La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Fermeture estivale
L'Hôtel Drouot rouvrira ses portes le vendredi 15 septembre, à 11 h.
Équateur, Valdivia/Chorrera, 1500-600 av. J.-C. Mortier chamanique en forme de singe, pierre polie, l. 28 cm.
Estimation : 40 000/70 000 €
Collection Berjonneau-Muñoz
En 1954, au retour d’un séjour de plusieurs années au Mexique – où il avait rejoint son ami le peintre Rufino Tamayo et découvert à cette occasion l’art précolombien du pays –, Gérald Berjonneau épouse Julieta Esmeralda, fille d’Alvaro Guillot-Muñoz, ministre plénipotentiaire d’Uruguay, écrivain et américaniste, collectionneur averti d’œuvres principalement du sud du continent américain. Pendant plus de soixante ans, sa collection vouée au Mexique s’enrichit, étendue aux cultures de l’Équateur, de la Colombie et du Pérou. En 1985, il publie avec Jean-Louis Sonnery Mexique-Guatemala : chefs-d’œuvre inédits de l’art précolombien. Dix ans plus tard, près de trente pièces, présentées le jeudi 7 décembre lors d’une vente en soirée à Drouot-Montaigne, offrent un tour d’horizon de l’art mexicain d’avant la conquête de Cortés. D’autres œuvres prenaient le chemin de Drouot en 2011, attirant toujours les passionnés d’art de cette partie du monde. En septembre, ce mortier chamanique de la culture Chorrera, héritière de celle de Valdivia, acquis dans les années 1935-1950 par Alvaro Guillot-Muñoz, sera l’une des pièces maîtresses des cent vingt constituant un riche panorama d’art préhispanique. Au début de l’année dernière, le musée du quai Branly - Jacques Chirac offrait au public une exposition, «Chamanes et divinités de l’Équateur précolombien», soulignant les liens existant entre ce protecteur des rites ancestraux et les divinités de la nature. Selon Stéphane Martin, président du musée, il est «à la fois passeur de traditions, prêtre, guérisseur, astronome et chasseur, et jusqu’à sa transformation en déité temporelle, le chamane est investi du pouvoir des animaux sacrés.» Les populations de la côte Pacifique cultivaient notamment le maïs et le manioc : plusieurs cérémonies rituelles marquaient le calendrier des semis, de l’épanouissement et de la récolte de ces céréales nécessitant chaleur et pluie à certaines époques pour en favoriser la croissance. Pour entrer en communication avec les esprits des trois mondes – espace céleste, monde terrestre et inframonde –, un chamane spécialisé officiait dans un état de transe, induit par l’absorption de plantes psychotropes. Il utilisait pour cela un mortier dans lequel étaient broyées les substances nécessaires, chaque récipient correspondant à l’esprit de l’animal en question. Aux côtés des totémiques figures du jaguar, de l’aigle et du serpent figurent celle du singe, symbole d’adresse, de force et d’intelligence. Des qualités qui devaient être particulièrement appréciées pour la pratique de la chasse, autre activité essentielle des peuples de l’Équateur préhispanique. Cet objet plurimillénaire reflète la collection réunie par le père de Julieta, laquelle en prêta certaines pièces à l’exposition «Les maîtres du désordre» au printemps 2012, au quai Branly. Les rituels partout dans le monde rétablissent l’harmonie.
Mercredi 20 septembre, salle 9 - Drouot-Richelieu, à 15 h.
Millon OVV. M. Reynes.


 
Hartmann Schedel (1440-1514), Chronique de Nuremberg, in-folio, Nuremberg,
Antoine Koberger pour Sebald Schreyer et Sebastien Kamermaister, 20 juillet 1493.
Estimation : 40 000/50 000 €

 
Chroniques humanistes
Avec cette édition originale des Chroniques de Nuremberg, nous remontons aux origines même du livre imprimé. Son auteur ? Hartmann Schedel. Ce médecin allemand était un grand humaniste. Durant ses études à l’université de Padoue, il écrivit déjà une description générale des antiquités d’Italie. Mais c’est à Nuremberg, en Bavière, qu’il passa l’essentiel de sa vie et réalisa cet incunable, mondialement connu pour être le plus abondamment illustré. Cette ville, qui abrite les joyaux de la couronne impériale, deviendra un centre tant économique que culturel du Saint-Empire. De nombreux artistes, symboles de l’humanisme de la Renaissance, s’y installeront, à l’image du sculpteur Veit Stoss, du peintre Albrecht Dürer, mais aussi du maître de ce dernier, Michael Wohlgemuth (1434-1519), qui concevra une partie des illustrations des Chroniques de Nuremberg en compagnie de son beau-fils, Wilhelm Pleydenwurff. Publiée en 1493, cette histoire illustrée du monde, depuis sa création jusqu’aux années 1490, fut l’un des premiers ouvrages issus des presses d’imprimerie. Pour mener à bien ce monumental projet, Schedel s’inspira de tous les livres contenus dans sa propre bibliothèque, l’une des plus importantes collections de son temps. S’il fit appel à d’importants artistes et graveurs sur bois, il ne lésina pas sur la partie technique puisque ce fut Anton Koberger, parrain de Dürer, qui se chargea de l’impression et de la publication du résultat. Illustré de 1 800 figures, composées à l’aide de 645 bois différents, réparties sur la plupart des folios, sur des thèmes aussi bien religieux qu’historiques ou scientifiques, cet ouvrage se divise en six âges, de la création au présent, comme le prônait le philosophe et théologien romain Augustin d’Hippone. Schedel y conte l’histoire de l’Église et relate des événements contemporains, le tout mêlé de fables et de mythes ainsi que de descriptions de comètes ou de villes célèbres, parmi lesquelles Lyon, Paris, Venise ou Constantinople et bien sûr de Nuremberg. Un monde médiéval illustré par les meilleurs xylographes de leur temps !
Lundi 21, mardi 22 et mercredi 23 août, Montignac-Lascaux.
Pastaud OVV. Cabinet Poulain.
César Baldaccini dit César (1921-1998), Les Musiciens de jazz, sculpture en plâtre sur une âme de bois et de fer reposant sur un socle composé d’un parpaing, h. 175 cm.
Estimation : 80 000/120 000 €

 
César, oeuvre de jeunesse
Le mercredi 16 août, à Deauville, seront  présentées une gouache de Fernand Léger, préparatrice à sa grande composition sur le thème des Constructeurs (30 000/50 000 €), sans oublier une technique mixte sur carton à lavis contrecollé sur panneau, Don Quichotte, 1963 de Salvador Dalí (60 000/80 000 €). Et une pièce unique de César ! L’événement est assez rare pour donner lieu à de nombreuses réactions. Le sculpteur internationalement connu pour ses bronzes, édités en séries, propose ici une œuvre en plâtre n’ayant jamais été répétée. Un témoignage de ses premières années de création, qui correspondent à celles de l’après-guerre. Une période d’effervescence artistique, en particulier à Paris, où des artistes de toutes nationalités se retrouvent afin d’offrir une renaissance à la peinture et à la sculpture. César Baldaccini est né à Marseille un 1er janvier 1921 de parents d’origine italienne. S’il travaille un temps dans le bar de son père, il décide vite de suivre les cours de l’école des beaux-arts. Il y restera quatre années, de 1935 à 1939. En 1943, il monte à Paris afin d’intégrer l’École nationale des beaux-arts. Il y recevra un enseignement relativement classique basé sur le dessin d’après modèle, la taille directe, le modelage et le travail au tour. Tout le bagage nécessaire au sculpteur académique ! Mais on le sait, César ira bien au-delà de ces leçons en épousant les mouvements d’avant-garde de son temps et en particulier le nouveau réalisme. Mais cela n’interviendra qu’au début des années 1960… Notre plâtre, commandé par le propriétaire du Moustache Club de Hyères, remonte quant à lui à 1954. Si César a déjà commencé à utiliser des matériaux de récupération, il n’a pas encore rencontré le groupe formé autour de Pierre Restany. Pour l’heure, ses références se nomment Brancusi, Giacometti et Richier. Lorsqu’il était massier aux Beaux-Arts de Paris, il habitait d’ailleurs un logement au-dessus de l’atelier d’Alberto Giacometti, rue Hyppolyte-Maindron. L’artiste en devenir n’hésite pas à aller à la rencontre de ce maître au style novateur et à lui demander conseil. La sculptrice Germaine Richier ouvrira également la porte de son atelier aux jeunes talents, dont César. Elle lui donnera d’ailleurs l’occasion d’y travailler sur modèle, lui épargnant une dépense qu’il n’aurait pu se permettre. Elle l’aidera également à exposer au Salon de mai, en 1954, son Nu de Pompéi, qui sera primé. Une sculpture simple et directe positionnée sur un socle, à la matière très travaillée et aux lignes étirées, à l’image de nos Musiciens de jazz.
Mercredi 16 août, Deauville.
Tradart Deauville OVV.
Bassin d’huilier en argent, Rennes, vers 1706-1708, maître orfèvre Jean Grégoire (reçu en 1668), 25,5 x 15,5 cm, poids 1 083 g.
Estimation : 12 000/15 000 €
L’orfèvrerie bretonne à l’honneur
C’est à un rendez-vous "prestige", en grande partie dédié à l’orfèvrerie, que nous convie la maison de ventes Dupont & Associés au cœur du mois d’août, à Morlaix.
12 000/15 000 € seront ainsi demandés d’un bassin d’huilier. Un travail rennais des années 1706-1708, anciennement attribué à Jean-Baptiste Gérard, mais dont l’étude du poinçon – ses initiales «IG», la queue d’hermine bretonne, la fleur de lys sommée des deux points de remède et la couronne royale – permet de le donner à Jean Grégoire (reçu en 1668). Associé au surtout des tables royales et princières, l’huilier-vinaigrier est réuni à partir du XVIIe siècle en un seul objet en forme de plateau ovale, présentant quatre cavités, les deux grandes pour les flacons, les deux petites pour les bouchons. Comme ce bassin d’huilier, notre tasse à quêter (voir ci-dessus) est reproduite dans l’ouvrage de Jacques Berroyer sur Les Orfèvres de Haute Bretagne. Cet objet (7 000/ 8 000 €) exécuté vers 1697 par Louis Le Restif, issu d’une célèbre famille d’orfèvres de Saint-Brieuc, se compose d’un corps en argent uni et de deux anses terminées par des termes féminins, un motif extrêmement rare en Bretagne, où perles et dauphins sont habituellement représentés. Les armoiries sont celles d’une demoiselle de Cresolles, qui prendra le voile au couvent des Ursulines de Lannion. C’est ensuite une théière qui retiendra l’attention des amateurs. Haute de 15 cm, d’époque Restauration, elle est en vermeil orné de frises de feuilles d’eau et de feuilles de laurier, anse et bouton en ébène. Espérée à 1 800/2 200 €, elle est l’œuvre du célèbre Jean-Baptiste Claude Odiot (1763-1850), orfèvre de Napoléon et des napoléonides, puis de Louis XVIII et de ses successeurs, Charles X et Louis-Philippe. On terminera cette vacation par un lustre, estimé 6 000/8 000 €, et,
du même ensemble, quatre suspensions (même estimation). Munies d’un petit poinçon non identifié, ces dernières sont un travail français d’époque XXe, de style gothique, à valeur décorative mêlant boules, chaînes alternées de tiges, couronne de duc, anneaux, pommes de pin et autres tours festonnées. Tout un programme !
Albert Marquet (1875-1947), Paris, quai des Orfèvres, huile sur toile marouflée sur panneau, 21,5 x 26,7 cm.
Estimation : 40 000/42 000 €
Albert Marquet, Parisien dans l’âme
C’est à la fenêtre de son appartement du quai des Grands-Augustins, un jour de janvier 1947, qu’Albert Marquet s’éteignit. Il était en train de peindre une vue de Paris sous la neige. Une thématique récurrente dans son œuvre… L’artiste eut plusieurs ateliers sur les quais et aimait tout particulièrement décrire ces panoramas sur la Seine et ses ponts, autant d’architectures chargées d’histoire devenant les véritables protagonistes de ses compositions. Ses vues plongeantes audacieuses, ses contours estompés, ses effets de miroitement sur l’eau et ses nuances de lumière rappellent les leçons des impressionnistes et des fauves. Mais celles-ci seront bientôt modérées par l’utilisation d’une matière lisse, de formes simplifiées, une recherche d’harmonie tonale et une atmosphère poétique, qui valurent à Marquet d’être surnommé «notre Hokusai» par Matisse. Ce style reconnaissable entre tous fit la célébrité du peintre. Lorsque l’artiste signa l’achat de son appartement, en 1931, il expliqua au notaire, que, en réalité, c’était pour ses fenêtres qu’il le convoitait plus que tout, sa vue sur le pont Neuf avec, à gauche, le quai Conti, à droite celui des Grands-Augustins et, de l’autre côté de la Seine, le quai des Orfèvres. L’endroit est cependant loin de lui être inconnu, étant presque un souvenir d’enfance, un lieu récurrent dans sa vie d’homme et de peintre. Bordelais de naissance, Albert Marquet arrive à Paris avec ses parents à l’âge de 15 ans. En 1905, quinze ans plus tard, il emménage avec sa mère au 25, quai des Grands-Augustins, entre le pont Saint-Michel et le pont Neuf. Il vivra jusqu’en janvier 1908 dans cet appartement, avant d’occuper l’atelier libéré par son ami Henri Matisse au 19, quai Saint-Michel. À cette époque, il commence tout juste sa série des quais, observés par tous les temps et à toutes les heures du jour. Cette toile est accompagnée de son certificat du Wildenstein Institute.
Mardi 15 août, Cannes.
Besch Cannes Auction OVV.
Jean-Roger Sourgen (1883-1978), Lac des Landes au crépuscule, huile sur panneau, 1938, 130 x 102 cm.
Estimation : 3 000/5 000 €
Un Landais au pays basque
Bien que Landais d’origine et de cœur, Jean-Roger Sourgen a également peint dans le Pays basque. C’est en voisin qu’il s’invitera dans cette vente, dont l’autre vedette n’est autre que Ramiro Arrue. Provenant de l’atelier de l’artiste et conservés depuis sa mort par un de ses descendants, 153 peintures, dessins et céramiques seront proposés avec des estimations de 20 à 5 000 €. Se distingueront de nombreux paysages de sa région, peuplés de leurs immenses pins, tantôt sinueux, tantôt élancés vers le ciel, à l’image de ceux du Lac des Landes au crépuscule, baignés d’une lumière poétique, ou bien des Pins tortueux, attendus à 1 500/2 000 €. Un miroir peint d’une scène de Bergère au lac, à la même estimation, témoignera encore du goût de Sourgen pour l’ornementation en pleine période art déco, et une suite de huit assiettes à entremets à pans coupés, en faïence polychrome à décor de paysages basques et landais, pour la manufacture Henriot à Quimper, de son talent dans les arts décoratifs. Esthétisme et spiritualité priment dans le travail de cet artiste. Autodidacte, il a exercé de nombreux métiers, dont ceux d’horloger et de coureur cycliste, avant de se lancer dans la peinture en 1905, suite à sa rencontre avec Alex Lizal et Georges Bergès. Installé à Dax puis à Bayonne, il pratique aussi la photographie, privilégiant comme dans sa peinture les paysages et coutumes de son pays. En 1925, il s’installe à Hossegor, dans une villa, nommée «Rêver, Peindre, Chasser», spécialement créée pour lui par l’architecte Godbarge et lui permettant de communier avec la nature.
Lundi 7 août, Saint-Jean-de-Luz.
Côte Basque Enchères Lelièvre - Cabarrouy OVV.
Félix Ziem (1821-1911), Vue du Bosphore, toile, 68 x 113 cm.
Estimation : 40 000/60 000 €
Un rêve d’Orient à portée d’enchères
Le peintre voyageur Félix Ziem nous emmène sur les bords du Bosphore, avec Constantinople et la basilique Sainte-Sophie en arrière-plan, pour une nouvelle aventure orientale, une nouvelle rêverie exotique. Côtoyant les plus grands paysagistes de son temps, que ce soit à Barbizon ou au Havre avec Eugène Boudin, cet artiste a insufflé un style nouveau à la peinture orientaliste. À la manière d’un Jongkind, il annonce l’impressionnisme par sa force d’expressivité, son attention aux variations atmosphériques et à la lumière, tandis que le rendu par des touches légères évoque un Turner. Cet homme solitaire et excentrique a connu un parcours atypique, qui l’a mené de sa Bourgogne natale à Venise, en passant par Marseille et la butte Montmartre. Étudiant en architecture aux beaux-arts de Dijon, ce fils d’un émigré polonais prisonnier des guerres napoléoniennes se brouille avec ses professeurs et part rejoindre son frère dans la cité phocéenne. S’il commence à travailler sur la construction d’un aqueduc, il dessine également beaucoup, la découverte de la Méditerranée ayant aussitôt exercé sur lui une grande fascination. Son talent est bientôt repéré par le duc d’Orléans, de passage dans la région, qui l’incite à changer de voie et à ouvrir une école de dessin sur le Vieux-Port. Vient ensuite le temps des voyages. En 1841, il part pour l’Italie. L’année suivante, il découvre Venise avec émerveillement. Dès lors, il voue sa vie à la peinture. Il s’installe à Paris, à Montmartre, effectuant de fréquentes visites à ses amis Théodore Rousseau et Jean-François Millet, dans la forêt de Fontainebleau. Le succès aidant, il peut voyager sans souci financier, parcourant l’Orient, Constantinople et l’Égypte en 1856. Il partage son temps entre la capitale et le sud de la France, où il installe plusieurs de ses ateliers. À Martigues, à partir de 1861, dans sa maison transformée en bâtisse mauresque – coiffée d’une coupole et d’un minaret – , il s’immerge dans l’ambiance l’orientale. Un rêve d’ailleurs que Félix Ziem partageait largement avec le public de la seconde moitié du XIXe siècle, qui l’adulait littéralement.
Samedi 29 juillet, Lisieux.
Lisieux Enchères OVV.
Attribué à Nicolas Sageot (1666-1731), commode Louis XIV à façade cintrée
en marqueterie à contrepartie de laiton sur fond d’écaille brune, ornementation
de bronzes à patine dorée, plateau à encadrement d’ébène et de filets, marqueté
et agrémenté d’une lingotière, 82 x 123 x 59,5 cm.
Estimation : 40 000/50 000 €
Attribuée à Nicolas Sageot
Toute la majesté et le luxe du mobilier Louis XIV sont contenus dans cette commode, parée en outre d’un décor des plus originaux. Sur cette superbe marqueterie à contrepartie de laiton sur fond d’écaille brune paradent des singes montés sur des chevaux, des amours ailés parmi des rinceaux feuillagés, des oiseaux exotiques au milieu de branchages, des masques de faune ou encore, en façade, des lions marchant sur des plateaux que supportent des coquilles. Provenant du Château blanc en Normandie, ce meuble de belle qualité évoque le travail d’un grand ébéniste d’époque Louis XIV, Nicolas Sageot. Si c’est André-Charles Boulle qui porta la marqueterie métallique à son plus haut degré de perfectionnement, avec la mise en place du système de première partie et de contrepartie – donnant naissance à deux meubles complémentaires grâce au découpage des feuilles superposées de laiton et d’écaille –, Sageot fut son digne héritier. Ses créations, notamment ses commodes, sont assez rares sur le marché pour être mises en lumière. Elles ornent les plus grandes collections de par le monde ; l’une de ses commodes se trouve notamment à la Wallace Collection, à Londres, et une autre aux Arts Décoratifs. Passé maître ébéniste à Paris en 1706, Nicolas Sageot possédait un atelier au faubourg Saint-Antoine. Il se spécialisa dans les marqueteries de laiton et d’écaille, adaptées à des bureaux Mazarin ou à des commodes comme la nôtre. Leur composition est toujours parfaitement maîtrisée. Inspirés du monde romain et remis au goût du jour par Jean Bérain, dessinateur de la Chambre du Roi, les personnages, musiciens, singes ou angelots évoluent à leur gré dans un décor de rinceaux et d’arabesques qui évoque, dès les premières années du XVIIIe siècle, le style rocaille. En 1720, Nicolas Sageot, alors à son apogée, se permet de liquider son atelier. Il vivra dans une certaine aisance mais sombrera trois années plus tard dans la folie.
Dimanche 23 juillet, Doullens.
Herbette OVV.
Jean-Pierre Raynaud (né en 1939), Poste de secours (n° 3538), 1988, carreaux de faïence et aluminium, 92,5 x 77,4 cm.
Estimation : 25 000/30 000 €
Jean-Pierre Raynaud lance son SOS
Les carreaux de faïence blancs avec leurs joints noirs sont la signature de Jean-Pierre Raynaud. Tout comme Piet Mondrian, l’artiste a choisi un vocabulaire chromatique et géométrique épuré afin d’exprimer des pensées simples et des correspondances entre l’univers mental et le monde réel. Difficile également de ne pas penser aux nouveaux réalistes quand on voit ce panneau de signalisation au cœur de la composition. Tout comme César et ses acolytes, Raynaud réutilise des objets du quotidien et les détourne de leur utilité première. Une manière de faire entrer l’art dans la vie de tout un chacun ! Ce Poste de secours est emblématique du travail de Raynaud, évoquant un univers aseptisé, où tout semble contrôlé, mais aussi profondément inhumain. Mais pour cet homme ayant vécu l’horreur durant l’enfance, il est difficile d’atteindre un sentiment de sécurité totale. De ces années de guerre qui lui enlevèrent son père en 1943, lors d’un bombardement, Raynaud gardera un esprit sombre qu’il libérera dans ses premières œuvres, des «psycho-objets» aux allures de pierres tombales, composées entre autres de vieux jouets ensanglantés et de gravier blanc. Une carrière qui débute après l’obtention d’un diplôme d’horticulture en 1958 et la fin de son service militaire trois ans plus tard. Rapidement, l’univers de l’artiste prend forme : sens interdits, pots de fleurs en ciment et carrelages s’imposent déjà. Ses créations sont rapidement recherchées. Une exposition lui est dédiée à la galerie Jean Larcade en 1965. Ce sera la première d’une longue série qui le conduira au Brésil, en Italie, au Japon, à Cuba ou encore aux États-Unis. Son œuvre et sa recherche de la perfection formelle se concrétiseront dans un lieu, sa maison de La Celle-Saint-Cloud, construite en 1969 et entièrement décorée de carrelages blancs et des symboles de son travail. Après avoir vécu vingt-quatre ans dans cet endroit, il finira par le détruire. Il en exposera ensuite chaque élément dans des containers chirurgicaux au musée d’Art contemporain de Bordeaux.
Lundi 14 août, Arcachon.
Toledano OVV.

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