La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Diego Giacometti (1902-1985), deux paires de fauteuils Têtes de lionne, en bronze à patine verte d’après l’antique et fer forgé laqué noir, et de la deuxième version avec les pieds antérieurs en griffes de lion, 82 x 55 x 48 cm.  Estimation : 180 000/200 000 €, la paire
Discret et talentueux, l’autre Giacometti
La sévérité de ces assises est rompue par les têtes de lionne surmontant leurs accoudoirs. Loin de paraître féroces, elles sont presque mutines, à l’instar des matous que Diego côtoyait enfant dans la ferme familiale à Stampa, en Suisse. Lorsqu’il part rejoindre à Paris Alberto, son aîné de treize mois, il emporte dans sa mémoire cet Éden, peuplant d’images familières le mobilier qu’il réalise à partir des années 1950. La rigueur formelle inspirée de l’Antiquité est adoucie par une longue sinuosité, bondissant du dossier aux accoudoirs, telle une course de panthère. Observation et sens de l’humour se marient harmonieusement dans les meubles de Diego. Mais aussi un sens de l’amitié, qui le lie à des commanditaires comme l’éditeur Marc Barbezat, les Maeght et les Noailles, le couturier et maître de l’élégance Hubert de Givenchy… les premiers à reconnaître son talent, son inventivité, sa volonté perfectionniste. Depuis 1925 et son installation à Paris, Diego est le bras droit de son frère, dans son ombre. S’il se forme à la sculpture dans l’atelier de Bourdelle, à la Grande Chaumière, ils partageront celui de la rue Hippolyte-Maindron, jusqu’au décès d’Alberto, en 1966. Entre eux, la relation est fusionnelle ; le matin, Diego réalise les tirages en plâtre et l’après-midi, pose plusieurs heures durant comme modèle pour son aîné. Avant guerre, ils conçoivent pour Jean-Michel Frank des objets, tels que des luminaires et vases aux formes épurées. Diego se révèle rapidement un praticien indispensable dans leur processus créatif. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il se retrouve seul à Paris et réalise alors ses premières créations indépendantes, comme des flacons de parfum pour assurer son quotidien. Si le tandem se reforme en 1945, les socles et les armatures qu’il réalise pour les sculptures d’Alberto attirent l’intérêt de Marguerite et Aimé Maeght, ainsi que de Pierre Matisse, dès le début des années 1950. S’ensuit la commande de l’entier mobilier d’une salle du restaurant zurichois de Gustave Zumsteg. L’art de Diego prend son essor ; il a trouvé sa voie : la création d’un monde imaginaire où il laisse libre cours à sa fantaisie, où se mêlent souvenirs d’enfance et sensibilité inventive prolifique. Le propriétaire actuel des pièces proposées a tout jeune été en contact avec des œuvres des Giacometti, réunies par sa grand-mère, comme l’atteste un inventaire de 1962. Au début des années 1980, il acquiert par l’intermédiaire d’Heinz Berggruen ces deux paires de fauteuils à Têtes de lionne, l’un des modèles iconiques de Diego avec le Chat maître d’hôtel, inventé pour servir de mangeoire aux oiseaux.
Jeudi 28 juin, Lyon.
Conan Hôtel d’Ainay OVV. M. Roche.
Kees Van Dongen (1877-1968), La Lecture ou Rabelais, 1911, huile sur toile, 145,5 x 145,5  cm.
Estimation : 3/5 M€
Fauve et mondain, Van Dongen 1911
L’élégante jeune femme lisant devant une peinture de trois-mâts voguant toutes voiles dehors occupe l’essentiel de la composition ; des reflets verts, étranges, soulignent son front, son cou, la main tenant le livre, la jupe jaune fendue épousant sa jambe. Sur le canapé au coussin vivement coloré, un chat noir nous fait un clin d’œil. Cette œuvre, le peintre la garda chez lui longtemps, avant de l’offrir à sa fille Dolly. Kees Van Dongen livre un portrait de son épouse Guus, dans un cadre intime et une composition audacieuse : rond de la table à la nappe rayée, carré du coussin aux motifs de fleurs stylisées, rectangle de la marine, formes géométriques qui enserrent le corps en «Z» du modèle. Les pompons de la tunique rappellent le collier de perles, les pages du livre font écho aux voiles du navire. Une main de Fatma, rapportée de leur récent voyage au Maroc, apporte une touche exotique à la toilette de son épouse, peut-être une création de Paul Poiret, dont le couple est proche. Augusta, dite Guus, Preitinger et Kees Van Dongen se sont rencontrés à l’Académie royale des beaux-arts de Rotterdam. Elle est la première à venir s’installer à Paris, où l’artiste anarchiste vient la rejoindre. Ils se marient en juillet 1901, année où il rencontre Félix Fénéon, futur directeur artistique de la galerie Bernheim-Jeune, qui prend le peintre sous contrat en 1908. Il avait participé à la célèbre exposition du Salon d’automne de 1905, qui vit la naissance des «Fauves». Proche de Matisse, voisin et ami de Picasso au Bateau-Lavoir, il peint des œuvres sensuelles, vivement colorées, que certains accusent d’être vulgaires. Il fournit également des caricatures à L’Assiette au Beurre, Frou-frou et Rabelais. Van Dongen glisse dans le titre de l’ouvrage que lit Guus un clin d’œil à une période des vaches maigres révolue. Il fréquente le monde de Paul Poiret, son ami et collectionneur, amorce d’une carrière de portraitiste mondain. Pour l’heure, il bénéficie de deux expositions chez Bernheim-Jeune ; il écrit dans la préface de celle de décembre 1911 : «Du vert qui est l’optimisme qui guérit, du bleu qui est la lumière et le repos, du jaune royal, quelques couleurs d’oubli et toutes les couleurs de la vie». Un beau résumé.
Lundi 25 juin, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Leclere maison de ventes OVV.
Fernand Léger (1881-1955), Composition abstraite, plantes et cordages, vitrail en trois éléments, réalisé vers 1960 d’après un carton de l’artiste de 1950 par la maison Aubert à Lausanne (Suisse), 144,5 x 208,5 cm.
Estimation : 130 000/150 000 €
Couleur et lumière, un vitrail de Fernand Léger
Fils unique d’un éleveur de bovins, Fernand Léger est, dès l’âge de 3 ans, élevé par sa mère seule, Marie. «J’ai passé toute mon enfance en Normandie, cela m’a donné des bases solides, rudes», raconte-t-il à Tériade. En 1922, elle lui lègue une ferme à Lisores, près de Livarot, dans le Calvados, où il installe un atelier dans lequel il revient périodiquement travailler. Vers 1950, en hommage à la piété de sa mère et de sa première épouse, il transforme l’ancien four à pain en une chapelle, pour laquelle il dessine les vitraux ; la ferme-musée sera ouverte au public cet été. Après 1945, et son retour des États-Unis, Léger poursuit ses expérimentations dans diverses directions, comme il le faisait entre les deux guerres pour le cinéma et le ballet, reprenant son goût pour l’architecture – après le collège, il avait travaillé pendant deux ans chez un architecte de Caen. Il avait rencontré au Canada, pendant la guerre, le dominicain Marie-Alain Couturier, grand commanditaire d’œuvres religieuses. Ainsi, avec Matisse, Braque et Chagall, il est appelé, en 1946, pour décorer l’église Notre-Dame-de-Toute-Grâce, au plateau d’Assy. Quelques années plus tard, il est également sollicité pour le chantier de l’église du Sacré-Cœur d’Audincourt, près de Montbéliard, et peint les maquettes des dix-sept vitraux, réalisés en dalle de verre et ciment par Barillet. L’artiste, athée, a conçu un chemin de lumière et de couleur. «Magnifier les objets sacrés […] traiter le drame du Christ, cela n’a pas été pour moi une évasion… j’ai simplement eu là l’occasion inespérée d’orner de vastes surfaces selon la stricte conception de mes idées plastiques», explique-t-il. Il transpose ce programme aux vitraux de l’université de Caracas, en 1953, et bien sûr pour cette chapelle familiale de la ferme de Lisores, qui dispose depuis peu de tous les vitraux, dont certains reproduits à l’identique. Et pour cette création, Léger est resté fidèle à lui-même, s’inspirant de tout ce qui l’entoure : un paysage vallonné, aux couleurs symboliques – rouge pour la violence, vert pour l’espérance, blanc pour le deuil, jaune pour la foi, bleu pour la vie. Sa seconde épouse, Nadia, confie à la maison Aubert, de Lausanne, le soin de les réaliser. En 1980, ces trois vitraux sont montés en paravent ; le verre incolore rend plus intenses et lumineuses les couleurs de cette nature idéalisée.
Lundi 25 juin, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Aguttes OVV. Mme Reynier.
Victor Vasarely (1906-1997), UZOK-IEF, 1952-1955, huile sur panneaux découpés, 65,5 x 44 cm.
Estimation : 20 000/25 000 €
Géométrie interne de la nature
Glissement de terrain, découpage d’une île ? Les formes devraient s’emboîter, mais ce n’est pas certain. Justement cette incertitude fait bouger l’œuvre, et c’est bien le but de Victor Vasarely. Dès ses premières œuvres abstraites, il élabore un vocabulaire qui permet des combinaisons infinies, afin, dit-il, de créer un «art cérébral et méthodique». La magie de cet alphabet opère aussi sur des éléments figuratifs. Dans ce tableau au titre énigmatique, Vasarely a réduit les motifs, quelques panneaux découpés peints en noir sur un fond bleu. La surface grumeleuse, l’ombre portée par les découpes animent la sévérité de la surface. Un séjour à Belle-Ile-en-Mer, pendant l’été 1947, lui révèle «la géométrie interne de la nature». Il poursuit dès lors son idée maîtresse : la transformation d’un matériau brut naturel en une abstraction. Cette époque marque aussi un retour à la nature par l’utilisation de la forme géométrique. Les œuvres des années 1950 mettent en avant des plages de couleurs contrastées posées en aplats, qui mèneront au cinétisme. On le voit déjà à l’œuvre dans Hommage à Malévitch (1952-1958), où le carré pivotant sur son axe se transforme en losange. L’illusion d’optique émane d’une unité plastique constituée de deux formes-couleurs contrastées. À partir de ces unités plastiques et de leur basculement, une notion de mouvement et d’espace apparaît tant en peinture que dans l’environnement urbain, tel qu’il affirme avec force : «L’avenir se dessine avec la nouvelle cité géométrique, polychrome et solaire. L’art plastique y sera cinétique, multidimensionnel et communautaire, abstrait à coup sûr et rapproché des sciences»…
Mercredi 27 juin, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Christophe Joron-Derem OVV.
Gustave Loiseau (1865-1935), La Mairie à Port-Marly, huile sur toile, 46 x 55 cm.
Estimation : 30 000/50 000 €
Pérégrinations en solitaire
Gustave Loiseau laisse d’innombrables vues des vallées de l’Oise, à Pontoise, et de l’Eure, des falaises du pays de Caux, de la campagne à Moret-sur-Loing, des bords de l’Yonne, de la Bretagne – qu’il parcourt de Pont-Aven à Perros-Guirec. Ces perpétuels déplacements ne l’empêchent pas de profiter de la capitale, où il habite. Ses biographes l’ont surnommé «l’historiographe de la Seine», dont il ne cesse de parcourir les rives. Comme nombre de ses contemporains, parmi lesquels Alfred Sisley et Camille Pissarro, il aime poser son chevalet à Herblay, dont il apprécie le tournant du fleuve, à Triel, où il étudie le pont presque sous tous les angles, à Port-Marly, dont les animations sont nombreuses : la batellerie, le passage des péniches, les crues de la Seine, les lavandières, l’industrie naissante, les baigneurs et les pontons… La berge de la Grenouillère à Croissy-sur-Seine est en effet toute proche, et les îles ne prennent que quelques minutes en bateau. Il réside à Port-Marly en 1907, 1910 – année des grandes inondations – et 1911. Notre toile, réalisée cette année-là, a fait partie de la collection Guerlain et a appartenu à la galerie Durand-Ruel. Dès 1898, cette dernière fera connaître et apprécier les œuvres de Gustave Loiseau en les exposant dans ses salles de Paris et de New York, et n’hésitera pas à prêter des toiles aux manifestations en province mais aussi en Russie, en Angleterre, en Argentine, en Suisse et même au Japon !
Mercredi 27 juin, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Audap-Mirabaud OVV. Cabinet Maréchaux.
Naples, milieu du XVIIe siècle, attribué à Vittorio Billa, dit V.B.L. Cabinet aux profils des douze Césars, ébène et verre églomisé, 55 x 99 x 35,2 cm.
Estimation : 80 000/120 000 €
Viktor Büeler ou Vittorio Billa
Ces cabinets étaient considérés comme des objets de luxe. Les peintures sous verre étant fort recherchées, de nombreux spécialistes de cet art installaient des ateliers là où les demandes étaient les plus nombreuses. Ce fut le cas de Naples – gouvernée par un vice-roi d’Espagne au XVIIe siècle –, avec une clientèle tant italienne qu’espagnole à satisfaire, où un peintre verrier signant «VBL» s’établit jusqu’en 1650. D’après les recherches doctorales entreprises par Elisa Ambrosio, de l’université de Fribourg, il aurait été identifié par plusieurs chercheurs comme Viktor Büeler, originaire de Soleure en Suisse, qui aurait signé de son nom italianisé à Naples. Ce monogramme figure en effet sur des vitraux du début du XVIIe siècle provenant sans doute de la chapelle de la cathédrale Saint-Nicolas, à Fribourg. Le peintre verrier aurait été formé à Zurich, dans l’entourage de Jacques Sprüngli. Il emploie la technique de l’amelierung, une feuille métallique collée sur la plaque de verre, puis gravée ; les ajours sont ensuite couverts d’un glacis translucide coloré, une seconde feuille de métal, lisse ou froissée, étant enfin ajoutée. Pour Alvar Gonzalez-Palacios, Vittorio Billa est enregistré comme peintre sur verre actif à Naples à partir de 1635. L’iconographie de ce cabinet est tirée de La Vie des douze Césars de Suétone, publiée entre 119 et 122 et consacrée aux biographies des premiers «princes» de Rome de la famille de l’auteur de la Guerre des Gaules. On désigne communément sous ce nom Jules César et les onze empereurs successifs : Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron, Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, Titus et Domitien.
Mercredi 27 juin, salle 10-16 - Drouot-Richelieu, à 15 h 30.
Marc-Arthur Kohn OVV.
Francis Picabia (1879-1953), Les Peupliers, Moret, 1904, huile sur toile, 54 x 65 cm.
Estimation : 150 000/170 000 €

 
Picabia impressionniste
Jusqu’au 23 septembre, le musée Granet d’Aix-en-Provence accueille l’exposition «Picasso - Picabia - La peinture au défi». Au menu, 150 œuvres de ces (faux) frères ennemis, des débuts du cubisme vers 1907 à leur disparition. Des œuvres comme ce paysage de la vallée du Loing sont là pour nous rappeler les débuts de Picabia, dont la peinture semble aussi agitée que la vie sentimentale – trois mariages et de nombreuses liaisons. De 1893 à 1909, il est postimpressionniste, puis divisionniste, frôle l’abstraction, revient au fauvisme qu’il a touché en 1905, adopte le cubisme en 1912 – orphique –, avant d’être à l’origine du mouvement Dada avec Marcel Duchamp. En 1921, il s’en éloigne pour suivre André Breton sur le chemin du surréalisme, puis se lance dans des compositions abstraites à partir de 1945, qu’il nomme «sur-irréalistes». Nous en sommes loin avec cette vue du village de Moret-sur-Loing, où fleurissent au XIXe siècle maisons de plaisance et villas, et où les peintres quittent leurs ateliers citadins pour le plein air. Picabia n’échappe pas à la règle qui, pour répondre aux attentes d’une clientèle aisée, marche sur les brisées de Pissarro – qui ne voit en lui que «l’élève de Cormon» – et de Sisley, revient sur leurs motifs – rideau de peupliers, effets de soleil ou de brume, église, cour de ferme, pêcheurs au bord du Loing – en se les réappropriant. À la différence toutefois de ses prédécesseurs impressionnistes, qui se rendent ou même résident sur place, Picabia semble avoir fait usage de la carte postale, apparue vers 1890, plus que de la photographie. Une tradition familiale veut en effet qu’il ait pris cette dernière en aversion après avoir accompagné son grand-père dans ses campagnes photographiques et porté son matériel. «Tu peux photographier un paysage, mais non les idées que j’ai dans la tête. Nous ferons des tableaux qui n’imiteront pas la nature», aurait-il dit son aïeul. La suite allait lui donner raison.
Jeudi 28 juin, salle 14-15 - Drouot-Richelieu.
Jean-Marc Delvaux OVV.
Chine, époque Jiaqing (1796-1820). Vase en porcelaine blanche émaillée polychrome à décor de branches de grenadiers fleuries, lotus, rinceaux et chauves-souris, marque à six caractères en rouge de fer en zhuanshu, h. 35,5 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €

 
Le langage des fleurs et des plantes
On sait combien la porcelaine chinoise peut susciter la convoitise des marchands et des collectionneurs d’Europe mais surtout de ceux de l’empire du Milieu… Estimé 60 000/80 000 €, notre vase n’est pas à l’abri d’une heureuse surprise. C’est tout le mal qu’on lui souhaite. Sa panse piriforme, prolongée par un col étroit, est peinte d’une scène continue de branches de grenadiers fleuries, en bourgeons ou épanouies parmi les rochers. Le pied et le col sont ceints de lotus, de rinceaux et de chauves-souris se détachant sur un fond vert. Venue du Moyen-Orient probablement au IIe siècle avant J.-C., la grenade fut cultivée pour sa fleur et son fruit. Comme le melon, la courge, le lotus ou l’arachide, celui-ci est rempli de graines et fait partie des cadeaux de mariage exprimant les souhaits d’une grande descendance. Si l’on offrait à l’origine de vrais fruits, on a pris l’habitude de donner leur représentation sous forme de peintures ou de porcelaines. La grenade est souvent associée, au sein d’une triade porte-bonheur, à la pêche et à la bergamote, et était l’un des motifs préférés de l’empereur Jiaging, qui l’utilisa comme décor des boiseries de son palais d’été. La chauve-souris est probablement le rébus le plus typique de la symbolique chinoise. Signe de longévité pour les taoïstes, car elle vit dans les grottes – passage obligé vers le domaine des Immortels –, réputée pour ses vertus aphrodisiaques, elle était utilisée dans la préparation de drogues. Par groupe de trois, notre petit mammifère est l’attribut du bonheur, de la richesse et d’une longue vie.
Vendredi 29 juin, salle 14-15 - Drouot-Richelieu.
Jean-Marc Delvaux OVV. Cabinet Portier et associés.
Charles Lacoste (1870-1959), Rayons dans l’ombre, quai des Tuileries, 1902, huile sur carton marouflée
sur panneau, 56 x 56 cm.
Estimation : 10 000/15 000 €
Lacoste, le rêveur éveillé
Quatre tableaux – trois toiles et un panneau – de Charles Lacoste prennent ici le chemin des enchères. Ils proviennent de la famille de l’artiste. Deux d’entre eux représentent Paris, l’un la Seine aux Tuileries (voir photo), l’autre Une place la nuit, 1901 (8 000/12 000 €), les deux autres étant consacrés à la capitale anglaise. De 1894 à 1897, Lacoste réside en effet à Londres, chez son ami Hubert Crackanthrope, et réalise une série d’œuvres dans un esprit proche des Nabis, à l’atmosphère brumeuse, comme en témoignent les Remorqueurs à Battersea et Hyde Park, estimés respectivement 4 000/6 000 € et 2 000/3 000 €. Rares sont ses vues de la capitale française et encore plus celles de Londres. Originaire de Floirac, en périphérie de Bordeaux, l’artiste autodidacte restera toute sa vie attaché à sa région d’origine, le Tarn-et-Garonne, où vit sa famille paternelle. Ses nombreux paysages en témoignent. Formé au contact de la nature, il laisse des vues du Gers, région de son service militaire, d’Auvergne, des environs de Mantes-La-Jolie chez ses amis Rouart, de Haute-Savoie, du Pays basque et du Béarn, et enfin de Paris, où il s’installe au tournant du siècle. Il livre une œuvre faite d’ordre et de mesure, à la manière de Félix Vallotton, aux cadrages originaux, aux aplats colorés subtilement nuancés par l’aurore, le crépuscule, la brume ou la nuit éclairée par la lune. Il offre ici une vue plongeante des quais de la Seine, dont les arbres et l’eau occupent la majeure partie, en teintes délicates et à l’atmosphère presque mystérieuse.
Vendredi 29 juin, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. Cabinet Ottavi.
Julien Dupré (1851-1910), La Vache blanche, huile sur toile signée et dédicacée «à Henri Pauvert» en bas à gauche, 73 x 93 cm (restauration).
Estimation :  6 000/8 000 €
Julien Dupré dans la lignée de Jules Breton
Étonnante de réalisme, la vache se tient dans une prairie devant une ferme. La fille de la maison est en train de la traire, sous la surveillance de sa mère, debout sur le pas de la porte. Le sujet, sans l’ombre d’un doute, est la bête, dont les cils et le pelage sont minutieusement peints. Un grand tableau – 116 x 153,5 cm – similaire figure dans les collections du musée d’Orsay depuis 2012 ; acquis par l’État au salon de 1890, il est envoyé au musée du Luxembourg, pendant trois ans, ornant ensuite une salle du Sénat jusqu’en 1964, avec un détour par la mairie d’Iwuy (Nord). Cette version plus petite est dédicacée à Henri Pauvert, et comporte quelques variantes, dans le traitement plus naturaliste de l’herbe en particulier. Issu d’une famille de bijoutiers à Paris, rien ne prédisposait Julien Dupré à devenir le chantre de la vie rurale – et l’un des meilleurs peintres animaliers de son temps. Cependant, il intègre très jeune l’atelier de Désiré Laugée, représentant du mouvement naturaliste, dont il épouse la fille aînée, Marie. Tournant le dos à l’académisme, ignorant le mouvement impressionniste, il se place dans la lignée de Millet et de Jules Breton, et choisit de peindre la vie rurale, les gestes des paysans, fauchant, portant des gerbes et… les vaches. On lui doit par exemple une Vache échappée, La Laitière… Son traitement de la lumière et sa palette de couleurs contribuent à rendre la justesse de son observation.
Mercredi 27 juin, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Muizon - Rieunier OVV. Cabinet Perazzone - Brun.
Michel Andrault (né en 1926), Saint Sébastien entouré d’os, os d’oiseaux, résine et fer, 35 x 35 cm.
Estimation : 300/500 €
Andrault, architecte, sculpteur et collectionneur
À feuilleter le catalogue des collections de Catherine et Michel Andrault, on parcourt plusieurs mondes réunis avec patience et coups de cœur (voir Événement, Gazette n° 24, page 16). Dans la seconde vacation, le mardi 26 juin, on découvre un aspect moins connu du célèbre architecte : ses dessins et sculptures. «Une feuille de papier, un crayon, une plume, un pinceau et le plaisir est là», confesse-t-il. Certaines œuvres ont un lien évident avec ses tours édifiées avec son associé Pierre Parat ; mais aussi «les innombrables réalisations effectuées selon le modèle novateur du “gradin-jardin” qui sont venues renouveler la perception que l’on pouvait avoir du logement social dans les villes nouvelles du bassin parisien», écrit Christian Gros, commissaire de l’exposition «Archi-sculptures de Michel Andrault» au centre d’art La Fenêtre, à Montpellier (jusqu’au 29 septembre). Le nombre important de dessins, qui se transforment en crânes sculptés, et de vanités amassées à travers le monde laisse penser que, pour lui, la plus ensorcelante architecture est l’ossature du visage. Ces ossements sont parfois mis en scène avec un certain humour, comme ici saint Sébastien, réduit à un squelette transpercé de flèches. Plus proche de maquettes d’architecte, Le Grand Escalier, assemblage de bois, estimée autour de 700 € tout comme Hommage à Böcklin, 2011, reconstitution imaginaire de L’Ile des morts, célèbre tableau du peintre, exposée en 2016, à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon.
Lundi 25 et mardi 26 juin, salle 14-15 - Drouot-Richelieu.
De Baecque OVV.
César-François Cassini de Thury, Carte générale de la France, dite de l’Académie des sciences, 184 cartes contenues dans 181 cartonnages en basane marbrée de l’époque.
Estimation : 20 000/30 000 €
Une certaine idée de la France
Malgré quelques déchirures, trous et pliures, cet ensemble est exceptionnel. Il est composé de 182 feuilles, qui assemblées les unes aux autres forment un carré d’environ onze mètres de côté, reconstituant la totalité du territoire français. Le papyrus, soit 184 cartes contenues dans 181 cartonnages auxquelles s’ajoutent des cartes de plus petit format, est presque entièrement issu du tirage du XVIIIe siècle et finement colorié à la main. Nombre de feuilles portent le cachet «Munificentis Regis», un ex-libris non identifié, d’autres l’étiquette «Aux bougies parisiennes, rue Dauphine…». Initiée en 1747 par Louis XV, cette carte est la première représentation scientifique de l’Hexagone, parce qu’elle fut établie sur des opérations géodésiques très précises et respecte exactement la planimétrie du pays. Sa réalisation nécessita cinquante-neuf années, jusqu’en 1815. Astronome et géomètre, César-François Cassini de Thury (1714-1784) n’en est pas à ses premiers travaux quand il entame ce grand œuvre. Formé très tôt aux travaux de terrain avec son père Jacques, entré à l’Académie des sciences à 21 ans, il réalise en 1744 la triangulation du royaume – une première mondiale –, puis une carte géométrique des champs de bataille de Flandres. Conquis, le roi lui confie celle de la France, sur le même modèle. Cette vaste entreprise, interrompue à plusieurs reprises par la guerre, le manque d’argent et une gravure sur cuivre qui s’éternise, sera achevée par son fils, Jean-Dominique Cassini, dit Cassini IV (1748-1845).
Vendredi 29 juin, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Baron - Ribeyre & Associés OVV. Pescheteau-Badin OVV. M. Lhermitte.
Bécassine, scénario signé par Bruno Podalydès, et ensemble d’objets.
Estimation : 300/500 €
Des étoiles dans les yeux
Organiser des projections de films dans les hôpitaux pour les enfants malades et dans les centres spécialisés pour adolescents handicapés : tel est le pari de l’association Rêve de cinéma, qui œuvre depuis vingt ans pour ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir se rendre dans les salles obscures. Pour la deuxième année consécutive, le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) se mobilise par la voie de sa présidente, Frédérique Bredin, proposant aux enchères des objets offerts par les professionnels du cinéma, dont la vente viendra soutenir les projets de l’association. Inutile d’avoir l’âme d’un collectionneur pour assister à la dispersion, et surtout pour enchérir sur la vingtaine de pièces proposées en salle et sur toutes celles cédées sur internet (www.drouotonline.com). À l’affiche de ce nouvel opus, on a retenu le parapluie de Bécassine utilisé dans le film, tout juste sorti sur les écrans, et le scénario signé par le réalisateur Bruno Podalydès, le costume complet de Théo Fernandez pour Gaston Lagaffe, celui de laquais porté par Vincent Macaigne dans Le Sens de la fête. Un peu plus loin, on pourra tenter sa chance sur le vinyle signé par Vincent Cassel de la bande originale de Gauguin – Voyage de Tahiti, sur des accréditations pour la sélection officielle du festival de Cannes 2019 (deux nuits pour deux personnes, montée des marches et projections), un portrait photographique inédit de Maria Callas de 1958, un autre de Bernadette Lafont dans le vieux port de Cannes en 1959, le scénario du Retour du héros signé par le réalisateur et les acteurs Mélanie Laurent et Jean Dujardin, ou encore celui de 120 battements par minutes dédicacé par Robin Campillo. La fiction se rapproche de la réalité avec un stabile fabriqué pour la comédie de Sophie Marceau Mme Mills, dans laquelle Pierre Richard tente de vendre cette pièce comme une œuvre d’art primordiale alors qu’elle a été réalisée par un inconnu… Autant d’atouts pour des enchères soutenues en faveur de la mission de Rêve de cinéma.
Jeudi 28 juin, salle 9 - Drouot-Richelieu, 19 h 30.
Art Richelieu - Castor Hara - Deburaux OVV.
Début XVIIIe siècle, attribué à Claude III Audran (1658-1734). Ensemble composé de deux portières et d’un dessus-de-porte peint sur toile à l’huile sur un fond de feuille d’or à décor de figures allégoriques de femmes dans des encadrements de fleurs, de putti et d’arabesques. 132 x 80 cm (portières), 98 x 117 cm (dessus-de-porte).
Estimation : 30 000/40 000 €
D’ors… et déjà de légèreté
Ces décors auraient fait partie d’un ensemble plus important ayant garni un salon doré ou un petit cabinet des glaces, dans le style raffiné du début du XVIIIe, de l’un des trois hôtels particuliers du 5, rue de Constantine, sur l’esplanade des Invalides, construits en 1889 par Alfred Coulomb pour Louis-Emmanuel, vicomte d’Harcourt-Olonde. En 1911-1912, ce même architecte érige un autre édifice, achevant ainsi «le mur des d’Harcourt». Les descendants de cette lignée de la noblesse française habitent encore l’immeuble quand il devient, en 1967, propriété du gouvernement canadien qui en fait son centre culturel. Attribué à Claude III Audran, ce décor est à rapprocher de ceux de deux clavecins – l’un conservé au château de Versailles, l’autre au musée de la Philharmonie de Paris –, et des cartons de la tenture des Douze mois grotesques (1710), exécutée pour l’appartement du Dauphin à Meudon. Sans oublier le plafond peint de singeries, oiseaux et amours de l’hôtel particulier du 26, rue de Condé, dans le sixième arrondissement parisien, redécouvert en 2009. Comme ce dernier, il est réalisé à l’huile directement appliquée sur l’enduit, se détachant sur un fond de couleur or, dans un style encore influencé par celui dit «à la Berain», avec cartouches et entrelacs servant de supports aux figures. Les dais, les guirlandes de fleurs et de fruits, les amours et les volatiles gagnent en revanche en souplesse. Né à Lyon, dans une famille de peintres et de graveurs, Claude III Audran était à la tête d’un atelier extrêmement florissant, répondant aux commandes d’une clientèle prestigieuse et des résidences royales de Marly, La Muette ou la Ménagerie de Versailles. Si ses collaborateurs sont nombreux, c’est lui qui, par sa seule signature, garantit la qualité artistique. Du 5 juillet 1704 à 1720, il bénéficia de la charge de concierge (c’est-à-dire de conservateur) du Palais du Luxembourg. L’essentiel des dessins de cet artiste qui se présentait devant ses contemporains comme «entrepreneur de grosse peinture en huile et en détrempe» et qui compta parmi ses élèves Antoine Watteau, est conservé au National Museum de Stockholm.
Vendredi 29 juin, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Leclere Maison de ventes OVV.

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