La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Eglon Van der Neer
(1635/36-1703),
La Grande Dame, 1665,
huile sur toile,
64 x 55,5 cm.
Estimation :
300 000/400 000 €.
À la une
Le décor est aussi somptueux que les parures de la belle et élégante jeune femme, descendant quelques marches en compagnie de son alerte petit chien. Connu sous le titre de La Grande Dame, ce tableau du peintre hollandais Eglon Van der Neer évoque en effet le style de vie d’une classe raffinée. Le peintre isole la demoiselle, lui prête un sinueux mouvement, accentuant encore cette impression de calme aisance. Indifférent aux gentilshommes derrière elle, son regard est attiré par quelque chose, objet ou personne hors cadre. Gracieuse, elle est élégamment parée de perles, habillée de soie cerise et satin blanc. L’artiste s’est délecté dans le rendu des textures, visibles non seulement dans la robe, mais aussi dans le tapis d’Orient jeté sur la balustrade. Van der Neer réside à cette époque à Rotterdam, avec son épouse Maria Wagensvelt, fille d’un riche notaire de la ville. Il se spécialise dans les scènes d’intérieur, où évoluent de riches personnages. Il est difficile de parler de portraits, bien que l’on retrouve les modèles dans divers tableaux. La Jeune Femme au plat d’huîtres, conservée à Vienne au Liechtenstein Museum, ressemble ainsi à celle de la peinture présentée ici. Son style délicat et poli fait penser à Gerard Ter Borch ou Frans Van Mieris, que Van der Neer semble avoir bien connu comme en témoignent les portraits qu’il fit de ce peintre et de son épouse. Cette Grande Dame, emblématique de son oeuvre de ces années-là – il composera plus tard des tableaux inspirés de la mythologie ou de la Bible ainsi que des paysages –, possède aussi un beau pedigree. Elle a appartenu à Louis-Bernard Coclers, portraitiste liégeois, et a figuré dans sa vente en 1816 à Amsterdam. On la retrouve ensuite dans la « remarquable et précieuse » galerie de tableaux de M. Piérard, peintre amateur formé à l’académie des beaux-arts de Valenciennes, acquise lors de sa vente à Drouot en mars 1860 par le duc de Galliera. Quatre ans plus tard, William Bürger, expert à qui l’on doit la redécouverte de Vermeer, la cite dans un article sur la galerie des frères Isaac et Émile Pereire : « Charmant portrait de femme, figure entière, de petite proportion, signé d’Eglon Van der Neer. » En 1872, ce tableau, figurant dans la vente de leur collection, est payé 8 200 francs par le baron Rodolphe Hottinguer (1835-1920) et conservé dans la famille par descendance. Cent quarante ans plus tard, cette précieuse élégante retrouve le chemin des enchères.
Lundi 26 mai. Moulins.
Enchères Sadde SVV. Cabinet Turquin.
La Russie en 1839,
4 volumes in-8°, demi-chagrin vert, Paris, 1843.
Estimation : 50 000/60 000 €.
La Russie en 1839
Cet exemplaire a appartenu au bibliophile Jacques Guérin et auparavant, surtout, à madame Adélaïde, soeur du roi Louis-Philippe, dont il porte le chiffre. Ouvrage essentiel dans l’histoire de la littérature politique, La Russie en 1839 fut utilisée sous tous les courants idéologiques, de Nicolas Ier à la guerre froide, en passant par la révolution soviétique. Cette oeuvre plaide contre la monarchie absolue, pour un gouvernement constitutionnel. Comme La Démocratie en Amérique de Tocqueville, dont elle serait le pendant, La Russie en 1839 met en garde contre tout despotisme de la majorité. Un ouvrage toujours d’actualité…
Mardi 29 avril Drouot - Salle 7
Binoche et Giquello SVV (M. Courvoisier, expert)
Gianmaria buccellati, centre de table nautilus en argent ciselé, formé de six conques reposant sur des coquillages, h. 14, l. 36 cm.
Estimation : 12 000/15 000 €.
Emplettes marines
S’il a connu son heure de gloire sportive en 1976 avec Alain Colas, c’est avec Bernard Tapie, en 1982, puis avec Mouna Ayoub que le Phocéa fut à nouveau célèbre. Comme voilier de luxe cette fois. Jusqu’en 2004, c’était même le plus grand yacht du monde, avec ses quelque soixante-quinze mètres de coque bleu marine. Le bijou de technologie conçu par le navigateur français pour des courses en solitaire aura subi d’importantes transformations. En 1997, Mouna Ayoub, ancienne épouse du milliardaire saoudien Nasser Al-Rashid, jette son dévolu sur lui et le rachète à l’homme d’affaires français. Elle fait réduire les mâts, ajouter un étage, transformer et décorer l’intérieur. Les travaux, confiés à un chantier de Brême, dureront trois ans et coûteront 140 millions de francs. Loupe d’orme, bois de rose, salon de coiffure, salle de gymnastique, dix-sept salles de bains… rien n’est trop beau, bien sûr, pour recevoir – quand il n’est pas loué – Gloria Gaynor, Ursula Andress, Claudia Schiffer, Roger Moore, Jack Nicholson, Jean-Claude Gaudin et quelques têtes couronnées monégasques, danoises ou espagnoles. En 2010, l’executive woman se sépare de son bateau. Aujourd’hui, elle tourne définitivement la page en se séparant du millier d’objets qui le décorait. 250 lots – auxquels s’ajoutent 200 autres ayant garni son hôtel particulier de Neuilly – viennent aujourd’hui sous le feu des enchères. De nombreux services de table ou de verres, de l’orfèvrerie – emmenée par un centre de table (voir photo) et deux coupes Nautilus au poinçon de Gianmaria Buccellati –, des instruments de navigation, des aquarelles et des lithographies, des lots de livres sur le yachting, des luminaires, du linge de table ou de toilette à la griffe du Phocéa, pour lesquels des sommes de quelques centaines à près de 15 000 € sont espérées. Une robe Lascar (collection « Les Indes galantes », 2000, 15 000 €) et un ensemble pull marin-pantalon (collection « La Parigote », 2002, même estimation) de Jean-Paul Gaultier quittent la collection de cette passionnée de mode. Cette fois, c’est sûr, le Phocéa lève l’ancre définitivement.
Lundi 28 (salle 5-6) et mardi 29 (salle 5) avril à Drouot-Richelieu.
Rieunier & associés SVV. Mme Blanckaert, M. Kassapian.
Miquel Barceló (né en 1957), Dogon I, 2008, technique mixte sur toile, 260 x 360 cm. 
Estimation :
150 000/200 000 €
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Traversée du désert
Sur un fond ocre et brun se détachent des silhouettes noires. La scène se passe en Afrique, vraisemblablement au pied de la falaise de Bandiagara, au Mali, en territoire dogon. C’est là, en effet, que l’artiste originaire de Majorque a posé une partie de ses bagages – quand il n’est pas en voyage, dans les ateliers de son île natale ou à Paris – en 1992, après avoir sillonné le pays pendant trois ans. Barceló est fasciné par l’Afrique et par ses peuples. Il y trouve matière à ressourcer son travail. Une sorte de « grand nettoyage », dit-il. Initié par sa mère, Miquel Barceló n’a que 12 ans quand il décide de devenir peintre à son tour. À 17 ans, il entame son nomadisme artistique, de Barcelone à Paris, en passant par New York, Londres et Madrid, croisant le chemin de Warhol, Basquiat et Twombly. Celui du succès aussi, dès le début des années 1980. Quelques années plus tard, il éprouve le besoin d’aller voir ailleurs. Sur le continent noir. Il découvre les Dogons, leurs coutumes, leurs contes, leurs croyances. Nombreuses sont les oeuvres qu’ils lui inspirent, où les êtres vivants apparaissent comme des signes, mystérieux. Notre tableau rappelle aussi comment l’artiste à l’énergie débordante aime se confronter à des surfaces impossibles, engluer son pinceau, empiler les couches de peinture, gratter et racler la matière. Quand il n’accroche pas ses tableaux au plafond, laissant la peinture créer formes et reliefs en dégoulinant, ou choisit de réaliser des aquarelles à partir de liasses de papier mangées par les termites de sa terre d’adoption. En février 2010, le CaixaForum de Madrid – centre culturel créé par la célèbre banque –, organisait une rétrospective des dix dernières de l’oeuvre de l’artiste majorquin. Le quotidien El País titrait son article annonçant la manifestation : « Miquel Barceló, inventaire du chaos »…
Mardi 29 avril, 19 h, espace Tajan. Tajan SVV.
Maria Elena Vieira da Silva (1908 - 1992), Éclaircie, 1961,
huile sur toile signée et datée, 89 x 116 cm.
Estimation :
350 000/400 000 €.
Dubuffet, Vieira Da Silva et les autres
Bandes, zébrures ou quadrillages, couleurs criardes ou diluées… chaque artiste du XXe siècle à sa signature. La maison de ventes versaillaise démontrera à nouveau la diversité des avant-gardes ayant fait évoluer l’abstraction depuis l’après-guerre. Quelques exemples ? Les traces colorées de Martin Barré, délimitant un carré imparfait sur sa toile grège pour construire l’espace de son tableau de 1957, intitulé 57-100 x 100-A (100 000/150 000 €), ou les petits carreaux évanescents semblant sortir du brouillard pour l’Éclaircie simulée par Maria Elena Vieira da Silva en 1961 (350 000/400 000 €, voir photo). Un an plus tard, Jean Dubuffet, poursuivant ses propres expérimentations, livre le premier tableau de son cycle Hourloupe. Il s’agit du Personnage reproduit, acquis par son propriétaire actuel auprès de Daniel Cordier, le marchand attitré de l’artiste à partir de 1960. Outre son intérêt artistique, cette oeuvre charnière est revêtue d’une indéniable valeur historique, motivant une estimation comprise entre 250 000 et 350 000 € (voir détail page de droite et page 78). Ce nouveau langage plastique invite le spectateur à lire entre les lignes pour mieux percevoir l’organisation et le sens des formes allusives. Une certaine figuration reste ici perceptible, le visage, même hachuré et fragmenté comme le reste de la surface, se détachant grâce à ses teintes bleu et rouge sur le fond blanc. Des couleurs que l’artiste va bientôt employer de manière exclusive, pour ses cellules cernées de noir. L’expérience peinte se verra prolongée par des sculptures monumentales, conçues selon le même principe de cloisonnement créant un univers parallèle. L’artiste, qui a étudié l’ouvrage d’Hans Prinzhorn sur La Création chez les malades mentaux et prôné à ses débuts un art brut libéré de toute contrainte culturelle, privilégie la spontanéité de l’oeuvre plutôt que son interprétation. L’art ne doit-il pas demeurer, selon ses propres mots, « une question et non une réponse » ?
Dimanche 27 avril, Versailles. Versailles Enchères SVV.
Francis Picabia (1879-1953),
Danseuse de french cancan, 1942-1943, huile et crayon sur carton, 105,5 x 76 cm.
Estimation :
100 000/150 000 €.
Picabia et la pin-up
Selon Serge Lemoine, « il existe un cas Picabia ». Alors qu’il était conservateur du musée de Grenoble, il eut l’audace de monter une exposition « Francis Picabia, les nus et la méthode », d’octobre 1997 à janvier 1998. Dire que le peintre est fasciné par la femme est pratiquement un pléonasme. Il l’a mise « à toutes les sauces » : dans des espagnolades, dadaïste, surréaliste, et même croquée en pin-up. Provocateur sans doute, il n’hésite pas à associer tous les styles, à abolir les barrières entre grand art et imagerie populaire, tel un précurseur du pop art mais avec un côté que nous pourrions qualifier de pornographique. Il puise ses sources dans les photos de nus, les magazines populaires, les affiches de music-hall, essentiellement à partir des années 1925, lorsqu’il s’installe à Cannes, et notamment dans les années de l’Occupation. La critique en reste stupéfaite et préfère ignorer ces toiles qui lui paraissent mal peintes, grossières, violentes dans leurs couleurs crues. En réalité, ce groupe d’oeuvres s’inscrit parfaitement dans un corpus tout en provocation, évoluant par foucades, les séries se succédant sans lien apparent, mis à part le regard grinçant qu’il porte aux mouvements artistiques du moment. Depuis sa période impressionniste, il se veut le meilleur d’un style, et réussit le tour de force de nous passionner tout de même, comme le prouvent les nombreuses exégèses qui lui sont consacrées. La Danseuse de french cancan, peinte en 1942 (vendue sur autorité de justice), est emblématique de sa liberté artistique revendiquée à une époque où règne la censure du gouvernement de Vichy. Il érige son modèle, tiré probablement d’une revue des années 1930, en une figure qui défie le spectateur, affriolante et intouchable à la fois. Le froufroutement de sa tenue de scène, les bas noirs, la blondeur peroxydée et le maquillage souligné : tous ces éléments peuvent évoquer le « gai Paris » avec ses petites femmes aux moeurs légères. Libres comme Picabia.
Cannes, dimanche 27 avril.
Cannes Enchères SVV, Mes Aymard - Debussy. M. Willer.

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