La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Ivan Constantinovitch Aïvazovski (1817-1900), Massacre des Arméniens dans la mer de Marmara en 1896, 1897, huile sur toile, 39 x 59,5 cm.
Estimation : 200 000/250 000 €
Une sombre page de l’histoire de l’arménie
Maître de la peinture de marines, Ivan Aïvazovski a fait de la tempête le sujet de plus de la moitié des six mille tableaux qu’il a peints. Vagues battant le rivage, bateaux en perdition, marins confrontés aux éléments… Nombreux également sont ses pêcheurs ou ses personnages contemplant la beauté d’un coucher de soleil ou celle d’une nuit de pleine lune. La lumière fut son autre grande préoccupation. Cette toile en est un nouvel exemple, dont le sujet principal n’est pas la mer déchaînée ou apaisée, mais le massacre dont sont victimes des centaines de milliers d’Arméniens – ses compatriotes, l’Arménie en tant que nation n’existant pas de son vivant, mais étant partagée entre l’Empire russe et la Turquie ottomane –, en 1894-1896, sur ordre du sultan Abdul-Hamid II. Des monuments et des centres culturels sont détruits et brûlés. La tragédie atteindra son apogée en 1915. L’artiste, né en Crimée sur les bords de la mer Noire, qui rêve depuis des années de créer «une union» dont feraient partie tous les représentants de la culture arménienne et apporte son aide à nombre de ses compatriotes, ne se remettra jamais de ces événements. «Le massacre inouï des malheureux Arméniens me remplit le cœur d’une douleur profonde», écrit-il au patriarche Mkrtich Khrimian (1820-1907). S’ensuit une série de tableaux, Pogromes arméniens à Trébizonde, Embarquement d’Arméniens sur un bateau…, qu’il expose à Moscou et à Odessa. Une toile sur le même sujet que le nôtre, La Tragédie dans la mer de Marmara (1897) conservée à Beyrouth, montre la violence des persécutions. Dans celle proposée en vente, Aïvazovski la met en scène de façon a priori moins dramatique, sur une mer paisible. Les victimes, jetées à l’eau, n’apparaissent que dans l’ombre, comme si toute l’attention du peintre, et ainsi du spectateur, devait se porter sur la lumière presque irréelle de la lune à travers les nuages…
Brabant, Bruxelles, attribuée à Jan Borman I, vers 1490-1500. Vierge à l’Enfant en pierre calcaire sculptée en ronde bosse, h. 194 cm.
Estimation : 80 000/100 000 €
Plus grand que nature !
Personnalité de l’art brabançon, Jan Borman I, ou Borremans, est inscrit en 1479 à la guilde des tailleurs de pierre, maçons et sculpteurs de Bruxelles, acquérant le droit de bourgeoisie de la ville. Il est alors considéré comme « die beste meester beldsnyderle » (« le meilleur sculpteur en bois ») et ses œuvres trouvent un public non seulement aux anciens Pays-Bas, mais aussi jusqu’au nord du Saint-Empire romain germanique et en Scandinavie. La seule œuvre signée de lui connue est le retable de saint Georges, commande de la guilde des arbalétriers pour leur chapelle de Notre-Dame-hors-les-murs, à Louvain. Ce chef-d’œuvre du gothique tardif, bois naturel exécuté au début des années 1490, est aujourd’hui visible au Musée royal d’art et d’histoire de Bruxelles (musée du Cinquantenaire). Lui sont attribués en revanche le modèle en bois du gisant du mausolée de Marie de Bourgogne, dans l’église Notre-Dame de Bruges (vers 1500), la croix triomphale de la collégiale Saint-Pierre à Louvain et une statuette de Marie-Madeleine en chêne du musée d’Art et d’Histoire de Belgique (Bruxelles), dont les traits du visage rappellent ceux de cette imposante figure de Vierge. En effet remarquable par ses dimensions, elle l’est aussi par le raffinement du travail, sa silhouette longiligne, son élégance vestimentaire comme sa couronne tressée et ses pieds chaussés de socques, l’expression paisible de son visage. L’Enfant, souriant, présente une attitude animée, une jambe fléchie, l’autre allongée, la main droite bénissant. Étonnant, enfin, le complexe drapé où se mêlent plis anguleux, profonds, froissés et en «V» ouvert du milieu au bas du manteau. Malgré quelques traces d’érosion, notre sculpture est proposée en très bon état de conservation. Reste à trouver l’écrin adéquat à cet objet ayant probablement fait partie du décor d’une cathédrale, qui rappelle l’art des peintres Rogier van der Weyden et Dirk Bouts.
Jeudi 1er juin, salle 9 - Drouot-Richelieu, 18 heures.
Pierre Bergé & Associés OVV. Mme Fligny.

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