La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Henry Moret (1856-1913), Matin d’été sur le Fromveur, Ouessant, huile sur toile, 1898, 58 x 72 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €.

À la une
La mer est d’un bleu soutenu, avec une ligne de vagues serpentant plus claire et des moutonnements roses, parfois mauves. Les côtes échancrées se parent de toute une gamme de verts et de roses, les falaises étant brossées de rouge, d’orange et de violet. Une palette faisant penser à l’Estérel… sauf que ce tableau d’Henry Moret représente le littoral d’Ouessant, la terre la plus occidentale de la France, à la pointe du Finistère. Uxisama est citée par le géographe grec Strabon et proviendrait, selon Charles Corby, d’un vieux mot celtique signifiant « île la plus haute», c’est-à-dire la plus lointaine. Adepte de l’impressionnisme dès ses débuts, Moret se tourne pendant quelques années vers le synthétisme de Gauguin, rencontré en 1888 à Pont-Aven, et revient vite à sa première manière. Amoureux de la Bretagne depuis son service militaire effectué à Lorient, l’artiste s’installe définitivement à Doëlan. Il parcourt les côtes finistériennes et le littoral du Morbihan, mais aussi les terres émergeant de l’océan telles Groix, Belle-Île et Ouessant. Il est parmi les premiers à dépeindre cette île cernée de brumes et de forts courants marins. L’un des plus renommés, et des plus dangereux, est connu sous le nom de passage du Fromveur. «Nul n’a passé Fromveur sans connaître la peur»… ce dicton est plus qu’explicite. En tant que fin marin, Moret est séduit par ces rivages encaissés, cette végétation drue de genêts et d’herbes aplaties par les bourrasques, les aspects changeants de la mer. Tel un impressionniste, il note les moindres variations atmosphériques : «temps calme», «crépuscule», «matin», comme pour cette toile peinte en 1898, année de sa première exposition personnelle chez Durand-Ruel. Trois ans auparavant, le marchand des impressionnistes l’avait pris sous commandite, lui assurant une vie toute vouée à son art et à parcourir la région par terre et par mer. La première toile d’Ouessant à notre connaissance, conservée au musée Lambinet à Versailles, est datée 1897 : L’Île d’Ouessant, la chaussée Keller. Les propos de son ami Maufra cités dans le catalogue d’une exposition monographique au musée de Pont-Aven en 1988 s’appliquent à cette toile, bientôt vendue à Honfleur : «Il scrutait l’horizon de son œil exercé en se promenant dans cette nature qu’il aimait. (…) Dans des lignes harmonieusement composées, il fit tournoyer la mer qu’il connaissait si bien et les volutes de ses vagues où les serpents d’écume formaient des arabesques du plus bel effet.» La magie de la mer au petit matin, avec ses écharpes de brume nacrée, les falaises travaillées à coups de pinceau, Moret a su les transcrire avec une force toute simple.
Jeudi 1er janvier 2015.
Honfleur. Francis Dupuy SVV.    
Sam Szafran (né en 1934), Les Philodendrons, aquarelle sur papier, signée, 74 x 47 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €.
La nature selon Szafran
Le 21 juin 2006 était installée à la Fondation Gianadda, à Martigny, une œuvre monumentale en céramique de Sam Szafran : Philodendrons. La nature est l’un des thèmes centraux du travail de l’artiste, de ses premiers Choux, réalisés à la peinture à l’huile, aux aquarelles des Serres. «Mon obsession pour les plantes a trouvé là le meilleur terrain pour s’exprimer», confiait-il en 1986. Sam Szafran, autodidacte au style unique, est un artiste secret et au destin singulier. Né à Paris de parents émigrés juifs polonais, il échappe de peu à la rafle du Vél’ d’Hiv en 1942, mais son père est déporté à Auschwitz. Emprisonné à Drancy, le garçon de 10 ans sera libéré par les troupes américaines. Après la guerre, il part avec sa mère et sa sœur rejoindre un oncle en Australie. De retour en France en 1951, il s’inscrit aux cours du soir de dessin. Tentant de vivre de son art, il occupe des ateliers misérables puis, en 1953, entre à la Grande Chaumière, où enseigne Henri Goetz. Ses premières œuvres se placeront sous le signe de l’abstraction. Ses rencontres avec Jean Ipousteguy, Alberto Giacometti, de Staël, Riopelle ou encore Hantaï marquent sa production. Cependant, dès 1958, il revient à la figuration, abandonnant peu après la peinture à l’huile en faveur des pastels. Les peintres britanniques du XVIIIe siècle mais aussi Albrecht Dürer comptent parmi ses influences, sans doute
à l’origine de la grande minutie qu’il accorde à son travail. Des années difficiles suivront jusqu’à l’exposition de 1964 chez Claude Bernard puis celle de l’année suivante chez Jacques Kerchache. Il s’installe en 1974 dans une ancienne fonderie de Malakoff, où il officie encore aujourd’hui. Il commence alors sa grande série des Escaliers puis celle des Serres. Sam Szafran réinvente ainsi la nature. Ses feuillages envahissent notre espace intérieur telle une jungle foisonnante qui aurait une sainte horreur du vide !
Mardi 30 décembre, Deauville.
Tradart Deauville SVV.
René Gruau (1909-2004), La Parisienne, vers 1970, huile sur toile, signée, 81 x 65 cm.
Estimation : 16 000/18 000 €.
Un truc en plumes
«Mademoiselle Jeanmaire brille. C’est le privilège des reines du music-hall : le seul dessin de leur silhouette réussit à provoquer l’incendie de la salle, le mirage, le rêve», s’exclamait Yves Saint Laurent, créateur du célèbre «truc en plumes», associé pour toujours à l’image de la mythique danseuse. Née le 29 avril 1924, René Marcelle – dite Zizi – Jeanmaire, débute sa carrière en 1940 dans le corps de ballet de l’Opéra de Paris. Elle intégrera par la suite plusieurs troupes de danse classique, en particulier celle de Roland Petit, avec qui elle se produira jusqu’en Amérique et qu’elle finira par épouser en 1954. Peu à peu, elle quitte l’univers du classique pour investir celui du music-hall avec ses audacieuses chorégraphies et d’espiègles chansons. En 1956, elle tourne le film Folies Bergère d’Henri Decoin, avec Eddie Constantine, qui popularisa sa chanson «Mon truc en plumes». Elle sera reprise avec succès à l’Alhambra en 1961, dans un spectacle dont Yves Saint Laurent fera les costumes. Les Ballets de Paris de Zizi Jeanmaire et Roland Petit parcourent le monde, en ce début des années 1960, avant d’être accueillis par les plus grandes salles françaises, du théâtre de Chaillot au Casino de Paris… ainsi que par la télévision française ! Des jambes sans fin, une coiffure à la garçonne, des yeux pétillants et un talent fou… Zizi Jeanmaire est devenue une icône du music-hall, immortalisée par les plus grands peintres et dessinateurs de mode dont René Gruau, un proche de la danseuse et de son époux, qui a travaillé sur le ballet Ciné Bijoux. On retrouve dans cette toile toute l’esthétique de Gruau, celle notamment de l’élégant parfum Diorissimo, qu’il a créé en 1978 pour la maison Dior, avec laquelle il collabore depuis 1947. Un hommage à celle sans qui «Paris ne serait plus Paris», comme disait Louis Aragon.
Mardi 30 décembre, Cannes.
Besch Cannes Auction SVV.



http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp