La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Lé Phô (1907-2001), Bouquet de fleurs dans un vase et boîte en laque, huile sur soie, 96 x 63 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €
Lé Phô, entre tradition asiatique et modernité occidentale
Semaine asiatique oblige, les tableaux et surtout les objets d’Extrême-Orient sont de sortie. Notre bouquet est signé – en chinois et en français – de l’un des maîtres de la peinture vietnamienne du XXe siècle. Né dans le nord du Vietnam, Lé Phô – entré à 16 ans à l’école professionnelle créée à Hanoï pour former les Vietnamiens aux métiers d’art – fit partie de la première promotion de la toute jeune École des beaux-arts d’Indochine, fondée en 1925 par Victor Tardieu. Avec ce dernier, il participe à l’Exposition coloniale de 1931, à Paris, un séjour qui lui donnera l’occasion de découvrir non seulement la France, mais aussi la Belgique, les Pays-Bas et l’Italie, et dont se nourrira son œuvre. De retour dans son pays en 1933, il enseigne à l’École des beaux-arts de Hanoï et voyage en Chine, avant de s’installer définitivement dans la capitale française en 1937. Si ses œuvres, essentiellement des portraits de femmes, des maternités et des bouquets de fleurs, ne sont pas rares depuis quelques années sur le marché, celle-ci séduit d’autant plus qu’elle montre deux objets typiquement asiatiques : une boîte en laque et un vase en porcelaine, dont le décor de pivoine fait écho à celle du bouquet. L’œuvre est exécutée sur soie, technique traditionnelle chinoise par excellence. Les fleurs se détachent sur un fond dépouillé, bâti sur un jeu très simple de lignes verticales et horizontales. Sur la gauche, la reine des fleurs, la fameuse pivoine, qui fait figure de vœu de prospérité et de paix quand elle est dans un vase. Elle est ici mêlée aux iris, jaunes et bleus, une plante réputée emprunter à l’arc-en-ciel l’éventail de ses couleurs tendres, et à la rose, végétal des rituels de la beauté et de l’amour. Enfin, si l’œillet, qui inspirera de nombreux peintres, se rencontre plus souvent sous nos latitudes qu’en Asie, le coquelicot, symbole populaire de la vie champêtre, tient son nom du cri du coq, dont la couleur de la crête ressemble à celle de la fleur. Coupé, ce petit pavot sauvage, se fane rapidement. Sauf si les enchérisseurs sont nombreux à vouloir se l’offrir…
Mardi 12 décembre, salle 15 - Drouot-Richelieu. Ferri OVV. Cabinet Perazzone - Brun.
Tibet, XVIIIe siècle. Tangka représentant Blobzan Thugsrje, détrempe sur toile, 83 x 59 cm.
Estimation : 5 000/6 000 €
Collection Rolf Alfred Stein
Les positions des bouddhas et autres divinités bouddhiques, comme les Guanyin dont une effigie de l’époque Song figure en couverture de cette Gazette, indiquent aux fidèles leurs fonctions. Ceci est également vrai pour les lamas tibétains. Le lama Blobzan Thugsrje de l’ordre Sakya, une des quatre branches du bouddhisme tibétain, est représenté assis en padmasana, dans sa fonction d’enseignement, sa main droite en varada mudra (geste du don), la gauche tenant le pustaka (livre) ; des scènes de sa vie et différents bouddhas l’entourent. Ce tangka figure dans la collection Rolf Alfred Stein (1911-1999). Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’Étude du monde chinois : institutions et concepts, Rolf Stein avait fait ses études de sinologie et d’ethnologie à Berlin. Réfugié en France en 1933, il entre à l’école des langues orientales, obtient son diplôme de langue chinoise en 1934, de japonais deux ans plus tard, et entreprend des études de tibétain. Naturalisé en 1939, il est envoyé en Extrême-Orient, d’abord au Vietnam, ensuite en Chine, et effectuera de nombreuses missions au Tibet et au Japon. De 1960 à 1964, dans le cadre d’un projet international financé par la Fondation Rockefeller, il conduit un travail  avec quatre Tibétains (deux moines et un couple marié) ne parlant que tibétain et n’ayant jamais eu de contact avec le monde extérieur. Spécialiste notamment du Tibet, il savait apprécier l’ensemble de douze perles dites «dzi», estimé 5 000 €. Ces amulettes apportent selon le nombre d’yeux des bénéfices spirituels, mais aussi bien réels, comme la prospérité et d’heureuses relations.
Samedi 16 décembre, salle 14 - Drouot-Richelieu. Leclere mdv OVV. Cabinet Portier & Associés.
Creil-Montereau, partie de service de table nommé Rousseau, en faïence fine de la manufacture de Lebeuf et Milliet, au modèle créé en 1866 par Eugène Rousseau  et Félix Bracquemond, à décor polychrome japonisant, comprenant 167 pièces.
Estimation : 6 000/8 000 €­­
Le service Rousseau, le premier japonisant
Stéphane Mallarmé reconnut tout de suite le talent de l’artiste et graveur Félix Bracquemond (1833-1914). Le suivant même dans ses décors pour un service de table. Dans son compte-rendu de l’Exposition internationale de Londres en 1871, le poète fait l’éloge de «cet admirable et unique service, décoré par Bracquemond de motifs japonais empruntés à la basse-cour et aux réservoirs de la pêche, la plus belle vaisselle récente qu’il me soit donné de connaître». L’artiste trouve son inspiration dans les planches d’Hokusai et d’Hiroshige. Il partage avec eux cet amour de la nature, du moindre brin d’herbe, d’un frêle insecte ou d’un coq imposant. François-Eugène Rousseau (1827-1890), marchand éditeur dans les années 1860, adresse une lettre au graveur pour lui demander un conseil technique au sujet d’un service de table dont il a le projet. Bracquemond s’implique totalement dans cette entreprise. Lorsque ce service est présenté pour la première fois à l’Exposition universelle de 1867, le succès est au rendez-vous ; le jury remet une médaille de bronze à Eugène Rousseau, et d’or à la manufacture Lebeuf et Milliet. Plusieurs éditions se succéderont jusque dans les années 1930. Mallarmé, décidément admiratif de ce service, écrit en 1872 : «Je devrais particulièrement citer, comme traduction du haut charme japonais faite par un esprit très français, le service de table demandé, hardiment, au maître aquafortiste Bracquemond, où se pavanent, rehaussés de couleurs joyeuses, les hôtes ordinaires de la basse-cour et des viviers.»
Vendredi 15 décembre, salle 1-7 - Drouot-Richelieu. Ader OVV. M. Froissart.
Travail du Comtat Venaissin, première moitié du XVIIIe siècle. Console d’applique en fer forgé et tôles repoussées, redorées, ornées de feuillages, chiens dressés et couronnes comtales, montants en double crosse, dessus et socle en marbre campan, 92 x 135 x 64 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €
Chef-d’oeuvre de ferronnerie du Comtat Venaissin
Si les estimations sont suivies, deux tableaux anciens devraient grimper aux plus hautes marches du podium de cette vente. Tout d’abord, un Grand Bouquet de fleurs dans un vase en majolique italienne de Jan Bruegel le Jeune (voir en couverture de la Gazette n° 40, page 8) pour lequel 300 000/500 000 € sont espérés, puis une toile de Jean-Baptiste Pater (1695-1736), Assemblée dans un parc, attendue à 150 000/200 000 €. Excellent coloriste, cet ancien élève de Jean-Antoine Watteau, comme lui natif de Valenciennes, restera fidèle aux fêtes galantes de sa jeunesse. Dans un genre plus martial, on suivra également une grande statuette (h. 54 cm) d’arquebusier en armure chargeant son fusil, en bronze à patine brune, une œuvre attribuée au Vénitien Tiziano Aspetti (1565-1606). Pour cette figure allégorique du dieu de la Guerre Mars, impressionnante par la profusion de détails et la finesse de sa ciselure, comptez 50 000/70 000 €. Cette rare console en fer forgé et tôles repoussées n’a cependant rien à lui envier pour ce qui est de l’exubérance de la sculpture. Caractéristique du Midi, ce type de production était l’exclusivité des maîtres serruriers, le bronze restant l’apanage des bronziers. S’il est très difficile d’attribuer la paternité de ces ouvrages à un artisan, la plupart étant restés dans l’anonymat, le petit socle en marbre permet de différencier notre meuble – d’apparat, plus que d’usage – des œuvres parisiennes et lorraines. Plus chargée, plus baroque, la production provençale réservée à l’élite de la noblesse et du clergé rappelle la proximité de l’Italie. Les inventaires font état de telles pièces dans des hôtels particuliers à Aix, Marseille et Avignon. Un modèle comparable à celui-ci est conservé dans la majestueuse cathédrale gothique Saint-Just-Saint-Pasteur de Narbonne. «Sous une main habile, ce métal obéit comme de la cire et reçoit les formes les mieux dessinées et les plus agréables», peut-on lire dans le journal L’Avant-coureur en 1763. Reste à trouver l’auteur et le commanditaire de notre table, dont les chiens dressés et les couronnes comtales fournissent probablement des indices.
Mercredi 13 décembre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu. Beaussant Lefèvre OVV. MM. Bacot, de Lencquesaing.
Eugène Printz (1879-1948), bureau en placage de palmier, structure en fer forgé, piétement latéral à lame pleine à angles arrondis, ceinture avant et arrière légèrement bombée, 144,3 x 67,3 cm.
Estimation : 350 000/400 000 €
Eugène Printz, sculpteur de meubles
Le nom d’Amedeo Modigliani est presque indissociable du thème de la cariatide. Celle-ci est tout en rondeurs, même si son visage s’inspire des figures féminines de l’art africain cher à l’artiste. Avec sa pose originale et sensuelle, cette cariatide semble s’offrir au spectateur, à qui il en coûtera toutefois 100 000/150 000 €. Autre atout non négligeable de cette feuille : sa provenance, la descendance du peintre américain Richard Thorndike (1875-1935). Fils d’une riche famille de Boston, marié à une Bréhatine qui fut son modèle à Paris, Thorndike s’engage en 1915 dans l’armée française. Sa maison à Kermouster, au-dessus de l’estuaire du Trieux, est vite devenue un lieu de séjour pour quelques grands peintres de l’époque. Thorndike et Henriette, son épouse, vivent entre la Bretagne, Paris et Nice, où l’artiste possède la belle villa Jim. Grand amoureux de la peinture, celui que l’on surnomme «Gros Père» est avant tout un bon vivant, très généreux avec ses amis artistes. En particulier avec Amedeo Modigliani, à qui il acheta ce dessin, l’un des rares vendus par le peintre italien de son vivant. Une vingtaine d’années séparent cette cariatide de l’autre vedette de la dispersion : un bureau d’Eugène Printz en placage de palmier, dont un modèle similaire agrémenté d’un porte-plume et d’une tablette figurait au musée Galliera en 1932, à l’exposition «Le métal dans l’art», et au Salon des artistes décorateurs deux ans plus tard. Bois précieux, comme le kekwood et l’ébène, le palmier demande une technique très particulière. Les billes n’ayant qu’une vingtaine de centimètres de diamètre, seul le cœur est utilisable, qui permet des placages extrêmement fins. Les tirages des meubles de ce créateur s’échelonnent de trois à vingt exemplaires. Ceux-ci n’ont d’ailleurs jamais été atteints, les meubles luxueux et répertoriés n’étant exécutés qu’au fur et à mesure des commandes. Autant dire que par le jeu de quelques variations de détails, les productions d’Eugène Printz sont des pièces uniques, parfois non signées. Ainsi de notre meuble de travail sobre et élégant, associant courbes et angles saillants, bois et métal.
Mercredi 13 décembre, salle 10 - Drouot-Richelieu. Maigret (Thierry de) OVV. Mme Sevestre-Barbé, MM. de Louvencourt, Maury.
Jan Sluijters, Johannes Carolus Bernardus dit (1881-1957), Le Canal de Westzaan avec le moulin de Tweeling, vers 1909-1910, huile sur toile, 50 x 61,5 cm.
Estimation : 20 000/25 000 €
Du fauvisme à l’expressionnisme, Jan Sluijters
En attendant la prochaine exposition «Hollandais à Paris», qui se tiendra à partir de février au Petit Palais, à Paris, les enchères permettent de s’intéresser à Jan Sluijters (qui s’écrit aussi Sluyters), qui, avec ses amis Léo Gestel et Piet Mondrian, séjourna à plusieurs reprises à Paris. Une œuvre de cet artiste figure en effet dans cette vente aux côtés d’une Nature morte attribuée à Jan Jansz de Heem (voir Gazette n° 36, en couverture page 8). Né à Bois-le-Duc, étudiant à l’Académie des beaux-arts d’Amsterdam, il obtient en 1904 une bourse pour voyager pendant quatre ans. Paris fut son choix, où il retrouve Van Dongen, qui l’introduit notamment auprès de Matisse. Dès ses premiers envois, on constate que son style a pleinement adopté les couleurs vives de ceux qui seront appelés les fauves. Il avait pu aussi connaître l’œuvre de Vincent Van Gogh, par les expositions organisées par la veuve de Théo aux Pays-Bas. Il en adopte «l’emploi de couleurs pures en larges touches», selon Raymond Cogniat (Histoire de la peinture, 1954). Le tableau Femmes qui s’embrassent (1905) choqua non par son sujet, mais par la violence de ses couleurs et sa touche fougueuse ; il causa l’annulation de sa bourse. Cette toile, tout comme Le Bal Tabarin de 1907, est conservée au musée Van Gogh d’Amsterdam. De retour aux Pays-Bas, Jan Sluijters peint des paysages de Hollande saturés de couleur. Pour cette toile, il pose son chevalet au bord du canal de Westzaan, près de Zaandam, un site déjà apprécié par Claude Monet, sur la rive face au moulin De Tweeling, détruit en 1933 et dont les fondations en pierre avaient été posées en 1823 par des jumeaux, d’où son nom, et d’une maison verte, édifiée en 1661 et visible encore aujourd’hui.
Vendredi 15 décembre, salle 5 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30. Jean-Marc Delvaux OVV.
Chine, début du XXe siècle. Bracelet en argent doré, émaux bleus et aubergine, ambre jaune, diam. 9 cm.
Estimation : 600/800 €
Collection Mis
Née près de l’Atomium à Bruxelles en 1958, à l’aube de leurs vingt ans, l’histoire d’amour de Zaira et Marcel Mis se poursuit avec des voyages, du Bosphore au Fuji-Yama. Et une passion commune pour les costumes, les étoffes et les parures de ces contrées lointaines (Voir Événement Gazette n° 42, page 16). «Chacune des pièces que nous possédons nous a raconté son histoire, toutes ont une histoire : celle de leurs tradition, culture, communauté ou castes. Elles ont été portées, aimées, admirées lors de fêtes, de cérémonies colorées, elles ont souvent été transmises de génération en génération», raconte Zaira, descendante d’une famille d’amateurs turinois. Les bijoux en argent des minorités chinoises du Nord-Ouest, festifs et ostentatoires, tout en volutes et en spirales passent en premier. On poursuit avec le bleu chatoyant des bandeaux et des épingles de cheveux en plume de martin-pêcheur, puis avec les multiples teintes du jade et, enfin, avec des parures en graine, en perle de bois, écaille de tortue, en bambou, en coton ou en métal émaillé – tous accessoires raffinés et intemporels. Leurs estimations oscillent de 150 à 1 500 €. 600/800 € sont demandés de ce bracelet serti d’un cabochon d’ambre jaune, à décor de nœuds sans fin – signe d’interdépendance de toute chose –, de caractères shou de la longévité et de représentations de la chauve-souris typique de la symbolique chinoise, là encore signe de longévité, mais aussi réputée pour ses vertus aphrodisiaques. Associés, ces deux derniers motifs expriment les cinq bonheurs auxquels aspirent tout Chinois : la longévité, la richesse, la santé, la vertu et la mort naturelle. Que demander de plus ?
Jeudi 14 décembre, salle 14 - Drouot-Richelieu. Leclere - Maison de ventes OVV. Mme Menuet, Cabinet Portier & Associés.
Rome, XVIIIe siècle. Lithothèque, marbres et pierres dures, bois de violette et ornementation de bronzes dorés, 15 x 96 x 50 cm.
Estimation : 70 000/100 000 €
Un recueil scientifique pour ornement
Les ornemanistes de la Renaissance italienne ont eu très tôt le besoin de répertorier les diverses pierres dures et la large gamme de marbres disponibles pour les motifs ornant les meubles, les pavements et autres plateaux. Sans oublier les décors intérieurs de palais et églises. Ce meuble est trop précieux pour être utilisé dans un atelier, mais il est parfait pour s’émerveiller des richesses fournies par la Terre. Posé sur une grande table, une fois ouvert, il déploie une mosaïque colorée, qui attire les regards des savants et des amateurs. On se souvient de l’installation de Koichi Kurita, disposée à l’entrée de l’exposition «Jardins» au Grand Palais, du 15 mars au 24 juillet 2017, où jouaient des poignées de terre récoltées par l’artiste le long de la Loire : un pur bonheur esthétique. Dans cette même exposition, on pouvait admirer une bibliothèque d’échantillons de bois et être surpris par la vaste palette de nuances et de teintes de quelque chose d’aussi familier. Fort probablement, les connaisseurs du XVIIIe siècle étaient eux aussi éblouis par les cent quarante cases présentant ces spécimens. Le travail des marbres et pierres dures étant alors une spécialité de Rome, ce type de meuble devait être recherché dans tout le pays. On connaît une lithothèque similaire offerte au Museo Patrio de Ferrare par le cardinal Gian Maria Riminaldi (1718-1789), collectionneur de mosaïques notamment. L’amateur moderne peut jouer à reconnaître différentes sortes de brèches ou d’onyx, s’intéresser à leur provenance. Un indice : en se repérant sur le facilement identifiable morceau de lapis-lazuli, on place de chaque côté une brèche dorée de Numidie, provenant de Tunisie, et un marbre d’Antin français. Ou alors, en suivant la liste, on se prendra à rêver devant une «Fleur de pêcher». La carrière, ouverte au XVIIe siècle, se trouve à Serravezza dans le bassin de Carrare, en Italie ; ce marbre est une brèche constituée de fragments irréguliers tachetés de violet, de rouge ou de rose. Puis le regard s’arrêtera encore devant une brocatelle de Torosa, d’un beau rouge, provenant d’une mine catalane en Espagne.
Lundi 11 décembre, salle 10-16 - Drouot-Richelieu. Marc Arthur Kohn OVV.
Ensemble de trois panneaux peints à l’encre et couleurs d’un village animé de pavillons, temples et personnages, 178 x 266 cm.
Estimation : 10 000/15 000 €
Et au milieu coule une rivière
Rares sont les panneaux en papier d’Inde (India paper), appellation qui leur a été donnée au XVIIIe siècle, les Indes étant alors pour l’Europe le pays de référence quant aux marchandises importées d’Asie. De fait, c’est en Chine, la plupart du temps à Canton, que ces éléments de décor sont réalisés à l’encre et à la gouache, puis montés sur châssis – une technique qui leur permet de traverser les siècles sans trop de dommages. Réservé à l’exportation, le papier peint chinois arrive en France au milieu du XVIIe, grâce à la création des comptoirs des Compagnies des Indes orientales ; il connaîtra son âge d’or au siècle suivant. Son prix – très élevé – en fait une marchandise réservée aux demeures européennes royales, princières et aristocratiques. Réalisés aux dimensions des pièces, ces décors s’adaptent parfaitement au style rococo qui prévaut à l’époque. Cet ensemble composé de quatre lés offre une représentation panoramique d’un village avec pavillons et temples, scènes de la vie quotidienne animées de dignitaires mandchous, de jeunes bonzes, de femmes se faisant coiffer ou se promenant accompagnées de leurs serviteurs. Le paysage est traversé par une rivière, sur laquelle vogue une embarcation au pied des pics montagneux. Contrairement aux œuvres destinées aux lettrés, à portée philosophique, cette vue intègre la perspective et constitue un paysage classique, répondant au goût de l’époque des Occidentaux pour les chinoiseries. Il fallait alors compter sept shillings le yard pour un décor avec personnages, contre quatre seulement pour des motifs d’oiseaux, de fleurs et autres végétaux. Celui-ci est estimé modestement…
Mercredi 13 décembre, salle 2 - Drouot-Richelieu. Gros & Delettrez OVV. Mme Papillon d’Alton, M. Ansas.
Chine, époque Qing, XIXe siècle. Vase de forme «tianqiuping» en bronze et émaux cloisonnés, à décor de pêches de longévité et de chauve-souris, h. 77 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €
Sous le signe de la pêche et de la chauve-souris
On est tellement habitué à les voir bleu turquoise, que l’on en oublierait presque que les émaux peuvent arborer une autre couleur… Au premier regard, on pense plus à la porcelaine qu’à cet art du métal, probablement introduit en Chine au XIVe siècle par des marchands ou des artistes ambulants (européens, arméniens, arabes, persans…), venus de gré ou de force à la cour de Xi’an. Le Traité des principaux critères concernant les objets anciens, rédigé en 1387, qualifie d’ailleurs l’émail de «porcelaine étrangère» ou d’«objet cuit au four provenant d’Asie centrale». Les Chinois parlaient de ces émaux comme de «produits du pays des diables étrangers» (guigouyao). Les Mongols sont néanmoins séduits par leurs couleurs vives et leur caractère inaliénable. Lors de la bataille de Pékin, en 1900, un nombre considérable de pièces émaillées faisait partie du butin pris par les soldats. En plus de sa palette éclatante, notre vase devrait être disputé pour son décor en relief de pêches – fruit emblématique du printemps, donc de l’union, de l’immortalité –, parmi les branches fleuries, et d’une chauve-souris – rébus le plus typique de la symbolique chinoise, dans laquelle notre animal est signe de longévité. Ces symboles se détachent sur un fond de svastika, motif géométrique d’origine bouddhique intégré dans le caractère «longévité», à laquelle il sert de multiplicateur. Soit dix mille années : heureux l’adjudicataire qui décrochera cet objet en forme de sphère céleste !
Mardi 12 décembre, salle 14 - Drouot-Richelieu. Auction Art Rémy Le Fur & Associés OVV. Cabinet Portier & Associés.
David Teniers II (1610-1690), Paysans jouant aux cartesdans une taverne, huile sur panneau, 33,5 x 45,5 cm.
Estimation : 80 000/100 000 €
Réalisme flamand d’une scène de taverne
Issue des kermesses flamandes, avec leurs joyeuses tablées où le vin coulait à flot, la représentation de ce type de scènes gagna toute l’Europe, tout en restant un des fleurons de la peinture de genre des pays du Nord. On doit à Adrien Brouwer, né à Audenarde en 1605 ou 1606, d’avoir transposé ces scènes dans des intérieurs animés de paysans, marchands ou soldats, modelés par un subtil clair-obscur. David Teniers le Jeune reprend ce thème dans ses œuvres de jeunesse. En 1637, il épouse Anna Bruegel, fille de Bruegel de Velours ; il a accès au répertoire iconographique de cette illustre famille et aux nouveautés mises en œuvre par Rubens, tuteur de sa femme. Dans les années 1640, il multiplie les sujets populaires, traités dans un style très réaliste. Il rejette le côté caricatural de certaines œuvres de Brouwer, se contentant de brosser paysans et bourgeois tels qu’ils apparaissent au quotidien. Dans les tavernes peu éclairées, au sol en terre battue, les tables grossièrement équarries accueillent quelques buveurs ou, comme dans ce panneau, des joueurs de cartes ; des spectateurs viennent jeter un coup d’œil. Parfois, le visage d’une femme s’encadre dans la fenêtre. Ici, la partie semble se jouer entre un homme coiffé d’un chapeau à plume et un plus jeune, intrigué et inquiet à la fois. Deux témoins, l’un assis, l’autre debout et fumant une pipe, apprécient la scène. Des cruches et cruchons sont posés à même le sol. Un personnage moustachu se chauffe à l’âtre d’une grande cheminée, devisant avec un homme vu de dos assis sur un coffre. Ce type de tableaux a fait la renommée de David Teniers le Jeune. Il en a produit beaucoup, déplaçant les personnages, en ajoutant un ou plusieurs, variant la position de la table, de la cheminée ou encore des cruchons. L’unité de la peinture est rendue par une palette restreinte à des bruns et des gris. Prolifique et virtuose, cet artiste excella aussi bien dans la peinture de genre que dans les portraits et la peinture d’histoire, fournissant également des cartons de tapisserie. On lui doit aussi d’avoir introduit les scènes où des singes vaquent à des occupations humaines, dont le goût perdura au siècle suivant.
Vendredi 15 décembre, salle 10 - Drouot-Richelieu. Delon - Hoebanx OVV. Cabinet Turquin.
Jost Amman (1539-1591), Loth et ses filles, 1571, plume et encre noire, lavis gris, 19,6 x 30,3 cm.
Estimation : 40 000/60 000 €
Collection von Ziegler-Schindler
C’est à Schaffhausen, dans le nord de l’Helvétie, que vécut toute sa vie Hugo von Ziegler (1890-1966), banquier et historien d’art dont l’un des descendants se sépare aujourd’hui de la collection de dessins suisses des XVIe et XVIIe siècles (voir Événement Gazette n° 41, page 14). Riche en feuilles préparatoires à des vitraux, l’ensemble dispersé comprend aussi des œuvres d’artistes actifs dans sa ville natale ainsi qu’à Bâle et à Zurich. Parmi lesquels Jost Amman, dont deux plumes et encres noires, La Fille de Jephté, 1562 (10 000/15 000 €) et Loth et ses filles (voir photo) sont présentées. Artiste prolifique, Amman, né à Zurich, dans la toute jeune Confédération suisse – il émigrera à Nuremberg en 1561 –, laisse de nombreux recueils d’héraldique, manuels de joute, traités sur l’art militaire, le costume, la botanique, les remèdes tirés des plantes, les animaux… Il raconte ici trois épisodes de la vie de Loth, neveu d’Abraham : à droite, celui-ci est conduit par les anges avec sa famille après leur fuite de Sodome, détruite par la décision de Dieu. À gauche, est représentée sa femme transformée en statue de sel pour avoir regardé en arrière vers Sodome et Gomorrhe, alors que le guide suprême fait pleuvoir du soufre et du feu. Au centre, enfin, l’aînée des filles de Loth, s’inquiétant de ne pas trouver d’homme dans le pays, enivre son père pour s’unir avec lui sans qu’il le sache, incitant sa sœur cadette à faire de même. Jost Amman a représenté à plusieurs reprises ce grand classique de l’histoire biblique, notamment dans une gravure de 1571, aussi proche par la date de notre dessin.
Mercredi 13 décembre, salle 4 - Drouot-Richelieu. Joron-Derem OVV. M. Peronnet.
Travail indien du XIXe siècle. Paire de boucles d’oreilles en or jaune (bas titre) façon créoles, formées d’un croissant de lune à motif de frises de pastilles et grénetis, retenant des pampilles de perles fines blanches et de pétales d’or, h. 6,5 cm - poids brut : 44,7 g.
Estimation : 4 000/6 000 €
Modeste parure d’un écrin fabuleux
L’écrin renfermant cette paire de boucles d’oreilles est marqué «From the Collection of Lahore Formes by H. H. Maharajah Runjeet Singh & lastly worn by Her Highness the Late Maharanee Jeudan Kower». Une des épouses et la favorite du «Lion du Penjab», Ranjit Singh, la «Reine du clair de Lune» s’éteint à Londres – elle qui avait combattu les Anglais –, seule, dépossédée de son royaume pour lequel elle avait intrigué et fait assassiner toutes les personnes se mettant en travers de sa volonté ; elle manigança pour faire tuer les successeurs de son défunt époux, et faire monter sur le trône son fils, Dunleep Singh. D’origine modeste, fille du gardien des chenils du maharadjah de Lahore qu’elle séduit par sa grande beauté, elle se révèle être une femme à la poigne de fer, surnommée la «Messaline du Pendjab» par les Anglais. Rien n’était trop beau pour elle ; Ranjit Singh lui offrit le «Koh-i-Noor» (Montagne de lumière), qu’il avait reçu du cinquième padishah (grand roi) d’Afghanistan, Shuja Shah Durrani, pour prix de sa liberté. Ses parures étaient renommées et, lorsqu’elle fut emprisonnée en 1847, furent inventoriées dans sept catalogues ; la vente eut lieu à Lahore, pendant cinq jours en décembre 1850. Les plus belles pièces avaient été offertes à la reine Victoria. Cette paire de boucles d’oreilles, de forme traditionnelle hindoue, ne peut rivaliser avec le bracelet de Cartier qui a fait l’objet de la couverture de la Gazette n° 31 (voir page 6), mais elle évoque une vie romanesque et tumultueuse et ne manque pas de charme, captant la lumière de ses pampilles de perles.
Vendredi 15 décembre, salle 3 - Drouot-Richelieu. Drouot Estimations OVV.
Dembour et Gangel, Metz, vers 1860.  La Cascade de Saint-Cloud de la série des «Feux pyriques», ensemble de vues d’optique gravées et rehaussées, à effets lumineux type «jour et nuit», 43 x 43 cm.
Estimation : 2 000/3 000 €
Illusion d’effets pyrotechniques
Depuis l’introduction des feux d’artifice pour le mariage de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, à Bordeaux, en décembre 1615, ceux-ci marquent toute célébration nationale et nombre d’événements festifs. Assez rapidement, ils inspirent aussi des théâtres de vues d’optique avec des effets «jour et nuit», la lumière de l’instrument qui servait à projeter les vues d’optique, percées de trous et colorées, indiquant un usage nocturne. D’autres scènes s’inspiraient de la Bible ou de contes populaires. Plusieurs de ces feuilles sont conservées dans des établissements publics, comme le musée de la Marionnette, à Amiens, et à la bibliothèque-médiathèque de Metz. Les treize pièces présentées lors de cette vacation portent des titres suggérant soit l’effet «feu pyrique», comme Deux pots à feux avec une petite gerbe ou Les Chandelles romaines, soit des scènes comme Le Sacrifice du prophète Abraham ou Le Cabinet de Madame Proserpine. Ces épreuves font partie de l’imagerie populaire produite à Metz, principalement destinée au colportage. L’éditeur le plus important était Gangel, à Metz. Cette maison connue depuis 1840 sous la raison sociale Dembour, puis Dembour et Gangel… Marie-Adrien-Népomucène Dembour, né en 1799 à Metz, graveur imagiste, s’associe en 1840 avec Charles-Nicolas-Auguste Gangel, né en 1798 à Lunéville, où son père était marchand, qui s’occupe en particulier de l’aspect commercial. Leur entreprise était prospère et employait une centaine de personnes. On connaît la première année de commercialisation des « Feux pyriques et diamanteaux » : 1847, la date du dépôt légal aux archives mosellanes faisant foi.
Lundi 11 décembre, salle 7 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30. Crait + Müller OVV. M. Cazenave.
Collier draperie en or jaune, serti de diamants de taille ancienne, retenant en pampille 21 perles fines (7,4 à 14,5 mm), travail français du XIXe siècle, l. 36 cm, poids brut : 69 g.
Estimation : 80 000/100 000 €
Désirable perle, gemme de l’eau
Il y a quelque trente mille ans, des enfants dont les habits étaient cousus de perles furent inhumés à Sungir en Russie. L’attrait incomparable de cette «gemme de la mer, ressemblant au lait et à la neige», selon le poète romain Manilius, remonte aux origines de l’humanité. Leur orient, leurs formes rondes, en goutte, bouton ou poire et encore baroques, ainsi que leur palette de couleurs ont séduit les hommes aux quatre coins du monde. Dans cette même vacation, un collier de vingt-cinq perles de culture blanches, grises, vertes et jaunes, alternées en chute, est estimé 30 000 € environ. Ces «larmes d’Aphrodite» naissent dans de vulgaires coquillages, huîtres pour les perles d’eau de mer, moules pour celles d’eau douce. Leurs hôtes se défendent d’une intrusion d’un grain de sable pour l’enrober de nacre. La luminescence de la perle dépend de l’épaisseur de cette protection. Depuis l’Antiquité, les perles sont utilisées pour la création de parures, seules ou avec d’autres pierres fines comme les diamants. En Europe, au XVIIe siècle, même s’il était d’usage pour les princes d’en posséder, leur intérêt se porta sur les diamants, dont les techniques de taille s’étaient améliorées et le commerce développé. Jean de La Bruyère, dans Caractères, note avec quelque sarcasme : «Après l’esprit de discernement, ce qu’il y au monde de plus rare, ce sont les diamants et les perles.» Ce collier draperie offre les deux rares gemmes, l’éclat des premiers, rehaussant l’onctuosité lumineuse des secondes. Bijou élégant par sa simplicité, il fut confectionné à la fin du XIXe siècle, où les élégantes se parèrent de perles de la tête au pied.
Lundi 11 décembre, salle 3 - Drouot-Richelieu. Audap - Mirabaud OVV. Émeric & Stephen Portier.
Henri Joseph Harpignies (1819-1916), Un matin aux loups près de Bonny-sur-Loire, 1893, huile sur toile, 170 x 133 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €
Balade poétique en bords de Loire
Anatole France le surnommait «le Michel-Ange des arbres». Comment ne pas en être persuadé avec ce bord de Loire, des environs de Gien, dont on peut presque distinguer chaque feuille d’arbre et entendre leur bruissement sous la brise… Imposant par son format, ce qui est rarement le cas alors même que les œuvres d’Henri Harpignies sont nombreuses en ventes publiques, ce tableau, probablement réalisé pour un château ou un hôtel particulier, fut exposé au Salon de 1893. Autre atout, et non des moindres, sa veine presque impressionniste. Plus souvent rattaché à l’école de Barbizon, le peintre brosse ici par petites touches et avec beaucoup de douceur un paysage baigné d’une lumière chaude, même si elle n’est pas estivale, de fin d’après-midi. Le regard du spectateur, comme celui du promeneur, porte loin à travers la trouée des arbres. Les embarcations semblent glisser plus que réellement naviguer entre les bancs de sable de ce fleuve connu pour être capricieux. D’abord voyageur de commerce, Harpignies ne se consacre à la peinture qu’en 1846. Il a 27 ans et a déjà, en 1838, fait le tour de France avec son professeur Jean-Alexis Achard, exécutant en amateur peintures et aquarelles. Après la Belgique en 1848, il visite l’Allemagne et l’Italie. À son retour, il fait la connaissance de Jean-Baptiste Camille Corot. Probablement sous son influence, il séjourne à nouveau en Italie, en 1863-1865. Paysagiste fervent des forêts, Henri Harpignies aura laissé durant sa longue vie de nombreux tableaux, exécutés en plein air mais surtout en atelier, de l’Isère, de Fontainebleau, de l’Allier ou l’Yonne – où il réside à partir de 1878 –, et bien sûr de la Loire, dont il appréciait le caractère sauvage et majestueux.
Mercredi 13 décembre, salle 1-7 - Drouot-Richelieu. Millon OVV. Mme Ritzenthaler.
The Goldsmiths and Silversmiths Company Limited, 112 Regent Street, London. Coffret en or jaune, marbre cipolin à sulfures et émail peint polychrome, la base à angles saillants ornés chacun d’une autruche et d’arums ; au dos, un cartouche gravé. 22 x 24 x 18 cm, poids brut : 2 830 g.
Estimation : 30 000/40 000 €
Cadeau d’un organisme patronal à son président
En 1886, la plus grande mine aurifère est découverte dans le bassin du Wirwatersrand (montagne aux eaux blanches), au Transvaal en Afrique du Sud ; ces champs aurifères sont proclamés ouverts au public. C’est la grande ruée vers l’or au Transvaal. Désormais, l’or concurrence le diamant comme intérêt financier attractif. L’année suivante est fondée la Chambre des mines du Transvaal, organisme patronal dont l’objet est de réunir, trier et parfois publier les informations concernant les compagnies minières, et en particulier celle du Wirwatersrand Gold Fields. De 1897 à 1902, est nommé à sa présidence un Français, Georges Rouliot, envoyé en Afrique du Sud pour diriger la Compagnie française des diamants du Cap de Bonne-Espérance, à Kimberley ; cette entreprise est vendue à la De Beers pour investir dans les mines d’or. Ce coffret fut offert à Rouliot en cadeau de départ ; il avait été
commandé à la maison d’orfèvrerie The Goldsmiths and Silversmiths, fondée en 1890. Les plaques émaillées représentent des vues d’Afrique du Sud, liées au parcours de Georges Rouliot dans ce pays : l’arrivée au Cap, une mine du Transvaal, un train entrant en gare, une muraille ancienne envahie par la végétation, deux vues de bâtiments coloniaux, dont une représente The Corner House à Kimberley. La touche de fantaisie est apportée par les autruches et les arums ornant les angles du coffret. Oudtshoorn, dans la province du Cap occidental, est la capitale mondiale de l’autruche, en souvenir de la prospérité apportée par son élevage et le commerce de ses plumes. L’arum, en fait un zantedeschia, est originaire d’Afrique du Sud.
Vendredi 15 décembre, salle 13 - Drouot-Richelieu. Gros & Delettrez OVV. M. Lescop de Moÿ.
Chine, dynastie Song (960-1279). Guanyin en bois sculpté polychrome, traces de laque or, h. 102 cm.
Estimation : 1,5/2 M€
Celui qui entend le bruit de l’univers
Gracieuse et impérieuse, cette sculpture forme une synthèse de divers traits associés au bodhisattva de la compassion, l’une des plus importantes et vénérées figures du bouddhisme. Depuis des temps immémoriaux, en Inde, les dieux sont représentés parés comme des princes, souvent accompagnés de leur double féminin. Les artistes chinois de la période Song (960-1279) s’emparent de cette effigie et la transforment en un tout, féminin-masculin. Guanyin s’intègre dans leur panthéon de déités ou de figures légendaires. Sur le mont Putuo – situé sur l’île éponyme, au sud-est de Shanghai, dans la province du Zhejiang – habite cette déesse, percevant les implorations, s’efforçant de soulager les douleurs. Les yeux baissés, méditant sur le cycle des souffrances et le chemin vers le bienheureux néant, elle est assise dans la position du délassement royal, un bras appuyé sur le genou d’une jambe relevée, l’autre pendant, probablement appuyée sur une sorte de nuage, symbole du vide bénéfique. Cette attitude adoptée pour contempler l’éphémère d’un reflet de lune sur l’eau, miroir déformant d’une réalité illusoire, est liée à un épisode où le bodhisattva médite sur son île, devant un massif de bambous éclairé par l’orbe lunaire. Pour son fidèle, cette Guanyin continue d’être à l’écoute de tout être vivant, qu’il soit femme, homme, enfant, riche ou pauvre ou encore animal. Son culte est apparu très tôt, suivant l’introduction du bouddhisme, et les taoïstes en ont fait l’un de leurs immortels. Des exemples sont conservés dans des musées tant en Europe qu’aux États-Unis, la plupart datant de la dynastie Song, ou de royaumes contemporains comme les Jin (1115-1234) et les Liao (907-1125). Parée de bijoux, le chignon abritant une statuette de bouddha (aujourd’hui disparue), sur le front une urna – troisième œil ouvert sur la connaissance qui mène au monde intérieur –, celle-ci est assurément une divinité royale, tout comme Bouddha, prince choyé qui renonça à tous les biens de ce monde pour parvenir à la sagesse suprême, l’éveil. L’artiste la rend vivante : son corps est à la fois ferme et souple, sensible sous la robe monastique. On comprend qu’elle fût une divinité très populaire, à laquelle on prêtait le pouvoir de rendre mères les femmes infertiles, de protéger les marins des tempêtes, de délivrer les humains du désir et de l’ignorance. La statue était peinte de vives couleurs, rehaussées d’or fin afin de paraître plus tangible. Traditionnellement, dans les temples bouddhistes, Guanyin était assise d’un côté du bouddha, un autre boddhisattva se tenant de l’autre – l’un de ceux évoqués dans le Sutra du Lotus. Une divinité gracieuse, compatissante mais consciente de son pouvoir.
Samedi 16 décembre, salle 14 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV. Cabinet Portier et associés.

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