La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Armure gomai atomune-do complète (atelier de Kaga) ; avec sa caisse de transport, seconde moitié de l’époque Edo (1603-1868).
Estimation : 14 000/18 000 €.

À la une
Qui ne se souvient des armées en marche de Ran, film de Kurosawa ? La beauté des armures des samouraïs était sublimée par les élégants casques aux motifs si étranges. Comme s’ils étaient faits pour hypnotiser les adversaires qui, en regardant sous les visières, voyaient des masques terrifiants. L’art japonais de la guerre est mené à un degré de perfection bien visible dans celui de ses armures. Jean-Gabriel Barbier-Mueller se souvient de sa première rencontre, point de départ de sa collection : «L’armure était bleu foncé et de solides rangées de rivets ornaient le casque. Elle ne m’effrayait pas, mais j’étais plutôt captivé par sa présence, sa construction, sa complexité et l’éventail des matières.» Après les campagnes du château d’Osaka, le Japon connut de longue années (250) de paix, connues sous le nom de période Edo. Les casques et cuirasses devinrent de plus en plus décoratifs, imitant des styles plus anciens des époques Heian et Kamakura. L’armure complète présentée ici est composée d’un casque (kabuto) en fer patiné à seize lamelles à rivets saillants et protège-nuque arrondi attaché au casque (shikoro manju) ; de fukigaeshi portant, de chaque côté de la visière, des armoiries en shakudo (alliage bleu foncé d’or et de cuivre) ajourées du kanji daï, famille Kaneko ou Takahashi ; d’un masque en fer patiné de type resseï, c’est-à-dire d’expression féroce, à rides très prononcées. Et d’un plastron (dô) en fer patiné à rivets saillants, soudé kusazuri, en fer recouvert de cuir ; de manches (kote) et de jambières (suneate) en fer patiné de type tsutsu, le haut des manches portant en ajouré le Bonji Fûdo, et d’un cuissard (haidate) en fer patiné. L’ensemble est lacé en sugake (laçage utilisant des paires de lacets verticaux dans des positions parallèles) bleu. Quelle architecture ! Pratiquement toutes les pièces sont mobiles pour assurer le confort du guerrier. Des éléments portent deux noms : Yoshi-hiro et Nobu-katsu, ceux de samouraïs, peut-être du clan Shimazu pour le premier, de la famille Oda pour le second, particulièrement reconnus pour leur vaillance. À l’époque où celle-ci fut réalisée, les samouraïs étaient plus versés dans les arts et la littérature que dans le maniement des armes.
Ils considéraient cependant leurs armures et leurs sabres comme leurs biens les plus précieux. Il suffit de voir l’état de conservation de ce gomai atomune-do pour en être persuadé.
Mercredi 17 décembre, à 13 h 30. Drouot-Richelieu, salle 16.
Thierry de Maigret SVV. M. Serve-Catelin.

École anversoise vers 1550, Vierge à l’enfant endormi, panneau parqueté, 53,5 x 37,5 cm. Estimation : 100 000/150 000 €.
Le bonheur… tout simplement
Par sa position stratégique, à la croisée des chemins entre les Flandres et la France, Lille s’est imposée comme une place forte de la peinture ancienne. Elle le prouvera une nouvelle fois avec une cinquantaine d’œuvres de belle qualité. À leur tête, cette Vierge à l’Enfant endormi de l’école anversoise du milieu du XVIe siècle. Auparavant attribuée au Maître de la Vierge au perroquet, elle pourrait aujourd’hui être identifiée comme une œuvre du Maître de la Madeleine Mansi, artiste influencé par Quentin Metsys. Une chose est certaine, ce panneau est d’une émouvante beauté. Il décrit les douces figures de Marie et du Christ, d’une blancheur porcelainée, tandis que la composition est à la fois sobre et travaillée. Si l’on perçoit encore des formes attachées au style des primitifs flamands, la composition ou encore la perspective du paysage indiquent l’introduction des nouveautés de la Renaissance italienne, notamment du travail d’un Léonard de Vinci. À ses côtés aux cimaises, nous remarquerons encore Le Christ au jardin des Oliviers de l’école de Memmingen, du début du XVIe, attendu à 60 000/80 000 €, mais aussi une Vanité de Franciscus Gysbrechts, à 35 000/40 000 €, ou des Navires hollandais en pleine mer peints par Bonaventure Peeters à 13 000/15 000 €. Les autres spécialités ne seront pas en reste, notamment les arts asiatiques, avec une superbe statue chinoise de Zhenwu en bronze doré, à la robe finement ciselée d’un décor de dragon pourchassant la perle sacrée parmi les nuages (200 000/300 000 €).
Dimanche 30 novembre, Lille. Mercier & Cie SVV.
Mme Jossaume,MM. Portier Th., M. Mourier, M. Millet, M. Ottavi, Cabinet Ottavi.
Pablo Picasso (1881-1973), Nature morte, 1921, pastel, 24,5 x 32 cm.
Estimation : 250 000/300 000 €.
© Succession Picasso 2014
Beau pedigree
Les œuvres provenant de l’ancienne collection André Lefèvre reviennent parfois rappeler à quel point cet industriel et mécène supporta sans relâche les artistes de son temps. Il fut encouragé en cela par son ami André Level, fondateur du fameux groupement d’achat d’œuvres d’art «La Peau de l’Ours», dont la vente défraya la chronique, en 1914. Ce dernier était un ami proche de Picasso et avait réuni un bel ensemble de ses tableaux. Dans la donation Lefèvre au musée national d’Art moderne, en 1952, les œuvres de Léger, Braque, Gris et Picasso abondaient, comme dans les quatre ventes de sa collection, entre 1964 et 1967. Toutes les époques du maître catalan sont représentées : périodes bleu, rose, cubisme analytique, période romaine et une série sur la tauromachie de 1957. Ce pastel, réalisé le 18 avril 1921, figurait parmi les dix-sept proposés dans la vente de 1966, la première en France à prendre des enchères par téléphone. Il célèbre la naissance de son fils Paulo, en février 1921. Dans cette période de plénitude, Picasso travaille en parallèle des œuvres plus «classiques», où la figuration reprend ses droits, et d’autres reprenant des motifs cubistes en accentuant l’aspect architectural, comme en témoigne le célèbre Trois Musiciens (MoMA, New York). Il reprend aussi ses pastels, moins présents depuis la fin des périodes bleu et rose, pour des portraits intimes de sa femme Olga et de Paulo, mais aussi pour des études, qui vont aboutir à la période des «grosses femmes», à l’instar des Femmes courant sur la plage, peintes à Dinard l’été suivant et visibles au musée Picasso à Paris. Cette technique apporte velouté et profondeur avec une grande économie de moyens ; le noir profond se détache sur le blanc au premier plan, la composition est posée dans une sorte de cadre et sur un fond d’ocre jaune en imitation du bois. Chaque plan sert à renforcer un autre. Picasso maîtrise le dessin sous toutes ses formes, d’instinct semble-t-il.
Vendredi 5 décembre, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Aguttes SVV.
Juan Genovés (né en 1930), Ascension II, 2009, acrylique sur toile marouflée sur panneau, 90 x 74 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €.
Chronique de la réalité
Voici l’un des tableaux les plus attendus d’une soirée consacrée à l’art contemporain. Il est l’œuvre d’un artiste dont les passages en ventes publiques se comptent sur les doigts d’une main de ce côté-ci des Pyrénées, Juan Genovés. L’homme est né à Valence d’un père graveur sur métal et peintre décorateur de meubles, a grandi dans une atmosphère culturelle et artistique marquée par la défaite des républicains, en 1936. Il a 10 ans quand il réalise ses premiers dessins et aide son père à l’atelier ; puis ce sera l’école des beaux-arts de Valence, jusqu’en 1950. Au début de la décennie suivante, le peintre fonde, avec quelques camarades, le groupe à tendance expressionniste Hondo, avant de devenir l’un des éminents représentants de la nouvelle figuration espagnole. Ses œuvres doivent alors beaucoup au septième art, dont il reprend les images successives d’une même action, comme au ralenti, ou encore les plans rapprochés. Aisément reconnaissables, elles se caractérisent par des foules en rang, marchant ou courant dans des plaines grises et désertiques, parfois mitraillées par des avions – souvenirs de la guerre d’Espagne –, des figurines réduites à des soldats de plomb, des personnages anonymes convergeant les uns vers les autres ou se séparant, s’affrontant sur un chemin balisé, des rangées d’humains menacés par des fusils… À la fin des années 1990, Juan Genovés se tourne vers des paysages urbains abstraits, animés de petites silhouettes aux longues ombres portées, fournies par une lumière située hors de la toile, presque irréelle ; vues d’en haut, ses foules sont constituées d’êtres désindividualisés, réduits à l’état de signes abstraits. Une façon de dénoncer la violence et l’oppression du monde actuel… Parmi les autres moments forts de la vacation, mais d’un autre genre, on mentionnera un acrylique de 1997 de l’artiste indien à la notoriété internationale Sayed Haider Raza (né en 1922), Bindu, et Pie Fight Study, une toile de 2011 du peintre roumain Adrian Ghenie (né en 1977). Deux œuvres successivement espérées entre 100 000 et 150 000 €.
Lundi 1er décembre, 19 h, Espace Tajan.
Tajan SVV.
Iran safavide, seconde moitié du XVIe siècle. Le prophète Moïse réveillé par les anges, peinture provenant d’un Qesas-e al-anbiyâ (« Histoire des prophètes ») d’Eshâq Neychâbouri, page de manuscrit, texte persan en écriture nastaliq, à marges ornées d’animaux et de fleurs dorés, 29 x 17 cm.
Estimation : 8 000/10 000 €.
Un Moïse safavide
Les grands prophètes bibliques sont mentionnés dans le Coran, figures devançant le dernier d’entre eux, Mahomet. À partir de ces quelques citations, la littérature musulmane a puisé dans les traditions orales, des passages des hadith et, bien sûr, dans le texte même de la Bible. Gesas-e al-anbiyâ les présente par ordre chronologique, depuis Adam, considéré comme prophète dans l’Islam, jusqu’à Jésus, fils de Marie. La miniature proposée dans cette vacation représente Moïse, qui, redoutant la lourde tâche de révéler la Torah au peuple juif, était tombé évanoui ; des anges viennent lui insuffler la force d’accomplir la volonté de Dieu. Il part jeûner dans le mont Sinaï où il reçoit les Tables de la Loi, mais, de retour auprès de son peuple, il le trouve adorant le veau d’or et fracasse de colère ces tables ; de nouvelles sont gravées par Dieu, ou sous sa dictée, et placées dans l’arche d’alliance. Cet épisode marque le parcours similaire de Moïse et de Mahomet, tous deux choisis pour enregistrer la parole divine. Ce sont des législateurs, des directeurs spirituels et des dirigeants politiques et militaires. Les premiers manuscrits littéraires du Qesas-e al-anbiyâ remonteraient au XIe siècle ; cependant il en existe de nombreuses versions, car une littérature semi-populaire s’est emparée de ce sujet. Au XVIe siècle, bénéficiant d’un regain d’intérêt, de somptueux manuscrits tant ottomans que safavides sont ornés de miniatures. On ne sait pourquoi l’enlumineur choisit de représenter deux anges avec des têtes d’animaux ; des artistes n’avaient pas hésité à doter le bouraq – coursier venu du paradis – d’une tête de femme. Non décrit dans le Coran, cet animal avait été amené par Gabriel pour porter le prophète de La Mecque à Jérusalem, puis au ciel. On peut penser que ces êtres hybrides sont là pour souligner le mystère de la révélation approchante. Dans la sourate 28, on lit : «Tu n’étais pas du côté du mont Sinaï, lorsque Nous avons appelé Moïse. Mais c’est par une grâce émanant de ton Seigneur que te voilà appelé à prêcher un peuple que personne, avant toi, n’est venu avertir.» 
Mercredi 3 décembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Ader SVV. Mme David.
Matthias Stom (1600-1650), Mucius Scaevola devant Porsenna, huile sur toile, 102 x 119,5 cm. Estimation : 100 000/140 000 €.
Vertueux Romain
Matthias Stom, aussi connu sous le nom de Stomer, fait partie de ces artistes néerlandais influencés par les tableaux du Caravage. Arrivé à Rome en 1630, il  fit toute sa carrière en Italie, s’installant à Naples, puis à Palerme. Peintre de sujets religieux tirés de l’Ancien et du Nouveau Testament, on lui doit aussi quelques œuvres inspirées de l’histoire romaine, comme
La Mort de Caton, dont une version, en mauvais état, est conservée à Messine, et Mucius Scaevola devant Porsenna, visible à l’Art Gallery of New South Wales, à Sydney (Australie). Cette dernière, de dimensions plus importantes et d’un caravagisme plus poussé, offre quelques variantes par rapport à celle présentée ici, brossée dans une unité de tons ocre et bruns et au cadrage resserré sur les deux protagonistes. La scène est tirée de l’Histoire romaine de Tite-Live, livre II, chapitre XII (édition Budé). Caius Mucius, patricien romain, décide de mettre fin au siège de Rome par Porsenna, roi étrusque. Il s’introduit déguisé dans le camp ennemi pour poignarder le roi, mais tue en fait son secrétaire, dont le corps gît à gauche du tableau. Arrêté par les gardes de Porsenna, il le défie : «Je suis citoyen romain, on m’appelle Caius Mucius. Ennemi, j’ai voulu tuer un ennemi et je ne suis pas moins prêt à recevoir la mort que je ne l’étais à la donner. Agir et souffrir en homme de cœur est le propre d’un Romain.» Le héros pose sa main droite – celle qui a failli en se trompant de personne – sur un brasier en prononçant cette phrase : « Vois combien le corps est peu de chose pour ceux qui n’ont en vue que la gloire.» Son courage impressionne Porsenna qui le libère. Mucius désormais gaucher, ce qui lui vaut le surnom de Scaevola, rentre en héros à Rome, où le Sénat lui accorde des terres sur la rive droite du Tibre, les «prés Muciens». Cette légende romaine a notamment inspiré un tableau à Charles Le Brun dans les années 1640, ainsi qu’à Boucher et Tiepolo, au siècle suivant.
Mercredi 3 décembre, 118, rue du Faubourg-Saint-Honoré.
Piasa SVV. M. Millet.
Berlin, vers 1850. Paire de vases en porcelaine dure, de forme amphore à long col, anses relevées formées de feuillages, piédouche, socles carrés, décor polychrome et or de cartels représentant des vues topographiques sur fond vert, h. 102 cm.
Estimation : 120 000/150 000 €.
Collection Baron Cohen
Plus qu’une passion, la quête de Richard Baron Cohen pour les porcelaines confine au sacerdoce. Courant d’une vente à New York, où il avait repéré un guéridon à dessus de porcelaine (il abandonna les enchères à cinq millions de dollars), au vernissage à Vienne, le lendemain, de son exposition «Raffinement et élégance», il n’a cessé de nourrir sa collection de nouvelles pièces. Soit environ 3 000 vases, plats et autres objets de porcelaine, la plupart ornés de vues de palais délicatement rendues. Pour abriter cet ensemble, il fit reconstruire Twinight, une réplique du Petit Trianon à Oyster Bay (New York). «Je ne m’intéresse qu’à une période, a-t-il confié au magazine Forbes, des dernières années de 1790 à 1830.» Sous l’Empire, la manufacture de Sèvres connaît un nouveau départ, mais aussi celles de Berlin, de Vienne ou de Saint-Pétersbourg. La porcelaine devient un cadeau royal et aristocratique, avec une prédilection pour les rendus minutieux des capitales ou palais et châteaux. Une partie de ce fabuleux trésor figure dans cette vacation, par exemple cette paire de vases en porcelaine de Berlin, peints de vues différentes sur les deux faces, montrant pour l’un l’hôtel de ville et le château de Charlottenbourg, pour l’autre, le jet d’eau du palais de Sanssouci à Potsdam et le monument équestre de Frédéric II de Prusse à Berlin, œuvre du sculpteur Christian Daniel Rauch (1777-1857). On retrouve cette paire au château de Karlsruhe, résidence des margraves et grands-ducs de Bade, et dans la dispersion aux enchères de leur collection, à Baden-Baden en 1995. Un an auparavant, Richard Cohen achetait sa première pièce, un plat de la manufacture de Vienne. Les porcelaines, miniatures et le coffret à courrier de la duchesse de Berry de sa collection sont identifiés dans le catalogue par la silhouette d’un hippopotame. Clin d’œil à sa fascination pour ces pachydermes, qui devait même le pousser à commander à la manufacture de Copenhague un service entier dédié à cet animal. Richard Cohen est vraiment habité par sa passion.
Mercredi 3 décembre, salle 14-15 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés SVV. MM. Vandermeersch, Leprince, Auguier.
César Savoye (?-avant 1670), Alexandre domptant Bucéphale devant son père Philippe II de Macédoine, huile sur toile d'un ensemble de quatre, 204 x 245 cm.
Estimation : 250 000/400 000 € (l’ensemble).
Épopée alexandrine
Notre toile fait partie d’une série de quatre, classées monuments historiques depuis 1996 et ne pouvant donc pas quitter le territoire français. Leurs sujets, outre cet Alexandre domptant Bucéphale ? La Traversée de l’Hellespont, Alexandre et la famille de Darius et, enfin, Alexandre devant Persépolis en flammes. C’est à César Savoye, peintre grenoblois actif au milieu du XVIIe siècle, que l’on doit ces œuvres proposées sur leur châssis d’origine et habillées de cadres d’époque en bois patiné or. Jusque vers 1830, cet ensemble eut pour écrin le château de Crolles, au pied du massif de la Chartreuse, une ancienne maison forte édifiée au XIVe siècle par Amblard de Beaumont – seigneur de Crolles et de Montfort et créateur de l’université de Grenoble –, qui sera modifiée au XVIIe. En 1617, Crolles est acheté par Claude Frère, premier président du parlement de Grenoble, dans la famille duquel il reste jusqu’au début XVIIIe, où il passe à Antoine Guérin de Tencin, père du cardinal et de madame de  Tencin, femme de lettres et mère du philosophe et encyclopédiste d’Alembert. Dans la nuit du 15 août 1600, la propriété accueille Henri IV, puis en 1639, Louis XIII et Richelieu dont le portrait se trouve toujours au château. Ces derniers ont-ils pu voir les peintures cédées aujourd’hui ? Mystère. De Crolles, les peintures vont au château de Tencin, tout proche. Nos quatre toiles font partie d’un ensemble de huit sur le thème d’Alexandre le Grand. Fils du menuisier Louis Savoye, César fut membre fondateur de l’Académie de peinture de Grenoble, et l’auteur de portraits en pied des membres de la famille Frère, présidents du parlement de Grenoble. Si notre toile et La Traversée de l’Hellespont témoignent d’une influence sensible des écoles du Nord du XVIe siècle, avec leurs paysages bleutés, les deux autres s’inspirent du classicisme français de Laurent de La Hyre ou Philippe de Champaigne avec leurs compositions centrées sur la scène principale.
Dimanche 7 décembre, 18 h. Hôtel Le Bristol.
Kohn Marc-Arthur SVV.
Raoul du Gardier (1871-1952), Voyage de La Coquille, île Oualan, archipel des Carolines, huile sur papier, 45 x 55 cm.
Estimation : 4 000/6 000 €.
Plaisir de peindre
Si les œuvres de Raoul du Gardier, peintre des croisières lointaines et du yachting, des élégantes sur la plage et des enfants en bord de mer, ponctuent régulièrement les ventes publiques, celle-ci revêt une saveur particulière. Ce paysage paradisiaque et décoratif constitue le projet d’une toile réalisée pour orner l’alcôve de la chambre de madame Fenaille dans sa villa Les Lierres, à Pornic. Construite dans les années 1900 (puis agrandie) pour Maurice Fenaille, pionnier de l’industrie du pétrole, mécène, collectionneur et propriétaire de nombreux terrains au long de la Noëveillard à Pornic, la villa posée parmi les chênes-lièges et les chênes verts s’ouvre sur l’Atlantique. C’est un autre océan pourtant que l’artiste choisit de représenter avec cette scène de déchargement du trois-mâts La Coquille dans l’archipel des Carolines, en Micronésie. Lancé en janvier 1812, ce dernier effectuera plusieurs circumnavigations. C’est au cours de l’une d’elles que ce voilier, rebaptisé L’Astrolabe, découvrira des indices du naufrage de La Pérouse en 1788, dans l’île de Vanikoro. Une autre peinture murale d’une contrée lointaine orne la mezzanine de la villa vendéenne, tandis qu’une seconde version de notre bateau au mouillage, avec cette fois des jeunes femmes au premier plan, est conservée dans une collection privée. Élève de Gustave Moreau, Raoul du Gardier fait ses débuts au Salon des artistes français de 1894. En 1900, il est récompensé à l’Exposition universelle pour son tableau Les Femmes kabyles, réalisé à l’occasion d’un voyage en Algérie, où sa famille possède des vignobles. Il se rendra ensuite en Turquie, en Égypte, dans l’océan Indien, réalisant aquarelles et tableaux, dont certains destinés à illustrer livres ou revues. Nommé peintre de la Marine en 1923, il effectue deux tours du monde, qui seront autant de sources d’inspiration. Quand il ne voyage pas ou ne participe pas à la vie mondaine parisienne, Raoul du Gardier rejoint son frère dans son imposante villa Magdalena, à Pornic. Dans l’atelier qu’il s’est installé face à la mer, il réalise de lumineuses scènes marines évoquant une certaine douceur de vivre…
Lundi 1er décembre, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Daguerre SVV. M. Heim.
Chu Teh-Chun (1920-2014), sans titre, huile sur toile, signée en bas à droite, et datée "7 juin 1979" au dos, 65 x 50 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €.
L’univers selon Chu Teh-chun
Cette toile a été achetée en 1979 directement auprès de Chu Teh-chun. Une année importante dans sa vie d’homme et de peintre. Installé en France depuis 1955, il renoue en effet des contacts avec son pays d’origine, et plusieurs de ses confrères, comme son maître Lin Fengmian, qui expose au musée Cernuschi, ainsi que son ami de longue date Liu Kaiqu, venu à Paris avec une délégation d’artistes chinois. Une première monographie sort également à cette période, signée Hubert Juin, dans la collection «Le Musée de poche». Le succès est venu assez vite pour Chu Teh-chun. De son entrée à l’école des beaux-arts de Hangzhou en 1935 à la grande rétrospective de son œuvre organisée à Taipei en 1987, que de chemin parcouru ! Parmi les grands moments de sa carrière, on retiendra son voyage entre 1935 et 1937 à travers cinq provinces de Chine, durant la guerre sino-japonaise, où il put contempler des paysages extraordinaires qui l’inspirèrent durablement ; mais aussi la découverte de l’art abstrait, lors de l’exposition Nicolas de Staël en 1956 à Paris. Après cette révélation, il se lance dans une voie expressionniste abstraite qui se différencie de celle de ses acolytes par une recherche constante d’esthétisme et d’élégance calligraphique. Passerelles entre Orient et Occident, les toiles de Chu Teh-chun convient leurs spectateurs à un véritable voyage, à un parcours aussi bien visuel que spirituel. Les couleurs sont au cœur de la peinture gestuelle. En 1979, c’est ce rouge flamboyant, ce magma en fusion, qui semble surgir du néant, du noir, tels les premiers signes de la vie sur Terre après le big bang.
Samedi 29 novembre, Bordeaux.
Alain Briscadieu SVV. M. Delalande.



Crémone, vers 1700-1705, Violon de Giuseppe Guarnerius, dit Giuseppe « Fils d’Andrea », 357 MM.
Estimation : 150 000/200 000 €.
Authentique Guarnerius
Un nouveau record en prévision ? Ce violon, présenté lors de la troisième journée de vente de lutherie à Vichy, a toutes les qualités nécessaires pour provoquer l’effervescence parmi les collectionneurs d’instruments anciens et les mélomanes. Il affiche en effet l’étiquette d’une célèbre famille de luthiers, les Guarneri, issue de la ville de Crémone, en Lombardie, qui vit naître également le célèbre Stradivarius. Cette dynastie débute avec Andrea au XVIIIe siècle pour se poursuivre avec ses fils, Pietro Giovanni et Giuseppe Giovanni (1666-1740). C’est à ce dernier que l’on doit notre superbe violon. Le troisième fils d’Andrea travailla au début de sa carrière avec son père, poursuivant l’œuvre du maître de ce dernier, Nicolo Amati. Il s’essaie un temps à la carrière de violoniste du côté de Montua mais revient vite à ses premières amours. Une cinquantaine d’instruments seulement sont à mettre à son actif, ce qui place ses violons parmi les plus chers du monde. Son fils, le plus célèbre membre de la dynastie Guarneri, Giuseppe del Gesu, affiche même des enchères supérieures à Stradivarius. Cette prestigieuse paternité s’est trouvée confirmée par un test de dendrochronologie réalisé sur le bois de l’instrument dont le résultat affiche une datation de la période 1705-1710, soit l’âge d’or de la lutherie à Crémone. À ce test scientifique s’ajoute une expertise consciencieuse de ce modèle de grande qualité. Si l’on sait que Giuseppe est un inlassable expérimentateur, il a prêté sans aucun doute une grande attention à notre violon. Pour preuve, son impeccable vernis, élément essentiel à l’obtention de la meilleure sonorité possible et d’un esthétisme de qualité. Un instrument qui a traversé les siècles en se bonifiant !
Jeudi 4 décembre, Vichy.
Vichy Enchères SVV. MM. Rampal, Raffin, Bigot, Le Canu.

Antoine-François Callet (1741-1823), Portrait de Louis XVI en costume de sacre, toile, 150 x 103 cm.
Estimation : 40 000/60 000 €.

Collection du comte de Vergennes
Charles Gravier (1719-1787), comte de Vergennes, était un grand serviteur de l’État.
Il demeure dans les mémoires comme l’un des plus grands ministres des Affaires étrangères.
À sa suite, On dira même aux nouveaux ministres prenant leurs fonctions qu’ils s’asseyaient dans «le fauteuil de Vergennes». Avant d’entrer au gouvernement de Louis XVI le 21 juillet 1774, il connut une brillante carrière de diplomate. Il se rend ainsi à Constantinople en 1755, en tant que ministre plénipotentiaire puis ambassadeur auprès de l’Empire ottoman. Il y restera quatorze années. Son affection suivante sera Stockholm, de 1771 à 1774. Provenant de sa collection, trois tableaux illustrant ses différentes activités seront présentés lors de cette vente. Prisées 30 000/50 000 €, des Jeunes femmes grecques au jardin peintes par Antoine de Favray témoigneront de son travail en Orient tandis qu’un Portrait du roi de Suède, Gustave III, à 4 000/6 000 €, au pastel par Gustave Lundberg et son atelier, évoque son poste auprès du parti aristocratique des «Chapeaux». Le troisième, reproduit ici, est un Portrait de Louis XVI en costume de sacre. C’est l’un des tout premiers exemplaires réalisés par Antoine-François Callet en 1778, sur ordre du ministre des Affaires étrangères en personne, afin de disposer d’une nouvelle image officielle, illustrant toute la puissance du roi de France, à diffuser dans les autres cours de ce monde. Ce portrait connaîtra de nombreuses répliques par la suite, mais notre exemplaire a quant à lui été réalisé par le peintre spécialement pour le comte de Vergennes, afin de le remercier de la confiance qu’il lui avait manifestée. Confisqué durant la Révolution, il a été par la suite rendu à ses héritiers. Il est resté jusqu’à ce jour dans la collection de la famille. Une chance rare d’acquérir une œuvre au prestigieux pedigree !
Samedi 6 décembre, Bourges.
Michel Darmancier et Olivier Clair SVV. Cabinet Turquin.


Chine, époque Qianlong (1736-1795). Sceau impérial en jade céladon clair surmonté d’un lion bouddhique, h. 5,85 cm, Base : 3,9 x 2,6 cm.
Estimation : 300 000/400 000 €.
Un esprit libre
«L’esprit libre et paisible, s’imprégner de la sagesse des anciens.» Telle est l’inscription en quatre caractères apparaissant sur la base de ce sceau chinois d’époque Qianlong. Cette devise fait référence à un pavillon, un lieu de paix dans lequel l’empereur aimait à s’évader de temps en temps. Cet endroit pourrait être soit le Yue Xin Dian, sur l’île du parc Beihai à Pékin, où cette même phrase était inscrite sur un panneau, soit une résidence impériale dite «les jardins de Jingyi», à Tianqin, un vaste ensemble de pavillons et jardins, au pied des «collines parfumées», aménagé entre 1744 et 1754. Cette empreinte figure dans le recueil des sceaux Qing dai di hou xi yin pu. Qianlong (1711-1799), quatrième empereur de la dynastie Qing, a officiellement gouverné entre 1736 et 1795. Son règne correspond à l’âge d’or de la civilisation chinoise, marqué par l’élargissement des frontières du royaume et par une stabilité autant politique qu’économique. Mais il est également considéré comme un homme de lettres et un artiste. Poète à ses heures, il pratiquait régulièrement la calligraphie. Il désirait mettre en avant les arts ancestraux chinois et collectionnait des œuvres d’art ainsi que de nombreux livres, qu’il destinait à une grande bibliothèque renfermant pour les générations futures les preuves de la richesse intellectuelle et artistique chinoise. L’empereur prenait soin de marquer chacun de ses biens les plus précieux d’un cachet, finement sculpté dans le plus beau jade, matière impériale par excellence. Le nôtre était ainsi réservé aux peintures et calligraphies réalisées de sa propre main. Comme l’indique le recueil des sceaux, deux autres cachets ont été exécutés en même temps que le nôtre. L’un d’entre eux évoque l’anniversaire des 70 ans de Qianlong. Ils dateraient donc de 1780.
Samedi 6 décembre, Nice.
Hôtel des Ventes Nice Riviéra SVV. M. Ansas, Mme Papillon d’Alton.

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