La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Bernard Buffet (1928-1999), La Régate, 1952, huile sur toile, 114 x 146 cm.
Estimation : 150 000/200 000 €
Toutes voiles dehors sur la Croisette
Épreuve de vitesse entre plusieurs bateaux, la régate se déroule sur un parcours délimité par des bouées, qui doivent être contournées dans le sens défini par un comité. Cette compétition est fort ancienne, selon un usage attesté à Venise en 1315, pour les courses de gondoles. Le terme vient du verbe recaptare, c’est-à-dire «rivaliser». Avec l’essor de la navigation de plaisance et du yachting, il s’applique également depuis 1870 à «une course d’embarcation, à la voile ou à l’aviron» – la plus connue étant la Coupe de l’America –, et reconnue comme discipline olympique. Heureusement pour tous les amateurs de voile, il existe des tracés moins compliqués, tel celui dénommé «banane» : une ligne perpendiculaire au vent, et une bouée dans l’axe de celui-ci, que l’on doit contourner en la laissant à bâbord. Les peintres se saisissent très rapidement de ce sujet, impliquant les voiles gonflées par le vent, le scintillement de la lumière sur l’eau, les spectateurs sur la plage… On garde en mémoire les Régates à Sainte-Adresse (1867) de Monet, toile conservée au Metropolitan Museum de New York, et les Régates d’Argenteuil (1876) de Caillebotte, lui-même régatier et dessinateur de voiliers. Maurice Denis, Paul César Helleu, Raoul Dufy se sont également emparés du sujet, ainsi que Bernard Buffet, comme en témoigne ce tableau peint en 1952, tôt dans son œuvre. Il reviendra à ce thème tout au long de sa vie ; on peut citer notamment les expositions «Bateaux» en 1973 et «Régates» en 1997, à la galerie Maurice Garnier. L’artiste le traite de plusieurs manières, en peinture, mais aussi en gravure comme celle à la pointe-sèche des Régates du 15 août à Saint-Cast, 1962. Depuis 1945, Buffet peint des toiles immédiatement reconnaissables par leur âpreté, soulignée par un graphisme mordant et une économie de couleurs. On le disait misérabiliste, il portait simplement en lui un goût de l’essentiel, une sorte de vide qu’il peuplait d’œuvres sobres, natures mortes, paysages, portraits, et des marines voyant s’étager la mer et le ciel, dans une monochromie sombre. Seul le bleu vient réchauffer cette toile, datée 1952 et bientôt présentée à Cannes. Cette rigueur restera comme une signature pour le peintre. Les couleurs, aussi absolues que les noirs, ocres et verts de ses débuts, apporteront leur violence aux œuvres réalisées dans le Midi ou en Bretagne. La régate est ici le seul sujet, trois bateaux aux voiles sombres, à la fine coque blanche, courant sur la mer grise.
Lundi 15 août, Cannes.
Besch Cannes Auction OVV.
Jean Metzinger (1883-1957), Le Bocal aux poissons rouges, 1926, huile sur toile, signée,  73 x 100 cm.
Estimation : 90 000/120 000 €
L’harmonie selon Metzinger
Jean Metzinger mènera une belle sélection de peintres modernes et contemporains lors de cette vente niçoise. L’artiste, né à Nantes en 1883, proposera trois œuvres qui illustrent les recherches de celui qui fut l’un des principaux acteurs de la révolution cubiste : ce Bocal aux poissons rouges de 1926, attendu à 90 000/120 000 €, le Toit de la maison au champs de choux de 1914-1915, 40 000/50 000 €, et enfin une Composition cubiste à 20 000/30 000 €.  Des trois, la dernière est la plus proche des tout premiers travaux d’un Picasso et d’un Braque. Celle du milieu s’apparente plus à une étude plus cézannienne des volumes et du paysage, et la première, notre nature morte, revient résolument à une composition figurative, tout en conservant des formes géométriques servies par des couleurs franches et une harmonie constructive d’une grande sensibilité. Jean Metzinger est un artiste de son temps. Arrivé à Paris pour des études de médecine, il embrasse finalement la carrière de peintre. Le traitement de la couleur et de la perspective des néo-impressionnistes le séduit, avant qu’il ne découvre les recherches de Picasso et de Braque vers 1910. Mais s’il travaille un temps dans un cubisme «orthodoxe» – il écrit d’ailleurs avec Albert Gleizes un ouvrage sur le thème Du cubisme –, il revient vite à des formes plus idendifiables et à des compositions bien construites. Une production qui se rapproche du cubisme analytique vers 1912-1913. Les thèmes traditionnels conservent sa préférence, à l’image de notre nature morte. Après la guerre et un séjour en Touraine, en compagnie de Gris et Lipschitz, Metzinger abandonne le cubisme en 1921 pour ce qu’il appelle le «réalisme constructif». Il ne choisit pas l’objet pour lui-même, mais plutôt pour son potentiel architectural, sa capacité à s’associer harmonieusement à l’ensemble de la composition. Un pari réussi pour notre Bocal aux poissons rouges d’une poésie évidente.
Dimanche 24 juillet, Nice.
Auction - 4 OVV. M. Cavanna.Dimanche 24 juillet, Nice.

 
Rennes, 1756. Jérôme-Jacques Rébille (1756 - après 1777), nécessaire à condiments en argent et vermeil, deux compartiments amovibles et une pelle à sel en vermeil, l. 9,5 cm, poids : 175 g.
Estimation : 10 000/15 000 €
Noble présentation
Ce nécessaire à condiments, à la fois élégant et simple, prend l’aspect d’un panier de vannerie. Cette forme a été inventée par les orfèvres anglais à la fin du XVIIe siècle pour des usages multiples, notamment comme présentoir à fruits lorsqu’il est de taille plus importante que celui-ci. Très rare, ce type de modèle est d’habitude plutôt recensé dans des réalisations parisiennes signées d’artistes célèbres comme François Joubert, Antoine-Sébastien Durand ou Pierre Germain. Le notre est réalisé en argent, et en vermeil pour les compartiments amovibles et la pelle à sel. L’appellation «condiments» recouvrait le plus souvent le sel et le poivre, tous deux essentiels sur une table au XVIIIe siècle. Cet objet au charme indéfinissable est un témoignage de l’art de vivre sous Louis XV, à un moment où la folie rocaille s’assagit. Les dîners sont moins compassés, les tables dressées de multiples objets en argent, moins somptueuses que sous le Roi-Soleil. La famille Gardin du Boishamon, du Boisdulier et de La Bourdonnaye serait, selon la tradition, originaire d’Angleterre, qu’elle aurait quittée sous le règne d’Henry VIII, et se serait fixée à Rennes. Jean Gardin, banquier dans cette ville, en fut échevin en 1644, receveur des décimes et député aux États de Bretagne en 1663. Son petit-fils, Gilles, directeur des Monnaies de Rennes, est anobli en 1721 par l’acquisition d’une charge de secrétaire du roi en la chancellerie près le Parlement de Bretagne. À son décès, en 1735, la charge passe à son fils Jean-Guy, qui épouse en 1744 Sainte-Marie-Louise du Boispéan (1721-1785) et s’élève en 1752 au statut privilégié de contrôleur général des domaines et bois de Bretagne. Le couple appose, au revers, ses armes d’alliance sur l’argenterie servant à leur table : d’azur à trois gerbes de blé d’or et une couronne de marquis pour Gardin, et écartelé aux un et quatre d’argent, semé de fleurs de lys d’azur, aux deux et trois d’argent fretté de gueules pour Boispéan. À la veille de la naissance de son premier enfant, en 1757, Gardin de Boishamon passe commande de ce nécessaire à condiments. Un beau cadeau pour une descendance assurée !
Lundi 8 août, Morlaix.
Dupont & Associés OVV.
Jacques Majorelle (1886-1962), Les Kasbahs de l’Atlas, dessins et peintures rehaussées de métaux, Paris, sous la direction de Lucien Vogel, chez Jules Meynial, 1930.
Estimation : 10 000/15 000 €
Majorelle au coeur des kasbahs
Jacques Majorelle est tombé amoureux des kasbahs marocaines. Cet ouvrage, considéré comme le plus beau du peintre, en est la preuve. Présenté dans une superbe couverture en tissu décoré «Flammannam» et brodé par Paul Rodier & Cie, il est enfermé dans un emboîtage de l’éditeur en parchemin vert, à rabats de papier métallisé. Tiré à 20 exemplaires hors commerce et 500 numérotés sur papier Auvergne, dont le nôtre, il est illustré de 30 planches gravées dont 21 en quadrichromie rehaussées d’or et d’argent et 9 en offset, sur carton fort avec tranche argentée. Au fil de ces pages, on accompagne l’artiste dans ses déambulations au cœur de l’Atlas. Arrivé à Marrakech en 1917, le fils unique du célèbre ébéniste Louis Majorelle est alors l’invité du général Lyautey. Si ce séjour ne doit durer que le temps de se refaire une santé dans un pays au climat chaud et sec, il va se prolonger bien au-delà. En 1923, Jacques se fait construire la villa Bou Saf Saf, en bordure de la palmeraie de Marrakech, où il s’installera définitivement. Mais le peintre se sent bientôt à l’étroit et décide de parcourir le pays. Sa première destination, en 1921, sera la vallée d’Ounila dans le pays de Glaoua, et notamment la ville d’Animeter (voir page de gauche), qu’il peindra de nombreuses fois dans sa carrière, puis la ville sainte de Moulay Idriss. C’est là que se trouve le tombeau d’Idriss Ier, appelé Moulay Idriss, le fondateur du royaume du Maroc au VIIIe siècle. Situé dans le Moyen-Atlas, sur les flancs de montagnes près des ruines de Volubilis, ce lieu saint pour les musulmans interdit pourtant son entrée aux non-pratiquants. Ainsi Jacques Majorelle n’a-t-il jamais franchi ses portes, pas une fois durant les semaines qu’il a passées dans la région. De ce fait, il l’a dépeinte systématiquement de l’extérieur, dans des endroits surélevés offrant une vue plongeante sur la cité et les toits, mettant ainsi en valeur l’architecture cubiste de ses maisons blanches et ocres. Jusqu’en 1933, l’artiste reviendra régulièrement dans l’Atlas, afin de peindre les kasbahs sous tous leurs aspects, saisons et lumières.
Mercredi 27 juillet, Royan.
Geoffroy - Bequet OVV. Mme Chaton.
Ramiro Arrue (1892-1971), Côté mer ou le Retour de la pêche, huile sur panneau, faisant partie d’une paire, signée, vers 1930, 56 x 90 cm.
Estimation : 40 000/50 000 €
Le pays de Ramiro Arrue
La saison est propice aux peintres basques. Lors de cette vente du mois d’août à Saint-Jean-de-Luz, deux nouvelles peintures de Ramiro Arrue seront révélées : ce Côté mer ou le Retour de pêche et son pendant, Côté terre ou le Bouvier. Elles seront vendues séparément, chacune étant estimée 40 000/50 000 €, mais avec faculté de réunion. Elles ont été acquises vers 1932-1935 directement auprès de l’artiste par la grand-mère de l’actuel propriétaire. Une garantie non négligeable pour tous les amoureux du Pays basque et de ses arts, dont Ramiro Arrue est devenu l’un des porte-drapeaux. Né en 1892 à Bilbao, le jeune homme, d’une grande sensibilité, a perdu sa mère à sa naissance. Mais son père soutiendra sa carrière en vendant toute sa collection de tableaux pour lui payer, à lui et comme ses trois frères, des études artistiques. Ramiro arrive à Paris à 17 ans. Refusant l’enseignement académique des Beaux-Arts, il se tourne vers les cours de la Grande-Chaumière. Il fréquente alors Montparnasse, rencontre Soutine, Picasso et Modigliani, mais aussi Breton et Cocteau. Tout change lorsqu’il découvre le Pays basque français. Décidant de quitter la capitale, il s’y installe en 1915. Malgré des sollicitations de toutes parts, Arrue a fait son choix. Débute pour lui une vie de rêve, qu’il passe à Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, où il a installé son atelier sur la colline de Bordagain. Son frère José vit également dans la région et devient son partenaire de pelote basque. Sans cesse, il parcourt l’arrière-pays, poussant jusque dans le Béarn, l’Ariège et la Navarre du Sud… Ces paysages, ces couleurs mais aussi les habitants lui deviennent indispensables. Il a même le plaisir d’en apprendre enfin la langue, qui lui était interdite à l’école en Espagne, et de créer, avec Veyrin et le commandant Boissel, en 1922, le Musée basque de Bayonne. Son succès est total, malgré son éloignement, puisqu’il reçoit des commandes du monde entier, remporte en 1926 une médaille d’or à l’Exposition internationale des Arts décoratifs de Paris et part en tournée en Amérique du Sud deux ans plus tard avec ses frères. Malgré une période plus difficile après la guerre, Ramiro Arrue revient depuis plusieurs années sur le devant de la scène, grâce à ses œuvres authentiques et directes qui célèbrent une région attachante.
Dimanche 7 août, Saint-Jean-de-Luz.
Côte Basque Enchères Lelièvre - Cabarrouy OVV.
Attribuée à Louis-Auguste-Alfred Beurdeley (1808-1882), paire de candélabres en bronze patiné et doré, XIXe siècle, h. 108 cm.
Estimation : 28 000/30 000 €
Bronzes à la française
Toute la magnificence de l’art des bronziers des XVIIIe et XIXe siècles concentrée dans les 108 cm de hauteur de ces deux pièces ! Bien que les candélabres dotés de plusieurs branches doivent pouvoir être déplacés, ils prennent sous le règne de Louis XVI une ampleur et des dimensions impressionnantes, s’accordant au faste de Versailles et de la cour à la veille de sa chute. Leur production se poursuit largement au cours du XIXe siècle, avec la volonté affirmée de garnir le plus majestueusement possible les cheminées des appartements bourgeois parisiens. Et les bronziers reprennent des motifs néoclassiques, mis à la mode à l’époque Louis XVI, telles ces gracieuses femmes à l’antique en bronze patiné s’opposant à la dorure des bras de lumière et du fût central décorés de roses. Beau mélange de fantaisie et de naturel ! Le socle de forme cylindrique, en marbre noir, est quant à lui orné de palmettes et de guirlandes de fleurs. Louis-Auguste-Alfred Beurdeley, à qui l’on attribue ces candélabres, s’inscrit par ce travail dans la lignée des grands noms du siècle précédent que sont Gouthière ou Thomire. La famille Beurdeley est une importante dynastie de fabricants de meubles du XIXe siècle, particulièrement renommée pour la qualité de ses montures en bronze doré et son choix de matériaux précieux ornant meubles et objets d’art. Leur magasin parisien déménage en 1839 pour le prestigieux pavillon de Hanovre, à l’angle de la rue Louis-le-Grand et du boulevard des Italiens. C’est là que Louis-Auguste-Alfred Beurdeley produira ses plus belles pièces de style Louis XVI, dont peut-être nos candélabres, provenant d’un grand hôtel de maître. Il fournira le Garde-Meuble impérial, et Napoléon III en personne à l’occasion de son mariage. Il participera aux Expositions universelles de Paris en 1855 et 1867, imité de son fil, Alfred-Emmanuel-Louis, en 1878, où il reçoit une médaille d’or. Il ouvrira même une galerie à New York, avant d’être fait chevalier de la Légion d’honneur. La maison fermera ses portes en 1895 et son stock sera dispersé.
Samedi 23 juillet, Chantilly.
Chantilly Oise Enchères OVV.
Louis-Nicolas Philippe Auguste de Forbin (1777-1841), Voyage dans le Levant en 1817 et 1818, Paris, Imprimerie royale, 1819.
Estimation : 18 000/20 000 €
Bibliophiles en voyage
Ce grand rendez-vous estival annuel des bibliophiles fera pour la vingt et unième fois l’événement du côté de Montignac-Lascaux. Pas moins de 1 511 lots de livres, du XVe siècle à nos jours, prendront le chemin des enchères durant ces trois journées. À leur tête, de nombreux ouvrages sur le thème du voyage, à l’image de cet exemplaire en très grand papier vélin in-plano, aux belles planches en couleurs, du comte de Forbin. Direction le Levant au début du XIXe siècle ! Cette rare édition originale, tirée à 325 exemplaires seulement, du Voyage dans le Levant en 1817 et 1818 ne présente pas moins de 80 grandes planches hors texte et 70 lithographies incunables d’une grande qualité, signées Lecomte, Carle Vernet, Horace
Vernet, Isabey, Daguerre ou encore Fragonard. On découvre ainsi des vues et des costumes de Milo, Athènes, Constantinople, Éphèse, Jérusalem, Gaza, le Caire ou Alexandrie. Un voyage pour le moins prolifique pour le tout nouveau directeur général des Musées royaux, Forbin ayant été nommé en 1816, qui décide de parcourir l’Asie Mineure, la Palestine et l’Égypte afin d’étoffer les collections du musée du Louvre. Il est alors accompagné des peintres Pierre Prévost et Léon Matthieu Cochereau, son neveu, mais aussi de l’architecte Jean-Nicolas Huyot. Durant ce périple d’une année, Forbin acquiert pour 28 000 F d’antiquités. Il fait aussi entrer au Louvre La Vénus de Milo en 1820, après avoir acquis des œuvres majeures de David, comme Les Sabines et Léonidas aux Thermopyles en 1819. On continuera notre route avec Demidoff en Russie, en Amérique du Sud avec Rugendas ou en Égypte et en Nubie avec Belzoni, tout en se référant à l’atlas du géographe du XVIIe Sanson. Ce sommaire se poursuivra sur les thèmes des illustrés modernes, signés notamment Barbier, Jouve ou Toulouse-Lautrec, des éditions originales mais aussi des sciences et de la littérature. Un périple illustré au cœur du monde et de ses multiples secrets !
Dimanche 21, Lundi 22 et Mardi 23 août, Montignac-Lascaux.
Galateau Pastaud OVV. Cabinet Poulain.
Georges Valmier (1885-1937), Femme couchée, huile sur toile, 72,8 x 99,1 cm.
Estimation : 280 000/320 000 €

 
Cubisme décoratif
Georges Valmier nous offre sa propre interprétation du cubisme. Mort à seulement 51 ans, le peintre a vécu les plus grands changements stylistiques de la peinture moderne, des prémices influencées par l’œuvre de Paul Cézanne au surgissement de l’abstraction, en passant par la période art déco et bien sûr le cubisme. Une évolution qui s’est faite tout naturellement dès son installation avec sa famille, dans un lieu loin d’être anodin, la butte Montmartre. Formé à la peinture et à la musique dès son enfance, il entre aux Beaux-Arts en 1907, année où il découvre l’art de Cézanne à l’occasion du Salon d’automne. La vie mettra sur son chemin un autre grand artiste, en la personne d’Albert Gleizes, au cours de la Première Guerre mondiale, puis, en 1918, Léonce Rosenberg, qui deviendra son fidèle marchand ainsi qu’un client, puisque Valmier décorera son appartement quelques années plus tard. Dans sa galerie L’Effort moderne, d’où provient notre toile, achetée sur place en 1925 par son premier propriétaire, Rosenberg lui organise une première exposition personnelle en 1921. Les années 1920 constituent d’ailleurs sa plus belle période de production, avec la mise au point d’un «cubisme décoratif» très maîtrisé. Valmier opte pour des sujets comme les natures mortes ou les nus féminins, à l’image de notre Femme couchée, se distinguant au cœur d’une juxtaposition de formes géométriques ornées de motifs élégants, aux couleurs sobres qui se déclinent à partir du vert et du brun. Une grande harmonie se dégage de cette belle composition réalisée en pleine période art déco, durant laquelle Georges Valmier crée également des décors et des costumes pour le théâtre et les ballets, mais aussi des maquettes pour des tissus et des tapis. La décennie suivante sera celle de la maladie, mais elle verra aussi l’adhésion de l’artiste au mouvement abstraction-création et son engagement définitif pour une peinture toujours plus moderne.
Lundi 15 août, Deauville.
Massol OVV.
Commode Transition, XVIIIe siècle, estampillée Léonard Boudin (1735-1807), en placage de bois de rose, de satiné, de bois de tabac et divers bois précieux, riche ornementation de bronzes, poinçon de jurande, 145 x 65 x 89 cm.
Estimation : 70 000/90 000 €
Estampillée Boudin
Les commodes Transition comptent parmi les modèles les plus recherchés des collectionneurs de meubles anciens. Cette époque charnière entre 1760 et 1774 environ, soit les dernières années du règne de Louis XV, voit l’émergence d’une esthétique nouvelle. Le style Transition a été lancé par les tenants d’un retour à l’antique au détriment du style rocaille ayant cours à cette époque. Un mouvement amorcé en Italie avec la redécouverte des sites romains et le lancement de fouilles à Pompéi notamment. Plusieurs artistes et personnalités font le voyage dans la Péninsule, en tête desquels le marquis de Marigny, futur directeur des Bâtiments du roi, accompagné du dessinateur Charles Nicolas Cochin et de l’architecte Jacques Germain Soufflot.
Ces derniers répertorieront les différents motifs et ornements inspirés de l’Antiquité, qui révolutionneront bientôt les arts. Ainsi, peu à peu, les mentalités changent et les ébénistes créent des meubles inédits, à l’image de cette commode à ressaut arrondi, aux lignes alternant la droite et la courbe et à la marqueterie, mais aussi les bronzes, tantôt floraux, tantôt géométriques. À l’arrivée, on obtient une commode originale et inventive, qui ne peut que séduire. Son auteur est l’un des grands noms de l’époque : Léonard Boudin. Reçu maître le 4 mars 1761, il entame sa carrière rue du Faubourg-Saint-Antoine avant de la poursuivre rue Saint-Nicolas et de l’achever rue Traversière. Il travaille, à ses débuts, en association avec le marchand-ébéniste Migeon, dont il suivra l’exemple en devenant lui-même marchand. Ses premières créations sont de style Louis XV, avec de superbes marqueteries florales, mais aussi des décors en vernis à la manière des laques de Chine. Les années 1770 sont ainsi celles de la réussite, marquée par une collaboration importante avec des marchands-tapissiers et des ébénistes de renom comme Gérard Péridiez ou Charles Topino, mais aussi par l’ouverture de son magasin dans le quartier huppé du Palais-Royal. Même si Boudin sous-traite beaucoup à la fin de sa vie, la production portant son estampille conservera la même qualité, à l’image de notre commode, parée de la célèbre marqueterie à la reine aux quadrifeuilles enfermées dans un treillage, qui deviendra l’un des motifs phares de l’époque Louis XVI, largement utilisé par Riesener pour le mobilier de la reine Marie-Antoinette.
Dimanche 24 juillet, Doullens.
Denis Herbette OVV.
Marie Laurencin (1885-1956), Jeune femme aux perles dans la chevelure, huile sur toile, 35 x 27 cm.
Estimation : 35 000/40 000 €
La douceur au féminin par Marie Laurencin
Des couleurs pastel, des lignes épurées d’une douceur unique et une atmosphère délicatement féminine, voici les atouts maîtres de cette toile et du travail de Marie Laurencin. Entre cubisme et art naïf inspirée du Douanier Rousseau, cette dernière a créé une œuvre originale, complètement en décalé par rapport à l’univers artistique de son temps. Femme dans un monde d’hommes, peintre figuratif à l’époque du cubisme, elle utilisait des couleurs tendres et des lignes adoucies en plein mouvement fauve. Bercée dès son enfance par la grande littérature française et par les histoires de reines et de princesses, elle restera en marge de la mode et de toutes les conventions. C’est en 1905 que Marie Laurencin débarque dans l’atelier de Picasso, au Bateau-Lavoir, accompagnéede Georges Braque, rencontré à l’académie privée Humbert. Tous les artistes de Montmartre vont être séduits par cette jeune femme de 20 ans, en premier lieu Guillaume Apollinaire, qui deviendra son compagnon. Deux ans plus tard à peine, en 1907, elle participe déjà au Salon des indépendants. Son art original, mais aussi plein de grâce, inspiré des portraits de la Renaissance italienne, fait l’unanimité. Elle devient une portraitiste de renom, les Picasso, Coco Chanel ou Nicole Groult – la sœur du couturier Paul Poiret fut un temps son amante – passant devant son chevalet. Douée de multiples talents, elle a écrit des poèmes pour Picabia, réalisé des décors pour les Ballets russes et de pièces pour la Comédie-Française. L’illustration occupe également une grande place dans sa création. Elle a ainsi enrichi de ses dessins des livres d’André Gide, Max Jacob ou Lewis Carroll. Poésie et peinture étaient donc intimement liées, tant dans la vie que dans l’œuvre de l’artiste. Tout comme elle, qui voulut être enterrée avec une lettre de son cher Apollinaire, concluons sur les mots du poète : «L’art féminin est fait de bravoure, de courtoisie, d’allégresse. Il danse dans la lumière et s’alanguit dans le souvenir.» 
Lundi 15 août, Cannes.
Besch Auction OVV.

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