entame une vie de vagabond entre Riec-sur-Bélon, Pont-Aven et Moëlan. C’est là, dans le petit port de Brigneau, qu’il séjourne fréquemment entre 1911 et 1920, logeant à l’auberge de la mère Bacon et se liant en particulier avec Pierre Mac Orlan, qui le fait apparaître dans son roman Le Chant de l’équipage. Bordant une rivière longue de 2,5 kilomètres, l’endroit était à l’époque voué à la pêche et à la transformation des sardines, seule activité industrielle, disparue aujourd’hui. Il est situé au fond d’une petite anse et protégé par des collines boisées. C’est cette vue qu’a choisie Jourdan pour cette toile, l’une des nombreuses qu’il a brossées de ce lieu si pittoresque et plus sauvage que Pont-Aven. Pour un tableau, variante de ce thème, conservé au musée de Brest et que l’on peut dater des années 1900, un peu avant celui-ci (probablement peint vers 1910), il a posé son chevalet plus à droite, mais on retrouve les trois maisons perchées sur la colline. Le catalogue d’une rétrospective organisée par le musée de Pont-Aven à l’été 1987 souligne cette habitude du peintre : «Il montre une prédilection pour certains thèmes qu’il retravaille indéfiniment avec des variantes, non par facilité mais par fascination, jusqu’à ce qu’il ait épuisé le motif, parfois à des années d’intervalle».
Samedi 18 juillet, Brest.
Thierry - Lannon & Associés SVV.
Auguste Rodin (1840-1917), Le Baiser, quatrième réduction, dit aussi « petit modèle », épreuve en bronze à patine brune nuancée de vert, fonte de Ferdinand Barbedienne de juillet 1914, inscription à l’encre « 86374 », 25,2 x 16,1 x 17,4 cm.
Estimation : 150 000/200 000 €.
Amours interdites
S’il est une œuvre d’Auguste Rodin plus que toute autre emblématique, c’est bien Le Baiser. Conçu vers 1882 dans sa taille originale, le groupe est édité ensuite – de 1898 à 1904 –  en quatre réductions qui témoignent de son succès et de sa postérité. Voire de la fascination qu’il exerça, notamment sur un certain Alfred Hitchcock ! Nos amants célèbres n’étaient pourtant pas destinés à constituer une œuvre indépendante, mais devaient occuper le centre du vantail gauche de La Porte de l’Enfer. L’état de pur bonheur de nos jeunes gens, représentés au moment où ils prennent conscience de leurs sentiments, contrariait toutefois le tragique de cette composition monumentale, commandée en 1879 au sculpteur par le secrétaire d’État aux Beaux-Arts pour la porte d’entrée du musée des Arts décoratifs. Visibles dans la troisième maquette de La Porte, comme le rapportent Octave Mirbeau dans La France en 1885 et Félicien Champsaur, l’année suivante dans Le Figaro, nos amoureux sont retirés peu après. On les retrouve bientôt exposés à Paris, puis à Bruxelles, sous le titre de Baiser. Nos tourtereaux sont alors remplacés dans La Porte par un nouveau groupe, plus proche du texte de Dante : des enfants accrochés l’un à l’autre, terrifiés face à leur destin. Au Ve chant de L’Enfer, Virgile et Dante rencontrent, dans le deuxième cercle du monde infernal dans lequel ils errent, Paolo et Francesca, personnages qui vécurent effectivement, au Moyen Âge, en Italie. La jeune femme, fille de Guido da Polenta, a été mariée à Giancotto Malatesta, seigneur de Rimini. En son absence, celui-ci la confie à son frère, le jeune et beau Paolo. Épris l’un de l’autre, ils échangent un premier baiser, mais sont surpris par Giancotto, qui les poignarde : «Amour nous a conduits à une mort unique», fait dire Dante à leurs ombres. Leitmotiv du XIXe siècle, ce thème de l’amour interdit et de la damnation éternelle ne cessera d’inspirer de nombreux artistes, parmi lesquels Ingres, Delacroix ou Cabanel. Et de fasciner les amateurs…
Vendredi 10 juillet, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Kahn - Dumousset SVV. M. Chanoit.
Andrea Appiani (1754-1817), Portrait de Napoléon Bonaparte de profil, pierre noire et rehauts de blanc sur papier beige, signé « A Appiani », dédicacé « Dal vero / a SE La Comtesse Hartig / Marchessa J De… », 20,5 x 18 cm. Estimation : 10 000/15 000 €.
L’Empire, guerres et paix
Alors que la stratégie militaire a récemment occupé le devant de la scène à l’occasion de commémorations historiques, les autographes et les manuscrits, ouvrant comme il se doit cette vacation dédiée à l’Empire, illustreront pas à pas la campagne de Russie. Les historiens auront ainsi pour guide le futur maréchal Castellane, alors aide de camp de Napoléon Ier, dont la correspondance adressée à ses parents sera proposée autour de 45 000 €. Le portrait de l’Empereur convie les passionnés au second volet de la journée. Les épreuves du pouvoir n’ont pas encore laissé leur empreinte sur ce juvénile et énergique profil croqué par le Milanais Andrea Appiani, probablement vers 1804, quand Bonaparte n’est encore que Premier consul (voir photo). Des souvenirs des proches de l’homme d’État seront naturellement au rendez-vous, à l’image d’un Buste d’Élisa Bonaparte, sœur de Napoléon Ier attribué à Lorenzo Bartolini. Ce portrait officiel en marbre de Carrare permet d’apprécier la mode du temps, baignant dans une élégante sobriété néoclassique (6 000/8 000 €). Mobilier et objets d’art évoqueront eux aussi le goût pour l’Antiquité, revisitée depuis les dernières années de l’Ancien Régime. Pierre-Philipe Thomire, ayant exercé son talent au service de Napoléon comme des Bourbon, en sera le brillant ambassadeur avec une paire de vases sur piédouche en bronze doré à deux patines, ornés de putti musiciens sur leur panse (15 000/20 000 €). Toujours historique, mais en marge de l’Empire, la porcelaine se fera remarquer avec une paire de vases «étrusques carafes» de Sèvres (80 000/
90 000 €). Façonnés en 1844, pendant la monarchie de Juillet, ils arborent les portraits en médaillon de Louis-Philippe et de la reine Marie-Amélie, signés Moriot, d’après Winterhalter. Ces miniatures se détachent sur un fond bleu rehaussé de motifs d’or et d’argent.
Dimanche 5 juillet, Fontainebleau.
Osenat SVV. Mmes Lamort, de La Chevardière, Finaz de Villaine, MM. Nicolas, Dey, de L’Espée R., Millet, de Bayser, Cabinet Turquin.
Louis-Henri Nicot (1878-1944), Bigoudène à la coiffe, buste en grès de Kersanton sculpté en taille directe, signé et daté 1934, h. 71 cm.
Estimation : 3 000/5 000 €.
Visage de la Bretagne
Simplement connu, par une illustration dans l’ouvrage Louis-Henri Nicot, sculpteur breton, édité en 2005 par le musée de la Faïence de Quimper, cette Bigoudène à la coiffe s’impose comme une œuvre emblématique du travail de Louis-Henri Nicot. Cette commande spéciale passée directement à l’artiste, en 1934, par une importante famille de la région a toujours été conservée par celle-ci. Elle démontre également tout le talent de Nicot, capable de sculpter en taille directe, dans du grès de Kersanton, un portrait si délicat et précis… une véritable dentelle ! La pierre de Kersanton est une roche magmatique proche du granite, que l’on ne trouve que dans ce hameau, près de Brest, idéale pour la sculpture et résistante aux intempéries. Les années 1930 verront l’apogée de la carrière de cet artiste protéiforme, emblématique du renouveau des arts bretons. Nicot s’est formé aux beaux-arts de Rennes avant d’achever ses études à Paris auprès de Falguière et de Mercier. À partir de 1906, il participe aux salons parisiens, des indépendants et des artistes français. Puis, en 1922, il devient membre sociétaire du Salon d’automne. Parmi ses réalisations pour des commandes publiques, citons le décor du palais de justice de Reims, de nombreux monuments aux morts, dont celui de l’armée du Rhin, à Mayence, celui de Guéméné-Penfao, ou encore La Fille au lévrier du jardin du Luxembourg. Nombre de ses petites sculptures ont été éditées en faïence par la manufacture de Jules Henriot, telles ses célèbres Commères. Nicot, artiste complet, permit à la Bretagne de s’offrir un écatant renouveau artistique.
Dimanche 5 juillet, Brest.
Adjug’Art SVV. M. Levasseur.
Cambodge, Site du Baphuon, XIe siècle. Vishnou en pierre de grès gris, h. 127,5 cm (test du laboratoire MNSAP de Bordeaux confirmant la datation).
Estimation : 30 000/35 000 €.
Vishnou du Baphuon
Le temple du Baphuon est l'un des plus célèbres du site cambodgien d’Angkor. Ces dernières années, il a fait l’objet de toutes les attentions. Sa pérennité même était en danger ! Cette majestueuse pyramide de trois gradins, élevée au XIe siècle sur 35 mètres de hauteur, a depuis toujours montré quelques signes de faiblesse au niveau de sa base, posée sur une montagne artificielle attaquée constamment par les eaux. À tel point qu’elle fut abandonnée puis ensevelie… Dans les années 1960, on décida de démonter le temple et de le reconstruire pierre par pierre, soit 300 000 blocs de grès ! Un vaste chantier terminé il y a peu, qui remet en lumière la civilisation khmère. Cette dernière connut son apogée entre le IXe et le XIIIe siècle, notamment avec la construction du site d’Angkor, lequel paradoxalement, la poussa à sa perte. Ce projet excessivement ambitieux exigeait en effet des efforts phénoménaux, en termes humains et financiers. Bien qu’une grande partie des Khmers soit déjà bouddhiste au XIe siècle, le site d’Angkor fut dédié à Shiva, le dieu de la mort hindou, source de toute vie, dont l’emblème est le linga, le phallus. Comme en témoigne notre statue, il est associé dans le temple de Baphuon à Vishnou, l’autre divinité de la Trinité hindoue avec Brahma. Préservateur de l’univers, Vishnou complète parfaitement la force de Shiva. Il est identifiable ici à sa coiffure et à ses quatre bras. La première est en effet constituée d’un diadème ceint à l’arrière, entourant un couvre-chignon composé de cercles superposés de pétales ou de feuilles stylisées. Sa barbe et sa moustache sont délicatement ciselées tandis que sa taille est ceinte d’un sampot finement plissé, court, échancré sous l’ombilic et remontant sur les hanches. Une œuvre d’une grande beauté, servie par un superbe modelé et un poli parfait.
Samedi 4 juillet, Saint-Raphaël.
Var-Enchères - Arnaud Yvos SVV. M. Gomez.
Ile-de-France, XIVe siècle. Diptyque en ivoire représentant des scènes de la vie du Christ et de la Passion, traces de polychromie, monture en argent, 11 x 6,3 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €.
Collection Édouard Corroyer
Connaissez-vous Édouard Corroyer ? Ce grand amateur et spécialiste du Moyen Âge naît à Amiens en 1835. Fils de charpentier, il s’engage dans la carrière d’architecte. Élève de Viollet-le-Duc, il participe à de nombreux grands chantiers de l’époque, comme l’hôtel de ville de Roanne et l’église de Vougy, dans la Loire, la restauration de la cathédrale de Soissons ou celle du Mont-Saint-Michel en 1878, auquel il consacre plusieurs études. Il est nommé à l’Académie des beaux-arts en 1896. Parmi ses principaux ouvrages figure en 1891 L’Architecture gothique, publiée à Paris chez Picard et Kaan. Page 161 de celui-ci, l’illustration 110 bis n’est autre que notre diptyque en ivoire, issu d’un travail des ateliers d’Ile-de-France du XIVe siècle, et représentant des scènes de la vie du Christ et de la Passion. Corroyer s’appuie sur cette œuvre pour démontrer le talent des sculpteurs médiévaux, garanti par le système des maîtrises et la nomination d’imagiers de talent, dont la formation était réglementée. On remarque en effet une grande virtuosité dans ces personnages, taillés avec beaucoup de dynamisme dans un relief relativement profond. Une qualité partagée par d’autres pièces de la collection Édouard Corroyer, dispersée lors de cette vente. À noter : une plaque en ivoire représentant la scène de la Crucifixion (2 500/3 000 €) et un triptyque en tilleul, a priori du XVIIe siècle, sur le thème des cinq scènes de la passion du Christ (6 000/8 000 €). On ne quittera pas complètement l’époque médiévale, grâce au thème de la chevalerie, avec un étonnant collier de chien modèle Tournoi, réalisé en pleine période art nouveau par René Lalique en or, métal et émail… à batailler à 10 000/12 000 €, ou plus ?
Samedi 4 juillet, Vannes.
Jack-Philippe Ruellan SVV.
Georges Annenkoff (1889-1974), Collage aux papiers-monnaies, 1923, technique mixte sur carton, signée et datée, 46 x 32 cm.
Estimation : 10 000/15 000 €.
Annenkoff à la colle
Les peintres russes ouvriront avec virtuosité cette vente cannoise. À leur tête, Annenkoff et un Collage aux papiers-monnaies de 1923, issue d’une période majeure de sa création. Entre 1917 et 1923, en effet, il réalise environ vingt-cinq œuvres de ce type, très appréciées des collectionneurs, à l’image du Collage à la cathédrale d’Amiens de 1919, aujourd’hui conservé dans la collection Thyssen Bornemisza, et du Relief-collage, de 1919 également, garnissant les collections du MoMA à New York. Ce travail influencé par le dadaïsme précède de peu son départ définitif pour la France, en 1924. Un moment délicat dans la vie de Youri Pavlovitch Annenkoff, né en 1889 à Petropavlovsk-Kamchatski, dans une grande famille russe. Après l’exil en Sibérie de son père, Pavel, révolutionnaire, la famille s’installe en 1892 à Saint-Pétersbourg, où Youri suivra  les cours à l’université mais aussi dans l’atelier de Saveli Zaïdenberg. En 1911, un premier voyage le mène à Paris. Il y passe une année d’études auprès de Maurice Denis et de Félix Vallotton. De retour dans son pays en 1914, après une escale en Suisse, il se rapproche des mouvements d’avant-garde, notamment du groupe d’artistes de l’Union de la jeunesse, à laquelle adhèrent Nikolaï Koulbine et Jean Pougny. En pleine mouvance cubo-futuriste, Annenkoff adopte un style marqué par des compositions et des formes géométriques, dont la figuration n’est que rarement absente. Il publie en 1922 un grand livre intitulé Portraits, qui comprend environ quatre-vingts figures de personnalités russes, parmi lesquelles Gorki, Zamyatin ou Remizov. S’il a travaillé pour le théâtre en Russie, il se lance en France dans le cinéma, notamment dans les années 1930 et 1940, habillant de nombreuses vedettes dont Edwige Feuillère, comme le prouvent deux gouaches sur papier présentées également lors de cette vente avec des estimations de 1 500/2 000 € pièce.
Dimanche 5 juillet, Cannes.
Cannes Enchères SVV. M. Willer.

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