La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Paris, deuxième tiers du XVIe siècle. Bas-relief en bronze doré figurant le buste de profil gauche de François Ier, 49,2 x 45,2 cm.
Estimation : 100 000/120 000 €
François Ier, monarque moderne
De Marignan à Pavie, pendant dix années, François Ier (1494-1547) s’emploie à remodeler son royaume, taillant sans merci dans les privilèges aristocratiques et ecclésiastiques hérités du Moyen Âge et posant les bases de la France jusqu’à la Révolution : affirmation du pouvoir royal, priorité à la langue française, essor industriel, mécénat culturel et, non des moindres, portrait du souverain comme instrument de diffusion. Même après la défaite infamante de Pavie (24 février 1525), où le roi-chevalier est fait prisonnier et emmené en Espagne – captivité qui ne cesse qu’avec le traité de Madrid un an plus tard –, il poursuit ce projet. À peine libéré, il reprend sa parole et, pour contrer l’hégémonie de Charles Quint sur le continent européen, va rechercher des alliances aussi bien avec le pape, les principautés italiennes et les princes allemands qu’avec Soliman le Magnifique, signant avec lui un accord militaire en 1535. Deux autres offensives – 1536-1538 et 1542-1544 – pour tenter de récupérer le Milanais échouent, balayant son rêve italien… Sauf dans le domaine culturel. François Ier attire à Fontainebleau, et aux autres résidences royales qu’il fait construire, nombre d’artistes de la péninsule, comme Benvenuto Cellini et le grand Léonard. Ses portraits peints montrent un prince imposant, richement vêtu : image humaniste d’un monarque. Pour ses autres effigies, il renoue avec le profil impérial des pièces de monnaie de la Rome antique et l’apparence martiale, revêtu du manteau des généraux romains, le paludamentum, fixé à l’épaule. C’est ainsi qu’une médaille célébrant la victoire de Marignan, attribuée à Matteo del Nassaro et conservée au cabinet des Médailles de la BnF, le représente. Ce bas-relief en bronze proposé prochainement, figurant le roi plus âgé et barbu, lui est également attribué. La qualité du modelage et de la ciselure étant cependant de meilleure qualité, on a songé aussi à Benvenuto Cellini, en France à l’époque où il fut exécuté. Sa partie inférieure arrondie et ses tenons à l’arrière laissent penser qu’il ornait un grand médaillon, fixé vraisemblablement sur un fond en marbre. Peut-être agrémentait-il une entrée ou une cheminée, comme l’indique une note accompagnant le bas-relief en plâtre offert au musée des beaux-arts de Blois par le comte de Lezay-Marnésia, ancien préfet du Loir-et-Cher : «A été moulé sur un bronze qui ornait une cheminée du château de Roujou. Cette cheminée a été vendue il y a quelques années à M. de Reiset.» Gustave de Reiset (1821-1905) était, comme son frère Frédéric – conservateur des dessins et des chalcographies du Louvre –, un collectionneur averti qui n’a cessé d’embellir son château du Breuil-Benoît.
Mercredi 28 juin, salle 2 – Drouot-Richelieu.
Daguerre OVV. Mme Fligny.
Diego Rivera (1886-1957), Portrait de Mme Zetlin, 1916, gouache, 16 x 13 cm . Du livre d’or de Madame Zetlin comprenant douze œuvres sur papier et plusieurs textes de poètes.
Estimation du livre d’or : 120 000/150 000 €
Collection Pierre Ferrand-Eynard
Directeur de sociétés de conseil et de gestion, Pierre Ferrand-Eynard (1932-2017) était un homme discret, qui aimait les belles choses sans trop les dévoile et avait réuni des œuvres d’artistes russes, en particulier ceux du début du XXe siècle, comme Gontcharova, Larionov, Kandinsky… Ce dernier est représenté dans cette session avec un dessin daté 1925, et estimé aujourd’hui autour de 25 000 €.Quand il fournit ce dessin, Kandinsky enseigne au Bauhaus depuis 1922, qui déménagera trois ans plus tard de Weimar à Dessau. Il espérait pouvoir mettre en œuvre son projet utopique de reconstruction d’un monde placé sous le signe du spirituel. En 1933, les nazis ferment l’école, c’est la fin d’une quête qu’il menait depuis la Première Guerre mondiale, lorsque, de retour en Russie, il participait aux expériences du Vkhutemas de Moscou. De jeunes artistes s’enthousiasment alors pour son idée d’un art pur, à la portée de tous. On les retrouve dans le Livre d’or de Maria Smvelowna Zetlin (1882-1976), grande dame ayant accueilli les émigrés russes dans son salon parisien, avenue Henri-Martin. Des écrivains et des artistes, Larionov ou Goncharova pouvaient y croiser Pablo Picasso ou Diego Rivera, alors amant de Marevna. Les Zetlin auront réuni une des plus belles collections d’artistes russes d’avant-garde, une collection offerte en 1959 à Ramat Gan, ville de la banlieue est de Tel-Aviv où le Maria & Mikhail Zetlin Museum of Russian Art a été inauguré en 1996.  Ce livre d’or est comme un condensé de son salon. «Mme S» se plaît à poser pour de nombreux artistes, notamment pour Diego Rivera, un habitué des lieux. Pierre Ferrand-Eynard a toujours été attiré par les œuvres fortes, les personnalités affirmées qui prennent à bras-le-corps les défis esthétiques de leur temps. Un artiste comme Joaquín Torres García porte en lui la synthèse des arts de plusieurs continents. Uruguayen de naissance, élevé à Barcelone, il est attiré par Paris. Il est également séduit par le futurisme, Mondrian et Van Doesburg. Un voyage aux États-Unis, en particulier à New York, le confirme dans sa vision d’une structure de lignes horizontales et verticales et du dynamisme de la couleur. Il développe à son retour à Montevideo, en 1934, un art abstrait figuratif, visible dans ses Dos Figuras constructivas, peinture intégrée par Pierre Ferrand-Eynard dans sa collection majoritairement consacrée aux peintres russes, tel Serge Poliakoff.
Vendredi 30 juin, salle 1 - Drouot-Richelieu, à 16 h.
Baron Ribeyre & Associés. M. Schoeller.

 
Stéphane Mallarmé (1842-1898), «Un coup de dés jamais n’abolira le hasard», épreuves corrigées, Paris, Imprimerie Firmin-Didot, novembre 1897, in-folio ; exemplaire composé de 21 pages, avec trois lithographies d’Odilon Redon (1840-1916), deux lettres du peintre à Mallarmé ; conservé sous étui-chemise de maroquin et daim marron par Pierre-Lucien Martin, 1963.
Estimation : 40 000/60 000 €
Jamais sans la poésie
La troisième vente de la bibliothèque de Pierre Bergé est consacrée en première partie à la musique et en seconde, à la poésie, de la Renaissance au XXe siècle. Les liens entre les deux disciplines restent étroits. Pour preuve, l’exemplaire des Amours de Ronsard, publié en deux volumes, dont le second comprend le fascicule de musique. Ce supplément musical se compose d’une page d’avertissement de l’éditeur, de 58 pages de musique notée et de 3 formant la table des sonnets. Ronsard participe lui-même à ce projet de mise en musique, dont les auteurs sont Clément Janequin, Claude Goudimel, Pierre Certon et Marc-Antoine Muret, un proche du poète, qui lui demande de rédiger un commentaire, celui imprimé dans cette édition. Isabelle His souligne la modernité de cette démarche : «Ainsi codifié par Ronsard pour faciliter sa mise en musique savante, le sonnet devient lyrique, et si l’on prend en compte ces timbres, le nombre de ses poèmes susceptibles d’être chantés en polyphonie avoisine les 350.» Quelques siècles plus tard, les musiciens seront éblouis par la poésie, le rythme du phrasé, l’incandescence des images de la poétique mallarméenne. Elle irrigue encore l’inspiration de compositeurs comme Boulez, Stockhausen et Bussotti. Cependant nul, à notre connaissance, n’a essayé d’ajouter de la musique à celle des vers d’«Un coup de dés jamais n’abolira le hasard». Mallarmé confie dans sa préface : «Dans cette œuvre d’un caractère entièrement nouveau, le poète s’est efforcé de faire de la musique avec les mots.» C’est un hymne à la modernité : l’invention d’une mise en page où le silence des blancs encadre les images nées des mots, un rêve éveillé où le lecteur atteint des cimes, se laisse porter par des évocations, peut-être hermétiques ou ésotériques. De fait, on est confronté à l’essence poétique. Une édition du poème est entreprise à l’été 1897 ; le projet réunit l’éditeur Ambroise Vollard et le peintre Odilon Redon. Mallarmé apporta le manuscrit tel qu’il devait être imprimé à Firmin-Didot, les phrases et les mots ayant une place très précise dans l’espace des doubles-pages : blancs, interlignes, marges, décalages devaient être parfaitement respectés. Une entreprise édifiante à laquelle Redon s’attela avec ardeur : « Je crois, lui écrit-il en 1898, que, pour l’unité, nous pourrions tenter l’impression des lithographies sur papier blanc, c’est-à-dire sur celui du texte, bien que séparément placées ; je me propose de dessiner blond et pâle afin de ne pas contrarier l’effet des caractères, ni leur variété nouvelle.»
Mercredi 28 juin, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés et Sotheby’s France. M.  Scognamillo.
Montand et Signoret, souvenirs d’Autheuil
Autheuil-Authouillet, son église Saint-André, sa mairie, ses coteaux vallonnés et verdoyants de la vallée de l’Eure, ses haras… et son château blanc, ou maison du Val, demeure du couple Simone Signoret et Yves Montand. C’est en 1954 que le chanteur et comédien achète cette propriété, à une dizaine de kilomètres de Gaillon, en Normandie. «Il la contemple souvent. Moi aussi. Parce que aujourd’hui encore, on s’étonne de sa beauté et de ses proportions, on s’étonne surtout qu’elle soit à nous. Les salles pleines du théâtre de l’Étoile et la vente des disques ont permis ce miracle», disait l’actrice de cette propriété, dans laquelle elle est décédée le 30 septembre 1985. Le lieu, authentique et plein de vie, a vu passer les grandes personnalités du moment, de Bernard Blier à Costa-Gavras, Marcel Achard, François Périer, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, ou José Artur. Il a aussi servi de coulisses aux œuvres de l’actrice, oscarisée en 1960, et aux répétitions de l’homme de L’Aveu et La Folie des grandeurs. Simone Signoret, amatrice d’antiquités, en avait assuré la décoration. Aujourd’hui, des souvenirs de cette maison d’Autheuil sont dispersés par la famille, reflet du couple qu’ils ont formé pendant quarante ans. À savoir, des disques de la collection personnelle du chanteur, des scénarios annotés, parmi lesquels Le Salaire de la peur, César et Rosalie ou Les Héros sont fatigués, des lettres, témoignages et télégrammes, des photographies, un long poème autographe de Jacques Prévert de 1953 (300/500 €). Sans oublier quelques tableaux et meubles, la correspondance inédite d’Édith Piaf à l’acteur (15 000/20 000 €), des bijoux (dont une montre-bracelet des années 1930, ornée de diamants de la maison, et un collier de même facture, 8 000/12 000 € chacun). Un lot d’importance, hors collection, accompagne cette dispersion : il s’agit de la vente des droits corporels et incorporels du film La Menace d’Alain Corneau, sorti en 1977.
Bernard II, le plus célèbre de la dynastie Van Risenburgh
Au dos de cette commode est apposée une étiquette «À la descente du Pont-Neuf» ; il s’agit de celle d’Edme Calley, un des plus grands marchands-merciers du début du XVIIIe siècle. Véritable placard publicitaire, elle détaille toutes les marchandises de curiosités et d’ameublement de luxe que l’on pouvait trouver dans cet endroit. Au bas figure la mention «De l’imprimerie de J.B. Lamesle, rue vieille Bouclerie, à la Minerve, 1735». Calley vendit son fonds de commerce et son stock à son neveu par alliance François Darnaud, en octobre 1737. Changeant l’enseigne pour celle plus glorieuse d’Au roy d’Espagne, ce dernier fit imprimer une nouvelle étiquette au texte à peu près aussi long et détaillé. Bernard II Van Risenburgh travaillait surtout pour les marchands-merciers, qui commandait à «Bernard habile artiste» des meubles en laque ou vernis européen, en marqueterie et plaques de porcelaine. Son style est reconnaissable, avec ses formes novatrices – comme les pieds doucement galbés –, soulignées d’ornements de bronze doré d’une grande fantaisie. Cette commode a figuré dans la collection Rodolphe Kann (1845-1905). Originaire de Francfort, celui-ci avait fait fortune en Afrique du Sud et commença à réunir des tableaux, des objets d’art à partir de 1880. Dans sa vente, en 1907, on relevait un important ensemble de mobilier français de première qualité, dont plusieurs meubles de B.V.R.B. Ce modèle de commodes devait être très recherché, car plusieurs exemplaires figurent dans des collections publiques et privées.
Mercredi 28 juin, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés. M. Commenges.
Réveil allumant une bougie à une heure sélectionnée, du système breveté par Jean Eugène Robert, dit Robert-Houdin ; cadran argenté, aiguilles en acier bleui, mouvement d’une montre à verge à fusée, boîtier rectangulaire en laiton doré gravé, 9,5 x 7,3 cm.
Estimation : 5 000/8 000 €
Houdin et la passion de la mécanique
Difficile de se lever du mauvais pied avec un tel appareil ! Notre «réveille-matin muni d’un briquet qui, par un ressort, fait partir une allumette et donne de la lumière à l’heure désirée» allie l’utile à l’agréable. Jean Eugène Robert a 32 ans quand il dépose le brevet de cette invention, le 20 septembre 1837. Trois ans plus tard, presque jour pour jour, il en dépose un second autorisant à améliorer son invention. Notre objet, comme en témoigne son remontage à l’arrière, appartiendrait à la première génération de sa production et a été acquis par le propriétaire actuel auprès de la descendance familiale de l’inventeur. En 1839, l’homme fait à nouveau parler de lui avec sa pendule mystérieuse, entièrement transparente et dont les mécanismes sont cachés dans le socle, pour laquelle il reçoit une récompense à l’Exposition des produits de l’industrie, à Paris en 1844. Passionné de mécanique depuis l’enfance, ce fils d’horloger, natif de Blois, suivra d’abord des études de lettres selon la volonté paternelle, avant de devenir ouvrier horloger, en 1828. Passé à la postérité sous le nom de Jean Eugène Robert-Houdin (après avoir ajouté à son patronyme celui de sa femme, Cécile Houdin, fille d’horloger), il fait l’admiration de Louis-Philippe, notamment avec un automate «écrivain-dessinateur» puis un voltigeur obéissant au doigt et à l’œil de son maître. De 1845 à 1854, Houdin connaît la gloire avec ses «soirées fantastiques», où il fait entrer la magie au Palais-Royal. Puis il se retire chez lui, au prieuré de Saint-Gervais, près de Blois, mais continue son exploration de la «science électrique», transformant son manoir en laboratoire du mystère. Les portes sont automatiques, un banc se déplace tout seul, le parc est peuplé d’automates et la propriété est éclairée par des ampoules imaginées par ce Géo Trouvetou du XIXe siècle…
Lundi 26 juin, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Chayette & Cheval OVV. M. Turner.
François Pompon (1855-1933), Panthère marchant, épreuve en bronze à patine noire, Valsuani fondeur, d’après le modèle de 1928, 21,5 x 59 x 8 cm.
Estimation : 50 000/60 000 €
Pompon, le sens du mouvement
Fils d’un menuisier-ébéniste, François Pompon obtient de s’inscrire grâce à une bourse obtenue par le curé de sa paroisse, Saulieu, en 1870, à l’école des beaux-arts à Dijon, où il suit les cours du soir, travaillant comme apprenti tailleur de pierre chez un marbrier le jour. Après son service militaire, il arrive à Paris, se fait embaucher dans une entreprise funéraire près du cimetière de Montparnasse, pouvant ainsi suivre les cours du soir de la Petite École, dont l’un des professeurs, Pierre-Louis Rouillard, l’entraîne au Jardin des Plantes. En 1890, Pompon est embauché comme praticien par Rodin et dirige l’atelier des marbres trois ans plus tard. Il décide de se consacrer à la sculpture animalière en 1905. Féru de japonisme et de sculpture égyptienne, il adopte un style très lisse. «C’est le mouvement qui détermine la forme, disait-il, ce que j’ai essayé de rendre, c’est le sens du mouvement. Au Jardin des Plantes, je suis les animaux quand ils marchent… Ce qui est intéressant c’est l’animal qui se déplace […] Je fais l’animal avec presque tous les falbalas, et puis, petit à petit, j’élimine de façon à ne plus conserver que ce qui est indispensable.» Exposant à partir de 1908 au Salon, Pompon devient célèbre en 1922, grâce à son Ours blanc dont le plâtre fut exposé cette année-là. Il fréquente assidûment le Muséum d’histoire naturelle et la Ménagerie et, lors des étés en Bourgogne, il prend pour modèles les animaux de basse-cour. Selon Anne Pingeot, «Pompon [est] un maître du volume et du mouvement compressés dans une forme simplifiée et lisse», comme en témoigne cette panthère.
Mercredi 28 juin, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV. Mme Marzet, M. Fourtin.
Chine, époque Guangxu (1875-1908),commande impériale. La Bataille entre l’armée impériale des Qing et les rebelles Nian, encre polychrome sur soie, 136 x 301 cm.
Estimation : 30 000/50 000 €
Fresque militaire impériale
De 1851 à 1868, les empereurs de la dynastie Qing Xianfeng (1831-1861) et Tongzhi (1856-1875) livrent bataille aux rebelles Nian au nord de la Chine. Cette peinture met en scène la victoire finale impériale contre les révolutionnaires antimandchous. Peut-on imaginer meilleure propagande que cette composition monumentale, à la fois fresque épique et galerie de portraits, dont certains personnages sont même identifiés par un cartouche, rappel de certaines œuvres conservées dans des temples… La scène de guerre, réaliste, est fondée sur une carte géographique sur laquelle prennent place les différentes armées, dont les habits permettent de les différencier : les troupes impériales sont reconnaissables à leur natte et à leur chapeau, les rebelles à leur turban rouge. Fruit de longues et minutieuses recherches, notre peinture ne représente pas un moment précis de cette bataille décisive, mais un assemblage de plusieurs. La victoire est imminente, qui montre les armées impériales avançant sur terre et sur la rivière, encerclant les opposants avec des canons et des troupes au sol. Le peintre, les ministres, parfois même le souverain ou l’impératrice douairière décident des moments à représenter. Seules, bien sûr, les victoires impériales font l’objet de tableaux… Des esquisses de la commande récemment découvertes dans les archives du Grand Conseil, à Pékin, et des lettres de Yihuan (1840-1891), père de l’empereur Guangxu (1871-1908), éclairent sur cette commande de soixante-sept peintures pour commémorer les victoires sur les trois révoltes principales – Taiping, Nian et celle musulmane. Rarement signées, ces peintures, nombreuses et de qualité, ont probablement été réalisées par plusieurs artistes sous la responsabilité d’un peintre en chef, peut-être un certain Qing Kuan (1848-1927). Directeur pour presque chaque commande impériale, cet artiste réalisa des séries de peintures de guerres, des œuvres pour la cérémonie de mariage de Guangxu, pour le soixantième anniversaire de l’impératrice Cixi en 1893, et participa à la reconstruction et à la décoration du nouveau palais d’Été. Un certain Giuseppe Castiglione (1688-1766) laisse également des scènes de guerre monumentales.
Lundi 26 juin, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. Cabinet Portier & Associés.
Man Ray (1890-1976), Kiki de Montparnasse. Noire et Blanche - Mai 1926. Tirage argentique posthume, réalisé par Pierre Gassmann, année 1990, titré et daté au crayon et cachets humides Man Ray Paris et Adagp au dos, 28,7 x 22,9 cm.
Estimation : 3 000/5 000 €

© Man Ray Trust/Adagp Paris 2017
Collection Sophie Imbert
Avec son époux, le galeriste Didier Imbert, Sophie voit de près les rouages du marché de l’art. Même après son divorce, elle poursuit sa collection d’art contemporain et de photographies. En parallèle, elle est commissaire d’exposition dans les années 1990. On lui doit notamment «Henry Moore intime», « Botero sur les Champs-Élysées», «Warhol/Basquiat à la Galerie Didier Imbert» ou encore la «Rétrospective André Kertész au musée Jacquemart-André»… Sophie Imbert se sépare aujourd’hui d’une partie des photographies réunies depuis 1980. De Curtis à Jean-Loup Sieff, on remarque les grands maîtres du médium, tels Alvarez Bravo, Bill Brandt et Man Ray, représenté par ce tirage posthume réalisé par Pierre Gassmann. Une icône de cet art, réunissant deux ovales parfaits sur un cliché. Quel coup de maître ! Elle paraît dans Vogue le 1er mai 1926, sous le titre Visage de nacre et Masque d’ébène. Le modèle est la compagne du photographe Kiki de Montparnasse, comme elle se fait appeler ; il fut d’abord séduit par la forme de sa tête, fasciné par «l’ovale parfait de son visage» dont la position évoque la sculpture de Brancusi, Muse endormie. Les yeux clos, Kiki semble perdue dans un songe, le même monde onirique émanant du masque, vraisemblablement baoulé. Man Ray a fait deux essais où l’on voit plus du corps du modèle, superposant pour l’un et montrant côte à côte pour l’autre les deux ovales, avant de trouver la pose parfaite. André Breton le décrit ainsi : «Il a cet œil de grand chasseur, cette patience, ce sens du moment pathétiquement juste où l’équilibre, du reste le plus fugitif, s’établit dans l’expression du visage, entre la rêverie et l’action.»
Vendredi 30 juin, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Christophe Joron-Derem OVV. M. Lunn.
Portrait photographique de l’actrice Adèle Haenel (43 x 33 cm) faisant partie d’un lot de dix comprenant également Jean Dujardin, Jacques Audiard, Léa Seydoux…, par Laurent Koffel.
Estimation : 800/1 000 €
Claps de début
Qu’y a-t-il de commun entre une planche de surf, un costume et une combinaison de plongée, une robe d’avocat, un projecteur 16 mm Kinoton, un blouson en cuir de chez Chevignon, un costume rose de Madeline Fontaine, des accréditations pour le festival de Cannes 2018 et une paire de lunettes ? Le cinéma. Chacun de ces accessoires a appartenu à un réalisateur ou à un acteur, ou a été porté par lui à l’occasion d’un film. Le temps d’une vente se trouvent ainsi réunis Jean-Luc Godard, Lambert Wilson, Natalie Portman, Mathieu Kassovitz, Sandrine Kiberlain… Organisme professionnel incontournable dans le paysage français du septième art, le Centre national du cinéma et de l’image animée, fondé en 1946 et placé sous l’égide du ministère de la Culture, signe ici une première dans le domaine des enchères publiques, en organisant cette vente caritative au profit des enfants hospitalisés et handicapés. Le produit de la dispersion de ces 130 lots – 30 proposés en salle 9, les autres sur Internet (drouotonline.com) –, estimés quelques centaines d’euros mais proposés sans prix de réserve ni frais acheteurs, permettra de soutenir les projets de l’association Rêve de cinéma. Créée il y a vingt ans sous la présidence de Lambert Wilson, celle-ci est née de la nécessité d’offrir aux jeunes malades la magie du cinéma et de ses dernières sorties. Améliorer leur quotidien et leur permettre pour quelques heures de s’échapper du milieu hospitalier. À nous tous de faire du rêve une réalité.
Jeudi 29 juin, salle 9 - Drouot-Richelieu - 19 h 30,
et sur Drouot Online du 26 juin au 3 juillet. Art Richelieu OVV.
Espagne, Andalousie, Malaga, 1490-1500. Ensemble de vingt-six stalles de chœur en chêne et noyer sculpté, en partie polychromé, avec incrustations de bois clair, l’ensemble mesure 17,76 mètres linéaires.
Estimation : 150 000/200 000 €
L’eau du baptême
Quand il arrive de Galilée sur les rives du fleuve Jourdain, le Christ invite Jean à le baptiser. Dans un premier temps, celui-ci refuse, se considérant indigne d’un tel geste, mais il finit par accomplir le sacrement, cédant aux demandes insistantes du Christ. Ce thème, représenté très tôt dans l’art, est parmi les plus populaires et les plus fréquents. Dans notre version, le Christ, asexué, debout dans le fleuve sacré, reçoit l’eau lustrale que Jean lui verse sur la tête, au milieu d’un paysage désertique et rocheux en présence de deux anges. Notre tableau est un élément de prédelle d’un polyptyque, probablement anciennement placé sous la figure d’un saint Jean-Baptiste. Son auteur, Cecco di Pietro fut essentiellement actif à Pise dans la seconde moitié du XIVe siècle. Vers 1370, il est mentionné comme peintre dans le Camposanto – vieux cimetière monumental de la cité toscane – en compagnie de cinq autres artistes. À Pise au début du XIVe siècle, comme dans le reste de la Toscane, les artistes s’éloignent progressivement de la veine byzantine et de ses œuvres hiératiques toutes de lointaine majesté. Les figures du Christ, de la Vierge et des saints s’humanisent, entrant dans un monde terrestre de paysage et d’architecture. L’image, indispensable pour attiser la foi populaire, montre un Christ, homme au milieu des hommes, et non plus un géant dans la cité céleste. La preuve avec cette représentation, dont les personnages sont ornés d’auréoles typiques de la peinture pisane de la seconde moitié du XIVe siècle.
Lundi 26 juin, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV. M. Millet.
Stalles entre gothique et Renaissance
Autre vedette du programme de Haute Époque comprenant le bas-relief en bronze doré du Profil de François Ier, cet ensemble de stalles réalisées en Espagne. Au temps des premiers chrétiens, les fidèles se tenaient debout. Lorsque le rituel des offices est devenu plus long, des sièges, bien que séparés par des cloisons, forment un ensemble, qui, placé dans le chœur, est réservé au clergé. Il se compose de stalles plus hautes, où prennent place les officiants, avec au centre, plus élaboré, le siège réservé à l’abbé ou, dans une cathédrale, à l’évêque. La sculpture de celles présentées ici puise dans diverses sources : un décor géométrique inspiré du répertoire hispano-mauresque ; des motifs de cornes d’abondance, de rinceaux feuillagés, d’urnes, de volatiles, de rosaces, de personnages, d’animaux et de grotesques, issus quant à eux de l’iconographie de la première Renaissance, et des colonnettes, dais, animaux fabuleux hérités du Moyen Âge. Un artisan à son établi ornant la miséricorde de la stalle de l’abbé ou de l’évêque est sculpté en fort relief. Ces hauts sièges sont surmontés de panneaux sculptés et peints en polychromie, avec au centre la Vierge à l’Enfant, debout sur un croissant et couronnée par deux anges, saint Pierre, à gauche, tenant un livre ouvert et une clef, tandis qu’à droite on reconnaît saint Paul avec également un livre et l’épée de son martyre. Ces stalles de chœur ont fait partie des collections du musée d’art Nelson-Atkins de Kansas City, ensemble réputé provenir d’un couvent de Malaga.
Mercredi 28 juin, salle 2 - Drouot-Rchelieu. Daguerre OVV. Mme Fligny.

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