La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Jan Bruegel le Jeune (1601-1678), Grand bouquet de fleurs dans un vase de majolique italienne, huile sur toile, 124,7 x 96,8 cm.
Estimation : 300 000/500 000 €

 
Bruegel père et fils, peintres de fleurs
Sur un fond noir lisse, le bouquet de fleurs déploie de magnifiques corolles chatoyantes. Blancs et roses pâles, illuminent une palette de bleu, orange et rouge avec des rehauts de jaune. Pour ajouter à la séduction de cette importante toile – au moins par ses dimensions si ce n’est par sa virtuosité –, Jan Bruegel le Jeune, fils de Jan Bruegel l’Ancien dit de Velours, a choisi de placer la gerbe d’œillets, roses, tulipes et autres iris dans un vase de majolique italienne, orné de scènes mythologiques. Un scarabée chemine lentement sur l’entablement où se fane une branche de jasmin. Ce ne sont pas les éléments essentiels certes, mais leur rôle est capital : évoquer pour le spectateur la brièveté de la vie comme le message subliminal des diverses fleurs. La richesse apportée par l’essor considérable du commerce, du développement des connaissances – notamment botaniques – et la primauté naissante de la science sur l’enseignement religieux heurtent les consciences tant protestantes que catholiques. Ces tableaux décoratifs sont là pour rappeler que dans ce bas monde tout est vanité, «la vanité des vanités» de l’Ecclésiaste. Dans les jardins d’Anvers, Bruges ou Bruxelles, poussent des fleurs exotiques rapportées de lointaines expéditions, fort onéreuses ; ils évoquent cependant une sorte de paradis sur terre, fantasme que Jan Bruegel  transpose merveilleusement en peinture. Bien que fort variées, ces fleurs imitent le déroulement d’une vie humaine, du bourgeon aux pétales qui tombent et aux feuilles qui se flétrissent, en passant par leur sublime floraison. Tout ne pourrait être que plaisirs : l’odorat pour les suaves parfums des roses, des œillets et des jasmins, la vue par les palettes de leurs fleurs et le velouté de leurs pétales. Cette toile, œuvre de Jan Bruegel le Jeune, reprend un thème qui a fait la renommée de son père. Formé par ce dernier – ainsi que son cadet Ambrosius, spécialisé dans le paysage –, il effectue, en compagnie de son ami d’enfance Antoine Van Dyck, un voyage d’étude en Italie, quand son père meurt du choléra en 1625, et le force à retourner à Anvers prendre la tête de l’atelier. Il est admis dans la guilde de Saint-Luc en 1630. Travaillant pour la cour autrichienne de la maison des Habsbourg et la noblesse parisienne, il est appelé à collaborer avec Rubens et Van Balen pour peindre les paysages de leurs tableaux. Ses compositions de fleurs, replacées dans leur contexte, n’ont certainement pas été présentées comme des images fidèles de la réalité. Même le spectateur d’aujourd’hui devine qu’il s’agit de mises en scène. Défiant les lois de leurs éclosions respectives, ces fleurs sont à la fois louange à la beauté de l’univers et à son caractère éphémère, et invitation à une méditation morale.
Mercredi 13 décembre, salle 5-6.
Beaussant - Lefèvre OVV. M. Auguier.
André Lhote (1885-1962), Aux Sablettes ou Toulon, huile sur sa toile d’origine, 73,5 x 92,5 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €
Provenance : collection monsieur W.
Sept œuvres proviennent de l’ancienne collection de monsieur W., formée durant une trentaine d’années et achevée vers 1980. On y trouve deux tableaux de Maurice Utrillo, dont un de ses débuts, Paysage à Montmagny, 1907 (20 000/25 000 €) et une belle toile vers 1922 Jardin des Gobelins, vue de la Bièvre (même estimation), une scène de l’intimité de Maximilien Luce à la touche pointilliste et figurant son fils, Le Bain de Frédéric (80 000/100 000 €), et un Nu à l’éventail, 1947 de Gino Severini, exposé l’année suivante à la Biennale de Venise (60 000/80 000 €). Trois œuvres d’André Lhote les accompagnent : une toile de 1937, Pique-nique à Mirmande (12 000/15 000 €), et – plus importants – un grand Nu assis de 1918 (120 000/150 000 €) ainsi que cette huile sur sa toile d’origine titrée Aux Sablettes ou Toulon. Le premier tableau fut exposé en 1958 lors de la rétrospective consacrée au peintre par le musée d’Art moderne à Paris, le second au Salon d’automne en 1931, à plusieurs reprises aux États-Unis et, de février à avril 1974, au Grand Palais. Ces œuvres illustrent deux aspects différents du travail de l’artiste bordelais. D’un côté, une figure rayonnante, chaleureuse et gaie, dont le corps voluptueux se détache sur un fond de bleus, de verts et de noir. Le modèle représenté est Marguerite, la première épouse du peintre. De l’autre, une toile en revanche très narrative, qui associe figures, lettres et chiffres, publicité, silhouettes de bâtiments et de bateaux comme autant de repères écrits. Ici une femme tenant son enfant dans ses bras, une autre, aux formes robustes, assise près de son compagnon. Mais aussi des marins et un bonhomme, au premier plan, le nez dans son mouchoir, dont on ne sait s’il se mouche ou ricane. L’artiste installé aux Sablettes, à La Seyne-sur-Mer, montre l’arsenal de Toulon. Cette œuvre aux couleurs acidulées, où les hommes semblent réduits à de minces silhouettes vues de dos ou, au mieux, de profil, a appartenu à Simone Lhote, la seconde épouse du peintre, avant de rejoindre en 1973 la collection de monsieur W., dans la famille duquel elle est restée.
Mercredi 22 novembre, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV.
Alberto Savinio (1891-1952), Les Prisonniers, IIe version, 1931, huile sur toile, 46,3 x 55,3 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €
Les plaisirs et les jeux
Vous connaissez Giorgio de Chirico (1888-1978), voici Andrea, son frère cadet, passé à la postérité sous le pseudonyme d’Alberto Savinio pour ne pas nuire à la célébrité de son aîné, inventeur de la peinture métaphysique. Peintre, écrivain admiré notamment de Guillaume Apollinaire, journaliste, auteur de théâtre, critique musical, Savinio est riche de talents, qui lui valent rapidement la reconnaissance de ses pairs et d’être considéré par André Breton comme l’un des précurseurs du surréalisme. Pour l’heure, nous voici dans une chambre à l’espace distordu, devant des jouets amoncelés et colorés semblant doués d’une vie propre, mais enfermés, prisonniers sans échappatoire, hormis une fenêtre ouverte sur un ciel menaçant et une porte sur un noir d’abîme. Une fantaisie et un mystère qui s’exercent jusque dans la signature de l’artiste au centre de la toile, faite d’un assemblage de lettres à la manière d’un jeu d’enfant. Une tout autre forme de mise en scène consiste, pour un architecte, à utiliser des cariatides en guise de pilastres ou de colonnes pour supporter l’entablement de son édifice. Amedeo Modigliani fut séduit par ces figures réelles et irréelles. Celle-ci transmet la stylisation et la simplification des masques de l’art nègre, qu’il a découvert en 1909-1910 avec son ami le docteur Paul Alexandre. Elle est représentée debout, dans une pose souple, le pied droit légèrement décalé appuyé sur la pointe, la tête doucement inclinée, devant une sorte de décor de théâtre composé d’un rideau, de bougeoirs, d’une console. On est loin de la rigidité des atlantes. «Frappé par ses dons d’artiste prodigieux, je le suppliais de ne détruire aucun de ses carnets, aucune de ses études, mettant à sa disposition les faibles ressources dont je pouvais disposer», raconte Paul Alexandre en 1907. Le médecin sera pendant plusieurs années son unique admirateur et son seul acheteur. Sa collection comprenait notamment 375 portraits et cariatides. Le dessin proposé lui a appartenu avant qu’il ne l’offre, le 2 octobre 1965, à son confrère Maurice Camey, éminent urologue, dans la famille duquel il est resté jusqu’à ce jour.
Mercredi 22 novembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Drouot Estimations. Cabinet Chanoit.
Pablo Picasso (1881-1973), Enfant, huile sur toile, 61,5 x 46 cm.
Estimation : 1,2/1,5 M€

© Succession Picasso, 2017

 
Picasso, guerre et paix
Jusqu’au 27 janvier 2018, le musée Picasso présente au sein de l’hôtel Salé les dix chefs-d’œuvre offerts par l’artiste au Musée national d’art moderne pour son inauguration, en 1947. On y trouve L’Atelier de la modiste (1926), La Muse (1935) ou L’Aubade (1942). 1947 est aussi l’année de notre toile. Finies les années sombres de l’immédiat après-guerre, même si cette silhouette que rien ne permet d’identifier apparaît repliée sur elle-même. L’artiste, interdit d’exposition durant le conflit, vivait reclus dans son atelier de la rue des Grands-Augustins. Dès la Libération, tous les journalistes, chroniqueurs et reporters s’occupent de lui. Sa nouvelle conquête s’appelle Françoise. L’art abstrait, jusque-là ignoré ou méprisé, s’impose. La production du printemps 1947 est peu importante en nombre : la fille de la concierge est le prétexte de quelques tableaux, qui se prolongent jusqu’en mai, où Picasso revient au thème de la jeune femme endormie, nue. Notre toile, exécutée le 30 avril de cette année-là, répertoriée dans l’inventaire de la succession du Malaguène, a appartenu à Maya Widmaier-Picasso, fille du peintre et de Marie-Thérèse Walter, célèbre pour avoir été représentée par son père dans de nombreux tableaux entre 1935 et 1944, thème d’une exposition à la Gagosian Gallery, à Paris, jusqu’au 22 décembre (voir Gazette n° 35, page 24). Notre œuvre est attendue au-delà du million d’euros. La deuxième marche du podium pourrait revenir à une toile de 1927 de Vladimir Baranoff-Rossiné (1888-1944), Le Martyre de saint Denis, espérée à 200 000/250 000 € (voir photo ci-contre). Elle a été exposée en 1972-1973 au Musée national d’Art moderne à Paris, lors de la rétrospective consacrée à l’artiste. Né en Ukraine, formé à l’Académie impériale de Saint-Pétersbourg de 1903 à 1907, Baranoff-Rossiné s’installe à Paris en 1910, expose au Salon des indépendants et se tourne vers le cubisme et le futurisme. Revenu en Russie, il s’investit dans le mouvement révolutionnaire. Cet ami de Robert et Sonia Delaunay, dont il partage les expérimentations lumineuses, est aussi l’inventeur d’un piano optophonique, sur lequel la frappe des touches déclenche des mouvements de disques colorés, matérialisant son rêve d’unir sons, formes et couleurs.
Lundi 20 novembre, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Aponem OVV.
Lucio Fontana (1899-1968), Concetto spaziale, attese 65-66 T 5, 1965, peinture à l’eau sur toile, trois fentes, 27 x 35 cm.
Estimation : 700 000/800 000 €

© Fondation Lucio Fontana, Milano / by SIAE / Adagp, Paris, 2017
L’art spatial de Lucio Fontana
Salons d’art contemporain, ventes publiques, qui n’a pas déjà vu ses monochromes fendus à la verticale ou en léger oblique ? Du 24 avril au 24 août 2014, une exposition au musée d’Art moderne de la Ville de Paris rendait hommage à Lucio Fontana, qui, en une décennie, a signé mille cinq cents de ces tableaux. Deux cents œuvres composaient la rétrospective, les plus anciennes des années 1930, la plus riche manifestation hors d’Italie. Né en Argentine dans une famille originaire d’Italie, l’artiste est à Paris en 1935, où il se joint au groupe abstraction-création fondé par Auguste Herbin et Jean Hélion, auquel se sont déjà ralliés Jean Arp, Vassili Kandinsky, Alberto Magnelli et Piet Mondrian. Après un premier Manifesto blanco spatialiste, publié en 1946, Fontana commence à percer des trous dans ses toiles. Nous sommes en 1949. Sa démarche va devenir systématique. Les trous deviennent coupures, stries, hachures, puis fentes à partir de 1958. Il nomme ces derniers Attese, anticipations. «Quand je m’assois devant une de mes fentes, à la contempler j’éprouve soudainement une grande détente de l’esprit, je me sens un homme libéré de l’esclavage de la matière, un homme qui appartient à l’étendue du présent et du futur», explique-t-il. En lacérant son tableau, le peintre invite-t-il le spectateur à plonger son regard à travers la toile ? Fidèle au futurisme italien fasciné par la conquête spatiale, Lucio Fontana est impressionné par la première sortie, le 18 mai 1965, d’un cosmonaute – le soviétique Alexeï Léonov –, hors du vaisseau spatial. Il dessine ce ballet sur la toile avant de la taillader. Notre toile date de cette même année. Reste à savoir si les enchérisseurs garderont les pieds sur terre ou bien seront prêts à toutes les excentricités pour la décrocher. Réponse dans quelques jours.
Mercredi 22 novembre, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Marc-Arthur Kohn OVV.
Jean-Paul Riopelle (1923-2002), Composition, 1964, huile sur toile, 73 x 116 cm.
Estimation : 80 000/120 000 €
La peinture en kaléidoscope
À quoi tiennent les choses… En 1931, Jean-Paul Riopelle a 8 ans et déjà des souvenirs d’activité artistique. «Pour dessiner dehors, je m’étais construit une sorte d’atelier sous une tente, dans la cour de la maison ; j’avais accroché là une ampoule électrique. Il s’est mis à pleuvoir très fort. En touchant l’ampoule, j’ai reçu une formidable décharge, l’électrochoc de l’art quoi ? » Plus de six mille œuvres ont déjà été répertoriées par sa fille Yseult Riopelle, en charge d’un catalogue raisonné comprenant au moins neuf volumes, dans lesquels figurera notre composition. Elle date de 1964. L’artiste canadien, qui a réalisé ses premières toiles abstraites vingt ans plus tôt et vit en France depuis 1948, maîtrise parfaitement son style «mosaïque». C’est à la fin de l’année 1952, en effet, qu’il a commencé à exécuter ces tableaux faits de petites touches densément réparties. Si les aquarelles semblent saupoudrées d’un brouillard de gouttelettes de couleur vive, disposées à l’aide d’une pipette qu’il porte à ses lèvres, les peintures à l’huile, certaines de très grand format, sont réalisées au pinceau ou au couteau pour sculpter les empâtements sur la toile. «Quand je peins je n’hésite pas, et quand j’hésite, je ne peins pas», constate Riopelle, qui depuis 1958 s’est mis à la sculpture. Durant cette année 1964, il va travailler en miroir les deux aspects de sa création. «Jusque-là il y avait les tableaux d’un côté et les sculptures de l’autre. Désormais, elles étaient indissociables», explique le galeriste parisien Jean Fournier. Si ce n’est que les premières sont régulièrement proposées en ventes publiques, non les secondes.
Jeudi 23 novembre, salle 16 - Drouot-Richelieu, à 19 h 15.
Jean-Marc Delvaux OVV.
Sam Szafran (né en 1934), Atelier Bellini, pastel sur papier marouflé sur toile,
­­70 x 51 cm.
Estimation : 80 000/120 000 €
L’atelier, un jardin clos pour Sam Szafran
Plusieurs œuvres sur papier de Sam Szafran figurent dans cette vacation, mais aussi une encre et aquarelle sur soie, Escalier, 54 rue de Seine, dédicacée à ses amis Tamara et Jean-Louis Martinoty (60 000/80 000 €). À leur tête, ce pastel provenant de la collection de son ami, le paysagiste américain Mark Rudkin. Ces deux tableaux illustrent un sujet récurrent dans son œuvre : l’escalier, dont le vide le fascine puisqu’il est sujet au vertige depuis l’enfance. La représentation de ces espaces, dont il déforme les perspectives, serait-elle une forme de thérapie ? Notre pastel est d’autant plus intéressant qu’il associe son thème de prédilection à l’abstraction. L’inanimé s’anime avec ce personnage saisi à mi-corps, donnant l’échelle du tableau et un contrepoids chromatique. Nous sommes ici dans l’atelier Bellini, rue du Faubourg-Saint-Denis, une ancienne synagogue devenue imprimerie où Szafran installe ses chevalets en 1972. Il y décline les motifs de la verrière, les presses, les pierres lithographiques et… les escaliers. L’un à vis, vestige de l’ancien lieu de culte menant à l’atelier, l’autre droit en métal (le nôtre), semblable à une échelle qui conduit à la mezzanine. Il le dessine sous toutes les lumières possibles, de jour comme de nuit, et selon une multitude de points de vue. Il tourne autour à la recherche de cadrages parfois complexes. Peut-être pour les apprivoiser…
Lundi 20 novembre, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV.

 
Essai sur flanc or de l’écu au bandeau, Paris, 1740, tranche lisse, 49,5 g.
Estimation : 40 000/50 000 €
L’écu au bandeau, un essai transformé
Enfin stabilisée en 1726, la monnaie royale française peut produire un nouveau type d’écu. Au revers, un écu de France ovale couronné est accosté de deux branches d’oliviers, à l’avers, deux portraits de Louis XV se succèdent : en 1740-1741, l’écu «au bandeau» montre le roi portant un bandeau dans les cheveux, en 1770-1771, celui «à la vieille tête» présente le buste du roi alors âgé de 60 ans. Notre monnaie est l’un des cinquante exemplaires de l’essai de l’écu au bandeau. Malgré quelques traces de frottage et un léger choc sur le listel, il allie rareté et superbe état de conservation. Le portrait du roi est repris de celui du sculpteur Edme Bouchardon (1698-1762), l’essai étant réalisé par Joseph Charles Roëttiers (1691-1777). Ce fils de médailleur est depuis 1715 graveur général des Monnaies de France. C’est donc en toute logique que notre essai porte son monogramme sur la tranche du cou. En 1974, un exemplaire figurait à l’exposition à la Monnaie de Paris consacrée à «Louis XV, un moment de perfection de l’art français». Le marquis d’Argenson (1694-1757), secrétaire d’État aux Affaires étrangères de 1744 à 1747, surtout connu pour ses travaux littéraires et historiques, était plus réservé quant à la nécessité de ces monnaies : « On a fait frapper à la Monnaie des Écus d’or de la grosseur d’un Écu de six livres et, outre cela, de nouveaux Écus, du même titre et poids que les anciens, mais avec une gravure plus belle que celle de Varin, et sur l’âge que le Roi a actuellement. Mais ces Écus d’or, quelle jactance, quelle vanité pour donner l’air de magnificence asiatique, dans un temps d’une misère sans exemple. »
Lundi 20 novembre, salle 2 - Drouot-Richelieu, 13 h 30.
Muizon - Rieunier OVV. M. Parsy.
Richard Browne (1776-1824), Deux Kangourous, 1819, aquarelle gouachée, 29,5 x 48 cm.
Estimation : 6 000/8 000 €
Voyage autour du monde
Le 19 octobre 1800, les goélettes Le Géographe et Le Naturaliste quittent le port du Havre avec à leur bord deux cents personnes, dont une vingtaine de savants. L’expédition en terres australes durera trois ans. Nos explorateurs aborderont la Nouvelle-Hollande (l’Australie), la Tasmanie, Timor, l’île de France (l’île Maurice), le Cap… Un récit est publié en 1807, puis un atlas d’après les dessins de Charles-Alexandre Lesueur et de Nicolas-Martin Petit, dessinateurs officiels du voyage. En septembre 1817, l’Uranie quitte Toulon cette fois, pour une mission d’exploration commandée par Louis Claude de Saulces de Freycinet. Le Portugal, le Brésil, mais aussi l’Australie, les îles de Guam et Sandwich (Hawaï) et Sidney sont parmi les escales. Le retour en France sera plus douloureux. Après la traversée du Pacifique, le bateau s’échoue en Amérique du Sud, l’équipage naufragé survit pendant deux mois, jusqu’à l’arrivée d’un baleinier américain qui le ramènera à Montevideo. Les hommes rejoindront Cherbourg le 13 octobre 1820. Freycinet publiera son récit cinq ans plus tard. Une vingtaine de dessins et aquarelles, estimés entre 400 et 10 000 € environ, constituent un intéressant témoignage de ces aventures. Notre aquarelle, datée 1819 ainsi que celle figurant Long Jack, guerrier au boomerang (8 000/12 000 €), a dû être acquise lors de l’escale à Sidney. Leur auteur ? Richard Browne, déporté en Australie en 1811, émancipé six ans plus tard. Installé dans la cité côtière, il dessine les aborigènes et la faune locale pour les voyageurs de passage.
Mercredi 22 novembre, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Baron - Ribeyre OVV. MM. de Bayser.
Jean Le Page (1746-1834), époque premier Empire. Pistolet à silex à canons superposés bleuis et dorés, à pans puis ronds, queue de culasse en acier gravé, daté 1807, platines gravées de feuillages et rinceaux, crosse en noyer sculpté, l. 36 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €
Un pistolet impérial de la retraite de Russie
Tout semble indiquer que nous sommes en présence d’une arme ayant appartenu à Napoléon, même si elle ne porte pas le N couronné en or. En premier lieu, la signature de Jean Le Page (1746-1834). Arquebusier et fourbisseur à Paris de 1779 à 1822, il fut l’armurier attitré de Louis XVI, du Premier consul, de l’Empereur et de Louis XVIII. Contrairement à son confrère et concurrent, Nicolas-Noël Boutet (1761-1833), directeur de la manufacture de carabines de Versailles dont les armes furent souvent offertes en cadeau diplomatique, Le Page garda les faveurs du Nouveau Régime sous la Restauration. La qualité du pistolet finement gravé et ciselé est un autre indice de sa provenance. Enfin, la présence de deux inscriptions à la peinture ou à l’encre noire, peu lisibles, l’une au-dessus de la platine droite, «Russie», l’autre à quelques centimètres, «Russie - Traîneau». Nous sommes à un moment très particulier de la vie de Napoléon : quatorze jours et quatorze nuits, il est en traîneau, en berline à patins, puis en voiture sur le chemin de retour de Russie à la France, du 5 au 18 décembre 1812. Avec lui, le général Armand de Caulaincourt, duc de Vicence (1773-1827), grand écuyer dont l’une des fonctions est de s’occuper des armes de l’Empereur. Les deux hommes voyagent en tête-à-tête. L’Empereur est encore plein d’illusions, sur lui-même et sur les hommes… Notre pistolet, qui a fait partie d’une paire, «respire la santé» selon l’expert de la vente, Bernard Croissy. Un doux euphémisme, sachant que ces pistolets à canons superposés, très rares par Le Page, qui en réalisa entre 1805 et 1807, permettaient de tirer deux coups à la suite avant de devoir recharger. Une sécurité non négligeable quand on voyage en traîneau dans l’immense Russie, et un gain de place appréciable avec ce mode de transport. Un pistolet de même modèle, légèrement plus court et un peu moins ouvragé, faisait partie des souvenirs pris par les Prussiens dans la berline de Napoléon à Waterloo. L’histoire ne dit pas si ce 18 juin 1815, dans la morne plaine belge, l’Empereur conservait encore quelque espoir…
Vendredi 24 novembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) OVV. M. Croissy.
Gianni Versace couture, robe Vogue, collection printemps/été 1991, broderie Swarovski.
Estimation : 12 000/14 000 €
La mode flamboyante de Gianni Versace
Vingt ans après la mort de Gianni Versace, assassiné à 50 ans, le 15 juillet 1997, devant sa villa de Miami Beach par un tueur en série, cinq robes des années 1991-1992 portant sa marque font revivre l’âge d’or du couturier. Né à Reggio de Calabre, il s’installe à Milan en 1972, comme styliste indépendant ; six ans plus tard, il crée sa propre maison avec son frère Santo et sa sœur Donatella. Cette dernière a repris le flambeau et a organisé le 22 septembre dernier, durant la fashion week – à Milan, forcément –, un défilé de mannequins vedettes à la mémoire de son frère. Cindy Crawford, Naomi Campbell, Claudia Schiffer, Carla Bruni et Helena Christensen, toutes d’or vêtues, sont apparues sous les acclamations du public. Pantalons aux couleurs vives, robes aux dessins baroques parfois inspirées par le pop art d’Andy Warhol, broderies en strass Swarovski, seins et formes valorisés à outrance, tissus zébrés… Le style flamboyant du couturier tranche avec le minimalisme et les tons neutres d’un Giorgio Armani. Les amateurs des couleurs rouge-sang et jaune doré et de généreux imprimés seront-ils au rendez-vous ? Les cinq robes présentées illustrent à elles seules plusieurs pans du travail de Gianni Versace. Considérant Warhol comme une âme sœur, il a réalisé de multiples créations inspirées de ses œuvres. Comme une robe ornée des visages de Marilyn Monroe et James Dean (32 000/34 000 €) ou cette autre qui rassemble des couvertures de Vogue (voir photo). Un clin d’œil au magazine qui, en 1977, le montrait en famille. Si ses parents, ses frère et sœur arboraient des costumes sombres, lui tenait des chiens noirs menaçant sur le perron d’une somptueuse résidence. Maison, chiens et vêtements avaient été empruntés pour la séance… Quelques années plus tard, il habille la princesse Diana et son meilleur ami s’appelle Elton John. Une robe en cotte de maille (14 000/15 000 €), et un long fourreau en crêpe de soie imprimé façon panthère, rehaussé de motifs marins et de perles imitant le corail (12 000/13 000 €), sont aussi de cette fashion party
Lundi 20 novembre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez. Cabinet Chombert, Sternbach.

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