La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Marie Cerminova, dite Toyen (1902-1980), Au carrefour du silence, 1960, huile sur toile, 100 x 50 cm.
Estimation : 150 000/200 000 €
Toyen, inquiétante enchanteresse
Très jeune, Toyen intègre l’avant-garde politique et artistique de Prague. À peine âgée de 25 ans, elle est reconnue par André Breton et ses amis. S’opposant à l’occupation nazie, elle arrête de peindre et ne reprend les pinceaux qu’en France, à Paris, où elle participera aux activités surréalistes. Proche de Breton, elle est l’une des rares à lui rester fidèle et figure dans toutes les expositions de son groupe, comme par exemple celle, «Surrealist Intrusion in the Enchanters’ Domain», organisée à la galerie d’Arcy à New York en novembre 1960, l’année où fut peint ce tableau. Ses œuvres, érotiques, énigmatiques, sont toujours empreintes de poésie. «L’artiste reste attachée à sa foi en la vie onirique et à la force de la poésie face aux forces du mal», écrit Agnès de La Beaumelle (in Le Dictionnaire universel des créatrices, éditions des Femmes, 2015). Cette toile, vendue prochainement, est à la fois magique et affolante, à l’instar d’une autre œuvre, À l’entrée du silence (datée 1954), aux deux oiseaux dos à dos sur fond de feuilles comme balayées. Ici, devant de fines branches dénudées se détachant sur du bleu, une silhouette semble émerger d’un tronc en forme d’obus. D’une sorte de masque dessinant un cœur naît un visage fantomatique, coiffé de vagues formes, dont certaines font penser à des oiseaux de nuit. Cette allégorie d’un corps est recouverte de petites feuilles, régulièrement disposées, tressant un réseau d’écailles. Étrange figure entre lézard et serpent, qui fixe le spectateur de ses grands yeux, vides, hypnotiques. Rêve ou cauchemar ? Toyen est passée maître dans l’art de créer des visions troublantes : elle juxtapose des éléments contradictoires, réalisant des associations suggestives de l’irréel et de la banalité quotidienne. Elle renouvelle le fantasme généré par la forêt, frontière entre la réalité et le rêve, univers d’où surgissent d’indéfinissables créatures, insolites, baroques, inquiétantes… Ses œuvres de cette décennie oscillent entre l’espoir d’un monde meilleur, où l’individu peut s’épanouir dans toute la plénitude de ses désirs et pensées intimes, et une vision plus sinistre de l’avenir. L’artiste a cessé de peindre en 1969. Elle était allée au bout de sa quête des sources pures de l’essence humaine, se heurtant sans cesse aux règles des institutions, et aux codes officiels hypocrites. Son œuvre est aussi paradoxale que sa personne : un pseudonyme sans genre, qui devait libérer cette femme aux multiples facettes de toute convention sociale, sa stylisation masculine… Toyen, se souvient André Breton, «de qui je ne puis jamais évoquer sans émotion le visage médaillé de noblesse, (…) dont les yeux sont des plages de lumière».
Vendredi 17 mars, salle 5, Drouot-Richelieu.
Drouot Estimations OVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
Nicolas Mignard (1606-1668), Portrait de Scipion du Roure (1628-1696), 1658, huile sur toile, 67 x 53 cm.
Estimation : 40 000/60 000 €
Nicolas, l’autre Mignard
La simplicité de ce tableau virtuose arrête le spectateur. Le modèle au regard de braise est beau, fier, vêtu de noir rehaussé d’un large col blanc et d’un souple nœud rouge. Il s’appelle Scipion du Roure et son portraitiste, Nicolas Mignard. Un patronyme célèbre grâce à la renommée de Pierre, jeune frère de l’artiste. Né à Troyes, d’une famille d’artisans, Nicolas reçoit ses premières leçons dans cette ville, puis se rend à Fontainebleau, où les travaux du château lui permettent de rencontrer nombre d’artistes. Peu après, il entre dans l’atelier de Simon Vouet, revenu de Rome. Grâce à la protection de Nicolas de L’Hospital, maréchal de Vitry, nommé gouverneur de Provence en 1631, le peintre se retrouve à Avignon, cité papale et siège d’une brillante société. Il y rencontre Marguerite d’Avril ; il écourtera son séjour à Rome pour retourner en 1637 à Avignon, l’épouser. Nicolas Mignard bénéficie d’une clientèle aisée, qui raffole de ses peintures séduisantes, tant les portraits que les thèmes religieux. Il effectue un second voyage à Rome en 1644, accompagnant le cardinal du Plessis-Richelieu, frère du ministre de Louis XIII. De retour, il réalise le portrait de Molière dans le rôle de César dans La Mort de Pompée (1657), aujourd’hui conservé à la Comédie-Française. Dans les années 1632-1634, il avait fait la connaissance du vice-légat du pape, le cardinal de Mazarin qui, de passage en Avignon en 1660, remarque ses progrès. Souhaitant «avoir une seconde fois de lui son portrait de sa main», il l’appelle à Paris où le peintre travaille pour le roi (décors des appartements du bas de Louis XIV, chambre de parade de la reine aux Tuileries…) et réalise de nombreux portraits. Dispensé de morceau de réception, Nicolas Mignard, reçu à l’Académie en 1663, décède en 1668. L’altier modèle de ce tableau, Scipion du Roure, est officier au régiment d’Auvergne. Il a fait la campagne d’Italie et acquis des biens immobiliers dans l’île de Camargue, qui portent encore son nom. Il épouse, à Uzès le 1er octobre 1650, Domergue de Danger dont il eut quatre enfants. En secondes noces, pour légitimer leurs trois enfants, il prend pour femme Marie Boissière, mariage dont la publication eut lieu au mas de Tressauses, propriété près d’Arles connue depuis le XIVe siècle.
Vendredi 24 février, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Leclère maison de ventes OVV. M. Millet.
Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875), Souvenir des environs de Montpellier, huile sur toile, 17 x 30 cm.
Estimation : 80 000/100 000 €
Une sereine nature par Corot
Qu’elle soit celle du matin ou celle du soleil couchant, la lumière est douce qui enveloppe ce paysage des environs de Montpellier. Certains éléments, comme les rochers ou le ciel, sont brossés de larges coups de pinceau, arbres et maisons étant au contraire peints de touches plus légères. Une étiquette au dos mentionne sa présence à l’exposition «Beauté de la Provence», à la galerie Charpentier en 1947, sous le titre Le Château des Papes en Avignon, 1836, tandis qu’une inscription à la plume «Paysage d’Italie, appartenant à M. Rouart» est lisible au verso… Minuscule silhouette, un homme couché tout près d’un étang se distingue par son chapeau rouge. Exécutée vers 1840-1845, cette œuvre a appartenu au peintre paysagiste originaire d’Avignon, Édouard-Auguste Imer (1820-1881), avant de figurer jusqu’en 1912 dans la collection d’Henri Rouart (1833-1912), ingénieur, industriel et grand collectionneur qui a «introduit le virus de la peinture dans la famille», selon son arrière-petit-fils, l’écrivain Jean-Marie Rouart. Perpétuel itinérant, Jean-Baptiste Camille Corot, né dans une famille aisée parisienne, parcourut Normandie, Bretagne, Bourgogne, Auvergne, Saintonge, Picardie, Provence et poussa ses pérégrinations jusqu’en Suisse, aux Pays-Bas et à Londres. Il laisse aussi de nombreux paysages des environs de Paris – notamment de Ville-d’Avray, où il habitait une partie de l’année –, et d’Italie, où il séjourna à plusieurs reprises. Initié à la peinture sur le motif grâce à son contemporain Achille Etna Michallon, le jeune homme poursuit son travail dans la nature sous l’impulsion de Jean-Victor Bertin. S’il ne diffuse pas d’enseignement dans son atelier, Corot donne volontiers des conseils à ceux qui viennent le consulter. Il suscite l’admiration d’Eugène Boudin et marquera les impressionnistes Monet, Pissarro, Sisley, Morisot…, tant sa peinture démontre que la lumière crée la vie. On sait combien elle leur sera essentielle.
Mercredi 22 février, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre OVV. M. Auguier.
Naples, vers 1600. Cabinet en bois laqué noir et doré, 167 x 109 x 44 cm ; piétement postérieur.
Estimation : 28 000/35 000 €
Le décor, d’un meuble du XVIIe siècle à des oeuvres XIXe
La grande nouveauté du mobilier à partir du règne de Louis XIV consiste à délaisser l’inspiration architecturale… jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, en témoigne le serre-bijoux de Marie-Antoinette, aussi imposant qu’une façade de palais. Ce cabinet, lui, présente une façade divisée en trois compartiments, séparés par des colonnes torses et centrés de portes simulées à arcatures. Le sommet, à entablement et ressauts, est coiffé de deux frontons cintrés sur les côtés, celui du centre étant surélevé et triangulaire ; les côtés accueillent également des arcatures. Le décor évoque celui des textiles de l’époque, inspiré de modèles orientaux et composé d’oiseaux, de chiens parmi des rinceaux feuillagés, ornementation qui se prolonge aux revers des vantaux et sur les douze tiroirs intérieurs. Cet imposant meuble figure parmi du mobilier italien, notamment des sièges en bois doré, aux formes mouvementées. On retient aussi un secrétaire en cabinet en placage de satiné, métal et bronzes dorés, ouvrant par une porte à panneau en métal à l’imitation de laque du Japon, à décor d’une corbeille chargée de fleurs posée sur un chariot. Ce travail du début du XXe siècle est estimé autour de 15 000 €. Pour compléter le décor, parmi un important ensemble de porcelaines du XIXe siècle, choisissons une paire de vases en porcelaine de Paris à décor polychrome de paysages champêtres animés, les anses formées de sphinges en or amati tout comme les cols, pieds et socles, attendue à quelque 12 000 €. L’époque est aussi au tour de force technique, comme en atteste un vase couvert et son piédestal en faïence fine polychrome de Sarreguemines, de la seconde moitié du XIXe, qui mesure pas moins de 194 cm de haut (2 000/3 000 €). Quelques tableaux sont également présentés, parmi lesquels une grande composition peinte vers 1800, huile sur toile (117 x 147 cm) évaluée autour de 3 000 €. Dans un paysage oriental, on voit un vieillard chasser une jeune femme tenant un jeune garçon par la main ; derrière lui, se tiennent une femme et un jeune garçon. Dans le coin, on aperçoit trois hommes en conversation ou en prière. Cette scène pourrait représenter Agar et Ismaël épudiés par Abraham à la demande de Sara, ayant enfanté Isaac, selon la prévision des trois hommes de Mambré…
Vendredi 24 février, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Marc-Arthur Kohn OVV. MM. Renard, Vandermeersch, Cabinets Turquin, Étienne - Molinier.
Coffret nécessaire à couture formant écritoire, en placage de loupe de thuya, palissandre et ébène, décor de clous d’acier, l’intérieur du couvercle orné d’aquarelles de Vienne de Balthazard Wigand (1771-1846), 38 x 25,6 x 14 cm.
Estimation : 8 000/10 000 €
Sous toutes les coutures
Pas de certitude, mais une tradition familiale veut que ce coffret ait appartenu à Madame Campan (1752-1822). Nommée lectrice des filles de Louis XV en 1768, puis première femme de chambre de Marie-Antoinette, dont elle devient l’amie et la confidente, Jeanne-Louise Henriette Campan, née Genet, est passée à la postérité grâce à ses Mémoires, sorte de fresque sur la vie de la cour sous Louis XVI. Ruinée après la Révolution, elle revient à sa vocation première d’éducatrice et fonde, le 31 juillet 1794, l’Institution nationale de Saint-Germain, un pensionnat de jeunes filles. Rapidement devenu florissant, il reçoit les demoiselles de la haute bourgeoisie, Pauline et Caroline Bonaparte, sœurs du futur empereur, Hortense, Stéphanie et Émilie de Beauharnais, ou Zoé Talon, future comtesse du Cayla et dernière favorite de Louis XVIII. Le 5 septembre 1807, Madame Campan est nommée par Napoléon directrice de la Maison impériale de la Légion d’honneur d’Écouen. Considérée comme trop proche de ce dernier, elle tombe en disgrâce au retour des Bourbons, et se retire à Mantes en 1816. D’autres coffrets proches du nôtre par leur décoration existent, dont un exécuté par Rémond pour l’impératrice Joséphine, conservé à la Malmaison, et un autre à l’Osterreichisches de Vienne. Joignant l’utile à l’agréable, cette boîte est ornée de vues de rues et places de Vienne, et renferme ciseaux, fils, poinçon, encriers en cristal, bougeoirs en ébène, pendulette… mais aussi casiers secrets et pupitre pliant.
Mercredi 22 février, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Coutau-Bégarie OVV. M. Boulay.

 
École vénitienne du XVIe siècle, atelier du Titien, Jeune Sultane au vase, huile sur toile, 110 x 92 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €
De l’ancienne collection von Hadeln
Dans les premières décennies du XXe siècle, un jeune Allemand se passionne pour la peinture italienne, en particulier pour l’école vénitienne du XVIe siècle. Le baron Detlev von Hadeln (1878-1935) est issu d’une famille de militaires, comptant deux grands-pères généraux et un oncle vice-amiral. Étudiant à l’université d’Iéna, il consacre sa thèse à l’iconographie de saint Sébastien dans la peinture italienne avant 1500. Déjà. Cette passion ne le quittera plus, même pendant la Première Guerre mondiale. Il intègre alors le service de protection des œuvres d’art, s’occupant, par exemple, du démontage des vitraux de la collégiale de Saint-Quentin et de l’acheminement de la collection de pastels du musée Antoine-Lécuyer, pour les installer dans un magasin réquisitionné, Au pauvre diable, à Maubeuge.
Le catalogue et l’accrochage sont étonnamment modernes pour l’époque. À l’issue des conflits, Detlev von Hadeln peut reprendre le chemin de l’Italie et de ses recherches ; il s’installe à Florence, où il demeurera jusqu’à son décès. On lui doit de nombreux ouvrages, notamment sur Tintoret (1922) ou Titien (1924 et 1927), et des articles érudits pour The Burlington Magazine. Quelques œuvres de sa collection sont proposées dans cette vacation, telle cette Jeune Sultane au vase, œuvre d’un artiste de l’atelier du Titien inspirée par la série des portraits de femmes du maître. La toile porte une inscription «Omnia Vani/tas». On peut y voir une allégorie de la vanité, une représentation de sainte Madeleine ou une œuvre de fantaisie orientale.
Samedi 25 février, salle V.V.
Mallié-Arcelin OVV. M. Millet.
Serge Gainsbourg (1928-1991), Initials BB, manuscrit de premier jet [1968],1 page in-4o à l’encre.
Estimation : 8 000/10 000 €
Hommage à une liaison torride
Fin 1967, le très timide Serge Gainsbourg téléphone à la star de l’époque, Brigitte Bardot. Il lui propose une chanson intitulée Harley Davidson, où une superbe créature chevauche son «terrible engin». Après quelques coupes de champagne, l’actrice entonne «avec détermination et sensualité» cette chanson, parmi les plus célèbres… Elle lui inspire aussi Bonnie and Clyde, Comic Strip, Je t’aime moi non plus et Initials BB. Cette dernière est un adieu : mariée à Gunter Sachs, esseulée à Paris, Brigitte Bardot aura vécu une courte et torride passion avec l’auteur-compositeur-interprète. Tout rentre dans le rang lorsqu’elle part en Espagne, à Almeria, tourner dans un western avec Sean Connery, Shalako. Serge Gainsbourg part pour Londres afin d’enregistrer la chanson Initials BB et terminer l’album éponyme. Ce manuscrit nous transmet les premières pensées de Gainsbourg  «C’est la plus belle entre toutes les belles», met-il en exergue, barrant «la plus troublante la plus excitante envoûtante». Des mesures de la Symphonie n° 9, dite «Du Nouveau Monde» de Dvo˘rák seront jouées par un orchestre symphonique, servant de fond sonore et poétique au refrain «BB Initials», répété quatre fois. Le texte final sera différent ; cependant reste la magie de cette évocation amoureuse. Brigitte Bardot a déclaré en 2011 dans une interview à
Nice-Matin : «Après notre séparation, il m’écrivit dans la détresse un vibrant hommage : Initials BB, qui reste la plus belle déclaration d’amour qu’un homme m’ait jamais faite.»
Mardi 21 février, salle V.V.
Galateau - Pastaud OVV. M. Oterelo.
Henri Michaux (1899-1984), Peintures et Dessins. Avec un avant-propos et des légendes extraites de l’œuvre poétique de l’auteur, Paris, Éditions du Point du Jour, 31 octobre 1946, exemplaire de l’édition originale, un volume in-4o, comprenant 4 planches avec serpentes et légendes imprimées en rouge ; reliure en révorim noir moulé, Jean de Gonet Révorim, Atelier Antonio Perez Noriega, 1986.
Estimation : 1 000/1 200 €
Du classique à l’aventure contemporaine
Réunir une bibliothèque/collection comme celle de Gérard Vidalenche n’est possible que sur la durée (voir Gazette n° 5, page 13). Se lancer dans le soutien, l’acquisition de livres d’artistes et la commande à des relieurs contemporains nécessite d’avoir fait ses armes dans la bibliophilie classique… Retenons deux ouvrages soulignant l’un le côté traditionnel, l’autre la démarche aventureuse. L’exemplaire, un des 950, de l’édition originale de Peintures et Dessins…, témoigne des débuts en peinture de Michaux. Il est habillé d’une reliure aux plats en révorim (polyuréthane, mélange d’isocyanate et de polyol) de Jean de Gonet, qu’il avait inventée en 1985, et cosignée par Antonio Perez-Noriega, son collaborateur de 1983 à 1988. Yves Peyré, poète, écrit aussi des livres sur les peintres comme Henri Michaux, la permanence de l’ailleurs (édition José Corti, 1999). Il dédicace au collectionneur un exemplaire (d’un tirage à 29) de Mythologie, plaquette illustrée de photos du prix Nobel de littérature Claude Simon, dans une reliure d’Alain Taral de 2009, estimée 2 000 €.
«Il faut être libre et accepter que tout ce que vous avez en face de vous vous surprenne», conseillait Peyré dans Arts et Métiers du Livre en 2010…
Mardi 21 février, Hôtel Ambassador.
Alde OVV. M. Galantaris.
Epée d’honneur offerte au commandant Marchand en 1899 par le journal La Patrie, monture en bronze argenté, fusée reprise en ciselure représentant la déesse Hator ; branche de garde composée de deux crocodiles du Nil affrontés, l. 98 cm.
Estimation : 2 000/4 000 €

 
Souvenirs d’Afrique du commandant Marchand
Cette vente lyonnaise d’autographes et de manuscrits sera marquée par la dispersion d’un fonds du commandant Jean-Baptiste Marchand (1863-1934). Engagé à 19 ans, il commence en 1883 comme simple soldat du 4e régiment d’infanterie de marine. Mais après un passage à l’école militaire de Saint-Maixent, il est nommé sous-lieutenant en 1887. L’appel du large se fait sentir et il s’engage comme officier dans les tirailleurs sénégalais. Capitaine à 29 ans, il prend le commandement de la célèbre expédition «Mission Congo-Nil», en 1896, qui vise à implanter un nouveau protectorat français au sud de l’Égypte. Sa dernière mission aura pour cadre la Chine, au moment de la révolte des Boxers. Nommé colonel en 1902, il démissionne de l’armée deux ans plus tard mais devra reprendre les armes lorsqu’éclatera la Première Guerre mondiale. Héroïque, il sera blessé plusieurs fois et nommé général de division. Outre 1 050 documents issus de sa correspondance africaine, de 1887 à 1900, on notera la présence de son journal personnel en Chine, daté de 1900 à 1902 (4 000/6 000 €), et d’un manuscrit autographe sur sa mission au Kénédougou (dans l’actuel Burkina Faso) en 1891-1892 (3 000/4 000 €). Notre épée d’honneur, conçue par Marquet de Vasselot, lui fut quant à elle offerte en 1899 par le journal La Patrie, afin de commémorer l’épisode de Fachoda, le 25 août 1898. Cet incident diplomatique, à l’occasion duquel les troupes françaises et anglaises s’opposèrent pour le contrôle du Nil, faillit mettre à mal l’entente cordiale…
Mercredi 22 février, Lyon.
De Baecque & Associés OVV. M. Ajasse.
Antonio Segui (né en 1934), Testaferros, 2009, acrylique sur toile, 146 x 114 cm.
Estimation : 28 000/32 000 €
La quête identitaire d’Antonio Segui
L’œuvre d’Antonio Seguí est une longue quête identitaire. Grand voyageur, il est né à Cordoba en Argentine. Après des études artistiques dans son pays, afin de parfaire sa formation, il entame un périple qui le mènera en France, en 1951, puis en Espagne, en Amérique du Sud et centrale… Il finira par s’installer définitivement à Paris en 1963, suite au succès rencontré à la Biennale la même année. Il vit et travaille depuis lors dans l’ancienne propriété d’Émile Raspail à Arcueil, mais sa réputation internationale lui permet de réaliser des expositions dans le monde entier. Influencé à ses débuts par l’expressionnisme allemand, il élabore peu à peu une peinture figurative mettant en scène un personnage, «El señor Gustavo», portant toujours un chapeau et un costume, à la recherche de son identité et de sa place dans le monde. Un travail marqué par la figuration narrative ou encore le pop art, qui ne manque pas d’attirer la curiosité et, parfois, les reproches. Il faut dire que Seguí n’hésite pas à se lancer dans la critique sociale et politique. D’ailleurs, il avoue lui-même s’inspirer de l’un des maîtres en la matière, Honoré Daumier. L’histoire et les événements en Amérique latine l’intéressent et l’inspirent. Il évoque notamment, dans ses œuvres, la dictature militaire en Argentine. Même si, lorsque l’artiste rêve, il parle en espagnol et pense à Cordoba, ses préoccupations ont une dimension universelle. Il nous plonge au cœur de grandes villes où des hommes aussi grands que les maisons semblent fourmiller, errer, comme perdus dans leurs pensées et dans la grande machinerie sociale et urbaine. Humour et sentiment d’absurde se dégagent souvent de ses œuvres, traitées tout en aplats et s’inspirant de la bande dessinée. C’est le cas de nos Testaferros, littéralement les «prête-noms», qui partent remplir leurs fonctions… avec quelques doutes en tête !
Dimanche 26 février, Cannes.
Cannes Enchères OVV. M. Willer.

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